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Ces eaux, ces blancs, ces pommades


"Elle ne se doit parer,
Qu'autant que peut désirer
Le mari qui la possède.
C'est lui que touche seul le soin de sa beauté;
Et pour rien doit être compté:
Que les autres la trouvent laide.

Loin ces études d'oeillades,
Ces eaux, ces blancs, ces pommades,
Et mille ingrédients qui font des teints fleuris :
A l'honneur tous les jours ce sont drogues mortelles"
L'Ecole des femmes, III, 2 (v. 754-763)

Le Catéchisme du Concile de Trente avait mis en garde contre les dangers des regards et condamné les "parures du diable" qui visent à les attirer (1).

Ces préceptes trouvent un écho

  • dans les traités sur la mariage, tels que le Traité de la jalousie (1674) d'Antoine Courtin (2)
  • dans les ouvrages destinés à l'individu pécheur. Ainsi, dans La Somme des péchés (1587) du R.P. Benedetti (3)
  • dans des sermons comme ceux du Père Lejeune (publiés en 1662) (4)
  • dans le traité La Dévotion aisée (1652) du P. Le Moyne (5).

Dans Les Précieuses ridicules, Gorgibus s'emportait contre Cathos et Magdelon pour le "lait virginal", le lard d'une douzaine de cochons, et "les pieds de mouton qu'elles emploient".


(1)

Ce qui allume le plus ordinairement la passion impure dans les cœurs, ce sont les regards. C’est pourquoi Notre-Seigneur nous dit: « Si votre œil vous scandalise, arrachez-le, et jetez-le loin de vous. » Les Prophètes avaient parlé dans le même sens. « J’ai fait un pacte avec mes yeux, dit Job, pour éviter toute pensée dangereuse. » Et d’ailleurs, nous avons des exemples presque innombrables des désordres qui ont eu leur source dans la curiosité mauvaise des regards. Il n’y a qu’à se rappeler le péché de David, celui du roi de Sichem, et enfin celui des vieillards qui se firent les calomniateurs de Suzanne.

Les parures trop élégantes, si bien faites, malheureusement, pour attirer les regards, sont encore une des sources les plus ordinaires de l’impureté. De là cet avertissement que nous donne l’Ecclésiaste : « détournez vos yeux d’une femme parée ». Et comme les femmes sont d’ordinaire trop attachées aux ornements du corps, il est nécessaire que le Pasteur les avertisse de temps en temps d’éviter ce défaut, et même de leur faire entendre sur ce point le langage sévère de l’Apôtre Saint Pierre: « Que les femmes ne se parent point au dehors par l’art de leur chevelure, par les ornements d’or, ni par la beauté des vêtements. » Et Saint Paul, de son côté, leur défend « les cheveux frisés, les ornements d’or, les pierres précieuses, les vêtements somptueux. » Souvent en effet ces ornements extérieurs ont fait perdre le véritable ornement de l’âme et du corps.
(Chapitre XXXIV, "Du sixième commandement", § 4, "Autres remèdes contre l'impureté").

-- (2)

Qu'elle sache que l'amour entre personnes mariées est de peu de durée, quand il a seulement pour objet la beauté et l'agrément extérieur; [...] que ce ne sont pas les ajustements du corps qui parent et honorent les femmes mariées, mais ceux de l'esprit, c'est-à-dire cette parure qui vient de la vertu, la douceur, la modestie et l'obéissance envers leurs maris.
(p. 153)

(3)

La fille ou femme laquelle s'habille pompeusement, soit en allant à l'Eglise, aux compagnies ou ailleurs, pour complaire charnellement à d'autres qu'à son mari, nonobstant que l'effet ne s'ensuive, pèche mortellement pour ce que son intention est sinistre et perverse.
(R.P. Benedicti, La Somme des péchés, et le remède d'iceux, Paris, A. Sittard, 1587, p. 190)

l'homme ou la femme qui s'habille pompeusement pour attirer un autre à luxure pèche mortellement : car déjà l'intention est dépravée. Ce vice est fort débordé et principalement en notre Royaume de France, qui en est et en sera à tout jamais appauvri.
(Ibid., p. 250)

(4)

Sermon LXI, "Contre les vains ornements des femmes, qui sont des amorces de lubricité"
Parce que les filles de Sion s'en sont fait accroire, et qu'elles ont marché la tête droite et qu'elles jetaient des oeillades d'amourettes, [...] leur Seigneur leur arrachera leurs moustaches, il leur ôtera l'ornement de leurs souliers et les agrafes d'argent, les colliers et les bracelets, les voiles de toile de lin et les rubans, les jarretières, les chaînes d'or, les pommes de senteur, les pendants d'oreilles, les anneaux et les perles et mutatoria; il leur ôtera les robes de parade et les petits manteaux, les mouchoirs de col, les poinçons de tête, les miroirs, le beau linge et les coiffes; au lieu de parfum elles auront la puanteur; au lieu de ceinture et demi-ceint, elles auront une corde, au lieu de cheveux frisés, elles auront la tête pelée; au lieu de mouchoir de col, elles seront couvertes de cilices.
[...]
Friser vos cheveux, farder votre visage et monter sur vos patins, c'est vouloir corriger l'ouvrage de Dieu, c'est le reprendre de manquement.
[...]
Ce visage de chair est la créature de Dieu, ce visage de fard et de plâtre est l'ouvrage du diable.
(Le Missionnaire de l'Oratoire, ou Sermons pour les avents, carêmes et fêtes de l'année par le P. Le Jeune, dit le P. aveugle, Toulouse, 1662, in Collection intégrale et universelle des orateurs sacrés publiés par l'abbé Migne, 1844-1866, t. III, p. 708)

(5)

Surtout elle condamne cet art corrupteur de la nature et réformateur des œuvres de Dieu, qui fait état de blanchir les noires, de rajeunir les vieilles, d’embellir les laides. C’est pourtant un art de fourbes et d’impostures [sic] que cet art ; et celui-là, quoi qu’on en dise, est bien moins trompeur, qui se vante de savoir faire des diamants avec du sable et de l’or avec du cuivre. Il promet de faire une jeunesse de soixante ans, de rappeler le printemps après l’automne, de conserver les fleurs jusques aux neiges ; et il gâte les dents, il avance les rides, il fait tomber les cheveux et ruine généralement tout l’édifice qu’il replâtre et qu’il réforme.
Il se fait nommer l’Artisan des grâces, et il ne sort que des monstres de sa boutique. En effet, l’Afrique peut-elle rien produire de plus étrange, les fables peuvent-elles rien feindre de plus bizarre, et se peut-on rien imaginer de plus extravagant qu’un visage composé de six bouteilles et d’autant de boîtes ; qu’une tête assemblée de parties achetées en dix boutiques ; qu’une femme où il entre plus de pièces rapportées que dans un ouvrage de marqueterie ; qu’une Française qui est espagnole et africaine, qui est indienne et anglais, qui a le front d’un blanc au-delà les monts et les joues d’un rouge d’outre-mer, qui a des dents venues de levant et des cheveux apportés du nord ?
Mais que dira-t-on de cette hypocrisie de la taille, de ce mensonge perpétuel de toute la personne ? Est-il moins coupable et sera-t-il moins rigoureusement puni que celui de la parole ? Que dira-t-on de cette entreprise faite sur l’image de Dieu, de cette falsification de ses traits ? sera-t-elle moins criminelle que la falsification de la monnaie, que la corruption des sceaux du prince ?
Que dira-t-on encore de cette critique arrogante et présomptueuse, de cette censure impie et sacrilège qui entreprend de corriger le chef-d’œuvre du grand Maître, qui ose lui donner de nouvelles règles et des idées plus parfaites que les siennes, qui veut lui apprendre à mieux faire les hommes qu’il ne les fait ?
Mais s’il y a des malédictions et des anathèmes lâchés sur ceux qui changent une syllabes en ses paroles, qui augmentent ou qui diminuent ses Écritures d’une seule lettre, n’y aura-t-il point de peines préparées à ceux qui pervertissent le plus bel ouvrage de ses mains, qui falsifient son image, qui altèrent sa ressemblance ?
(La Dévotion aisée, p. 150-154)




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