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De quoi se tant alarmer


"Vous voilà bien embarrassés tous deux pour une bagatelle. C'est bien là de quoi se tant alarmer"
Les Fourberies de Scapin, I, 2

Dans son "Sermon sur la providence", prononcé lors du Carême de Louvre en 1662, Bossuet avait présenté un modèle de sérénité face à l'adversité fondé sur la confiance dans la providence divine :

Quiconque est persuadé qu'une sagesse divine le gouverne et qu'un conseil immuable le conduit à une fin éternelle, rien ne lui paraît ni grand ni terrible que ce qui a relation à l'éternité: c'est pourquoi les deux sentiments que lui inspire la foi de la Providence, c'est premièrement de n'admirer rien, et ensuite de ne rien craindre de tout ce qui se termine en la vie présente.
[...]
Ainsi la foi de la Providence, en mettant toujours en vue aux enfants de Dieu la dernière décision, leur ôte l'admiration de toute autre chose ; mais elle fait encore un plus grand effet: c'est de les délivrer de la crainte. Que craindraient-ils, Chrétiens ? Rien ne les choque, rien ne les offense, rien ne leur répugne.
[...]
Celui qui s'attache immuablement au tout et non aux parties, non aux causes prochaines, aux puissances, à la faveur, à l'intrigue, mais à la cause première et fondamentale, à Dieu, à sa volonté,'à sa providence, il ne trouve rien qui s'oppose à lui, ni qui trouble ses desseins : au contraire, tout concourt et tout coopère à l'exécution de ses desseins, parce que tout concourt et tout coopère, dit le saint Apôtre, à l'accomplissement de son salut, et son salut est sa grande affaire ; c'est là que se réduisent toutes ses pensées: Diligentibus Deutn omnia cooperantur in bonum.
S'appliquant de cette sorte à la Providence, si vaste, si étendue, qui enferme dans ses desseins toutes les causes et tous les effets, il s'étend et sé dilate lui-même, et il apprend à s'appliquer en bien toutes choses. Si Dieu lui envoie des prospérités, il reçoit le présent du ciel avec soumission, et il honore la miséricorde qui lui fait du bien, en le répandant sur les misérables. S'il est dans l'adversité, il songe que l'épreuve produit l'espérance ; que la guerre se fait pour la paix, et que, si sa vertu combat, elle sera un jour couronnée. Jamais il ne désespère, parce qu'il n'est jamais sans ressource. Il croit toujours entendre le Sauveur Jésus qui lui grave dans le fond du cœur ces belles paroles : "Ne craignez pax, petit troupeau, parce qu'il a plu à votre Père de vous donner un royaume". Ainsi, à quelque extrémité qu'il soit réduit, jamais on n'entendra de sa bouche ces paroles infidèles, qu'il a perdu tout son bien: car peut-il désespérer de sa fortune, lui à qui il reste encore un royaume entier, et un royaume qui n'est autre que celui de Dieu ? Quelle force le peut abattre, étant toujours soutenu par une si belle espérance?

Voila quel il est en lui-même. Il ne sait pas moins profiter de ce qui se passe dans les autres. Tout le confond et tout l'édifie, tout l'étonne et tout l'encourage. Tout le fait rentrer en lui-même, autant les coups de grâce que les coups de rigueur et de justice ; autant la chute des uns que la persévérance des autres ; autant les exemples de faiblesse que les exemples de force; autant la patience de Dieu que sa justice exemplaire.
(Oeuvres oratoires de Bossuet, éd. Lebarq, 1922, t. IV, p. 229-232)




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