[retour à un affichage normal]

Accueil > Outils > Du faux avec le vrai faire la différence

Du faux avec le vrai faire la différence


"Je ne suis point, mon frère, un docteur révéré,
Et le savoir, chez moi, n'est pas tout retiré.
Mais en un mot je sais, pour toute ma science,
Du faux, avec le vrai, faire la différence. [...]
Aussi ne vois-je rien qui soit plus odieux,
Que le dehors plâtré d'un zèle spécieux;
Que ces francs charlatans, que ces dévots de place,
De qui la sacrilège et trompeuse grimace
Abuse impunément, et se joue à leur gré,
De ce qu'ont les mortels de plus saint, et sacré. [...]
Sont prompts, vindicatifs, sans foi, pleins d'artifices,
Et pour perdre quelqu'un, couvrent insolemment,
De l'intérêt du Ciel, leur fier ressentiment "
Le Tartuffe, I, 5, v. 351-362

La distinction entre vraie et fausse religion, ainsi que la nature de la première, font l'objet d'un chapitre du traité De la sagesse (1604) de Pierre Charron.

On y lit, par exemple :

Distinction entre la vraie et la fausse religion
Pour savoir quelle est la vraie piété, il faut premièrement la séparer de la fausse, sainte et contrefaite, afin de n'équivoquer comme la la plupart du monde fait; il n'y a rien qui fasse plus belle mine et prenne plus de peine à ressembler la vraie piété et religion, mais qui lui soit plus contraire et ennemie que la superstition : comme le loup qui ne ressemble pas trop mal le chien, mais est d'un esprit et humeur tout contraire; et le flatteur qui contrefait le zélé ami et n'est rien moins; et la fausse monnaie plus parée que la vraie. [...] Or les notables différences des deux sont que la religion aime et honore Dieu, met l'homme en paix et en repos, et loge en une âme libre, franche et généreuse ; la superstition trouble et effarouche l'homme et injurie Dieu.
(II, 5, § 9)

Avis de bien conjoindre piété et probité
Seulement ai-je ici à donner un avis nécessaire à celui qui prétend à la sagesse, qui est de ne séparer la piété de la vraie prud'homie, de laquelle nous avons parlé ci-dessus, se contentant de l'une, moins encore les confondre et mêler ensemble. Ce sont deux choses bien distinctes, et qui ont leurs ressorts divers, que la piété et probité, la religion et la prud'homie, la dévotion et la conscience.
(§ 22)

Contre ceux qui confondent piété et probité
Je viens aux autres, qui ne diffèrent guère de ces premiers, qui ne se soucient que de religion, confondant la prud'homie, la religion et la grâce de Dieu (comme a été dit ci-dessus), dont ils n'ont ni vraie prud'homie, ni vraie religion, ni par conséquent la grâce de Dieu, comme ils pensent, gens tant contents d'eux-mêmes, et si prompts à censurer et condamner les autres, qui confidunt in se et aspernantur alios
(§ 28)




Sommaire | Index | Accès rédacteurs