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En spadassin


"SILVESTRE, en spadassin.- Scapin, faites-moi connaître un peu cet Argante, qui est père d'Octave. [...] Par la mort, par la tête, par la ventre, si je le trouve, je le veux échiner, dussé-je être roué tout vif. Argante, pour n'être point vu, se tient en tremblant couvert de Scapin. [...] Par la sang, par la tête, s'il était là, je lui donnerais tout à l'heure de l'épée dans le ventre. Qui est cet homme-là? - Ce n'est pas lui, Monsieur, ce n'est pas lui. - N'est-ce point quelqu'un de ses amis? - Non, Monsieur, au contraire, c'est son ennemi capital. - Son ennemi capital ? - Oui. - Ah, parbleu, j'en suis ravi. Vous êtes ennemi, Monsieur, de ce faquin d'Argante; eh? - Oui, oui, je vous en réponds. - Touchez là. Touchez. Je vous donne ma parole, et vous jure sur mon honneur, par l'épée que je porte, par tous les serments que je saurais faire, qu'avant la fin du jour je vous déferai de ce maraud fieffé, de ce faquin d'Argante."
Les Fourberies de Scapin, II, 6

Une scène de La Dupe amoureuse (achevé d'imprimer du 9 février 1671) de Rosimond donne à voir deux personnages terrorisés par le valet Carrille, déguisé en spadassin, à la demande de la servante Marine (voir "un personnage dont j'ai besoin") :

CARRILLE, habillé en capitan, sort de chez Isabelle et dit à Marine:
Il suffit, écoute seulement.
Bentre, c'est donc ainsi qu'Isabelle m'offense,
Mais Cap disant Arnaut, j'en tirerai bengeance.
Je perdrai mon ribal.

POLYDORE :
O Ciel ! assiste-moi.

CARRILLE
Le beillaque en mourra. Mais que fais-tu là, toi ?

POLYDORE
Rien, Monsieur.

CARRILLE, frappant du pied :
Cadedix.

GUSMAN, tombant :
Où fuir ?

CARRILLE :
Par la sang diavle,
Je le beux mettre en poudre. Arrête, miseravle,
Où bas-tu, quel es-tu, que fais-tu, dis ?
A Gusman, qui tâche de s'enfuir.

GUSMAN
Monsieur...

CARRILLE
Benez çà tous les deux, d'où bous bient cette peur ?

GUSMAN
Si j'en reviens jamais, je l'échapperai belle.

CARRILLE
Ton nom ?

GUSMAN
Gusman.

POLYDORE
Où fuir ? aventure cruelle ?

CARRILLE
Le tien ?

POLYDORE
Hélas, que dire ?

CARRILLE
Hé...

POLYDORE
Tel qu'il vous plaira.

CARRILLE
Tu tremvles ?

POLYDORE
Point du tout. Que faire ?

CARRILLE, à Gusman qui veut fuir.
Reste là.
à Polydore
Eh viens, ton nom ?

POLYDORE
C'est, c'est...

CARRILLE
N'es-tu point Polydore ?
On dit que ce maraud aime ce que j'adore.
Morvleu, si je sabais qu'il osât rechercher
L'aimable et cher objet qui seul m'a pu toucher.
Ce fer... mais dis ton nom ?

POLYDORE
Alcidor.

CARRILLE
Il me semvle
Que comme on l'a dépeint en tout il te ressemvle.

POLYDORE
On a vu quelquefois des gens se ressembler.

CARRILLE
Ne le connais-tu point ?

POLYDORE
Non.

CARRILLE
Quoi, toujours tremvler ?
Ah, si jamais ce fat se présente à ma bue,
Il n'en faut point douter, sa perte est résolue.
De la piau de son corps faisant du parchemin,
En lettres de son sang j'écrirai son destin.
De la tête j'en beux faire une tavatière
Et dans le juste essès d'une bengeance entière,
De ses os calcinés, j'en ferai du tavac.
Et tout cela d'un souffle, et zeste et tic et tac.
Il donne deux bourrades à Polydore




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