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Des sots que tous les hommes


"Oui, vous êtes,sans doute, un docteur qu'on révère;
Tout le savoir du monde est chez vous retiré,
Vous êtes le seul sage, et le seul éclairé,
Un oracle, un Caton, dans le siècle où nous sommes,
Et près de vous ce sont des sots, que tous les hommes"
Le Tartuffe, I, 5, v. 346-350

Orgon reprend le reproche qui était adressé aux libertins

  • dans la Doctrine curieuse des beaux esprits de ce temps (1624) du Père Garasse (1)
  • dans la partie II (""La croyance à la mode, où il est parlé contre les hérétiques, les libertins, et les faux zélés du temps") du traité De la mode (1642) de Grenaille (2)
  • dans le "Second Sermon pour le IIe dimanche de l'Avent", prononcé le 6 décembre 1665 par Bossuet (3)


(1)

La première maxime que Garasse attribue aux libertins :

Maxime 1.
Il y a fort peu de bons esprits au monde : et les sots, c' est à dire, le commun des hommes, ne sont pas capables de notre doctrine : et partant il n' en faut pas parler librement, mais en secret et parmi les bons esprits, confidents et cabalistes.

Exposition et preuve de cette maxime.
Cette maxime suppose quatre propositions comme principes évidents de leur doctrine.
1) que les seuls libertins ont l' esprit bon, comme personnes curieuses, qui tâchent d' entrer jusque dans le secret des causes naturelles, et secouer le pesant joug de la superstition, qui tient les esprits en minorité, et fait que, sans oser examiner ce qu' on nous propose, nous nous laissons aller à l' accoutumance, et traîner comme buffles ayant l' esprit interdit et demeurant toujours, par une humeur bigote et pédantesque, comme des enfants sous la férule.
(p. 1)

Je demande au lecteur non passionné si ce brave seigneur n'est pas un généreux et hardi champion pour colleter la barbarie de ce siècle, suivant l'étymologie de son nom, vu qu' ils s' en plaignent si souvent dans ce théâtre d'impudicité, et nommément dans cet autre sizain, qui est fait pour servir de pennache au commencement de la quintessence satyrique, par un jeune veau, qui dit :
En ce siècle du tout barbare
Où chacun veut paraître avare
La vertu n'a pas un denier.
(p. 46)

Ce m' est une espèce de démonstration très évidente, que celui-là est dépourvu de sens et d' esprit, qui se persuade que personne n' a d' esprit que lui, et qui prend les hommes pour des buses, pource seulement qu' ils ont un avis différent du sien.
(p. 62)

(2)

Or ceux que je mets dans leur ordre sont ces esprits bizarres, qui croient avoir été du conseil de Dieu ou plutôt qui, ayant su ses conseils les désapprouvent, comme si la sagesse éternelle était moins clairvoyante que la prudence des hommes. [...] Après tout, ces esprits ne s'appellent forts que parce qu'ils croient que tous ceux qui ont passé devant eux leur doivent être soumis. [...] Et puis quelle autorité ont ces croyants à la mode pour préférer leur sentiment particulier à celui des docteurs de tous les siècles ? Nous imaginerons-nous que saint Augustin est ignorant et qu'un jeune idiot est le plus habile de tous les hommes ?
(p. 186-188)
(voir également "de certains petits impertinents dans le monde")

(3)

Mais, hommes doctes et curieux, si vous voulez discuter la religion, apportez-y du moins et la gravité et le poids que la matière demande. [...] Pour Dieu, comme disait cet ami de Job, ne pensez pas être les seuls hommes et que toute la sagesse soit dans votre esprit, dont vous nous vantez la délicatesse. Vous qui voulez pénétrer les secrets de Dieu, ça ! paraissez, venez en présence, développez-nous les énigmes de la nature; choisissez ou ce qui est loin ou ce qui est près, ou ce qui est à vos pieds ou ce qui est bien haut suspendu sur vos tètes
(Second sermon pour le IIe dimanche de l'Avent)
(voir aussi "tourner en raillerie ce que les hommes révèrent")




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