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Choisir un mari


"Et je crois qu'il est bon de pourvoir Henriette,
De choisir un mari... – C'est à quoi j'ai songé,
Et je veux vous ouvrir l'intention que j'ai.
Ce Monsieur Trissotin dont on nous fait un crime,
Et qui n'a pas l'honneur d'être dans votre estime,
Est celui que je prends pour l'époux qu'il lui faut,
Et je sais mieux que vous juger de ce qu'il vaut;
La contestation est ici superflue,
Et de tout point chez moi l'affaire est résolue."
Les Femmes savantes, II, 8 (v. 625-634)

Le roman Alexis (1622) de Jean-Pierre Camus développait une scène dans laquelle mari et femme entrent en conflit pour le choix du futur époux de leur fille :

Elle lui dit une fois tout en colère : "A ce que je vois, Monsieur, vous ne communiquez pas vos secrets à votre femme" ; l'autre lui répondit tout froidement : "Il n'en est pas de besoin, mais encore qu'y a-t-il de nouveau qui vous cause ce langage? – Quoi, vous mariez donc vos filles sans moi, dit-elle. – Et quelle fille, dit le bonhomme ? – Votre fille Angèle, reprit l'irritée Pinciane, de laquelle vous faites une idole. – Comment m'amie, dit Théodose, ne vous ai-je pas dit plusieurs fois que j'avais jeté l'oeil sur Ménandre, que je me promettais de grandes choses de ce jeune homme, et que je lui voulais donner une de mes filles pour le faire héritier de ma charge? – Eh quoi, dit-elle, donner votre charge qui est tout l'honneur de votre maison, à un jeune oiseau inconnu, un cadet qui n'a rien que la langue et les dents, que la cape et l'épée, à quoi pensez-vous? il y a tant d'autres personnes de qualité qui se tiendraient honorées de votre alliance. – Mamie, dit Théodose, s'ils étaient de qualité ils n'auraient que faire de la mienne : recevoir un gendre chez moi, qui fût aussi grand que moi, ce serait y admettre un compagnon, et vous savez que qui a compagnon a maître ; je veux un beau-fils qui soit souple à mes commandements, et dont le mérite personnel passant les moyens des autres n'empêche point que sa fortune dépende de ma volonté. – A ce cadet, répliqua la pinçante Pinciane, il ne faudrait au plus donner qu'une cadette. – Et quelle apparence, dit le bonhomme, de marier Agathe en un âge qui sort à peine de l'enfance? – O Monsieur, dit-elle, il serait encore trop heureux ; et puis il n'est pas temps que vous quittiez votre charge. Dieu vous conservera encore longues années s'il lui plaît."
Or ce n'était pas cela qui tenait cette bonne femelle, c'était une aversion secrète qu'elle avait contre la pauvre Angèle, et une passion si forte pour cette Francine, qu'elle avait mis en sa tête de la marier la première, et de me la donner, à moi qui eusse aussitôt choisi la mort.
[...]
Alors, le mari d'un ton haut et poignant: "Sachez, lui dit-il, qu'aux petites et menues affaires qui regardent le ménage, je vous ai laissé être la maîtresse, mais en celles d'importance comme celle-ci, qui regarde l'établissement de ma famille, je veux être le maître, et qu'on ne me contrarie pas davantage ; je veux que cela soit, et j'approuve la recherche d'Angèle par Ménandre, et je veux que vous la favorisiez. Le vrai moyen pour empêcher qu'une femme veuille quelque chose, c'est de la lui commander ; car leur grande Vertu est en l'inobéissance." Voilà Pinciane d'autant plus étonnée qu'elle avait moins accoutumé de sentir de semblables revers, et toute résolue de coudre la peau du renard où celle du Lion ne pouvait atteindre, elle se prépare à traverser ma fortune par toutes les fraudes et par tous les artifices qu'elle pourrait inventer.
(p. 353-355)

(voir également "le bruit me pèse et "c'est elle qui gouverne")




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