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Ce qui sied bien à un sexe


"Ce qui sied bien à un sexe ne sied pas bien à l'autre. Il est beau qu'une femme soit insensible, et conserve son cœur exempt des flammes de l'amour; mais ce qui est vertu en elle, devient un crime dans un homme. Et comme la beauté est le partage de notre sexe, vous ne sauriez ne nous point aimer, sans nous dérober les hommages qui nous sont dus, et commettre une offense dont nous devons toutes nous ressentir. "
La Princesse d'Elide, III, 4

Dans l'"Histoire de Timante et Parthénie" du Grand Cyrus (1649-1653) des Scudéry figure une description de la pratique amoureuse à la cour de Chypre, qui établit une distinction analogue à celle que réclame la Princesse d'Elide :

En notre cour, l'amour n'est pas seulement une simple passion comme partout ailleurs, mais une passion de nécessité et de bienséance : il faut que tous les hommes soient amoureux, et que toutes les dames soient aimées ; nul insensible parmi nous n'a jamais été estimé, excepté le prince Philoxipe qui ne le fut pas longtemps ; on reproche cette dureté de coeur comme un crime à ceux qui en sont capables, et la liberté de cette espèce est si honteuse que ceux qui ne sont point amoureux font du moins semblant de l'être. Pour les dames, la coutume ne les oblige pas nécessairement à aimer, mais à souffrir seulement d'être aimées ; et toute leur gloire consiste à faire d'illustres conquêtes et à ne perdre pas les amants qu'elles ont assujettis, quoiqu'elles leur soient rigoureuses ; car le principal honneur de nos belles est de retenir dans l'obéissance les esclaves qu'elles ont faits, par la seule puissance de leurs charmes, et non pas par des faveurs.
(VI, 1, p. 3560)




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