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Barbouillé


Le nom "Barbouillé" apparaît dans une épigramme de Maynard (Oeuvres, 1646) (1), ainsi que dans un contrat de théâtre passé en 1600 (2).

La pratique qui consiste à se barbouiller le visage de lie-de-vin est mentionnée ou décrite dans divers textes des XVIe et XVIIe siècles, à propos

  • des anciens farceurs français, dans le Livre second des Serées (1597) de Guillaume Bouchet (3)
  • du théâtre de la Grèce antique
    • dans les Nouvelles réflexions sur l'art poétique (1668) de Bernard Lamy (4)
    • dans Athènes ancienne et nouvelle et l'état présent de l'empire des Turcs (1674) de Guillet de la Guilletière (5)

  • de la cérémonie du baptême des tropiques
    • dans Les Voyages faits par le sieur D. B. aux Iles Dauphine ou Madagascar (1674) (6)
    • dans Les Arts de l'homme d'épée, ou le Dictionnaire du gentilhomme (1680) de Georges Guillet de Saint-Georges (7)


(1)
Tu devrais mourir de vergogne,
De quoi l'on te voit si souvent
Paraître à l'Hôtel de Bourgogne,
Dans la loge d'Angoulevent.

Quoi que ton conseiller te die
De l'enfer, et de ses démons,
Margot, pour une comédie,
Tu quitterais mille sermons.

Cependant tu ne veux pas lire
Les vers que la muse m'inspire,
Pour enrichir les imprimeurs.

Ne crains pas qu'ils te fassent garce,
Ils choquent moins les bonnes moeurs,
Que le Barbouillé de la farce.
(p. 101)

(2)

1600, 30 octobre.
Promesse par Robert Guérin, Savinien Bony, Sébastien Gauvin, Nicolas Réveillon, Jean Courtin, Adam Gyon, en son nom et pour Léonard Gyon, son frère, Robert Ridault, Nicolas Gasteau, Louis Desgodestz, Laurent Hubault et Pierre Deulin, comédiens français, demeurant à Paris, à Nicolas Thomas, doyen, Benoît Petit, Pierre Morin, Vespasien Brosseron et Pierre Tournier, maîtres gouverneurs de la confrérie de la Passion, de jouer les jeux qui restent à jouer du roman de Vallentin et Ourson et tous autres jeux et comédies que les maîtres voudront faire jouer en l'Hôtel de Bourgogne jusqu'au prochain Carême. A la fin des jeux les comédiens représenteront des farces avec Guérin le Barbouillé.
(Alan Howe, Le Théâtre professionnel à Paris 1600-1649, Paris, Centre Historique des Archives nationales, 2000, p. 211)

(3)

Nous voyons les comédiens italiens masquer leur Pantalon et leur Zani de Jehan Corneto, afin de le plus hardiment jouer et se moquer, car le masque ne rougit point et le Français badin se barbouiller et fariner de farine comme faisaient les premiers qui inventèrent les masques, qui se chafouraient de lie-de-vin, dont est venu, "mâchurer", qu'on dit en italien mascarati.
(source : G. Couton, Molière. Oeuvres complètes, Paris, Gallimard, 1971, t. I, p. 1183)

(4)

Il ne faut pas s'étonner s'il s'est trouvé des personnes qui pour se gagner l'estime du peuple, aient bien voulu faire les bouffons en public. [..] Ce furent de jeunes débauchés à qui le vin avait ôté la honte que la nature a attachée aux actions malhonnêtes, qui osèrent paraître les premiers sur des théâtres. Ce ne fut pas même sans quelque reste de cette honte, qui les obligea de se barbouiller le visage avec de la lie, ou de prendre des masques pour n'être pas connus.
(p. 169)

(5)

Laissons là pour une autre fois l'histoire d'Erigone, et celle de la Chienne Maera, qui ont tant fait parler d'Icaria. Il est certain que les paysans y ont inventé la comédie. Icarius, à qui appartenait ce village, homme célèbre pour avoir été le premier qui ait su cultiver la vigne, ayant un jour fait écorcher une chèvre qu'il avait trouvée ravageant ses raisins en fit enfler la peau et la donna pour le divertissement de ses paysans, qui se mirent à sauter dessus en folâtrant, parés de pampre, et le visage barbouillé de lie de vin.
(p. 278)

(6)

Nous choisîmes un vieux canonnier qui avait passé la ligne, pour faire la cérémonie. On lui mit une vieille robe de chambre et on lui attacha plusieurs bouteilles autour de lui, après l'avoir barbouillé comme un masque, puis on le fit asseoir, et on mit devant lui un siège fur lequel on posa un livre de cartes marines et un coutelas nu.
(p. 30)

(7)

Le maître-valet vient au pied du grand mât, le visage barbouillé, et le corps revêtu de quantité de câbles roulés tout autour, dont il y en a même quelques-uns qui lui pendent des bras. Il est suivi de cinq ou six matelots équipés de même, et tient entre ses mains quelque livre de marine, pour représenter le livre des Evangiles.
(p. 324)




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