[retour à un affichage normal]

Accueil > Outils > Ce ne sont point de ces grands vers pompeux

Ce ne sont point de ces grands vers pompeux


"[...] Ce ne sont point de ces grands vers pompeux,
Mais de petits vers doux, tendres, et langoureux."
Le Misanthrope, I, 2, v. 307-308.

Dans Le Parnasse réformé (1668) de Guéret, le personnage de Ronsard se moque de cette affectation des gens de cour à composer des vers doux et tendres :

Ce que vous dites de ces marquis à sonnets et à madrigaux est bien remarqué, reprit Ronsard, leur galimatias de cour a corrompu toutes les beautés de notre art. Leur style qu'ils appellent tendre et coulant a rendu la poésie toute molle et efféminée, et au lieu de cette noble fureur qui enfantait autrefois les grands ouvrages, on ne voit plus maintenant qu'un emportement ridicule qui ne produit que des bagatelles. Mais ce que je trouve de plus plaisant dans leur boutade et que vous ne dites pas, c'est qu'ils seraient fâchés de faire de meilleurs vers, de crainte qu'on ne les crût poètes. Voilà une étrange politique de se rendre ridicule en craignant de le devenir, et de rejetter la réputation de bon poète pour acquérir celle de méchant versificateur. Ecoutez-les, je vous prie, parler ces Messieurs les distillateurs de maximes douces et amoureuses, ils n'ont autre chose dans la bouche que ces paroles : Je me donne au Diable si je suis poète, et si je sais seulement ce que c'est qu'enthousiasme. Je fais des vers, il est vrai, mais c'est pour tuer le temps, encore ce sont de petits vers galants que je compose en me peignant, je laisse aux poètes de profession tout ce grand attirail de fictions et de termes ampoulés, je m'arrête seulement aux expressions tendres et délicates, et je crois, Dieu me damne, avoir attrapé cet air de cour, dont la manière badine dame le pion à la gravité des savants.
(Le Parnasse réformé [1668], seconde édition, 1669, p. 55-56)

Alceste formulera précisément au sonnet d'Oronte le reproche : "ce n'est point ainsi que parle la nature".

Plus bas, Oronte emploiera un autre lieu commun de la création galante, affirmant, à propos de son sonnet, qu'il n'a mis qu'"un quart d'heure à le faire".




Sommaire | Index | Accès rédacteurs