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De vos larmes, Seigneur, la source m’est bien chère


De vos larmes, Seigneur, la source m’est bien chère ;
Mais c’est trop aux bontés que vous avez pour moi ,
Que de laisser régner les tendresses de Père
Jusque dans les yeux d’un grand Roi.
Ce qu’on vous voit ici donner à la Nature
Au rang que vous tenez, Seigneur, fait trop d’injure,
Et j’en dois refuser les touchantes faveurs :
Laissez moins sur vôtre sagesse
Prendre d’empire à vos douleurs,
Et cessez d’honorer mon destin par des pleurs,
Qui dans le cœur d’un Roi montrent de la faiblesse.
Psyché, II, 1, vv.571-581.

Dans L'Ane d'or d'Apulée, Psyché adressait à ses parents une réplique au contenu semblable :

Ac dum maesti parentes et tanto malo perciti nefarium facinus perficere cunctantur, ipsa illa filia talibus eos adhortatur uocibus: "Quid infelicem senectam fletu diutino cruciatis? Quid spiritum uestrum, qui magis meus est, crebris eiulatibus fatigatis? Quid lacrimis inefficacibus ora mihi ueneranda foedatis? Quid laceratis in uestris oculis mea lumina? Quid canitiem scinditis? Quid pectora, quid ubera sancta tunditis?
(IV, 34)

"Or comme les parents extrêmement affligés, éperdus d’un si horrible malencontre, tardent d’exécuter une si maudite méchanceté, l’Infante même les y pressait avec une telle exhortation : Pourquoi tourmentez-vous votre malheureuse vieillesse à force de pleurer ? Pourquoi travaillez-vous votre esprit ? à force de sanglots et de soupirs ? Pourquoi défigurez-vous par vos larmes perdues, et sans efficace, vos visages que j’honore avec tant de respect ? Pourquoi dépecez-vous en vos yeux mes yeux propres ? Pourquoi déchirez-vous votre blanche vieillesse ? Pourquoi frappez-vous vos poitrines ? Pourquoi vos saintes mamelles ?"
(trad. Jean de Montlyard, éd. 1648, p.126-127)

La résignation de Psyché est exprimée dans la Psiche (1649) de Diamante Gabrielli :

Infelice mia figlia,
Cosi dunque te’n vai
Per via di morte al tuo marito incontro ?
Cosi lasso, da tè Nipoti attendo ?
Ma già ch’è scritto in Cielo,
Ch’io semivivo Padre,
Prima del tuo morir, morta ti pianga,
Sien communi l’essequie ;
E se’n vadano unite
L’anime nostre à la lor sede eterna.
Io vuò morir ; ne può vietarlo il Fato ;
Che, se tù sei mio sangue,
Come viver potrei, se resti essangue ?

PSICHE
Genitor, ti consola, e datti pace ;
Sola morrò ; se cosi piace a Dio,
Sia legge il suo volere al voler mio.
(II, 1, texte procuré par Cristina Sara, dans « Psyché di Molière-Corneille e le sue fonti italiane : Francesco di Poggio e Diamante Gabrielli », Franco-Italica, 1, 1992, p. 81-99)




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