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Je ne suis pas un ange


"Mais, Madame, après tout, je ne suis pas un ange"
Le Tartuffe, III, 3 (v. 968)

L'opposition entre la nature de l'être humain et celle de l'ange à l'égard des tentations de la chair peut être relevée dans plusieurs textes de la littérature religieuse contemporaine :

  • dans L'Imitation de Jésus-Christ (1656) de Pierre Corneille (1)
  • dans un sermon du Père Lejeune (1662) (2).
  • dans Le Vrai Pédagogue Chrétien (1661) du jésuite Philippe d'Outremont (3)
  • dans les "Mémoires historiques sur Mr Olier" de Bretonvilliers, manuscrit rédigé vers 1660, relatant les propos et les faits marquants d'un des plus célèbres directeurs de conscience (4)

Elle sert également aux auteurs qui représentent des hommes de religion hypocrites; par exemple,

  • dans la nouvelle La Fouine de Séville ou l'Hameçon des bourses (1661) de d'Ouville (5).

Dans L'Introduction à la vie dévote (1609) de saint François de Sales, les directeurs de conscience sont présentés comme des anges (6). La démonstration est développée dans Le Directeur désintéressé (1632) de Jean-Pierre Camus (V, 1, "Il doit être un ange").


(1)

Pour te sentir pressé des tribulations,
Pour te voir chanceler sous les tentations,
Ne crois pas tout perdu, n' y trouve rien d'étrange :
Tu n' es qu' homme, et non Dieu, mais homme tout de chair,
Mais chair toute fragile, et non pas tel qu' un ange
Que de l' abus des sens il m' a plu détacher.
(III, 57)

(2)

Voilà un homme dévot et spirituel qui un jour de Notre-Dame a beaucoup travaillé pour se recueillir; il a jeûné la veille, il s'est levé matin, il a fait oraison mentale, il a lu quelque livre spirituel; il vous trouve au confessionnal, la Sainte Table ou au sermon; votre beauté et vos atours lui donnent dans les yeux, il a l'imagination vive et délicate; il faut que toute la matinée, au lieu de penser à Dieu, il s'emploie à combattre et à rejeter les mauvaises pensées qui lui viennent; car enfin les hommes sont des hommes et non pas des anges; pour chastes, spirituels, intérieurs, mortifiés et parfaits qu'ils soient, ils sont composés de chair et de sang, ils ont la sensualité, ils sont exposés aux tentations; et quand ce seraient des anges, je ne sais si, en vous voyant, vous parlant et conversant avec vous, ils pourraient s'exempter de quelque passion.
(Le Missionnaire de l'Oratoire, ou Sermons pour les avents, carêmes et fêtes de l'année par le P. Le Jeune, dit le P. aveugle, Toulouse, 1662, in Collection intégrale et universelle des orateurs sacrés publiés par l'abbé Migne, 1844-1866, t. III, p. 711)

(3)

Considérez que vos confesseurs ne sont pas des anges, mais des hommes semblables à vous ; et, comme ils ne sont pas ignorants des choses humaines, ni précipités en leurs conseils, vous vous devez persuadé que les avis qu’ils vous donnent sont fondés sur la raison et sur l’expérience. [.. .] Et bien qu’ils vinssent à manquer, ils ne vous nuiraient pas, mais à eux-mêmes

(4)

Nous devons vivre avec la pureté des anges, eux qui sont au service des hommes sans aucune attache [..] Ce n'est pas seulement parce que nous sommes envoyés par Dieu comme les anges pour servir nos frères, mais autant parce que nous devons avoir leur pureté et leur sainteté et participer à toutes leurs dispositions.
(B. Pittaud, G. Chaillot, Jean-Jacques Olier, directeur spirituel, Paris, Cerf, 1998, p. 83)

(5)

Quand je quittai le monde,[...] je me proposai autant que je pus humainement de m'éloigner le plus qu'il me serait possible de la vue de ce sexe admirable, qu'on n'a pas mal nommé la plus belle moitié du monde; parce que déjà je me sentais homme et qu'il n'appartenait qu'aux anges de n'en être point touchés ; je l'éprouve bien mieux aujourd'hui que je ne fis en cet âge d'innocence et je sens bien qu'il faut que je m'éloigne de vous promptement si je ne veux tomber lourdement dans le piège que me tend le diable.
(p. 293) (voir aussi "que le Ciel...", "admirer en vous l'auteur de la nature" et "je n'en suis pas moins homme")

(6)

Ce doit toujours être un ange pour vous : c'est-à-dire, quand vous l'aurez trouvée, ne la considérez pas comme un simple homme, et ne vous confiez point en iceluy ni en son savoir humain, mais en Dieu, lequel vous favorisera et parlera par l'entremise de cet homme, mettant dedans le coeur et dedans la bouche d'iceluy ce qui sera requis pour votre bonheur ; si que vous le devez écouter comme un ange qui descend du ciel pour vous y mener.
(I, 4, "DE LA NECESSITé D'UN CONDUCTEUR POUR ENTRER ET FAIRE PROGRES EN LA DEVOTION")




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