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Admirer en vous l'auteur de la nature


Nos sens facilement peuvent être charmés
Des ouvrages parfaits que le Ciel a formés.
Ses attraits réfléchis brillent dans vos pareilles ;
Mais il étale en vous ses plus rares merveilles :
Il a sur votre face épanché des beautés
Dont les yeux sont surpris et les coeurs transportés,
Et je n'ai pu vous voir, parfaite créature,
Sans admirer en vous l'auteur de la nature,
Et d'une ardente amour sentir mon coeur atteint,
Au plus beau des portraits où lui-même il s'est peint.
Le Tartuffe, III, 3 (v. 935-944)

L'admiration de la beauté féminine en tant que reflet de la toute-puissance du créateur est fréquemment exprimée dans les textes dévots :

  • dans Les Degrés mystiques pour élever l'âme à Dieu, traduits du latin du cardinal de Bellarmin (1655)(1)
  • dans Le Combat spirituel (1589) de Lorenzo Scupoli (2)
  • dans Les Peintures morales (1643) du Père Le Moyne (3)
  • dans un sonnet de l'abbé Cotin Oeuvres galantes (1663) (4)

Le héros hypocrite de la nouvelle La Fouine de Séville ou l'Hameçon des bourses (1661) de d'Ouville se servait déjà de cet argument pour séduire une belle personne du sexe (5) (voir aussi "que le Ciel...", "je ne suis pas un ange" et "Je n'en suis pas moins homme")


(1)

De l'Univers
[...] Il faut, mon âme que toutes les choses qui se présentent à tes yeux, ou à ton esprit, te servent comme d'un degré pour t'élever à Dieu, et qu'elles te donnent le moyen de connaître que toutes les perfections ne peuvent point entrer en comparaison avec les siennes [...]Quand donc les richesses de la terre te semblent précieuses, considère que Dieu est infiniment plus précieux, et que si tu les méprises il promet de se donner à toi: quand les grandeurs et les couronnes du monde te donnent de l'admiration; représente toi que celles que le Ciel distribue, sont d'autant plus dignes de notre estime, qu'elles sont éternelles[...] Quand tu trouves doux et agréable les plaisirs des sens, sois certaine qu'ils ont moins de charmes, et moins de douceurs que les délices de l'esprit, parce qu'ils viennent de la créature, et que les autres découlent de la divine source des consolations. Enfin sois toute persuadée que tous les biens les plus rares, et les plus merveilleux que tu puisses te proposer sont infiniment au dessous de ceux qu'on rencontre en Dieu; tellement que si tu laissais les plus solides, pour t'amuser aux autres, ce serait par un aveuglement étrange, estimer la boue et la paille plus que l'or et que les pierres précieuses: et contre toutes les lois de la raison, préférer des beautés périssables à celles sur qui tous les temps n'auront jamais d'empire.
(Les Degrez mystiques, Paris, P. Rocolet, 1655, p. 38-40.)

(2)

Chapitre XIII: Comment on doit régir les sens

Quand nous serons donc obligés de nous tenir occupés après les créatures, qui sont les objets de nos sens, ouvrons d'abord les yeux de l'esprit pour pénétrer en elles jusques au Dieu invisible qui y réside pour leur donner l'être. Et de là rentrant en nous-mêmes, et y découvrant aussi-bien que par tout ailleurs, ce souverain créateur de toutes choses [...]
D'autres fois, sur les divers degrés de perfection que nous voyons dans les créatures, nous pouvons nous élever jusques aux perfections et aux grandeurs incompréhensibles de Dieu, nous réjouissant davantage que toute cette gloire soit sienne, et qu'elle soit incompréhensible, que si elle était nôtre, et que nous la pûssions comprendre [...]

Et quand nous nous sentirons attirés par les diverses beautés qui reluisent par tout dans le monde, nous passerons incontinent de la pensée à la considération des beautés suprêmes de la divinité: et lui disant souvent; Quand sera-ce, mon Seigneur que mon âme ne prendra plus de plaisir qu'en vous seul? Nous ferons une ferme résolution de nous plaire désormais uniquement en lui.
(Le Combat spirituel, composé en italien, par un serviteur de Dieu, et traduit en français par un autre serviteur de Dieu, Paris, P. Le Petit, 1664, p.73-75.)

(3)

La beauté est une réflexion lumineuse de la bonté divine épandue sur les créatures; par conséquent, plus chaque chose a reçu de cette effusion, plus elle a été couverte et comme inondée du premier Bien, et plus aussi elle a retenu de sa lumière et la réfléchit plus fortement et avec plus d'éclat. De sorte que les plus belles choses étant toujours les meilleures ou en effet ou en apparence, il est de l'ordre naturel que l'amour s'attache à la beauté, qui est comme lq couleur et la montre du bien qu'il cherche
(p. 691)

Si nous regardons avec des yeux instruits et spirituels ce rayon de la souveraineté de Jésus-Christ sur le visage des personnes bien faites, nous n'aurons pour elles que des inclinations innocentes et respectueuses; et par les déférences mêmes et les devoirs que nous leur rendrons, nous serons avertis de l'obéissance absolue et de l'entière sujétion que nous devons au Roi des anges et des hommes. Pourquoi n'apprendrions-nous pas à respecter la royauté sur le visage des personnes qui la représentent ? [...] Mais nous n'en demeurerons pas là si nous avons les yeux assez bien purifiés pour reconnaître la Royauté de Jésus-Christ dans cette souveraineté agréable et naturelle qui est répandue sur les belles personnes ; nous apprendrons encore de là à chérir ses commandements et à recevoir avec plaisir le joug de sa loi sur nos coeurs et sur nos têtes.
(p. 861)

(4)

Vous, à qui notre foi paraît une imposture,
Qui doutez des secrets que son voile a couverts,
Qui ne connaissez point de maître en l'univers,
Et qui croyez qu'ici tout roule à l'aventure.

Pouvez-vous voir des cieux la brillante structure,
Le constant mouvement de tant d'astres diver,
Le retour des étés et celui des hivers
Sans confesser qu'un dieu règne dans la nature.

Certes, si pour sortir de votre aveuglement
Tant de fortes raisons sont un faible argument,
Je m'en vais vous guérir de cette erreur mortelle :

Incrédules esprits, accourez en ce lieu :
Quand vous verrez Philis si charmante et si belle,
Vous verrez bien qu'elle est le chef-d'oeuvre de Dieu.

Le poète dont j'ai vu les vers est d'une piété assez extraordinaire. Il est de bon sens d'adorer ainsi la divinité dans ses plus parfaits ouvrages. En effet, Madame, si l'homme est le chef-d'oeuvre des mains divines pour la grandeur et la hardiesse du dessein, qu'est-ce que sera la plus ravissante femme du monde pour la beauté ? [...] Voilà une belle méditation, Madame, et qui me met bien à couvert du reproche qu'on m'a voulu faire, que je m'arrêtais trop à regarder les belles personnes. Il faut s'y arrêter, Madame, pour s'élever à la première beauté dont les autre sont descendues. En l'état où nous sommes, on ne peut voir le créateur qu'en ses créatures; et c'est dans les plus parfaites qu'on le voit plus parfaitement.
(p. 308-309]

(5)

Certainement, Madame, quand je vois les hommes inquiétés et comme transportés hors d'eux-mêmes pour la beauté des femmes, je ne puis que je ne les excuse, parce que ce qu'il y a de fragile en l'homme ne peut manquer son effet et le coeur se porte naturellement à désirer ce que les yeux considèrent avec plaisir quand ils ont pour objet ce que Dieu a formé de plus agréable. De là, ma chère soeur, je vous laisse à juger quelles doivent être nos réflexions pour les beautés célestes et pour les merveilles surnaturelles où nos yeux ne pénètrent point;
(p. 292]) (voir aussi "que le Ciel...", "je ne suis pas un ange" et "Je n'en suis pas moins homme")




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