[retour à un affichage normal]

Accueil > Outils > étouffer en moi toute animosité

étouffer en moi toute animosité


"Quoi celui, dont j'avais résolu le trépas,
Est celui, qui pour moi, vient d'employer son bras ?
Ah! c'en est trop, mon cœur est contraint de se rendre ;
Et quoi que votre amour, ce soir, ait pu prétendre
Ce trait si surprenant de générosité,
Doit étouffer en moi toute animosité."
Les Fâcheux, III, 5 (v. 801-806)

L'épisode par lequel un amoureux sauve la vie du père de la jeune fille qu'il aime, alors que ce dernier s'oppose à leur union, avait été proposé comme modèle de dénouement dans le Discours de l’utilité et des parties du poème dramatique (1660) de Pierre Corneille (1).

Auparavant cet épisode avait connu deux variantes dans les romans des Scudéry :

  • dans la première partie (1654) de la Clélie, Clélius, père de Clélie, est touché par la générosité d'Aronce, qui lui sauve la vie, malgré qu'il ait pris la décision de le bannir et de l'éloigner ainsi de la femme qu'il aime (2) ;
  • au Livre III, 1 du Grand Cyrus (1649-1653), le héros intervient pour protéger Ciaxare, père de Mandane, que des comploteurs tentent de poignarder (p. 1407-1409)


(1)

il n’y aurait pas grand artifice au dénouement d’une pièce, si après l’avoir soutenue durant quatre actes sur l’autorité d’un père qui n’approuve point les inclinations amoureuses de son fils, ou de sa fille, il y consentait tout d’un coup au cinquième par cette seule raison que c’est le cinquième, et que l’auteur n’oserait en faire six. Il faut un effet considérable qui l’y oblige, comme si l’amant de sa fille lui sauvait la vie en quelque rencontre où il fût prêt d’être assassiné par ses ennemis, ou que par quelque accident inespéré il fût reconnu pour être de plus grande condition, et mieux dans la fortune, qu’il ne paraissait.
(éd. de 1663, p. XV)

--

(2)

- Ha lâche, s'écria Aronce en allant du côté où était cet assassin, par une ouverture de la palissade qui se trouva être assez près de lui, je vous empêcherai bien d'exécuter votre barbare dessein ; et vous ne poignarderez jamais Clélius que vous ne m'ayez ôté la vie.
[...]
Clélius fut si sensiblement touché de voir qu'un moment après qu'il avait prononcé l'arrêt de son bannissement, il eût hasardé sa vie pour sauver la sienne, qu'il ne put s'empêcher de lui témoigner l'admiration qu'il avait pour sa vertu. Si bien que sans s'amuser à demander rien de ce qui le regardait, "Ha Aronce, s'écria-t-il, votre générosité me charme ! et Aricidie avait raison de dire que si vous n'étiez romain, vous aviez le coeur d'un Romain ; c'est pourquoi puisque je n'ai encore rien promis à Horace, il faut que Clélie dispose d'elle-même, sans que je m'en mêle."
(Première partie, Livre I, p. 534-539)




Sommaire | Index | Accès rédacteurs