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Ennemi mortel


"Ô Ciel, que vois-je ici? Quoi, mon frère, vous voilà avec notre ennemi mortel? - Notre ennemi mortel?[...]"
Don Juan ou le Festin de pierre, III, 4

Le terme avait suscité commentaires et réflexions de la part de La Mothe le Vayer dans l'"homélie académique" "Des injures" (Homélies académiques, 1664) :

Nous appelons ordinairement ceux contre qui nous sommes le plus fortement irrités des ennemis mortels ; et de fait le procédé le plus commun est de se venger d'eux en les faisant mourir. D'autres grands hommes en ont usé par générosité tout autrement, et il me souvient que Bocalin a loué notre Henri Quatrième de s'être vengé de ses ennemis en les laissant vivre. Un Empereur dans un mouvement beaucoup moins estimable, refusa la liberté que lui demandait un disgracié de le faire mourir selon l'usage de son Siècle, en disant qu'ils n'étaient pas encore réconciliés pour mériter cette permission. En vérité la clémence du premier, et celle de la plupart de nos Rois, a de grands avantages sur les rigueurs qu'ont exercées tant d'autres Souverains, qui ont voulu assouvir chaudement leur cruauté sur ceux qui les avaient irrités. Car l'appétit de se venger est en cela si différent de celui de manger, que ce dernier nous donne la liberté de le satisfaire autant de fois qu'il nous sollicite ; au lieu que celui de nous venger, quand même nous sommes excusables de le faire, ne doit jamais être suivi que ce même appétit ne soit amorti, et que notre vengeance ne soit délivrée de ses plus grandes ardeurs, afin de nous exempter des cuisants repentirs qui la suivent ordinairement.
(éd. des Oeuvres de 1756, III, 2, p. 94-95)




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