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Ce que chez nos voisins on dit partout de nous


"Hé! Mon Dieu! nos Français, si souvent redressés,
Ne prendront-ils jamais un air de gens sensés,
Ai-je dit, et faut-il sur nos défauts extrêmes
Qu'en théâtre public nous nous jouions nous-mêmes,
Et confirmions ainsi par des éclats de fous
Ce que chez nos voisins on dit partout de nous ?"
Les Fâcheux, I, 1, v. 21-26

Les Français avaient la réputation de manquer de retenue et de bienséance. La discussion (et la réfutation) de ce préjugé avait même fait l'objet de l'un des discours de Michel de Marolles, rédigé en 1656-1657 (1).

Dans L'Ecole des femmes, Arnolphe déplore la "vanité sotte", qui serait "de nos Français l'ordinaire défaut".


(1)

Premier Discours

S'il faut ajouter foi aux raisons de ceux qui appellent Paris et les Français barbares [Dans la table des matières, le titre complet est « S'il faut ajouter foi aux raisons de ceux qui appellent Paris et les Français barbares, et que les Français ne sont point plus légers que les autres peuples de l’Europe»]

C'était environ la fin du mois de septembre de l'année 1656 [...] [N]ous étant engagés à parler de l'humeur des Nations, Monsieur de S.S., qui a voyagé en divers pays, et qui sait mille belles choses, entreprit de blâmer les Français, et voulut bien même donner le nom de barbare à la ville de Paris.
(Michel de Marolles, Mémoires, t. II, Paris, A. de Sommaville,1656-1657, p. 5)

Voyons donc en quoi nos cruels Amis fondent [...] leur raisonnement. [...] A les ouïr parler, on s'imaginerait que les disciplines n'ont point d'accès dans ce Royaume, et qu'il n'y a point de Magistrats [...] ni de Puissance capable de faire observer les justes lois contre le désordre et la confusion. [...] [On nous dit qu'] il faut renouveler souvent les mêmes édits pour réprimer la licence du peuple, et si l'on en vient encore rarement à bout. [...]
(ibid., p. 7)

On dit que le désordre, la confusion, et la témérité des mouvements [...] changent à toute heure la face de cette monstrueuse ville.
(ibid., p. 24)

On dit donc par le reproche le plus ordinaire qui se fasse aux Français, et dont Aletophile demeure d'accord dans sa lettre, ou dans sa satire à Philotime; que l'humeur des Français est légère, qu'on leur souhaite la fermeté, la discrétion, les désintéressements et la fidélité.
(ibid., p.26)

On nous dit que les Italiens, par exemple, sont beaucoup plus graves que nous dans toutes les cérémonies, et qu'ils y gardent bien mieux les lois de la bienséance, sans qu'il s'y passe les moindres désordres.
(ibid., p.8)

Il n'y a que les modes qui changent si souvent aux habits des hommes et des femmes, d'où l'on prend sujet de faire croire au peuple qu'il n'y a que le seul Français qui marque en cela une extrême inconstance [...]Il est vrai que les Français, c'est-à-dire les jeunes gens de la Cour et des grandes villes [...] portent aujourd'hui des trois cents aulnes de ruban de diverses couleurs sur les chausses, ils en portent autour de leur chapeau, et ils en parent leur chevaux et les rideaux de leurs carrosses. Ces rubans s'appellent galants, et les femmes trouvent cela beau.
[note en marge: "ceci fut composé un peu avant que l'édit fut publié contre cette mode inutile"].
(ibid., p. 33)

Marolles, qui refuse de reconnaître toute supériorité des Italiens sur les Français, cite la satire de Juvénal sur les embarras de Rome (Satire 3) et commente :

[L]e peuple de Rome n'était guère plus différent en ce temps-là que celui de Paris le peut être à présent.
(ibid. p. 19)




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