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Avis au lecteur de l'édition de 1683


Le Malade imaginaire, comédie mêlée de musique, de chansons et de danses, par M. de Molière. Suivant qu'elle a été représentée à Paris, 1683.

Cette édition hollandaise reprend, en le modifiant, l'Avis au lecteur de l'édition Sambix : elle explique les vicissitudes éditoriales qu'a connues Le Malade imaginaire par l'acharnement des médecins victimes de la satire moliéresque.


[page 3]

AVIS AU LECTEUR.

La troupe de Molière ayant bien voulu borner la gloire de cet Illustre Auteur pour la satisfaction du Public dans la seule représentations du Malade imaginaire, sans en laisser imprimer la véritable copie, quelques gens se sont avisés de composer une pièce à laquelle ils ont donné ce même titre dont on en a fait plusieurs impressions tant dedans que dehors le Royaume qui ont été débitées, lesquelles ont jusqu’à présent abusé bien du monde ; mais les Mémoires sur lesquels ces gens-là avaient travaillé, ou l’idée qu’ils croyaient avoir conservée de la pièce, lorsqu’ils l’avaient vu représenter se sont trouvé si éloignés de l’original et du sujet même, qu’au lieu de plaire ils n’ont fait qu’inspirer des désirs plus pressants, de voir celle de cet illustre qui avait si bien su remarquer les défauts de la médecine et de ceux qui en exercent la pratique ; Cette impression ici la fera distinguer des autres, n’y ayant aucune ressemblance sinon au titre ; et il était fort aisé de voir qu’un si habile homme n’avait fait une si pitoyable pièce, qui aurait plutôt servi à ternir sa réputation qu’à augmenter sa gloire. C’est ce qui fait que nous la donnons au Public ; quoiqu’on ait défendu de l’imprimer ; où le Lecteur trouvera une grand différence [page 4] et y pourra remarquer le style, l’embellissement, les jeux, et le tour que ce grand homme savait donner aux belles choses. Le Prologue est mêlé de diverses Chansons contre le corps de la Faculté, de Danses, de Musiques, d’Entrées de Ballet, d’Intermèdes et d’une cérémonie grotesque pour la Réception du Malade en Médecin ; et cette pièce n’avait pu être mise au jour, parce que ces vénérables Mrs. voyant leur art aboli et devenu infructueux par leur ignorance et momeries en dérision, et que leur science n’était devenue que pure chimère, eurent recours à sa Majesté, pour en empêcher l’impression pour qu’elle ne parût en public et principalement en France, où ces Mrs. s’étaient faits si riches à force d’avoir tué tant de monde en les étourdissant par leurs Caquets et que leur corps allait en décadence depuis que la Faculté avait été bernée et mise tant de fois au Théâtre à leur confusion ; c’est ce qui fit qu’un de leurs amis en mit une au jour sous ce même titre n’y ayant ni Rime ni Raison, et n’y ayant aucune Chanson, Entrée de Ballet, Musique, Danse, ni aucune cérémonie : au lieu que celle-ci en est toute remplie, et le Lecteur n’aura pas de peine à connaître que celle-ci est l’original.




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