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Ces chaînes du ciel qui tombent sur nos âmes


"Mais ces chaînes du ciel qui tombent sur nos âmes,
Décidèrent en moi le destin de leurs flammes"
Don Garcie de Navarre, I, 1, v. 11-12

A la sc. I, 1 de la comédie Le gelosie fortunate del principe Rodrigo, source de la pièce de Molière, Delmira se félicitait que sa suivante Délia, dont l'amant n'est pas jaloux, soit née «sous une étoile bienveillante» (p. 11).

L'idée que l'amour est le fait d'une configuration astrale est aussi développée dans l'Almahide des Scudéry :

[J]e vous conjure de me dire si cette passion philosophique, qui regarde, qui considère, qui examine, qui met des arguments en forme, et qui après en avoir tiré ses conséquences, conclut qu’elle doit faire aimer, a le moindre trait, ni seulement le moindre air, de tout ce que l’on voit en amour ? […] Mais il n’en est pas de même de l’amour : car comme elle tombe de haut, et c’est à dire des étoiles ; elle tombe dans le cœur avec une rapidité qui l’entraîne, et qui ne lui laisse pas le loisir de délibérer. L’âme se trouve prise avant qu’elle ait eu le temps de considérer ce qui la prend : le premier instant de la vue de l’objet aimé, est le premier instant de sa passion : à peine les yeux savent-ils qu’il est aimable, que le cœur sent qu’il le doit aimer, ou qu’il l’aime : et par une invisible chaîne, qui l’attache visiblement, cette constellation dominante, cette puissance occulte et tyrannique, que nous appelons inclination ; l’attire avec une force sans égale ; le retient par des liens qu’il ne saurait rompre ; et l’embarrasse dans des filets, dont il ne saurait se dégager […] Il faut conclure […] que notre choix fait nos amitiés, mais que les astres font notre amour, et […] que l’amour par inclination est la plus puissante, et à proprement parler la seule amour.
(Almahide, t. V [Suite de la 2e partie, t. 2], 1661, p. 1690-1698)




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