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Démon brouillon


"On dirait, et pour moi, j'en suis persuadé,
Que ce démon brouillon, dont il est possédé,
Se plaise à me braver, et me l'aille conduire,
Partout où sa présence est capable de nuire."
L'Etourdi, V, 1 (v. 1691-1694)

L'idée que le monde est gouverné par une fortune brouillonne avait été combattue, en tant qu'idée libertine, dans le sermon "Sur la providence" que Bossuet avait prêché lors du Carême du Louvre de 1662, quelques mois avant la parution imprimée de L'Etourdi :

Quand je considère en moi-même la disposition des choses humaines, confuse, inégale, irrégulière, je la compare souvent à certains tableaux, que l'on montre assez ordinairement dans les bibliothèques des curieux comme un jeu de la perspective. La première vue ne vous montre que des traits informes et un mélange confus de couleurs, qui semble être ou l'essai de quelque apprenti, ou le jeu de quelque enfant, plutôt que l'ouvrage d'une main savante. Mais aussitôt que celui qui sait le secret vous les fait regarder par un certain endroit, aussitôt, toutes les lignes inégales venant à se ramasser d'une certaine façon dans votre vue, toute la confusion se démêle, et vous voyez paraître un visage avec ses linéaments et ses proportions, où il n'y avait auparavant aucune apparence de forme humaine. C'est, ce me semble, Messieurs, une image assez naturelle du monde, de sa confusion apparente et de sa justesse cachée, que nous ne pouvons jamais remarquer qu'en le regardant par un certain point que la foi en Jésus-Christ nous découvre.
[...]
Le libertin inconsidéré s'écrie aussitôt qu'il n'y a point d'ordre : « Il dit en son cœur: Il n'y a point de Dieu, » ou ce Dieu abandonne la vie humaine aux caprices de la fortune: Dixit insipiens in corde suo: Non est Deus. Mais arrêtez, malheureux, et ne précipitez pas votre jugement dans une affaire si importante! Peut-être que vous trouverez que ce qui semble confusion est un art caché; et si vous savez rencontrer le point par où il faut regarder les choses, toutes les inégalités se rectifieront, et vous ne verrez que sagesse où vous n'imaginiez que désordre.
(Oeuvres oratoires de Bossuet, éd. Lebarq, 1922, t. IV, p. 220-221)




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