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Dans la maison de Sotenville


"Dans la maison de Sotenville [...] la bravoure n'y est pas plus héréditaire que la chasteté aux femelles"
Georges Dandin, I, 4

La déclinaison des antécédents de noblesse est présentée comme une pratique ridicule dans La Précieuse de l'abbé de Pure :

Si une personne de condition n'a point d'esprit, laissons-la dans son écurie et dans sa ferme, et choisissons un roturier qui parle et qui raisonne ; nous ne sommes pas en conversation pour débiter notre généalogie, et pour faire l'épreuve de nos quartiers.
(éd. Magne, Paris, Droz, 1938, t. I, p. 225)

Dans le "petit traité" "De la noblesse" (Opuscules et petits traités, 1647) de La Mothe le Vayer était formulée une opinion semblable :

Ceux qui s'amusent à prêcher leur noblesse avec des vanités presque insupportables, montrent bien qu'ils ont la vue fort courte, de ne regarder que je ne sais combien de leurs aïeuls, et de ne l'étendre que sur quelques centaines ou milliers d'années pour le plus. Car s'ils l'avaient assez forte et assez perçante pour pénétrer jusque dans l'immensité de tous les siècles, l'Eternité leur ferait aisément reconnaître qu'il n'y a personne qui n'ait un nombre infini d'ancêtres de toute sorte de conditions, de Monarques et d'Esclaves, de Grecs et de Barbares ; et par conséquent qu'un homme ne saurait être plus ridicule, que de vouloir prendre de l'avantage du côté de sa généalogie.
(éd. de 1756, t II, 2, p. 415-416)

La multitude des insolents, de qui nous nous plaignons, afflige beaucoup de provinces. A cause qu'ils disent être issus d'une race plus ancienne que la lune, aussi bien qu'autrefois ceux d'Arcadie, ou qu'ils protestent que rien ne les empêche de montrer qu'ils sont de meilleure tige que Codrus, ni que tous les hidalgos des Pyrénées, sinon que les titres de leur noblesse furent submergés dès le temps du déluge, il semble que le reste des hommes ne soit fait que pour ployer sous eux
(ibid., p. 420)

Dans le "petit traité" "Des gentilshommes" (Derniers Petits Traités, 1660) du même La Mothe le Vayer, l'idée même de la "maison" est mise en cause :

La noblesse d'une race est bien moins fondée sur une suite d'actions vertueuses de ceux qui en sont que sur sa durée, toute dépendante de la fortune, et qui n'a rien, moralement parlant, qui puisse relever une maison au-dessus des plus rustiques ou des plus roturières.
(VII, 2, p. 61)

La fable de La Fontaine intitulée "Le Mulet se vantant de sa généalogie (Fables choisies, mises en vers, 1668, VI, 7), parue la même année que Georges Dandin reprend ces mêmes considérations sous la forme d'un apologue.




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