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Ce n'est point moi qui veux me battre


"– Il suffit, Dom Juan, je vous entends, ce n'est pas ici que je veux vous prendre, et le lieu ne le souffre pas; mais avant qu'il soit peu, je saurai vous trouver - Vous ferez ce que vous voudrez, vous savez que je ne manque point de cœur, et que je sais me servir de mon épée quand il le faut, je m'en vais passer tout à l'heure dans cette petite rue écartée qui mène au grand couvent, mais je vous déclare pour moi, que ce n'est point moi qui me veux battre, le Ciel m'en défend la pensée, et si vous m'attaquez, nous verrons ce qui en arrivera."
Don Juan ou le Festin de pierre, V, 3

La proposition voilée que fait Don Juan pour contourner l'interdit du duel (voir "un duel met les gens en mauvaise posture") est apparentée à celle qui était prévue par

  • le père jésuite de la septième des Provinciales (1656) de Pascal (1)
  • un passage de l'Opusculum singularia universae fere theologiae moralis complectens, adversus quorundam expostulationes contra nonnullas Jesuitarum opiniones morales (1664) d'Amadaeus Guimenius (Mateo de Moya), ouvrage condamné par la faculté de théologie de Paris en 1665 (2)


(1)

O mon Père! lui dis-je, voilà un beau fruit de la direction d'intention! Je vois bien qu'elle est de grande étendue; mais néanmoins il y a de certains cas dont la résolution serait encore difficile, quoique fort nécessaire pour les gentilshommes. - Proposez-les pour voir, dit le Père. - Montrez-moi, lui dis-je, avec toute cette direction d'intention, qu'il soit permis de se battre en duel. - Notre grand Hurtado de Mendoza, dit le Père, vous y satisfera sur l'heure, dans ce passage que Diana rapporte p. 5 tr. 14, r. 99. Si un gentilhomme qui est appelé en duel est connu pour n'être pas dévot, et que les péchés qu'on lui voit commettre à toute heure sans scrupule fassent aisément juger que, s'il refuse le duel, ce n'est pas par la crainte de Dieu, mais par timidité; et qu'ainsi on dise de lui que c'est une poule et non pas un homme, gallina et non vir, il peut, pour conserver son honneur, se trouver au lieu assigné, non pas véritablement avec l'intention expresse de se battre en duel, mais seulement avec celle de se défendre, si celui qui l'a appelé l'y vient attaquer injustement. Et son action sera tout indifférente d'elle-même. Car quel mal y a-t-il d'aller dans un champ, de s'y promener en attendant un homme, et de se défendre si on l'y vient attaquer? Et ainsi il ne pèche en aucune manière, puisque ce n'est point du tout accepter un duel, ayant l'intention dirigée à d'autres circonstances. Car l'acceptation du duel consiste en l'intention expresse de se battre, laquelle celui-ci n'a pas.

(2)

PROPOSITIO VIII
Vir equestris ad duellum provocatus potest illud acceptare, ne timiditatis notam apud alios incurrat
« De caritate », p. 87




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