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Dans les formes


"Il faut qu'un amant, pour être agréable, sache [...] pousser le doux, le tendre et le passionné et que sa recherche soit dans les formes."
Les Précieuses ridicules, sc. IV.

"Vous aurez la consolation qu'elle sera morte dans les formes. - Il vaut mieux mourir selon les règles, que de réchapper contre les règles."
L'Amour médecin, II, 5

"Vous nous manquez de parole: je me veux battre contre vous, vous refusez de vous battre: je vous donne des coups de bâton, tout cela est dans les formes; et vous êtes trop honnête homme, pour ne pas approuver mon procédé."
Le Mariage forcé, sc. IX

"- Il suffit, Monsieur. - Non, je veux qu'il achève, et que tout aille dans les formes."
Georges Dandin, I, 6

"On n'est obligé qu'à traiter les gens dans les formes."
Le Malade imaginaire, II, 5

L'expression est à la mode dans les salons. Elle est utilisée à plusieurs reprises dans La Précieuse (1656-1658) de l'abbé de Pure (1).

Elle est reprise dans Le Médecin volant de Boursault (1665) au service de la satire des pratiques médicales (2).

Le formalisme est condamné

  • dans le traité De la sagesse (1601) de Pierre Charron, en même temps que la pédanterie ("ce qu'ont dit les autres avant eux") et la superstition ("zèle"), comme une des trois plus grandes misères de l'esprit humain (3) ;
  • dans le dialogue VII ("Un médecin, un capitaine") des Dialogues satiriques et moraux (1668) de Louis Petit (4).


(1)

il en avait fait les poursuites dans les formes, et les avait consommées selon la coutume, par un célèbre et pompeux hymenée.
(éd. Magne, Paris, Droz, 1938, t. I, p. 198)

elle se défend dans les formes et n'est pas capable de ces fausses illusions et de ces charmes trompeurs, dont l'ignorance repaît les sens et les désirs des trop innocentes filles.
(ibid., p. 245)

Son deuil se passa dans les formes et eut sa juste durée.
(ibid., p. 364)

(2)

Quand un homme se trouve en état de périr
Toujours un médecin doit l'aider à mourir,
Et c'est faire éclater des malices énormes
Que vouloir refuser de mourir dans les formes.
(sc. VII)

(3)

Enfin pour montrer combien grande est notre misère, je dirai que le monde est rempli de trois sortes de gens qui y tiennent grande place en nombre et réputation : les superstitieux, les formalistes, les pédants, qui bien que soient en divers sujets, ressorts, et théâtres (les trois principaux, religion, vie ou conversation, et doctrine), si sont-ils battus à même coin, esprits faibles, mal nés, ou très mal instruits, gens très dangereux en jugement, touchés de maladie presque incurable.
[...]
Les formalistes s'attachent tout aux formes et au dehors, pensent être quittes et irrépréhensibles en la poursuite de leurs passions et cupidités, moyennant qu'ils ne fassent rien contre la teneur des lois, et n'omettent rien des formalités. Voilà un richard qui a ruiné et mis au désespoir des pauvres familles, mais ç'a été en demandant ce qu'il a pensé être sien, et ce par voie de justice : qui le peut convaincre d' avoir mal fait ? O combien de bienfaits sont omis, et de méchancetés se commettent sous le couvert des formes, lesquelles l'on ne sent pas ; dont est bien vérifié, le souverain droit l'extrême injustice ; et a été bien dit, "Dieu nous garde des formalistes" !
(éd. de 1797, p. 46-47)

(4)

LE MEDECIN
[...] Ceux qui meurent entre nos mains doivent être extrêmement consolés.

LE CAPITAINE
De quoi, je vous prie?

LE MEDECIN
De mourir par les formes.

LE CAPITAINE
Sans mentir voilà une belle consolation! Il importe peu de mourir par les formes, ou sans les formes. Souvent même un malade souffre plus du tourment que lui causent les formes, que de son mal même.

LE MEDECIN
Pardonnez-moi, il importe beaucoup.

LE CAPITAINE
Par quelle raison?

LE MEDECIN
C'est que mourir par les formes sent son homme sage, et que dans une maladie aiguë s'abandonner absolument à la Nature, qui souvent veut être secourue, sent son homme fou. C'est un reproche qu'un Mort a à se faire éternellement.
(p. 78-80)




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