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Correspondance de Bussy-Rabutin et du Père Rapin


Lettre du Père Rapin à Bussy, 13 février 1673

Vous donnez un grand éloge à Mlle de Bussy en disant qu'elle sait sans en faire la façon. C'est la plus grande louange qu'on puisse donner à une personne de son sexe et de sa qualité. Il serait bon qu'elle vît Les Femmes savantes de Molière pour la confirmer dans ce caractère. Mandez-moi si vous ne les avez pas vues, car je les lui enverrais. Il y a dans cette comédie des caractères rares et d'une grande instruction pour une jeune personne; car le ridicule des femmes qui font vanité de ce qu'elles savent y est bien exprimé.
(éd. de 1731, t. IV, p. 21)

Lettre du Père Rapin à Bussy, mars 1673

Je vous envoie, Monsieur, Les Femmes savantes de Molière. Vous y trouverez des caractères qui vous plairont, et des choses naturelles. La querelle des deux auteurs, le caractère du mari qui est gouverné et veut paraître le maître ont quelque chose d'admirable, aussi bien que le caractère des deux soeurs. Le ridicule des femmes savantes n'est pas tout à fait poussé à bout, il y a d'autres ridicules plus naturels dans ces femmes, que Molière a laissé échapper et ce n'est pas le plus beau. Néanmoins à tout prendre, vous serez content : je ne laisse pas de vous en demander votre avis.

Lettre de Bussy au Père Rapin, 11 avril 1673

Pour la comédie des Femmes savantes, je l'ai trouvée un des plus beaux ouvrages de Molière : la première scène des deux soeurs est plaisante et naturelle; celle de Trissotin et Vadius, le caractère de ce mari qui n'a pas la force de résister en face aux volontés de sa femme et qui fait le méchant quand il ne la voit pas; ce personnage d'Ariste, homme de bon sens et plein d'une droite raison, tout cela est incomparable. Cependant, comme vous remarquez fort bien, il y avait d'autres ridicules à donner à ces savantes, plus naturels que ceux que Molière leur a donnés. Le personnage de Bélise est une faible copie d'une des femmes de la comédie des Visionnaires, il y en a d'assez folles qui croient que tout le monde est amoureux d'elles, mais il n'y en a point qui entreprennent de le persuader à leurs amants malgré eux.
Le caractère de Philaminte avec Martine n'est pas naturel; il n'est pas vraisemblable qu'une femme fasse tant de bruit et enfin chasse sa servante parce qu'elle ne parle pas bien français, et l'est moins encore que cette servante, après avoir dit mille méchants mots, comme elle doit dire, en dise de fort bons et d'extraordinaires, comme quand Martine dit :

L'esprit n'est point du tout ce qu'il faut en ménage,
Les livres cadrent mal avec le mariage;

Il n'y a pas de jugement à faire dire le mot de cadrer par une servante qui parle fort mal, quoiqu'elle puisse avoir du bon sens.

Mais enfin, pour parler juste de cette comédie, les beautés en sont grandes et sans nombre, et les défauts rares et petits.
(éd. de 1731, t. IV, p.36)




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