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Il faut que je te chante


"Comme à de mes amis, il faut que je te chante
Certain air que j'ai fait de petite courante,
Qui de toute la cour contente les experts,
Et sur qui plus de vingt ont déjà fait des vers.
J'ai le bien, la naissance, et quelque emploi passable,
Et fais figure en France assez considérable ;
Mais je ne voudrais pas, pour tout ce que je suis,
N'avoir point fait cet air qu'ici je te produis.
La, la, hem, hem, écoute avec soin, je te prie.
(Il chante sa courante.)
N'est-elle pas belle ?"
Les Fâcheux, I, 3 (v. 179-188)

Le jeu de scène dans lequel Lysandre impose à Eraste d'assister patiemment à sa prestation constitue une variation sur le motif du récitateur importun, bien attesté dans la littérature mondaine des années 1650 et 1660.

L'interprétation chantée ou dansée d'un air avait déjà été évoquée, en tant que source d'importunité :

  • un passage de La Précieuse (1656-1658) de l'abbé de Pure (1)
  • l'"Epître chagrine au Maréchal d'Albret" (1659) de Paul Scarron (2)

On retrouvera la même idée dans un passage de L'Amant raisonnable (1671) de Balthazar de Bonnecorse (3)

Certains des traits de comportement de Lysandre seront condamnés par Antoine Courtin dans son Nouveau Traité de civilité (1671), au sein d'un développement consacré aux prestations musicales (4)


(1)

Un jour il m'apporta une courante toute nouvelle qui se débite sous le nom de "précieuse", il me la dansa avec tant de grâce et de bonne mine, que je ne pus me tenir de lui en témoigner une nouvelle estime.
(éd. E. Magne, Paris, Droz, 1938, t. II, p. 175).

(2)

Ceux qui premiers savent les nouveaux airs
Et qui partout, d'une voix téméraire,
Osent chanter comme ferait Hilaire.
(p. 11)

(3)

Un amant dont la voix est agréable, a l'avantage de ne laisser jamais languir la conversation, et c'est un secours pour ceux qui n'y peuvent toujours fournir; mais il ne faut pas imiter ceux qui chantent à tout moment, et qui malgré la beauté de leur voix, ne laissent pas à la fin de lasser ceux qui les écoutent.
(p.136-137)

(4)

Il faut bien aussi se garder de se louer soi-même par certains gestes étudiés, qui marquent notre complaisance, et de dire, par exemple, lorsque l'on chante : Voilà un bel endroit, en voici encore un plus beau, prenez garde à cette chute.
(XXI "S'il faut chanter ou jouer des instruments", p. 198)

Il faut aussi avoir soin de finir promptement pour éviter d'être ennuyeux
(Ibid.)




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