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Des chaudières bouillantes


"[...] il est aux enfers des chaudières bouilantes
Où l'on plonge à jamais les femmes mal vivantes. [...]
Et vous irez un jour, vrai partage du diable,
Bouillir dans les enfers à toute éternité."
L'Ecole des femmes, III, 2 (v. 727-737)

La description imagée des flammes de l'enfer est un lieu commun de traités religieux et de sermons.

On en relève des occurrences, par exemple, dans

  • l'ouvrage De la Création et immortalité de l'âme [...] De l'Enfer. Du Paradis et du chemin qu'il faut tenir pour y arriver (1657) de J. Le Court (1)
  • un des sermons de père Lejeune , publiés en 1662 à Toulouse, puis 1663 à Paris (2)
  • un des sermons de Claude Joly (1610-1678), curé de la paroisse parisienne de Saint-Nicolas-des-Champs, proche de Fouquet, appelé au chevet de Mazarin lors de son agonie (3)


(1)

Ainsi l’Ame sera dès le jour de fureur
Conduite tristement aux enfers exécrables,
Ayant réanimé cette masse d’horreur,
Pour retourner aux feux et flammes redoutables.

Alors les criminels seront donc séparés
Du nombre des élus pour n’avoir en partage
Après le Jugement que les lieux préparés
Pour souffrir les douleurs de l’enfer plein de rage.

Saint Mathieu nous parlant du dernier Jugement,
Dit que le Fils de Dieu députera les Anges
Pour les fautes cueillir ainsi que le serment,
Et les jeter aux feux et aux douleurs étranges.
[…]

Puis après déchoirront privés de tout honneur,
L’opprobre entre les morts dans les flammes horribles ;
La pensée à jamais leur donnera terreur
De leurs iniquités mille fois plus pénibles.

(Le Court, J. (curé de Hecqueville), De la Création et immortalité de l'âme, de son estat et condition en ceste vie et après le trespas. De la Mort et du mespris d'icelle. Du Jugement particulier. Du Purgatoire. Du Jugement général. De l'Enfer. Du Paradis et du chemin qu'il faut tenir pour y arriver. Les Sacrez triomphes de la Croix, Constances, R. de Coquerel, 1657, p. 220-224)

Chapitre 25. De l’enfer lieu des damnés
[…]
Ce lieu se dit enfer, comme plus éloigné
De la gloire du ciel où se fit le naufrage
Du superbe Satan Lucifer refroigné [sic]
Qui brûle incessamment dans les feux plein de rage.

Comme l’on voit souvent des montagnes fumer
Vomissant nuit et jour fumées [correction manuscrite : « des feux »] et noires flammes,
Indice très certain que l’on doit estimer
Provenir de l’enfer qui tourmente les âmes.

Lieu vraiment destiné pour les âmes punir
Des pécheurs obstinés dans leur vieille habitude,
Ne voulant du grand Dieu la sainte loi tenir,
Se vont précipiter dedans la servitude.
(Ibid., p. 229-230)

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(2)

Toutes [les parties du corps] seront plongées dans un étang de feu et de souffre ardent et puant. C'est l'Ecriture qui le dit (Apco.. XXI, 8), il faut renoncer au christianisme ou le croire; feu si cuisant, si caustique, si perçant et si pénétrant que le feu de ce monde n'est que du feu en peinture en comparaison de celui-là. Cela est vrai. Si on retirait un homme d'enfer et qu'on le mît tout vif pendant quelque temps dans la fournaise d'un maréchal, et si après on le retirait de cette fournaise pour le coucher sur un tableau où il y aurait du feu en peinture, le feu du tableau ne lui semblerait point si doux en comparaison de la fournaise, que la fournaise lui semblerait douce en comparaison des flammes de l'enfer.
[...]
Avez-vous jamais vu fondre une cloche ? quand on verse ce métal fondu sur le moule, quelle douleur vous serait-ce s'il vous en tombait cinq ou six gouttes sur le pied nu ? Et que sera-ce d'y avoir les pieds et les mains, les bras et la tête, tout le corps et l'âme plongés éternellement ?

(Le Missionnaire de l'Oratoire, ou Sermons pour les avents, carêmes et fêtes de l'année par le P. Le Jeune, dit le P. aveugle, Toulouse, 1662, in Collection intégrale et universelle des orateurs sacrés publiés par l'abbé Migne, 1844-1866, t. III, p. 438-439)

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(3)

Je viens de vous faire, mes chers auditeurs, une étrange demande : je la répète encore une fois et même d'un ton plus haut, afin que, l'entendant mieux, vous y fassiez plus de réflexion, et que vous vous prépariez à me répondre : "Qui de vous pourra demeurer au milieu d'un feu dévorant ? Qui de vous pourra subsister dans les flammes éternelles ?
Sera-ce vous, Madame, qui êtes si sensible au moindre mal, qui trouvez les nuits si longues quand vous ne pouvez dormir dans un bon lit; qui vous plaignez d'une petite douleur de tête; que l'ardeur d'une fièvre aiguë désole; qu'une chaleur d'été un peu violente incommode ; sera-ce vous ? Quis est vobis ? et pourrez-vous bien demeurer dans le feu dévorant de l'enfer ?
Sera-ce vous, homme délicat, qui êtes si accoutumé à flatter vos sens, qui éloignez de vous avec grand soin ce qui peut vous faire la moindre peine; qui ne voudriez pas souffrir la plus légère égratignure; qui pleurez, qui gémissez, qui vous désespérez quand, pour vous guérir, il faut appliquer sur vous, pendant quelques moments, le fer ou le feu ? Pourrez-vous bien, homme sensuel, vous coucher, vous étendre, vous rouler, non pas pour un moment, non pour une heure, non pas pour un jour ou une semaine, non pas pour une année ou un siècle, mais toute une éternité, sur des brasiers ardents que la justice de Dieu aura allumés et qui ne s'éteindront jamais ?
[...]
Passer par le feu, quel mal ! demeurer quelque temps dans le feu, quelle douleur ! être brûlé à petit feu, quel supplice ! mais vivre toujours dans le feu et faire d'une maison de feu son habitation et sa demeure, sans pouvoir ni mourir ni en sortir, quel horrible et inconcevable tourment !
[...]
Mais que sera-ce des corps, quand il agira sur eux ? Il leur fera sentir toutes sortes de tourments. Car, héals ! quelle différence de ce feu avec les nôtres ! [...] Ce feu est dans tout le corps et tout le corps est dans ce feu; ce feu est dans le cuir, dans la chair, dans les muscles, dans les cartilages, dans les nerfs, dans la moëlle des os.
[...]
Car pourquoi le Saint-Esprit compare-t-il les damnés aux pailles et aux étoupes, si ce n'est pour nous apprendre que le feu ne trouvera pas plus de résistance en eux qu'il n'en trouve lorsqu'il agit sur des pailles et des étoupes ? que le premier souffle de Dieu mettra tout en flammes, qu'ils seront tout pénétrés, tout changés, tout transformés en feu ? Voyez-vous cette tête ? est-ce de la chair ? sont-ce des os ? ce n'est ni chair ni os; c'est une chair, ce sont des os transformés en feu. Voyez-vous ces yeux ? sont-ce des yeux ? ce sont des flambeaux embrasés, c'est le feu qui en sort. Voyez-vous ces mains, sont-ce des mains ? ce sont des charbons de feu, elles sont toutes en feu.

(Sermon XXXI, "Sur l'enfer", Sermons de M. Joly, évêque d'Agen, 1702, in Collection intégrale et universelle des orateurs sacrés publiés par l'abbé Migne, 1844-1866, t. XXXII, p. 401)




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