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Benêt d'Aristote


"Voyez un peu l'habile homme, avec son benêt d'Aristote."
Le Médecin malgré lui, I, 1.

L'autorité morale absolue accordée à Aristote est régulièrement mise en cause dans les milieux mondains, notamment chez La Mothe le Vayer :

III. PROBLEME.
Est-on obligé de suivre toujours dans la philosophie les sentiments de cet Aristote dont nous venons de parler ?

Non : parce que ce serait captiver nos esprits, qui doivent être libres ; et faire tort non seulement à Platon, mais encore à une infinité d'autres philosophes qui ont eu leurs opinions fondées fur des raisons probables, & néanmoins contraires aux siennes. Il était homme, et par conséquent sujet à se méprendre, n'y ayant que les Anges, qui puissent discourir sûrement et lumineusement des vérités qui nous font inconnues. Pourquoi renoncer à notre franc arbitre, et s'assujettir à la tyrannie de qui que ce soit ?

Oui : A cause qu'il est absolument nécessaire d'observer quelque ordre dans nos études, qui seraient trop confuses sans cela. Outre qu'Averroès a prononcé que la doctrine de ce prince du Lycée était la souveraine vérité, Aristotelis doctrinam esse summam veritatem, quoniam ejus intellectus finis fuit humani intellectus : la Providence Divine l'ayant créé exprès pour nous faire remarquer tout ce qui peut être su, creatus et datus nobis divisa providentia, ut non ignoraremus possibilia sciri, Ainsi dans toute la Chine, où le nom d'Aristote est inconnu, il n'y a que la doctrine du grand Confucius qui soit suivie, tous les Loytias & Mandarins n'étant examinés que sur sa doctrine. Et nous apprenons du Père Martini, que l'Empereur de ce vaste Royaume a ordonné par édit exprès, que dans toutes les Universités les écrits de Confucius fussent expliqués suivant les sentiments du seul Docteur Chuvencungus, dont les Commentaires font préférés à tous les autres.
(La Mothe le Vayer, V, 2, p. 228-229)




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