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Les secrets du cabinet


"À l’entendre parler, il sait les secrets du Cabinet mieux que ceux qui les font. La politique de l’État lui laisse voir tous ses desseins, et elle ne fait pas un pas, dont il ne pénètre les intentions. Il nous apprend les ressorts cachés de tout ce qui se fait, nous découvre les vues de la prudence de nos voisins, et remue à sa fantaisie toutes les affaires de l’Europe. "
La Comtesse d'Escarbagnas, scène 1.

Dans la nouvelle intitulée "Les Nouvellistes", parue au second tome des Nouvelles nouvelles (1663) de Donneau de Visé, était évoqué le personnage suivant :

Le premier fait l'homme de cabinet et ne s'attache quasi qu'aux nouvelles d'État ; il sait, à l'entendre dire, les desseins les plus cachés des tous les princes de l'Europe et de tous leurs ministres.
(p. 4)

Ce personnage est raillé par les convives du repas auquel il participe :

Clorante lui répondit qu'il se rendait ridicule avec ses nouvelles d'État et qu'il se faisait railler dans toutes les compagnies, que l'on savait bien que les affaires étrangères et les secrets du Cabinet n'étaient pas sus d'un homme comme lui, et qu'il ne pouvait ni servir ni desservir l'État.
— Je lui rends plus de services que vous ne croyez, repartit Lisimon, d’un air qui faisait assez voir qu’il était plus piqué de ce que l’on lui disait qu’il ne pouvait servir l’État, que ce qu’on l’appelait ridicule ; et comme je me trouve souvent dans des compagnies où il y a des gens de qualité qui ont l’oreille du prince et des ministres, je donne souvent de bons avis que l’on leur reporte et dont ils se servent après.
(p. 81-82)

Les nouvellistes sont à nouveau caractérisés plus loin de la manière suivante :

Les nouvellistes y disent des choses qu’ils ne peuvent savoir, ils découvrent tous les secrets du Cabinet et disent tout ce que les courriers apportent devant qu’on ait ouvert leurs paquets. Ils découvrent jusqu’aux pensées des ministres, et devinent leurs desseins. Ils rapportent toutes leurs paroles, comme s’ils avaient des gens qui ne les quittassent jamais et qui écrivissent tous leurs discours.
(p. 265)

Ce type de comportement était également évoqué dans l'Oraison funèbre d'Henriette d'Angleterre de Bossuet, prononcée le 21 août 1670, et publiée dans les mois qui suivirent :

Ne pensez pas que je veuille, en interprète téméraire des secrets d'Etat, discourir sur le voyage d'Angleterre, ni que j'imite ces politiques spéculatifs qui arrangent suivant leurs idées les conseils des rois, et composent sans instruction les annales de leur siècle.

Il avait été condamné

  • par La Mothe le Vayer dans son "petit traité" intitulé "Derniers propos d'un ami" (Derniers Petits Traités, 1660) :
Mais qu'on se garde surtout de paraître trop curieux des secrets du cabinet, et de ce qui touche le gouvernement, pour parler comme les Italiens. L'on se doit contenter de voir, pour ajuster sa conduite, l'heure que marque le cadran sans avoir la curiosité de considérer tous les ressorts du dedans, et sans vouloir raisonner sur tous les mouvements de l'horloge. Ceux qui pèchent en cela ne peuvent que difficilement éviter le péril, ou du moins, de passer souvent pour ridicules.
(édition des Oeuvres de 1662, p. 900)

  • par Boileau, dans sa satire III ("Le Repas ridicule") (1666) :
Le vin au plus muet fournissant des paroles,
Chacun a débité ses maximes frivoles,
Réglé les intérêts de chaque potentat,
Corrigé la police, et réformé l’Etat,
Puis, de là s'embarquant dans la nouvelle guerre,
A vaincu la Hollande, ou battu l'Angleterre.

  • par Guez de Balzac, dans une des lettres rééditées au sein de ses Oeuvres de 1665 :
Il y a encore une autre sorte d'importuns, dont le nombre se multiplie tellement en France qu'il va presque déjà à l'infini. Ceux-là ne sauraient t'entretenir demi-heure sans te dire cent fois que le Roi arme puissamment, qu'un tel est accrédité dans son parti, que l'autre agit dans les affaires et que le troisième est mêlé dans toutes les intrigues de la cour. Si tu as la patience de les entendre un peu davantage, tu sauras incontinent que le président Jannin était le mieux intentionné de tous les ministres, qu'il fallait faire un coup d'état pour donner réputation aux affaires ; que l'autorité du roi était intéressée en cette action et que ceux qui ont voulu décrire le gouvernement cherchaient plutôt leur avantage particulier que la réformation des désordres.
(p. 73)




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