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Cette grande raideur des vertus des vieux âges


"Cette grande raideur des vertus des vieux âges,
Heurte trop notre siècle, et les communs usages,
Elle veut aux mortels, trop de perfection,
Il faut fléchir au temps, sans obstination"
Le Misanthrope, I, 1 (v. 153-156)

Dans les "Sentiments d'un honnête et habile courtisan sur cette vertu rigide et ce sale intérêt", rédigés en 1668, Saint-Evremond tient des propos similaires :

Il faut oublier un temps, où c'était assez d'être sévère pour être cru vertueux, puisque la politesse, la galanterie, la science des voluptés font une partie du mérite présentement.
Pour la haine des méchantes actions, elle doit durer autant que le monde ; mais trouvez bon que les délicats nomment plaisir ce que les gens rudes et grossiers ont nommé vice, et ne composez pas votre vertu de vieux sentiments qu'un naturel sauvage avait inspiré aux premiers hommes.
(Oeuvres, 1706, p. 369)

La Mothe le Vayer décrit quant à lui la haute vertu des Stoïciens en ces termes :

Il n'y avait point de crimes qui ne fussent égaux [...] Le pilote qui brise son vaisseau chargé de paille n'est pas moins à reprendre que s'il l'était d'or ou de pierreries. Et la raison est une ligne, qui n'importe pas de combien vous passiez, depuis que vous l'avez une fois franchie. [...] [L]es moindres fautes devenaient irrémissibles par leurs principes. Il n'y avait point de petits coupables, ni de vicieux à demi, quiconque avait la moindre tâche en sa conscience était un fou parfait, et un insensé.
Mais les Stoïciens n'ont jamais avancé de si surprenantes, ni de si extraordinaires propositions qu'à l'égard de ces derniers, lorsqu'ils se sont plus à représenter leur sage si parfaitement accompli, que souvent ils ont été contraints d'avouer eux-mêmes, qu'encore que le modèle en fût au ciel, on ne voyait rien de si exquis, ni de si achevé sur la terre.
("De Zénon Cypriot et de la secte stoïque", dans De la Vertu des payens, 2e partie, Oeuvres, V, 1, p. 212-213)




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