[retour à un affichage normal]

Accueil > Outils > Elle affecte toujours

Elle affecte toujours


"Elle affecte toujours un ton de voix languissant, et niais, fait la moue, pour montrer une petite bouche, et roule les yeux, pour les faire paraître grands."
La Critique de L'Ecole des femmes, sc. II

L'affectation dans les manières féminines avait été dénoncée, dans des termes semblables, au sein de la première partie (1654) de la Clélie des Scudéry :

Je ne trouve rien qui ôte tant la beauté que l'affectation et que le trop grand soin de vouloir paraître belle. Car enfin, ajouta-t-elle, y a-t-il rien de plus vilain que de voir une femme qui a naturellement les yeux grands et assez ouverts, qui les ferme toujours à demi, afin de les avoir plus doux et y a-t-il rien de plus insupportable que de voir le soin qu'ont certaines femmes de faire qu'elles aient toujours les lèvres incarnates et de voir le bizarre et extravagant remède qu'elles y apportent ? y a-t-il rien de plus insupportable que de voir de ces femmes qui se lèvent vingt fois de leur place, sans avoir rien à faire qu'aller regarder dans un miroir si elles n'ont rien oublié de toutes les grimaces qu'elles ont accoutumé de faire ? [...] ce qu'il y a de rare est que ces femmes qui passent toute leur vie à composer toutes leurs actions pour plaire, déplaisent horriblement à tous les honnêtes gens
(p. 306-308)

La dénonciation sera reprise dans les Entretiens familiers pour les amateurs de la langue française (1690) de François de Fenne :

Il n’y a rien de plus ridicule que d’affecter, par exemple, une voix languissante, une parole grasse, un certain marcher grave et de théâtre, et des gestes que l’on n’a point de nature.
(p. 115)

Faret, dans L'Honnête homme ou l’Art de plaire à la cour recommandait de :

Fuir comme un précipice mortel cette malheureuse et importune affectation, qui ternit et souille les plus belles choses ; et d’user partout d’une certaine négligence qui cache l’artifice, et témoigne que l’on ne fait rien que comme sans y penser, et sans aucune sorte de peine.
(Paris, T. Du Bray, 1630, p. 34-35)




Sommaire | Index | Accès rédacteurs