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Ces sortes de périls ne m'ont jamais arrêté


"Ces sortes de périls ne m'ont jamais arrêté, et je hais ces cœurs pusillanimes, qui pour trop prévoir les suites des choses, n'osent rien entreprendre."
Les Fourberies de Scapin, III, 1

L'esprit d'entreprise que vante Scapin était présenté comme la qualité essentielle du "bon esprit" dans les Considérations politiques sur les coups d'état (1667) de Gabriel Naudé :

Un bon esprit ne désespérera jamais de pouvoir surmonter toutes les difficultés, qui empêcheraient peut-être quelque autre d'exécuter ou d'entreprendre ces affaires d'importance. Comme par exemple, s'il est question qu'un ministre soit pour le service de Dieu, ou pour celui de son maître, songe aux moyens de ruiner quelque république ou empire, cette maxime générale lui fera croire de premier abord qu'une telle entreprise n'est pas impossible.
(p. 217)

Par la force j'entends certaine trempe et disposition d'esprit toujours égale en soi, ferme, stable, héroïque, capable de tout voir, tout ouïr, et tout faire, sans se troubler, se perdre, s'étonner ; laquelle vertu se peut facilement acquérir en faisant des continuelles réflexions sur la condition de notre nature faible, débile, et sujette à toutes fortes de maladies et d'infirmités, sur la vanité des pompes et honneurs de ce monde; sur la faiblesse et imbécilité de notre esprit ; sur les changements et révolutions des affaires ; sur les diverses faces et métaschématismes du ciel et de la terre; sur la diversité des opinions, des sectes, des religions, sur le peu de durée de toutes choses.
[...]
Monsieur le Chancelier de l'Hôpital qui était pourvu de cette force d'esprit autant qu'aucun autre de ceux qui l'ont précédé ou suivi, la décrivait encore plus brièvement, quoiqu'en termes beaucoup plus hardis, desquels même il avait composé la devise si fractus illabatur orbis impavidum ferient ruinae. Arrière doncques de ce ministère tant d'esprits faibles et efféminés, tant d'âmes couardes et pusillanimes, qui s'épouvantent des premières difficultés, qui fuient à la moindre résistance, et qui perdent l'esprit lorsqu'on leur parle de quelque grande résolution.
(p. 308-309)

De même, dans Le Prince de Machiavel :

Mon avis est bien qu'il est meilleur d'être chaud et prompt à l'exécution que froid et craintif ; parce que la fortune est de la nature des femmes, laquelle il faut battre et éperonner pour en avoir la raison ; et voit-on communément qu'elle se laisse plutôt manier à ses hasardeux, qu'elle ne fait aux autres qui entreprennent les choses tant froidement et avec considération. A cette cause il n'est de merveille, si comme femme elle favorise toujours les jeunes hommes, lesquels sont moins considératifs, plus féroces et lui commandent avec plus grande audace.
(trad. de 1640, p. 233-234)

(voir également "qui l'emportera, de ce diable ou de nous")




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