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Dans des bois toujours verts, où d'amour on respire


Dans des bois toujours verts, où d'amour on respire,
Aussitôt qu'on est mort d'amour.
D'amour on y revit, d'amour on y soupire,
Sous les plus douces lois de son heureux empire,
Et l'éternelle nuit n'ose en chasser le jour,
Que lui-même il attire
Sur nos fantômes qu'il inspire,
Et dont aux Enfers même il se fait une cour.
Psyché, acte V, scène 2, vv. 1767-1774.

Les deux amants de Psyché jouissent du sort favorable réservé aux poètes, héros et bienfaiteurs que décrit Virgile au sixième livre de l'Énéide et non celui, triste, que connaissent les suicidés:

His demum exactis, perfecto munere diuae,
deuenere locos laetos et amoena uirecta
fortunatorum nemorum sedesque beatas.
Largior hic campos aether et lumine uestit
purpureo, solemque suum, sua sidera norunt.
Pars in gramineis exercent membra palaestris,
contendunt ludo et fulua luctantur harena;
pars pedibus plaudunt choreas et carmina dicunt.
Nec non Threicius longa cum ueste sacerdos
obloquitur numeris septem discrimina uocum,
iamque eadem digitis, iam pectine pulsat eburno.
Hic genus antiquum Teucri, pulcherrima proles,
magnanimi heroes, nati melioribus annis,
Ilusque Assaracusque et Troiae Dardanus auctor.
[…]
Conspicit, ecce, alios dextra laeuaque per herbam
uescentis, laetumque choro paeana canentis
inter odoratum lauri nemus, unde superne
plurimus Eridani per siluam uoluitur amnis.
Hic manus ob patriam pugnando uolnera passi,
quique sacerdotes casti, dum uita manebat,
quique pii uates et Phoebo digna locuti,
inuentas aut qui uitam excoluere per artes,
quique sui memores alios fecere merendo,
omnibus his niuea cinguntur tempora uitta.
Quos circumfusos sic est adfata Sybilla,
Musaeum ante omnes, medium nam plurima turba
hunc habet, atque umeris exstantem suspicit altis:
[…]
Atque huic responsum paucis ita reddidit heros:
'Nulli certa domus; lucis habitamus opacis,
riparumque toros et prata recentia riuis
incolimus. Sed uos, si fert ita corde uoluntas,
hoc superate iugum; et facili iam tramite sistam.'
(VI,637-676)

Après que ces devoirs eussent été rendus à la Déesse, ils arrivèrent au séjour des Bienheureux, où sont les lieux de délices, parmi les agréables verdures des bois fortunés. Là un air plus gracieux, dore les campagnes d’une lumière éclatante : ils ont leur Soleil, et connaissent leurs Etoiles. Une partie s’exerce dessus l’herbe aux divertissements de la lutte, où il se rencontre parfois quelque plaisante dispute dans le jeu, en se renversant sur le sable, tandis que les autres, foulent la terre de leurs pieds en dansant, et disent des chansons. Le divin Poète de Thrace vêtu d’une longue robe, y fait résonner avec mesure, sept différents accords de voix, soit que les cordes de sa lyre soient pincées de sa main, ou qu’elles soient touchées de son archet d’ivoire. Ceux qui sont descendus de l’antique sang de Teucre, y sont aussi, postérité sans pareille en beauté, tous Princes magnanimes, nés dans un âge meilleur que le nôtre, Ile, Assarace, et Dardan fondateur de Troie.
[…]
A l’instant Enée en avisa de tous côtés, plusieurs autres qui banquetaient dessus l’herbe, et concertaient des hymnes joyeux en l’honneur d’Apollon, à l’ombre d’un bois de lauriers odorants, d’où l’Eridan prend son origine, pour s’épandre sur la terre entre les forêts qui croissent sur ses bords. Là sont comblés de gloire, ceux qui pour la Patrie ont combattu vaillamment, et ont reçu de grandes blessures : les Prêtres qui ont chastement vécu : les Poètes divins qui ont récité des choses dignes des inspirations de Phébus : ceux qui ont acquis de la réputation par la recherche des Arts, ou qui obligeant les autres, se sont rendus mémorables par leurs bienfaits. Tous ceux là ont leur tête couronnée d’un ruban, qui n’est pas moins blanc que la neige. Et bien qu’ils fussent épandus çà et là : si est-ce que la Sybille leur parla en cette sorte, adressant principalement son discours à Musée, qui était au milieu de la foule, où sa hauteur le faisait remarquer, comme celui qui les surpassait de toutes les épaules.
[…]
Le fameux Poète lui répondit ainsi en peu de mots :
Nul de nous n’a ici de demeure affectée : tantôt nous habitons sous l’ombre de ces forêts, tantôt nous dressons nos lits le long de ces rivages : et quelquefois nous reposons parmi ces prés verdoyants.
(traduction de Michel de Marolles, 1649, pp.154-156)




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