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Dire notre alphabet


"Un certain Grec disait à l'empereur Auguste,
Comme une instruction utile autant que juste,
Que lorsqu'une aventure en colère nous met,
Nous devons, avant tout, dire notre alphabet,
Afin que dans ce temps la bile se tempère,
Et qu'on ne fasse rien que l'on ne doive faire."
L'Ecole des femmes, II, 4 (v. 447-452)

Le discours d'autorité, en matière de sagesse, est introduit de façon similaire dans l'une des scènes du Dépit amoureux ("un certain grec dit").

L'anecdote de l'alphabet est rapportée par Plutarque dans ses Apophtegmes (1). Elle est reprise dans La Morale (1672) de René Bary (2)

Elle est reprise allusivement dans Gl'ingiusti sdegni (1553), comédie érudite de Bernardino Pino (3).

L'idée que l'homme sage maîtrise sa colère et ne doit pas laisser échauffer sa bile (plus haut, Arnolphe s'exclamait "je suffoque !") constitue, en substance, la thèse du petit traité de La Mothe le Vayer De la colère (1647) (4).

Cette remarque d'Arnolphe est commentée dans la Zélinde de Donneau de Visé (5).


(1)

Plutarque, Apophtegmata :

Athenodorus le philosophe, étant fort vieil, lui demanda congé [à Auguste] de se pouvoir retirer en sa maison pour sa vieillesse. Il lui donna, mais en lui donnant adieu, Athenodorus lui dit : Quand tu te sentiras courroucé, Sire, ne dis ni ne fais rien que premièrement tu n’aies récité les vingt et quatre lettres de l’alphabet en toi-même. César ayant ouï cet avertissement, le prit par la main et lui dit : J’ai encore affaire de ta présence ; et le retint encore tout un an, en lui disant : Sans péril est le loyer de silence.
(Les Oeuvres morales et mêlées de Plutarque, translatées de grec en français, revues et corrigées [...] par le translateur [Jacques Amyot], Genève, J. Stoer, 1627)

--- (2)

Comme la colère d'Auguste n'était pas de durée, un philosophe fit bien de lui conseiller de ne rien faire dans son ressentiment qu'il n'eût prononcé les lettres de l'alphabet.
(p. 395)

--

(3)

Dans Gl'ingiusti sdegni (1553), un personnage déclare :

Ho detto già una volta l'alfabeto greco per temperar l'ira.
(III, 5)

--

(4)

La Mothe le Vayer, dans son petit traité De la colère, en arrive à la conclusion suivante :

Ainsi voyons-nous qu'il n'y a point de personne qui s'abandonne si tôt ni si aveuglément au courroux, que les débiles de corps ou d'esprit.
(p. 286 et suiv.)

--

(5)

Dans la Zélinde (1663) de Donneau de Visé, Zélinde juge cet argument "forcé" dans la bouche d'Arnolphe :

ARISTIDE :
Mais il me semble que la seconde fois qu'Arnolphe parle d'Agnès, il dit qu'il la fait descendre, pour avoir le temps de dire son alphabet, afin de laisser tempérer sa bile.

ZELINDE :
C'est un prétexte bien forcé, mais quand il serait bon, ce n'est que pour cette seule fois.

(sc. VIII, p. 117)




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