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Ce n'est point ainsi que parle la nature


"Ce style figuré, dont on fait vanité,
Sort du bon caractère et de la vérité,
Ce n'est que jeu de mots, qu'affectation pure,
Et ce n'est point ainsi que parle la nature."
Le Misanthrope, I, 2, v. 385-388

Le naturel est opposé aux excès d'artifice d'une certaine poésie galante

  • au tome III, 1 (1657) de la Clélie, où s'opposent deux types de création poétique, l'une naturelle, l'autre en "galimatias pompeux" (1)
  • dans Célinte (1661) de Mlle de Scudéry (2).

Les qualités des "beaux vers" sont celles mêmes que le Père Bouhours attribuera aux productions du bel esprit dans ses Entretiens d'Ariste et d'Eugène (1671) (3).

La même année, la préface du Recueil de poésies chrétiennes et diverses reconnaîtra le "rapport" à la nature comme critère d'évaluation de la poésie (4)

Plus haut, Oronte faisait l'éloge de son sonnet en affirmant que "ce ne sont point de ces grands vers pompeux" (voir aussi "ce style figuré").

Dans L'Ecole des femmes, Horace s'émerveillait, en lisant une lettre écrite de la main d'Agnès, de la "pure nature" qui s'y manifestait ("de tendresse innocente et d'ingénuité").


(1)

Une dame propose de faire la lecture de vers :

Après m'avoir encore protesté qu'elle savait bien que ceux qu'elle allait dire les premiers étaient fort mauvais, et qu'elle rougissait de les avoir retenus, elle me dit les douze plus beaux vers que je n'aie jamais vus. Véritablement ce n'étaient pas de ces vers hérissés de pointes, qui ne plaisent qu'à des esprits mal tournés, mais c'étaient des vers nombreux et naturels, qui avaient encore plus de passion que d'esprit; et qui avaient pourtant tout l'esprit qu'il leur fallait, parce que c'est en avoir beaucoup que de n'en montrer point trop en ces sortes de poésies, qui doivent avoir un certain caractère amoureux, où il est dangereux de briller trop, et où il s'agit plutôt que d'exciter la tendresse, et de toucher le coeur que de plaire et de divertir.

Puis

après avoir pris son ton comme pour chanter et avoir fait toutes les mines que font celles qui se persuadent de bien réciter des vers, et qui les récitent avec trop d'affectation, elle m'en dit que je voudrais pouvoir vous dire pour vous divertir, car je ne crois pas qu'il y en ait jamais eu de semblables. Ils avaient de grandes et belles paroles, le son était même agréable, on eût dit quand on y pensait guère qu'ils voulaient dire quelque chose; et l'on y entrevoyait de l'esprit ; mais avec tout cela, ce n'étaient que de fausses pointes, mises en galimatias pompeux, semé d'antithèses et de tendres expressions hors de leur place.
(p. 72-74)

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(2)

Otez des chansons passionnées les soupirs, les larmes et les hélas je meurs de tous ces amants qui ne meurent point et qui ne veulent pas seulement souffrir, elles ne toucheront point du tout.
(Célinte, p. 175)

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(3)

Il ne doit y avoir ni obscurité, ni embarras dans tout ce qui part d'un bel esprit : ses pensées, ses expressions doivent être si nobles et si nettes que les intelligents l'admirent et les plus simples l'entendent. [...] Cette beauté doit être simple et naïve, sans fard et sans artifice, pour faire son effet ; et vous devez juger par là de ces esprits qui ne sont point naturels, qui sont toujours guindés, et qui ne veulent jamais rien dire qui ne surprenne et n'éblouisse.
(Entretiens d'Ariste et d'Eugène, p. 203)

(4)

On dit que la beauté solide consiste dans la vérité; que rien de faux n'est capable de plaire longtemps; que les vers doivent avoir du rapport avec la nature; c'est-à-dire avec les inclinations les plus naturelles et les plus universelles [...] Tout cela est véritable et les personnes judicieuses observent en effet toutes ces choses, soit qu'ils y fassent, soit qu'ils n'y fassent pas de réflexion.
(n. p.)




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