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à l'agonie


"Je voudrais, Monsieur, que vous eussiez toutes les maladies que je viens de dire, que vous fussiez abandonné de tous les médecins, désespéré, à l'agonie, pour vous montrer l'excellence de mes remèdes, et l'envie que j'aurais de vous rendre service."
Le Malade imaginaire, III, 10

L'agonie de Madame (Henriette-Anne d'Angleterre) avait été décrite dans de nombreux détails dans l'oraison funèbre qu'avait prononcée Bossuet le 21 août 1670 et qui fut publiée dans le courant de la même année :

Voulez-vous voir combien la grâce qui a fait triompher Madame a été puissante ? Voyez combien la mort a été terrible. [...] Elle demande le crucifix sur lequel elle avait vu expirer la reine sa belle-mère, comme pour y recueillir les impressions de constance et de piété que cette âme vraiment chrétienne y avait laissées avec les derniers soupirs. à la vue d' un si grand objet. N'attendez pas de cette princesse des discours étudiés et magnifiques : une sainte simplicité fait ici toute la grandeur. Elle s'écrie : "ô mon Dieu, pourquoi n' ai-je pas toujours mis en vous ma confiance ?" Elle s'afflige, elle se rassure, elle confesse humblement et avec tous les sentiments d' une profonde douleur, que de ce jour seulement elle commence à connaître Dieu, n' appelant pas le connaître que de regarder encore tant soit peu le monde. [...] Madame appelle les prêtres plutôt que les médecins. Elle demande d' elle-même les sacrements de l' église : la pénitence avec componction, l' eucharistie avec crainte et puis avec confiance, la sainte onction des mourants avec un pieux empressement. Bien loin d' en être effrayée, elle veut la recevoir avec connaissance : elle écoute l'explication de ces saintes cérémonies, de ces prières apostoliques qui, par une espèce de charme divin, suspendent les douleurs les plus violentes, qui font oublier la mort (je l' ai vu souvent) à qui les écoute avec foi ; elle les suit, elle s'y conforme ; on lui voit paisiblement présenter son corps à cette huile sacrée, ou plutôt au sang de Jésus, qui coule si abondamment avec cette précieuse liqueur.
(éd. des Oeuvres oratoires de 1922, p. 673-674)

Dans l'oraison funèbre de Julie d'Angennes, prononcée le 2 janvier 1672, et aussitôt publiée, Fléchier rappelle combien les sacrements constituent un remède dans le désespoir de l'agonie :

Je sais bien que l'Eglise, qui connaît le prix et l'efficace du sang de Jésus-Christ, ne désespère jamais du salut de ceux qui meurent dans sa foi et dans l'usage de ses sacrements; que Dieu exerce, quand il veut, ses jugements de miséricorde sur ses élus ; qu'il a des grâces vives et pénétrantes, qui consument en peu de temps toute l'impureté que le commerce des hommes et l'air contagieux du monde laissent dans les coeurs.
(Oraisons funèbres de Fléchier, 1829, p. 43)

La mort de notre illustre duchesse n'a pas été de ces morts imprévues ou dissimulées. Elle l'a vue plusieurs fois dans son plus terrible appareil sans en être émue; elle l'a sentie sur elle-même sans s'en étonner. [...] Les entretiens et les avis pieux et sincères de son directeur, le corps et le sang de Jésus-Christ reçus plusieurs fois comme viatique, la sainte onction des mourants appliquée deux fois en moins d'une année, n'était-ce pas des avertissements qu'il fallait se préparer à la mort ? Ces derniers remèdes que l'Eglise emploie pour le salut des fidèles ne faisaient-ils pas voir l'extrémité de sa maladie ?
(ibid., p. 56)




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