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Bagatelles


"Il y a une grande différence de toutes ces bagatelles à la beauté des pièces sérieuses."
La Critique de L'Ecole des femmes, sc. VI

Le 1er décembre 1659, Thomas Corneille avait écrit à l’abbé de Pure que la troupe de Molière ne pouvait représenter que des "bagatelles" et non des pièces fortes (1).

Le terme est en vogue dans les milieux mondains. Il est employé

  • dans les Nouvelles Nouvelles (1663) de Donneau de Visé (2)
  • dans la quatrième partie de la Clélie (1657) des Scudéry (3)
  • dans les Remarques sur la tragédie de Sophonisbe (1663) de l'abbé d'Aubignac (4)
  • ainsi que dans la Relation du royaume de coquetterie (1654) du même auteur (5)
  • dans l'"Histoire du poète Sibus", contenue au sein du Recueil de pièces en prose les plus agréables de ce temps (Sercy, 1661) (6)
  • dans "Le Nouveau Parnasse ou les Muses galantes" (Oeuvres diverses, 1663) de Charles Sorel (7)
  • dans Les Entretiens d'Ariste et d'Eugène (1671) du P. Bouhours (8)
  • dans l'avis au lecteur des Oeuvres galantes (1663) de Cotin (9)
  • dans l'avis au lecteur des Entretiens galants d'Aristipe et d'Axiane (1664) (10)
  • dans une lettre de Chapelain de janvier 1665 (11)
  • dans Le Parnasse réformé (1669) de Guéret (12)

L'attaque est reprise par l'un des personnages du Panégyrique de l'Ecole des femmes (13).


(1)

Je suis fâché […] que la haute opinion que M. de La Clairière [auteur d’un Oreste et Pylade] avait de MM. de Bourbon [Molière et sa troupe étaient alors installés au Petit-Bourbon] n’ait pas été remplie avantageusement pour lui. Tout le monde dit qu’ils ont joué détestablement sa pièce, et le grand monde qu’ils ont eu à leur farce des Précieuses après l’avoir quittée [= après avoir cessé de représenter la pièce de La Clairière] fait bien voir qu’ils ne sont propres qu’à soutenir de semblables bagatelles et que la plus forte pièce tomberait entre leurs mains.
(en savoir plus : voir G. Forestier, Molière auteur des oeuvres de Molière III, 1, a)

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(2)

Les livres de galanterie et les bagatelles auront plus de cours que les grands et solides ouvrages.
(Nouvelles Nouvelles, t. III, p. 138)

Je vous en dirais davantage si je ne craignais qu'il se tînt offensé de ce que je vous pourrais dire et si je n'appréhendais de passer pour ridicule aux yeux de ceux qui n'adorent que les bagatelles.
(p. 213)

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(3)

s'il était possible qu'il se trouvât quelqu'un qui composât une fable de cette nature, il se trouverait encore un grand nombre de gens qui en parleraient comme d'une simple bagatelle, comme d'un amusement inutile.
(Clélie, p. 1143)

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(4)

[les partisans de Corneille] ont raison de prendre part à ses intérêts, puisqu'il est leur maître et que c'est en fripant ses ouvrages qu'ils trouvent de quoi faire tant de bagatelles qui ne leur sont pas moins utiles qu'à ceux qui les jouent sur le théâtre ou qui les vendent au Palais.
(Remarques sur la tragédie de Sophonisbe, éd. contenue dans les Deux dissertations, 1663, p. 104)

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(5)

plusieurs manuscrits jusqu'à présent inconnus, tant en langue vulgaire que narquoise. En voici les principaux, et les plus soigneusement étudiés. Le cours de la bagatelle, en trois volumes, dont le premier est l' adresse des badins, le second l'introduction des ruelles, et le troisième la conduite des idiots.
( Relation du royaume de coquetterie, 1654, p. 325)

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(6)

C'est une bagatelle, répliqua l'ami pour faire le modeste, une fadaise dont vous pouvez bien penser que je ne prétends pas tirer beaucoup de gloire, puisque ce n'est qu'une histoire comique.
(Recueil de pièces en prose les plus agréables de ce temps, Paris, Sercy, 1661, t. II, in Variétés historiques et littéraires, 1855, p. 124)

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(7)

Pour les orateurs galants [...] les gens du parti sérieux les appelaient des sophistes et des conteurs de bagatelles.
("Le Nouveau Parnasse ou les Muses galantes", dans Oeuvres diverses, 1663, p. 6)

Il faut avoir égard que beaucoup de gens ne se trompent en prenant la fausse galanterie pour la vraie et qu'ils ne méprisent trop les choses solides pour ne s'amuser qu'à la bagatelle.
(avant-propos)

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(8)

Il est d' une autre sorte d' esprits, continua Eugène, qui sont moins mystérieux, mais qui ne sont pas moins entêtés de leur mérite. Ils n'ont pas plus tôt fait une bagatelle, qu'ils en régalent tout le monde.
(P. Dominique Bouhours, Les Entretiens d'Ariste et d'Eugène, 1671, IVe Entretien, p. 206)

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(9)

Il faut que les fumées de l'amour-propre aient bien monté à la tête, pour s'imaginer que toutes nos bagatelles sont précieuses, et qu'elles peuvent instruire la postérité. Quand il y aurait cent beaux traits, ils périssent par l'éloignement, et ne touchent que ceux qui sont de l'intrigue présente.
([n. p.])

(10)

J'ai mieux aimé travailler sur des bagatelles, qui semblent à peine fournir de quoi faire une dizaine de lignes que de prendre des matières usées et de dire de belles choses après les autres.
(n. p.)

(11)

Nous éprouvons la même supinité en nos libraires de deçà pour les grandes et solides entreprises. L'esprit des Avences, des Estiennes, des Turnebes et des Vascosans n'anime plus la presse, et lorsqu'il s'agit de mettre au jour quelque ouvrage des Anciens ou en langue ancienne, aucun d'eux n'y veut mordre, et ils ne prêtent l'oreille qu'à des traductions en langue vulgaire, à des comédies, ou à des romans, parce que notre cour est ignorante et qu'elle n'achète que de ces bagatelles-là.
(Lettre à Boeclerus, 11 janvier 1665, éd. Tamizey de Laroque, 1883, t. II, p. 376)

(12)

Le monde est plein de faiseurs de dissertations, de composeurs de nouvelles, d’auteurs de lettres galantes et de billets doux. Voilà l’occupation la plus ordinaire de ceux qui font aujourd’hui profession d’écrire : ils abandonnent leurs plumes à des bagatelles
(p. 43)

(13)

Je ne veux point déguiser mes sentiments, j’aime la belle Comédie, et je ne saurais souffrir qu’à cause qu’il n’a pas une Troupe propre à jouer sur son Théâtre, et qu’il est lui même le plus détestable Comédien qu’on ait jamais vu, il la détruise par des Rapsodies qui font que chacun déserte son parti : et qui obligent jusques à l’unique et incomparable Troupe Royale, de la bannir honteusement de sa pompeuse Scène, pour y représenter des Bagatelles et des Farces, qui n’auraient été bonnes en un autre temps, qu’à divertir la Lie du peuple, dans les Carrefours, et les autres places publiques [...].
(Robinet, Panégyrique de l'Ecole des femmes, p. 35)




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