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Et moi je dis


"Mon avis, à moi, est que cela procède d'une grande chaleur de sang: ainsi je conclus à la saigner le plus tôt que vous pourrez. - Et moi, je dis que sa maladie est une pourriture d'humeurs, causée par une trop grande réplétion: ainsi je conclus à lui donner de l'émétique. - Je soutiens que l'émétique la tuera. - Et moi, que la saignée la fera mourir. - C'est bien à vous de faire l'habile homme. - Oui, c'est à moi, et je vous prêterai le collet en tout genre d'érudition."
L'Amour médecin, II, 4

Les dissensions continuelles entre médecins avaient été dénoncées

  • dans l'essai "De la ressemblance des enfants aux pères" (II, 37) de Montaigne (1)
  • dans la dixième des Serées (1584) de Guillaume Bouchet, intitulée "Des médecins et de la médecine" (2)
  • dans la traduction française des Epistolas familiares d'Antonio de Guevara (3)
  • dans le De vanitate scientiarum (1531) de Cornelius Agrippa (4)
  • dans le Nouveau Cours de médecine (1669) de Rouvière (5)
  • dans le premier chapitre du Livre XXIX de l'Histoire naturelle de Pline (6).

Elles sont mentionnées, dans une lettre de Guy Patin de décembre 1664, à propos de la maladie de la reine (7).


(1)

Car il advient de cette faute, que leur irrésolution, la faiblesse de leurs arguments, divinations et fondements, l'âpreté de leurs contestations, pleines de haine, de jalousie, et de considération particulière, venant à être découvertes à un chacun; il faut être merveilleusement aveugle, si on ne se sent bien hasardé entre leurs mains. Qui vit jamais médecin se servir de la recette de son compagnon, sans y retrancher ou ajouter quelque chose? [...]
(éd. C. Journel, Paris, 1659, p. 795-796)

Combien ont ils de debats entr'eux et de doubtes sur l'interpretation des urines! Autrement d'où viendroit cette altercation continuelle que nous voyons entr'eux sur la connoissance du mal?
(éd. du XVIe siècle)

(2)

Comment sera-ce que le peuple les estimera experts et savants, vu qu'eux-mêmes s'entr'appellent ignorants et âniers. Qu'ils soient appelés à un malade, l'un après l'autre, vous les trouverez du tout contraire, aussi bien que tous ensemble, et à la connaissance de la maladie, et à la guérison. Jamais vous ne verrez médecin se servir de la recette de son compagnon, sans y retrancher ou ajouter quelque chose. Même qu'on regarde à leurs consultations, que Pline appelle maudites, l'un dit l'un et l'autre l'autre, pour ne servir de jaquet les uns aux autres
(éd. C. E. Roybet, Paris, Lemerre, 1873, p. 175)

(3)

Je me plains à vous, Seigneur Docteur, de veoir que generallement tous, ou la plus part de vous autres medecins, vous vous entrehaissiez les uns les autres, estant tousjours differens, et contraires en voz opinions, ce qui se monstre evidemment : de tant que les un suyvent l'opinion d'Hippocrates, les autres celle de Galien, les autres celle d'Avicenne, les autres celle de Rasis, et d'autres qui ne suivent aucune opinion et font à leur fantasie. Dont le pis de tout est que tout ce malheur retombe sur le povre patient, pource que le temps que vous nous devez guerir, vous l'employez à disputer.
("Lettre au seigneur Melgar, medecin, en laquelle est gracieusement recité le dommage et proufit que font les medecines", 27 décembre 1525, Épistres dorées, moralles et familières de don Antoine de Guevare,...traduites d'espagnol en françoys par le seigneur de Gueterry, 1558, p. 198)

(4)

A la vérité, les médecins sont les plus méchants de tous les humains, très discordants, très envieux, et très mensongers. Ils sont si mal d'accord entre eux que l'on n'en saurait trouver un qui approuve sans exception, addition, ou changement les médicaments ordonnés par un autre, ains les reprend, en médit, et s'en moque, afin de paraître d'être quelque chose de meilleur, et de peur qu'il ne soit moins prisé s'il ne retranche de l'ordonnance salutaire d'autrui, ou ajoute quelque drogue là où il n'y en aura que trop.
(traduction de 1582, p. 425)

(5)

Les dissertations et les factions des médecins, jointes au mépris qu'ils ont de quiconque n'est pas de leur secte, de leur faculté ou de leur prétendue science, montrent l'incertitude et la mauvaise foi où ils sont.
(éd. de 1683, p. 37)

(6)

nec dubium est omnes istos famam novitate aliqua aucupantes anima statim nostra negotiari. hinc illae circa aegros miserae sententiarum concertationes, nullo idem censente, ne videatur accessio alterius.
(Historia naturalis, XXIX, V, 11) (traduction française)

(7)

La reine est toujours malade. Ses accès de tierce ne manqueront pas de revenir statis horis et stata perioda. Elle a de plus ses médecins de différents avis, comme il se lit dans les Epistolae de Sidonius Appolinaris.
(Lettre du 8 décembre 1664, éd. de 1846, t. III, p. 496)




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