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Cent préceptes divers


"On se propose à tort cent préceptes divers
Pour vouloir d'un œil sec, voir mourir ce qu'on aime"
Consolation à La Mothe le Vayer sur la mort de son fils, v. 5-6

Le principe invoqué, d'origine stoïcienne, figurait dans le Manuel d'Epictète. On pouvait le lire dans la traduction qu'en procure Gilles Boileau au sein de son traité de La Vie d'Épictète et l'Enchiridion, ou l'Abrégé de sa philosophie (1655) (1)

La Mothe le Vayer, qui avait consacré un de ses "petits traités" à une "Consolation" (Derniers Petits Traités, 1660) (éd. des Oeuvres de 1756, VII, 2, p. 75-91), avait, pour sa part, avancé des arguments invitant à réagir avec modération d'esprit à la perte des proches

  • dans son "homilie académique" "Du deuil" (Homilies académiques, 1664) (2)
  • dans son "petit traité" "De la mort des amis" (Nouvelle Suite des petits traités, 1659) (3), .


(1)
C'est le vrai moyen [en marge : Ch. 8] de n'être jamais troublé, que de considérer toutes les choses qui sont pour notre plaisir, ou pour notre utilité, ou pour qui nous avons quelque affection, comme elles sont en elles-mêmes. Il faut commencer à examiner jusqu'aux moins importantes, par exemple quand vous remuez un pot de terre, songez que c'est un pot de terre que vous remuez, et qu'il se peut casser très aisément ; Car ayant fait cette réflexion, si par hasard il se casse vous n'en serez pas plus ému. De même si vous aimez votre fils, ou votre femme, souvenez-vous que c'est un homme que vous aimez ; car par ce moyen, si la mort leur arrive elle ne vous surprendra point.
(p. 81-83)

Si vous souhaitez que [en marge : Ch. 20] vos enfants, que votre femme, et que vos amis vivent toujours, vous avez perdu le sens ; parce que c'est vouloir que ce qui ne dépend aucunement de vous, en dépende absolument, et que ce qui est à autrui vous appartienne.
(p. 97)

(2)

N'est-ce pas la mort des personnes que nous affectionnons le plus qui nous paraît insupportable ? Est-il possible, que nous nous affligions de la sorte, d'une chose si ordinaire, et si nécessaire ?
Homo vitae commodatus, non donatus est.
comme Labérius l'a fait autrefois prononcer sur le théâtre Romain. En tout cas, que perd celui qui abandonne la vie après en avoir jouï quelque temps. Elle n'est qu'une révolution de jours et de nuits, tellement semblables, que selon le dire d'un des plus anciens Philosophes de la Grèce, un seul de ces jours, unus dies par omni est ; de sorte qu'on peut soutenir avec raison, que celui qui en voit moins qu'un autre, ne perd rien qu'il doive fort regretter :
Lucret. ... versamur ibidem atque insumus usque,
Nec nova vivendo procuditur ulla voluptas.

Après tout, de quoi est-il question ? d'une chose, dit Aristote au premier Livre de ses Ethiques à Eudémus, chapitre cinquième, dont personne n'aurait envie de se charger, s'il la connaissait avant qu'on la lui donne, et que nul homme de jugement ne reprendrait l'ayant une fois délaissée, encore qu'il fût en son pouvoir de le faire. Cependant nous pleurons ceux qui en sont privés, et nous les pleurons d'autant plus, que nous voyons qu'ils la quittent eux-mêmes mal volontiers, à peu près comme ceux, qui ne peuvent changer une demeure si fâcheuse qu'elle soit, parce qu'ils y sont accoutumés, sic veteres inquilinos indulgentia loci et consuetudo etiam inter injurias detinet. N'est-ce pas une grande perversité de raisonnement d'appréhender une fin qui ne peut être évitée ?
(éd. des Oeuvres de 1756, III, 2, p. 331-332)

(3)

S'affliger en semblable rencontre du trépas d'un ami, c'est être aussi injuste et ridicule que ceux qui se plaignent de la chute des feuilles d'automne, à cause qu'elles leur ont été agréables l'été. Quid lucidius Sole ; et hic deficiet, dit Salomon dans son Ecclésiastique.
(éd. des Oeuvres de 1756, VII, 1, p. 46)

En effet le tombeau est celui, qui nous met à couvert de toutes les disgrâces de la vie ; inexpugnabilis arx sepulcrum est : et pourquoi s'affliger de voir un ami dans un lieu de si grand repos ? Si les larmes accompagnent quelquefois les obsèques de son corps, les contentements, dont nous croyons, que jouit son âme glorieuse, nous obligent ensuite à la joie.
(ibid., p. 50)




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