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Les spectacles et la vie de cour dans les Continuateurs de Loret en 1667


Cette page constitue une des composantes de la documentation sur LES SPECTACLES ET LA VIE DE COUR SELON LES GAZETIERS (1659-1674)

Lettre du 2 janvier 1667, par Robinet.

-Publication par Ribou du Misanthrope et continuation des représentations du Médecin malgré lui :

Apostille.

Je donne Avis que chez Ribou,
Qui demeure vous voyez où,
Au Palais, vis-à-vis de la Chapelle, et à l’Image Saint Louis.
On débite le Lycanthrope,
Non, c’est l’amoureux Misanthrope,
Lequel fronde si bien les Gens
Sur les honteux Vices du Temps,
Qu’il n’est point d’École de Sage
Où l’on profite davantage
Que dans son merveilleux Chagrin,
De fine Morale tout plein,
Et, si sur la Scène on l’admire,
Il n’est pas moins charmant à lire.
Le Médecin fait malgré lui,
L’un des habiles d’aujourd’hui,
Notamment pour le Mal de Rate,
Qu’il guérit mieux qu’un Hippocrate
Avec son admirable Jeu,
Se trouve encor au même Lieu,
Et l’on connaît par sa Lecture
Que dans tout Genre d’Écriture,
Molière, de tous deux l’Auteur,
Est un admirable Docteur.

Lettre du 9 janvier 1667, par Robinet.

-Une évocation de la prestation de Madame dans le Ballet des Muses :

Mais, pour revenir au BALLET,
Le Tour galant assez me plaît
De notre nouvelle HÉROÏNE,
Qui, survenant à la sourdine,
Comme on dansait ledit Ballet,
Fit défiler le Chapelet
Et cesser toutes les Entrées
Qu’on avait si bien préparées,
Afin qu’on l’allât recevoir
Ainsi qu’il était du devoir.
C’est ce qu’on fit aussi, je pense,
Avec beaucoup de diligence
Et non moins d’exultation.
Mais, pour en faire mention
Dans un style plus historique,
Au Lecteur ainsi je m’explique.

DIMANCHE, second jour de l’AN,
Après quelque amoureux Élan,
C’est-à-dire douce Tranchée,
La REINE se vit accouchée
Presque dedans un tourne-main
Et par un très heureux Destin,
D’une gracieuse PRINCESSE, [Marie Thérèse de France.]
Qui remplit la COUR de liesse.

Il faisait, certes, beau la voir ;
Et, comme Elle naquit le soir,
On eût dit, aux douces lumières
Que poussaient ses tendres paupières
Et mêmes à son air riant,
Que c’était un ASTRE ORIENT
Qui venait, dans la Nuit obscure,
Rendre le Jour à la NATURE.

C’était une GRÂCE du moins
(Au rapport de plusieurs Témoins)
Qui découvraient, dès sa Naissance,
Qu’Elle établirait sa Puissance
Dessus les plus Illustres Cœurs
Par ses Charmes déjà vainqueurs ;
Si bien que la divine REINE
Ne pouvait faire aucune Étrenne
Plus agréable à notre ROI
(Et l’on en peut jurer sa foi)
Que d’une si charmante Fille,
Où déjà tant de beauté brille,
Après avoir ses Vœux remplis
Par le plus beau de tous les FILS.
Or, toutes choses préparées,
Comme on commençait les Entrées
Du BALLET des SŒURS d’APOLLON,
Où l’on voit maint beau Violon,
La BELLE rompit la Partie
Et voulut faire sa Sortie
Tellement que son cher PAPA,
L’ayant appris, laissa tout là
Et courut avec allégresse
Pour lui témoigner sa tendresse,
Dont, par de beaux petits OUAIS,
Sans se mettre autrement en frais,
Elle rendit grâce au grand SIRE,
Et c’est tout ce que j’en puis dire.

Sans attendre le lendemain,
On en fit par tout SAINT GERMAIN,
Dès le soir, de beaux Feux de Joie,
Dont beaucoup de bois fut la proie,
Et des mieux aussi l’on sonna,
Ou plutôt l’on carillonna.

Le jour d’après, PRINCES, PRINCESSES,
Grandes et petites Altesses,
Et tous les Gens de qualité
À la suprême MAJESTÉ,
Ayant bien affilé leurs langues,
Sur ce point firent des Harangues.

Divers AMBASSADEURS depuis,
Comme en leur Devoir bien instruits,
Ont été sur le pareil Thème
Complimenter le ROI de même.

Nos MAGISTRATS ont pris aussi,
À l’envi, semblable souci,
Et dans notre PARIS, si nette,
Avecque grand bruit d’Escopette
Et Tintamare de Canon,
Qui parle un peu d’un plus haut ton.
Bref, par des Feux et des Lanternes,
Tant suprêmes que subalternes,
On a fait la solennité
De l’illustre Nativité,
Laquelle s’en va, d’assurance,
Mettre partout en Feu la FRANCE.

-Le gazetier revient sur La Pastorale comique intégrée au Ballet des Muses :

Mercredi, le cas est certain,
Le Ballet fut des mieux son Train,
Mélangé d’une PASTORALE
Qu’on dit tout à fait joviale
Et par MOLIÈRE faite exprès,
Avecque beaucoup de progrès.

Étant allé voir, ce jour même,
Noter GRAND PORTE-DIADÈME,
Je fus vraiment sollicité
Par une obligeante BEAUTÉ
De demeurer à ce Spectacle ;
Mais, par un malheureux Obstacle,
Ayant des Affaires Ici,
Il m’en fallut sevrer ainsi.
Mais j’appris de la même Belle,
Comme un Ange spirituelle [sic],
Que l’excellente d’EUDICOURT,
L’un des beaux Astres de la Cour,
Dedans ce Ballet escarpine [sic]
D’une manière très poupine.

Lettre du 16 janvier 1667, par Robinet.

-Comme tous les ans, l’Épiphanie est l'occasion de fêtes à Versailles :

Le jour des ROIS, notre GRAND SIRE,
Qu’on craint, qu’on aime et qu’on admire,
Traita les BEAUTÉS de la COUR,
À son VERSAILLE[S], vrai SÉJOUR
Des RIS, des AMOURS et des GRÂCES.

On y vit aux premières Places,
Ainsi que de raison, MONSIEUR
Et le digne OBJET de son Cœur,
Dont l’on me voit le grand NOM mettre
À chaque mienne Épître en MÈTRE.

Je ne décris point ce Banquet,
Car, avecque tout mon Caquet,
Je ne vous tracerais qu’une Ombre
Du bel Ordre, et merveilleux nombre
De friand Mets qu’on y servit.
Mais, vous disant ce que j’ai dit :
Que c’était notre AUGUSTE SIRE
Qui traitait, N’est-ce pas tout dire ?

Les deux ALTESSES du HAUT-RANG,
Purs Rejetons du Royal Sang,
Ou les deux ALTESSES ROYALES,
L’une envers l’autre si loyales,
Ayant été cinq jours Ici,
Pour faire la figue au Souci
En ce Temps de Réjouissances,
De Ballets, de Momons, de Danses,
Ont, avec les Ris et les Jeux,
Masqué, je pense, un soir ou deux,
Étant bourgeoisement vêtues,
Afin d’être mieux inconnues.

Les SEIGNEURS qui les escortaient
Sous divers Habits se cachaient,
Représentant, entre autres choses,
De plaisants Avocats sans Causes.

Trois aussi des FILLES D’HONNEUR,
Contre qui ne tien aucun Cœur,
Semblaient, sous pareille Soutane,
De ces mêmes Gens à Chicane,
Mais avec lesquels on perdrait
Cent et cent fois le meilleur DROIT ;
Et leur charmante CAMARADE,
Qui le Franc-Arbitre dégrade,
Avait pris les simples Habits
D’une Gardeuse de Brebis.

Or cette Troupe bigarrée,
Très importante et peu parée,
Alla faire montre à l’Hôtel
De la belle de FORCADEL,
Ci-devant FILLE DE MADAME,
Et, depuis fort peu de temps, Femme,
Où se tenait un BAL ouvert,
Avec un excellent Concert.

-En cette période de fête, Madame a donné un bal masqué chez elle :

Mercredi, ma grande PATRONE,
Qu’une pleine Gloire environne,
Le donna dedans son PALAIS,
Où lors ses merveilleux Attraits
Auraient fait éclipser de honte
Ceux de la REINE d’AMATONTE.

MONSIEUR, sous un brillant Atour
Plus aimable aussi que l’Amour
Qui dedans ses yeux étincelle,
Commença la Danse avec Elle,
Et ce COUPLE si plein d’appas
Faisait si bien cadrer ses Pas,
Qu’on y connaissait la Justesse
Des Cœurs de l’une et l’autre ALTESSE.

MONSIEUR le DUC, tout éclatant,
Après eux, en les imitant,
Y mena sa belle CONSORTE
Tout à fait de galante sorte ;
Puis, chacun glissant à son tour,
Plus de la Moitié de la COUR,
Et dont était tout le beau Sexe,
Y fit des Pas de toute espèce,
Lesquels marquaient en maints endroits,
La souplesse de leur JARETS.

Quantité de TROUPES de MASQUES,
Mais Gens Sages et non fantasques,
Apportèrent illec leurs nez,
La plupart drôlement tournés.

Au reste, ce Bal d’importance
Où l’on vit si belle Assistance,
Fut assaisonné, c’est le bon,
D’une forte COLLATION,
Des plus exquises Confitures
Et d’autres friandes Pâtures,
Avec quantité de Liqueurs
Qui ragaillardirent les Cœurs.

Mais, achevons notre Épître
Par un autre important Chapitre.

-Parution d’un « Ouvrage Royal » :

Enfin, cet OUVRAGE ROYAL,
Que je puis dire sans égal,
Cette belle Carte Historique
Et même Généalogique
Des puissants POTENTATS des LYS,
Depuis le fameux SAINT LOUIS,
Paraît dignement en lumière
[Cette Carte se voit chez le sieur XXX, dans la rue Saint Jacques, à la Reine du Champs.]
Et comble d’une gloire entière
Notre incomparable FEUILLANT,
[XXX, Provincial de l’Ordre.]
Lequel seul avait le Talent
Et le Don de Persévérance,
Pour, en l’Honneur de notre France,
Commencer, suivre et couronner
Ce Travail qu’il vient de donner.
Ah ! si j’avais Voix en Chapitre,
Il en aurait et Crosse et Mitre ;
Mais quoi ? la mienne à rien ne sert ;
Servons donc vite le Dessert.

Lettre du 23 janvier 1667, par Robinet.

-Retour sur le bal qui fut donné chez Madame :

Parmi les Troupes joviales
Qui chez les ALTESSES ROYALES
Furent en Masques à leur BAL,
Qui ne peut guère avoir d’égal,
À bon droit, je me l’imagine,
Parut la DUCHESSE poupine
Que l’on nomme MAZARINI,
Objet de maints Attraits munis
Et qui pourrait bien, ce me semble,
Avec tant de Charmes ensemble,
Rendre heureux MONSIEUR son ÉPOUX,
Si le Sort, de son heur jaloux,
N’altérait sa Santé sans cesse,
Car ce Duc rempli de Sagesse
A d’ailleurs, si Seigneur en a,
Provision de MAMMONA.
Dieu veuille donc, je l’en conjure,
Lui rendre une Santé qui dure
Et, par là, remplir les Souhaits
Que sur ce Point j’ai déjà fait.
Mais, fermant cette Parenthèse,
Retournons vite à notre Thèse.

Avecque cet Objet charmant,
Sous un gaillard Déguisement,
Était cette autre AUSONIENNE
(Et c’est-à-dire Italienne),
Sa Sœur, qui MARIANE a nom,
Dont l’Esprit et le Corps mignon,
La bonne Grâce et la Sagesse
La rendent si digne Duchesse,
Et, pour en faire tout le Plan,
Épouse du GRAND CHAMBELLAN [M. le Duc de Bouillon.]
Qui de GODEFROI ressuscite
En lui le Cœur et le Mérite.

Le PRINCE aussi de MEKLEBOURG,
Fort estimé dans notre COUR,
Et la PRINCESSE sa CONSORTE,
Laquelle a toujours pour Escorte,
Les Grâces, les Ris et les Jeux
Et le plus beau de tous les Dieux,
Y furent en riche Équipage,
Et même eurent l’avantage
D’être parmi tous reconnus
Au grand air dont ils sont pourvus.

Aussi, dit-on en haute gamme,
Que la belle et brillante DAME
Soutenait des mieux le beau RANG
Qu’à présent partout Elle prend,
Par l’ordre du ROI, de PRINCESSE.
Comme chez sa ROYALE ALTESSE
Elle avait fait depuis deux Jours,
Sans affecter qu’un grand Concours
Fut lors le Témoin de sa gloire ;
Car on m’a dit, j’en ai mémoire.
Que le CERCLE était au déclin
Et beaucoup plus vide que plein
Quand Elle alla prendre sa Chaise,
N’étant plus fière ni plus aise
De cet Honneur qu’on lui rendait
Que d’une chose qu’on lui doit.

-Le bal chez la duchesse de Châtillon se termine par un incendie auquel échappe, fort heureusement, toute la compagnie :

Le Soir même, cette Princesse,
Qui fut de CHÂTILLON DUCHESSE,
Courut pareillement, dit-on,
Avec son Époux, le MOMON
Et fut en un beau Bal de Ville,
Dans notre aimable et riante ÎLE,
Au logis des fameux SAINTÔTS,
Où, pour tout dire en peu de mots,
Une BEAUTÉ de leur Famille,
Beauté laquelle beaucoup brille,
Qu’on nomme MADAME DE DREUX,
Bien digne d’Hommage amoureux,
Était des Pas la SOUVERAINE,
Où du BAL l’admirable REINE.

Aussi s’y fit-il un Concours
Tel qu’aux beaux Jours l’on voit aux COURS,
Et je pourrais encor plus dire,
Sans qu’en Faux l’on put s’en inscrire,
Que l’on y courut comme au Feu,
Car le SORT, souvent Trouble Jeu,
Par là voulut que l’ASSEMBLÉE
Dans ses Plaisirs se vit troublée.
Mais, presques [sic] en un Tourne main,
On éteignit ce Feu malin,
Et, si l’on cria davantage :
« AU FEU, AU FEU, » ce fut, je gage,
Celui que MADAME de DREUX
Allumait aux Cœurs par ses yeux.

Au reste, MONSIEUR et MADAME
Qu’unit une si noble FLAMME,
Cachant leurs beaux INDIVIDUS
Dessous des Atours de bibus,
Honorèrent de leur Présence
Le susdit Bal de conséquence,
Et pareillement, le JEUDI
(C’est le précédent que je dis),
Furent chez ce Foudre de Guerre,
Le grand la FERTÉ-SÉNETERRE,
Lequel, en Mortel radouci,
Donnait chez lui grand Bal aussi
Et souffrait (ô quelle merveille !)
Des Violons à son Oreille,
Lui qui n’écoute volontiers
Que les instruments meurtriers
Par qui, dans les Champs de Bellonne,
S’explique la Parque Félonne.

Mais ne vous en étonnez pas :
C’est le doux Effet des Appas
De sa MOITIÉ, charmante et sage,
Qui mitige ainsi son Courage ;
Et c’est ainsi que Monsieur MARS,
Chef de tout rempli de Tendresse
Aux Pieds de la belle DÉESSE
Qui mit au Jour le petit Dieu
Qui dans tous les Cœurs met le Feu.

-Évocation d'autres bals, légions en cette période :

On compte, de cette Semaine,
D’autres Bals plus d’une Vingtaine
Donnés avec Solennité
Dans la Parisienne Cité,
Et plus de cent Fredons de Masques
Qui, sans commettre nulles frasques,
S’y sont trouvés sous divers Noms
Et des Habits de plus bouffons.

-À la cour, le Ballet des Muses connaît un franc succès :

La COUR, à SAINT GERMAIN en LAYE,
Où se rencontre mainte Laye,
Se divertit semblablement,
Tout à fait agréablement,
Et l’excellent BALLET des MUSES,
Qui vraiment ne sont plus camuses
Depuis que, de belle hauteur,
LOUIS se dit leur Protecteur,
Contient tant de choses plaisantes
Et qui sont si satisfaisantes
Qu’il vaut seul, par ces Agréments
Les autres Divertissements.

À propos de Réjouissances,
De Cadeaux, de Momons, de Danses,
CLOTON aussi ne fait pas mal,
De son côté, le CARNAVALL,
Et l’on danse en toutes Contrées
Son grand BALLET, d’autant d’ENTRÉES
Qu’il est de Mortels et d’Emplois,
Sans excepter Papes ni Rois,
De cette Loi dure et griève.
L’ABBÉ de SAINTE GENEVIÈVE,
Naguère s’acquitta des Pas
Qu’on fait au Branle du Trépas ;
Le GRAND PRIEUR de FRANCE encore,
Que pour ses Vertus l’on honore
Dans le TEMPLE et partout Ici,
A fait la même chose aussi ;
Et MACHAUT, qui dans l’INTENDANCE,
En servant l’État d’importance,
A fait raccourcir tant de Gens,
Vient de faire à quatre-vingt ans
Pareille Danse que les autres.
Dites pour eux vos Patenôtres,
Et pensez, ô pauvres Mondains,
Que vous serez des Baladins,
Tôt ou tard, de Madame Parque
Et que vous passerez la Barque.

-Bossuet a fait un discours funèbre pour Anne d’Autriche :

Vous venez encor récemment
D’apprendre, sur le MONUMENT
De notre auguste REINE-MÈRE,
Cette Vérité nette et claire.

Vous avez, à son BOUT DE L’AN,
Non sans pousser maint triste Élan,
Oui les deux DISCOURS FUNÈBRES
Qu’on fait deux ORATEURS CÉLÈBRES,
Qui vous ont appris de nouveau [L’Abbé Bossuet et l’Abbé de Drubec.]
Qu’ANNE d’AUTRICHE est au Tombeau ;
Et dire que la Destinée
N’a pas cette Reine épargnée,
C’est un infaillible Argument
Que vous mourrez pareillement,
Après des Ans une Trentaine,
Ou peut-être une Quarantaine,
Dont plus du Tiers (ô triste Sort !)
Se doit au FRÈRE de la MORT.

Mais, sans pousser cette Morale
Qu’Ici, chemin faisant, j’étale,
Cet Article en forme mettons,
Et succinctement ajoutons
Que MONSIEUR avecque MADAME,
Lors triste jusqu’au fond de l’Âme,
MADEMOISELLE avec sa SŒUR,
Si dignes d’un brillant honneur,
Plusieurs autres d’illustre Titre,
Et même force GENS à MITRE
Se trouvèrent à ces Discours
Qui furent faits ces derniers jours [Mardi, Mercredi et Jeudi derniers.]
Avec de solennels SERVICES
Et de célèbres SACRIFICES,
Tant en l’ÉGLISE SAINT DENIS,
Lieu du TOMBEAU des ROIS des LYS,
Qu’au beau TEMPLE du VAL de GRÂCE,
Où tombe abondance de Grâce,
Et dans celui de ces NONNAINS
Qui seront un Jour des Corps Saints,
Savoir les Nonnains CARMÉLITES, [De la rue de Bouloy.]
Pleines de célestes mérites,
Et que la Reine assurément
Aime et protège tendrement.

Lettre du 30 janvier 1667, par Robinet.

-En Savoie, le carnaval est particulièrement gai :

Le CARNAVAL dans la SAVOIE
Se fait avec beaucoup de joie
Et, par un Prélude si beau,
Et si galant et si nouveau,
Son Duc en a fait l’ouverture,
Qu’il mérite, je vous assure,
Qu’on vous en donne en raccourci
Une légère Idée Ici.

C’était, sans qu’au Récit j’ajoute,
Une délicieuse JOUTE
De l’AMOUR et de la VERTU,
Où ce Nabot fier et têtu,
Sur un Char triomphant de Gloire
Et tout bouffi de sa Victoire,
Qui lui faisait voir à ses pieds
Maints POTENTATS humiliés,
Défiait au Combat ceux et celles
Dont à son Joug les Cœurs rebelles
Lui voudraient contester l’honneur
D’être l’UNIVERSEL VAINQUEUR.

En ce Défi de conséquence,
Ses SECONDS, Braves d’importance,
Étaient toutes les PASSIONS,
Qui des plus vaillants Champions
Font bien souvent dans ses Entraves
De honteux et chétifs Esclaves.

Mais, d’une autre part, la VERTU,
En dépit du Siècle tortu
Où peu la Belle l’on contemple,
Sur un autre CHAR, dans son TEMPLE
Parut, ayant à ses côtés
Les GRÂCES et d’autres BEAUTÉS,
Sous des Atours Amazoniques,
Avec des Dards, Lances et Piques,
Et l’on la vit si vaillamment
Assaillir le beau Garnement,
Qu’avecque toute sa Sequelle
Il en eut, bonne foi, sans l’aile.

Mais, pour tout dire, la VERTU,
Alors qu’il en fut abattu,
Parut avecque tant de Charmes
Qu’il lui fallut rendre les Armes,
Car enfin la Vertu pour lors
Était logée en ce beau Corps
Dont la DUCHESSE de SAVOIE
De son ÉPOUX comble la joie.

-À Versailles, la vie est également pleine de divertissements (le Ballet des Muses) :

On se divertit chaque jour
Aussi des mieux en notre COUR.

MARDI, dans le charmant VERSAILLES,
L’on fut encor faire gogailles [sic].
Là, par le mouvement des Eaux
Qui en divers Tuyaux,
On entendit une belle Orgue
Qui fait à toute autres la morgue.

Je pense aussi qu’on y balla ;
Que veut-on plus après cela ?
Les autres jours de la Semaine,
Ainsi de Plaisirs toute pleine,
On a des MUSES le BALLET.

La Muse Dauphine à Monseigneur le Dauphin.

Première Semaine.

Du 3 février 1667, par Subligny.

-L’édit du roi pour le mariage en rapport avec le mariage du Duc de Chevreuse et de Mademoiselle Colbert :

Mais, Seigneur, méprisons cet odieux langage ;
Puisque notre façon cessaient toutes de l’être
Avantageux au Mariage,
Il nous en faut tous deux faire notre profit.

Il est vrai que la chose est tout à fait nouvelle :
Qu’une MUSE, qu’on croit une Vierge immortelle,
Contre son vœu s’engage en des liens si doux ;
Mais elle est encor moins étrange
Que de voir marier un Ange,
Et la belle COLBERT a bien pris un Époux !

Vous connaissez, je crois, cette illustre Personne.
Son Père, qui fait à la Cour
Des miracles pour la Couronne,
N’en fit pas un petit de lui donner le jour.

N’est-il pas vrai, SEIGNEUR, que c’est un Ange aimable ?
Mais ne changeons point de propos ;
Elle est aujourd’hui l’Épouse d’un Héros,
Petit-fils d’un illustre et fameux Connétable.

Le DUC DE CHEVREUSE est son nom.
Nous autres, pour quelle raison
Serions-nous Vierges, je vous prie,
Puisque cet Ange se marie ?

C’est bien pis ; sa charmante SŒUR,
Qui ne touche qu’à peine à sa dixième année,
Se veut mêler aussi de goûter la douceur
Que l’ont trouve dans l’Hyménée,
Et son Fiancée, SAINT-AIGNAN,
La doit épouser dans un An.

Ce CONTE, fils d’un DUC, les délices des Nôtres,
Par parenthèses, est un Héros aussi ;
La FRANCE le verra dans quelque temps d’ici.
Le DUC DE SAINT-AIGNAN n’en a jamais fait d’autres.

Pour vous en parler franchement,
Mon PRINCE, je suis fort trompée
Si, depuis que son Frère est dans le monument,
Ce COMTE a du regret de s’être fait d’Épée.
Je sais que quelques-uns de nos graves humains
Diront qu’un Bénéfice est une bonne affaire :
Mais telle Femme est un Bréviaire
Qui vaut bien quelquefois les bréviaires Romains.

À l’heure que je parle, on rit, on fait dépense,
On fait la noce encore, avec magnificence,
De l’accompli CHEVREUSE et de l’OBJET divin
Qui porte au plus haut point son glorieux Destin.
Tout l’HÔTEL DE COLBERT est en réjouissance :
On tient le bal, on fait festin.
Dans une même Salle on fait même, je pense,
La Fête de l’Illustre et superbe Alliance

De l’aimable DE LUYNE avecque LAVARDIN,
L’un des nobles Marquis de France,
Et MONSIEUR COLBERT même y danse.

Le croiriez-vous donc, cher Dauphin,
Qu’on le voit aller en cadence
Presque aussi bien qu’un beau blondin ?
Cela passe un peu la croyance.
Nous serions pourtant bons de ne le croire pas :
L’Art n’a rien de parfait dont son esprit n’abonde :
C’est lui qui remet même en cadence le Monde
Sous le plus grand des Potentats,
Et qui l’empêche bien de faire de faux pas.

Tout parle enfin de Mariage ;
Ce Nom remplit tous les discours.
Depuis la pension et le grand avantage
Que l’ÉDIT donne au fruit de ses chastes amours,
Il n’est point de fille si sage
Qui, si j’ose nommer ici le pucelage,
N’ait regret de l’avoir trop longtemps retenu.
Ce n’est plus à son gré qu’une fort sotte Idole,
Qui lui diffère ou qui lui vole
Deux mille francs de revenu.

Épousons donc, je vous supplie ;
Nous ne pouvons pas mieux choisir
Pour nous unir selon notre désir
Que ce temps où CHEVREUSE a son Ange s’allie.
C’est toujours une compagnie
Dont la jeunesse et les beaux jours
Nourriront à la Cour les jeux et les Amours,
Et qui nous fournira pour toute notre vie
De quoi ne point manquer de plaisir tous les jours.

D’ailleurs la récompense est solide et réelle
Pour ceux qui feront dix enfants.
Qui vous dit que dans peu de temps
Nous ne serons point dignes d’elle ?
Dix semaines pour moi sont autant que dix ans
Pour une expédition telle,
Et je vous apprends, cher Dauphin,
Qu’un Objet qui tient du Divin
Porte bien moins longtemps son fruit qu’une Mortelle ;
Témoin votre MAMAN qui, la dernière fois,
Pour faire une FILLE fort belle
Et que rechercheront un jour les plus grands Rois,
Ne fut point obligée à la porter neuf mois.

Mais qui prierons-nous de la Noce ?
La troupe, à mon avis, qui serait la plus grosse
Augmenterait d’autant notre contentement.
Il faut du moins tâcher que la Maison Royale
Nous donne son consentement,
Surtout ayons pour nous MAMAN LA MARÉCHALE,
Dans le commerce où nous entrons.
Si, comme elle a le soin des beau ENFANTS DE FRANCE,
Elle en avait aussi de ceux que nous ferons,
Nous aurions, MONSEIGNEUR, des biens en abondance.

Ah ! que j’étendrai loin le Nom de mon Époux !
Qu’on verra des effets bien dignes de ma flamme,
Puisque je vais être la Femme
D’un Prince charmant comme vous !

Approchant de plus près votre Auguste personne,
Ainsi qu’une Femme le doit,
C’est pour lors, beau Fleuron d’une Illustre Couronne,
Que, sachant sur le bout du doigt,
Les vertus que déjà la naissance vous donne,
Je pourrai bien mieux dans mes Vers
En faire part à l’Univers.

Ce sera pour lors, Mon beau PRINCE,
Que j’irai bien plus librement
Vous chercher dans chaque Province
Quelque digne sujet de divertissement.
Ce sera par cet Hyménée
Que ce que je promis de faire l’autre Année,
Dans celle où nous vivons se fera galamment,
Et qu’il ne sera point à Paris de Ruelles,
Point de secret appartement,
Dont, pour un Mari si charmant,
Je ne tire quelque Nouvelles.

Achevons donc, voici le temps
Où les Plaisirs viennent en foule
Présenter à mes Vers des sujets éclatants.
Ne permettons point qu’il s’écoule
Sans conclure un Hymen si doux ;
Donnez-moi votre foi, je vous donne la mienne,
Et, dès JEUDI prochain, que rien ne nous retienne
De nous mettre en état de causer en Époux.

Lettre du 6 février 1667, par Robinet.

-Fêtes dans le Saint Empire :

Des ANGLES le jeune et beau SIRE,
Dont l’AMOUR partage l’Empire,
Divertissant, mais du bel air,
L’Objet à son Cœur le plus cher,
Cette belle INFANTE d’ESPAGNE,
À présent sa digne COMPAGNE,
Après les Feux, Chasses, Cadeaux,
La fait courir sur les Traîneaux,
Et ce Plaisir Elle eut naguère
D’une fort galante manière.

Auprès de son aimable Époux,
Qui des mieux lui fait les yeux doux,
Elle était sur un magnifique,
Atournée à la Germanique,
Ayant un Bouquet ample et beau
De Plumes vertes au Chapeau,
Tout brillant des Trésors qu’étale
La superbe Inde Orientale.

Plus de soixante autres Traîneaux,
Des plus galants et plus nouveaux,
Qui tenaient presque un quart de lieue,
Roulaient en bon ordre à sa Queue,
Avec l’Élite de la COUR,
Tout à fait pimpante en ce Jour.

On y voyait les deux PRINCESSES
Que l’on appelle Archiduchesses,
Derrière les deux MAJESTÉS,
Chacune ayant à ses Côtés,
Pour conducteur, un Seigneur grave
Que l’on appelle Illec Marckgrave,
Ce qui veut dire Ici Marquis,
Et tous deux d’un mérite exquis.

Quarante-six DAMES ensuite,
Et chacune d’Elles conduite
Aussi par un leste GALANT
En un Équipage brillant,
Faisaient la plus belle partie,
Et certes la mieux assortie
De tout ce qui venait après.

Or cet Ébat, qu’on prit au frais,
Fut suivi d’un BAL d’importance,
Où juste parut la Cadence
Du noble COUPLE COURONNÉ,
Et ce Bal fut assaisonné
D’un très délicieux RÉGALE
Qu’on servit à l’Impériale.

Hé bien ! dites, mon cher Lecteur,
L’entend-il ce brave EMPEREUR,
Et peut-il de meilleure sorte
Réjouir sa noble CONSORTE,
Faisant, pour tout dire, entre nous,
Si bien tous les Devoirs d’Époux,
Qu’on publie avec allégresse
Déjà dans VIENNE sa Grossesse.

-La reine d’Angleterre en mauvaise santé :

Un Bruit courait ces derniers Jours,
Qui n’a plus maintenant de cours,
Que de la PARQUE tyrannique
La jeune REINE BRITANNIQUE
Avait senti le mortel Dard,
Dont ne nous couvre aucun Rempart.

Son Mal, qui venait d’ORDINAIRE,
Petit à petit, dégénère,
Si que dans peu sa Majesté
Aura sa pristine Santé
Et pourra bien, par aventure,
Au gré de Madame NATURE,
Augmenter par de doux efforts
Les VIVANTS et non pas les MORTS.

-Fête à l’hôtel Colbert pour le Mariage de Mademoiselle Colbert et du Duc de Chevreuse :

Mercredi, le DUC de CHEVREUSE,
Couronnant sa Flamme amoureuse,
Fiança cet OBJET charmant
Qui de son Cœur était l’aimant,
C’est à savoir la FILLE AÎNÉE
Que l’on tient tout à fait bien née,
De l’illustre Monsieur COLBERT
Qui le ROI si sagement sert.

En même temps, et chez lui-même,
Par un autre bonheur extrême,
Le cher MARQUIS de LAVARDIN,
Qui ne manque pas de Dindin,
Fiança la belle de LUYNES,
PUCELLE alors des plus poupines,
Et notre admirable PRÉLAT,
Qui fait tout avec tant d’éclat,
Fit la belle CÉRÉMONIE,
Devant nombreuse COMPAGNIE
Qui n’était toute que de GRANDS
Tant des Amis que des Parents,
Comme vous le voyez en marge,
Et tout du long et tout du large.
[XXX]

Après, vint la COLLATION,
Qui, sans amplification,
Aux plus belles était égale,
Et LAMBERT, dedans ce Régale,
Mêlant un Plat de son Métier,
Sur si noblement marier
Sa Voix et son Théorbe ensemble
(Et je crois l’ouïr, ce me semble),
Que ses Auditeurs ébaudis
Se crurent dans le PARADIS.

Mais en ce LIEU, non plus qu’un ANGE,
Aucun ne boit, aucun ne mange,
Au lieu qu’Ici, sur nouveaux frais,
L’on se reput de friands Mets
Qu’en un SOUPER fait dans les Formes
On servit en maints Plats énormes ;
Pendant quoi divers Instruments
Faisaient par leurs Accords charmants
Une excellente Mélodie.

Après, on eut la COMÉDIE,
Et lors, étant plus de Minuit,
Le DIEU D’HYMEN enfin unit
Ces deux jeunes et brillants COUPLES,
Aux Lois de l’AMOUR des plus souples,
Qui s’en allèrent prestement
Chacun en son Appartement
Pour exécuter ces Paroles,
Qui n’ont point certe [sic] été frivoles ;
CRESCITE [sic], MULTIPLICATE [sic].

Or, pour dire la Vérité,
Ils s’en seront tous, que je pense,
Acquittés en leur conscience,
Voire mêmes comme à l’envi,
De quoi, pour moi, je suis ravi,
Souhaitons que deux beaux CHEFS D’ŒUVRES
Dans neuf mois sortent de leurs ŒUVRES.

Lettre du 13 février 1667, par Robinet.

-Fêtes dans l’Empire :

L’EMPEREUR LÉOPOLD IGNACE,
Exempt d’une telle Disgrâce,
Ne pense à présent tous les jours,
Entre les Jeux et les Amours,
Qu’à faire ébaudir son ÉPOUSE,
Qui n’a des Ans guère que douze ;
Et, se plaisant fort aux Traîneaux,
Sur le Sien, certe [sic] des plus beaux,
Il la conduisit, à son aise,
Encor du mois dernier le seize.

L’illustre MARQUIS de DOURLAC,
Qui, dit-on, aime le TRIC TRAC,
Et le beau PRINCE DE LORRAINE,
Qui courageusement dégaine,
Avaient sur deux autres Traîneaux
Deux assez précieux Dépôts,
À savoir, les ARCHIDUCHESSES,
Qu’on tient deux aimables PRINCESSES.

Maint autre SEIGNEUR ALLEMAND
Sur le Sien et très galamment,
Menait une Dame Allemande,
Et la Traînée était fort grande.

Mais un Cheval, pour cent raisons
Digne des Petites Maisons,
Troubla soudain la belle Fêtek
S’étant mis dans sa folle Tête
De prendre un trop fougueux Essor,
Si bien que, malgré tout effort,
Il emporta loin sa Voiture,
Hors de Chemin et de droiture ;
Et c’était le Second Traîneau,
Tout à fait magnifique et beau,
Portant l’Archiduchesse Aînée,
Qui plus que Jeu fut lors traînée,
Avec le Marquis Conducteur,
Qui moins qu’elle n’eut pas de peur.

Mais enfin pour la peur susdite
Chacun de ces deux en fut quitte,
Et ce petit Événement,
Presque à la mode du Roman,
Ne fit qu’augmenter l’Allégresse,
Plus grande après quelque Détresse.

Ainsi, de retour au Palais,
Tous ces Gens à Traîneaux, fort gais,
Déconfirent un grand Régale,
D’une guise bien joviale,
Et puis, en dépit du Cheval,
Gambadèrent des mieux au BAL.

L’IMPÉRATRICE DOUAIRIÈRE,
Galante de belle manière,
Donna, dit-on, dernièrement
Aussi le Divertissement
D’un agréable LOTERIE,
En laquelle, sans tricherie,
La jeune IMPÉRATRICE eut l’heur,
Chez le Sort étant en faveur,
D’emporter certaine Cassette
Qui d’une seule Agathe est faite,
Les deux Princesses, à leur tour,
Et chaque Dame de la Cour
Ayant, selon l’intelligence
Qu’elles avaient avec la Chance,
Aussi tiré divers Bijoux,
De plus grands ou de moindres Coûts.

-En France, la saison du Carnaval bat son plein, et le Ballet des Muses également :

Ne sachant point d’autres Nouvelles
Pour les nouvellistes Cervelles
Qui vaillent qu’on en fassent un Plat,
Tout se trouvant au même état
Que je le mis dans ma Dernière,
Qui fut pleinement Gazetière,
Je vais m’étendre, pour ce Jour,
Sur celles de Ville et de Cour,
Qui sont le plus digne Régale
De cette Saison Carnavale.

PHILIPPES [sic], plus beau qu’ADONIS,
Tant en lui sont d’Appas unis,
Et son adorable HENRIETTE,
L’Auguste Objet de ma Musette,
Sont venus au PALAIS ROYAL
Faire un Bouquet de Carnaval.

Là, par un plaisir délectable,
Souvent je les ai vus à Table,
Tandis que douze Violons,
Qui semblaient autant d’Apollons,
Régalaient leurs fines Oreilles
Par mille charmantes merveilles.

Ils avaient cet ANGE auprès d’eux
Qu’ont mis au Jour leurs premiers Feux,
La mignarde MADEMOISELLE,
Comme un Ange spirituelle,
Avec la PRINCESSE MIMI, [Petite Fille de Madame.]
Personne importante, vraimi.
C’est elle qui, sur la Fougère,
Quand notre HÉROÏNE est BERGÈRE,
Dans le grand BALLET des Neufs SŒURS,
Fait trembler les Loups ravisseurs,
Comme l’a mis dans son beau Livre,
Qui fera MIMI toujours vivre,
BENSÉRADE, que, sans abus,
On peut dire notre PHÉBUS.

MONSIEUR a vu la belle HALLE
Où tant de Richesses on étale,
La FOIRE, à parler autrement,
Étant assez sortablement
Avecque la grande HÉROÏNE,
Laquelle est sa propre COUSINE,
Et qui fait briller dans ses Yeux
Tout ce qu’ont de plus grand les DIEUX.

Or ce PRINCE et cette PRINCESSE,
Comme deux Sources de Liesse,
En comblèrent tous les Marchands,
Des plus petits jusqu’aux plus grands ;
Mais ceux qui virent leur Monnaie
Sentirent le plus cette Joie,
Car je crois bien que sans jouer
Et sans leur Bourse délier
Ces ALTESSES pleines de Gloire
Ne sortirent point de la FOIRE.

Ce même HÉROS, si charmant,
Et sa MOITIÉ pareillement,
Où le CIEL tant de DONS assemble,
Ont masqué derechef ensemble
Et couru, sous divers Habits,
Les plus beaux Bals durant deux Nuits
Ayant dans leur TROUPE galante
Une JEUNESSE fort brillante
Et qui cachait sous ses Atours
Tout ce qui peut plaire aux Amours.

D’ARMAGNAC la belle COMTESSE,
De BOUILLON la gente DUCHESSE,
La charmante MAZARINI,
Toutes mérite infini ;
ITEM, MADAME DE THIANGE,
Qu’on embrassait mieux qu’un ANGE,
Et ces quatre jeunes BEAUTÉS
Que l’on voit toujours aux côtés
De l’illustre ALTESSE ROYALE,
Faisaient la Bande joviale
Avecque maints SEIGNEURS fringants
Comme on est en ses jeunes Ans.

Ce Principal FREDON de MASQUES,
Dont nul n’est du Pays des Basques,
Courant les Bals plus renommés,
Entre autres que l’on m’a nommés,
À qui je veux faire la grâce
De leur donner en ce Lieu place,
Sans m’étendre dans le Détail,
Alla chez MADAME PORTAIL,
Qui de LUSIGNAN est COMTESSE,
Objet inspirant la Tendresse,
Puis chez sa SŒUR de FORCADEL
Qui d’Attraits sème son Hôtel,
Et chez SULLY, DUCHESSE et DAME,
Comme on sait, de la haute Gamme,
Possédant tout ce qu’on chérit,
Soit pour le Corps, soit pour l’Esprit,
Et de plus, par heureuse Chance,
Fille du CHANCELIER de FRANCE,
Le grand et le sage SÉGUIER,
De mérite tout singulier.

Or, quoi que ces MÉTAMORPHOSES
Déguisent tant soit peu les Choses,
MADAME essaie vainement,
Avec tout son déguisement,
De cacher sa brillante ALTESSE.

Ce beau Port, cet Air de DÉESSE,
Ce Feu qui sort de ses beaux Yeux
Qui rend l’AMOUR victorieux,
Et son Teint fleuri, Teint Unique,
Qui fait à tous les Teints la Nique,
Paraissant au défaut du LOUP,
Loin de faire crier au Loup,
Faisaient juger que c’était Elle,
Cette noble et jeune IMMORTELLE,
Qui charme tout par des Appas
Qu’en autre qu’elle on ne voit pas

-Le Sicilien dans le Ballet des Muses :

Mardi, leurs ROYALES ALTESSES,
Après toutes ces allégresses,
Allèrent rejoindre la COUR,
Des plus doux Plaisirs le Séjour.
Le grand BALLET s’y danse encores [sic],
Avec une SCÈNE de MORES,
Scène nouvelle et qui vraiment
Plaît, dit-on, merveilleusement.

L’on y voit aussi notre SIRE,
Et cela, je crois, c’est tout dire ;
Mais, de plus, Madame y paraît :
Jugez, Lecteur, ce que c’en est.

La Muse Dauphine à Monseigneur le Dauphin.

Seconde Semaine.

Du 17 février 1667, par Subligny.

-Fête chez M. de Chevreuse :

Comment, PRINCE, vous portez-vous
Depuis la Semaine passée,
Que je vous pris pour mon Époux ?
Selon ma petite pensée
Votre embonpoint n’en souffre pas ;
Vous avez les mêmes appas
Que devant notre Mariage ?
Dieu veuille que, depuis le sien,
CHEVREUSE, qui s’en trouve bien,
Ne maigrisse point davantage.

Ce DUC nous donne ici le Bal
D’une manière fort aimable.
Son dernier, outre bonne table,
Avait vingt lustres de cristal.
Sans contredit aussi c’est un Duc sans égal ;
Mais bon Dieu, qu’en revanche il est insupportable !
Parce qu’il voit que l’on sait bien
Qu’il n’a point son pareil au Monde,
Parce que son Épouse, avec son doux maintien,
Sait fort bien qu’elle-même est aussi sans seconde,
On ne saurait avoir un cœur ou bien des yeux
Qu’aussitôt ce ne soit pour eux.
Mais vraiment, PRINCE, il faut que ces gens au plus vite
Fassent des Enfants des plus beaux,
Car, s’ils sont toujours sans égaux,
La liberté des cœurs est cuite.

-Retour sur le Carnaval :

« Est cuite » est un fort plaisant mot ;
Vous riez, je crois bien, de me le voir écrire.
Mais dans le Carnaval tout vaut :
C’est un temps où l’on met tout cuire.
Qu’avecque nous, SEIGNEUR, ne courez-vous le Bal
Pour bien passer ce Carnaval ?
Nous voyons ici des merveilles ;
LE COUREUR DE NUIT NI BUSCON
N’ont point d’aventures pareilles,
Et ce qui s’est passé surtout chez un Tendron
Vaut les plaisirs de mille veilles
Que n’assaisonnent pas un incident si bon.
Je ne connus jamais ce tendron que de nom,
Mais dans l’Île chacun l’appelle
L’aimable et charmante BOURGON ;
C’est assez pour la croire telle.

Parmi les Masques à grand train
Qui coururent le Bal chez elle,
Une très prompte Damoiselle
Qui devait épouser sans faute au lendemain
Notez que cela rend l’histoire encor plus belle ;
Ne put attendre si longtemps :
À quartier, vite, sans chandelle,
Elle rendit, dit-on, un des Masques contents,
Et, sur quelques serments qu’on lui serait fidèle,
Fit présent d’une Montre et de quelques rubans.
Jusques aux rubans, Bagatelle !
Mais cette Montre était par malheur un présent
Du futur époux de la Belle,
Et la chance à lui-même arrivait justement.
Le pauvre Cavalier en avait bien dans l’aile ;
Il s’épousèrent toutefois.
Elle n’en est pas moins haute et puissante Dame,
À cela près que quelque fois
Il en enrage dans son âme.
Admirons cependant comme on change à Paris
On voyait rarement enrager des maris
D’avoir dépucelé leur femme.

-Le Ballet des Muses :

Mon style passe le galant,
Ma bouche vous semblera grasse,
Mais, mon charmant Époux, il faut que ce temps passe,
Tout est de Carême prenant.
On voit donc bien d’autres affaires
À Paris, dans cette saison,
Qu’on n’en voit dans votre maison,
Quoi qu’on n’y prenne point de passe-temps vulgaires.
Quoi que MONSIEUR DE PÉRIGNY
Ait rendu du BALLET la beauté sans seconde,
Vous ne voyez point là de BELLE SÉVIGNY
À bons grands coups de poings faire battre le monde.
Comme elle allait en masque un de ces derniers jours,
Des gens que vous voyez toujours
À son sujet prirent querelle ;
La cause fut qu’en parlant d’elle,
L’un d’eux accordait bien qu’elle avait l’air charmant,
Qu’elle était belle assurément,
Mais, ajoutait-il, pas tant belle.
Pareille impiété ne méritait pas moins
Sans doute que des coups de poings :
Mais coups de poings à gens d’épée,
Pour venger un objet digne de mille Autels,
Et de qui la France est charmée !
Ah ! cruel Édit des Duels !

-Un Carrousel en préparation :

Cette Semaine étant passée,
Adieu le BALLET de MES SŒURS.
On dit qu’on a dans la pensée
De vous donner d’autres douceurs.
Depuis quelques jours on travaille
À préparer un CARROUSEL,
Qui se doit faire dans VERSAILLE[S].
Jamais la COUR n’aura rien vu de tel,
Si j’en crois ce que l’on en pense ;
Le ROI, qui sait l’Art de braver
Tous les ROIS en Magnificence,
Y va traiter toute la FRANCE,
Si la FRANCE s’y veut trouver.

-Dans la même lettre, on craint la prise de Candie par les Turcs :

Le TURC entreprend trop : il en veut à CANDIE,
Qu’il voudrait bien ôter aux VÉNITIENS,
Et pour cette entreprise, à mon gré très hardie,
Il arrête en ses Ports tous les VAISSEAUX CHRÉTIENS
Et les force à charger les choses nécessaires
Pour avancer là ses affaires.
Il va, d’autre côté, rompre avec l’EMPEREUR
Sur un prétexte assez bizarre,
Et, d’un autre, il se joint au rebelle TARTARE
Qui contre CASIMIR marche avec fureur.
Je conçois peu sa Politique,
Que presque tout le monde craint :
Mais, de quelque esprit fin pour ce coup qu’il se pique,
Qui trop embrasse mal étreint.

Premièrement, SEIGNEUR, quoi que le Monde die
Qu’il prendra cette Année assurément CANDIE ;
Que, cette Capitale étant prise demain,
Il faudra dans un An dire : Adieu la SICILE,
Adieu PORTS d’ITALIE, Adieu Pays ROMAINS ;
Chacun n’estime pas la chose si facile :
Venise ne craint point cela.
Depuis un temps le MARQUIS VILLE,
Pour soutenir cet siège-là,
Avec force Officiers s’est jeté dans la Ville.

Ah mais, me dira-t-on, le TURC est bien puissant
Et la République, au contraire,
Va tous les jours s’affaiblissant ;
Encore un de ses CHEFS, et d’un rang peu VULGAIRE,
CADET du DUC de PARME efin,
Dans les ÎLES de SOILLE a fini son destin :
Cela n’avance point de beaucoup son affaire.
VENISE est sage, cher DAUPHIN :
Nos n’avons qu’à la laisser faire.

Lettre du 20 février 1667, par Robinet.

-Les Ambassadeurs viennent complimenter la reine pour son accouchement et allusion au Ballet des Muses :

Mais, à propos de notre COUR,
Les Ambassadeurs, l’autre jour,
Y complimentèrent la REINE,
Cette excellente Souveraine,
Dessus l’aimable Événement
De son heureux ACCOUCHEMENT,
Lequel nous donne une PRINCESSE
Qu’on admire déjà sans cesse,
Et qui, se faisant bien nourrir
Avec Elle aussi fait fleurir
Une Troupe de jeunes Charmes
Qui causeront bien des Alarmes.

Ensuite ces Complimenteurs,
Qui parurent bons Orateurs,
Furent, par l’ordre du GRAND SIRE,
Tous conviés, pour leur Bien-dire,
À se divertir au BALLET
Et traités en Festin complet.

-Même sujet :

On a, depuis le Treizième,
Dansé trois fois ce Ballet même
Qui, changeant encor beaucoup plus
De visages que PROTHEUS [sic],
Avait lors deux autres ENTRÉES,
Qu’on a beaucoup considérées,
Savoir des MORES et MAHOMS,
Deux très perverses Nations. [Turcs.]

Le BAL aussi parfois se donne,
Où des mieux l’on collationne ;
Puis la COMÉDIE, en son Jour,
Divertit de même, à son tour,
Par quatre Troupes différentes [Deux des Français et deux d’Espagnols et d’Italiens.]
Et qui sont toutes excellentes.
La Chasse enfin et les Festins,
Les chers Amis des Intestins,
Et les beaux Concerts de BAPTISTE,
Qui n’est point un ANABAPTISTE,
Font les Ébats du CARNAVAL
Chez le MONARQUE sans égal.

Mais ce sera bien autre chose,
De la manière qu’on en cause,
Demain et les deux Jours d’après,
Et l’on fait de rares Apprêts,
À cet Effet, dedans VERSAILLES,
Où l’on ne paye point de Tailles.
Des Gens qui ne sont point Menteurs
M’ont parlé de cinq cent Piqueurs,
Employés à larder les Viandes,
Toutes exquises et friandes,
Dont notre magnifique ROI
Veut qu’on régale en bel arroi
Tous et chacuns [sic] Messieurs les MASQUES,
Qui, sans commettre aucunes [sic] frasques [sic],
Voudront aller voir sagement
Ce nouveau Divertissement
Duquel je vous promets de mettre
Le Détail dans une autre Lettre.

-Réjouissances jusqu’à Monaco :

La PRINCESSE de MONACO
Étant relevée à gogo,
Et même plus fraîche et plus belle,
Pour s’en féliciter chez elle,
Avant hier, y donna le BAL
Avec un Festin sans égal.
Entre autres Têtes principales,
Les belles ALTESSES ROYALES
Y charmaient les Yeux et les Cœurs
Par mille et mille Attraits vainqueurs.
Et toutes les DAMES parées,
Afin d’être illec admirées,
Avaient, parmi leurs Ornements,
Tant de Perles et de Diamants
Qu’on aurait juré que la SALLE
Était une INDE ORIENTALE.

C’est ce qu’on m’en a dit en gros :
Aussi je tranche en peu de mots :
Mais, si j’en apprends davantage,
Vous l’aurez dans quelque autre Page.

-Une historiette rappelant un motif du Festin de Pierre :

LE RAPT.

La VEUVE d’un feu THEORBISTE,
Qu’ici je nommerai CALISTE,
Laquelle a dans ses Revenus
Beaucoup plus d’Appas que d’Écus,
Étant honnêtement pourvue
De ce qui donne dans la Vue
Et fait passer au fond du Cœur
Les Traits de l’Aveugle Vainqueur ;
Cette Veuve enfin, grasse et blanche,
Allant à la MESSE, DIMANCHE,
Un certain petit CASCARET,
Qui n’était point maladroit,
L’accoste et lui fait ce Message
D’un air posé, prudent et sage :
« Madame, » lui dit-il, « voilà,
» (Lui montrant à trois pas de là
» Un Carrosse avecque trois femmes)
» Ma Maîtresse et deux autres Dames
» Qui voudraient bien vous dire un mot. »

Caliste s’avance aussitôt
Et, d’une obligeante manière
Faisant abattre la Portière,
L’une des trois lui tend la main ;
Mais, l’ayant fait monter, soudain
De tous côtés le Coche on ferme,
Et le Cocher, qui touche ferme,
En moins d’une BÉNÉDICITÉ,
Les tire hors cette CITÉ.

À ce Procédé, je m’assure
Que vous jugez de l’Aventure,
Et devinez que c’est un Tour
De ceux que fait faire l’Amour.

Vous mettre le doigt sur la Corde,
Et je vous dirai, sans Exorde,
Que les trois Femmes ci-dessus
Étaient trois Gars ainsi vêtus,
Dont l’un, qui seul leva le Masque,
Comme l’Auteur de cette frasque,
Était de CALISTE un AMANT,
Lequel, l’aimant éperdument,
S’avisa, dans sa peine extrême,
D’en jouir par ce Stratagème,
Disant, comme on dit maintenant :
TOUT EST DE CARÊME PRENANT.
Pourtant le Tour n’est pas honnête ;
Et cela sent le Coupe-Tête ;
Mais ce n’est pas notre Intérêt ;
Datons, ma Clion, s’il vous plaît.

La Muse Dauphine à Monseigneur le Dauphin.

III Semaine.

Du 24 février 1667, par Subligny.

-C’est la fin des réjouissances de la période de Carnaval et allusion au Ballet des Muses :

Ballets, Bals, Mascarade, Courses,
Et d’autres plaisirs infinis,
Qui remplissent l’esprit en vidant bien des bourses,
En ce temps-ci, SEIGNEUR, seront-ils bannis ?
On dit que notre grand Monarque,
Qui les a déjà fait cesser,
Attendra pour le moins, s’il faut qu’on s’y rembarque,
Jusqu’à la Mi-Carême à les recommencer.

Hé ! mon Dieu, si l’on recommence,
Que ce soit par notre Ballet ;
Je crois qu’il n’est personne en FRANCE
Qui n’en soit revenu de tout à fait satisfait ;
Mais pas tant toutefois que MONSIEUR DE LYONNE.
Un ROI qui mieux que tout sait porter la Couronne,
À lui seul, à ce que je vis,
Dit, lui faisant une agréable avance :
« MONSIEUR UN TEL, JE SUIS DE VOS AMIS,
» ET JE DONNE LA SURVIVANCE
» DE VOTRE CHARGE A VOTRE FILS.
» CHERCHEZ L’UN DE CES JOURS EN FRANCE,
» POUR VOTRE FILLE, UN DES MEILLEURS PARTIS,
» ET N’APPREHENDEZ POINT DE MANQUER DE CHEVANCE. »
On serait satisfait à bien moins que cela ;
Aussi ce grand Ministre a bien sujet de l’être ;
Il n’a jamais connu peut-être
Deux amis comme celui-là.

Sortant de ce Ballet, plus doux que le Carême,
Savez-vous ce qu’on fit encore ?
On maria BRANQUETTE aux COMTE DE MONT LOR.
BRANQUETTE, ce TENDRON ? oui BRANQUETTE elle-même ;
Elle est Princesse, et tient un Mari si charmant
Que plus de cent Beautés en auront de l’envie.
Mais à quoi songe-t-on ? Hélas ! la pauvre Enfant,
Elle a bien acheté la gloire de sa vie.
Elle ne dormit point la nuit du Samedi,
À cause du Ballet où l’on la vit dansante ;
Dimanche elle épousa l’Amant que je vous dis ;
C’était pour moins dormir encor la nuit suivante,
Jugez, en achetant cela si chèrement,
Si le bien lui vient en dormant.

Le PRINCE D’HARCOURT, son BEAU-PÈRE,
Lui demanda, dit-on, le lendemain matin,
S’il faisait bon coucher avecque son cousin ;
Vraiment, c’était un beau comte à lui faire :
Qui ne sait pas qu’aujourd’hui, chez des Grands,
Le plaisir est charmant d’une double manière
Lorsqu’on le communique à ses proches Parents ?

Au reste, MONSEIGNEUR, ce couple inestimable
Pourra passer la vie ensemble sans ennui :
La charmante BRANCAS est jeune et plus qu’aimable,
Et MONT-LOR n’en voit point qui soient mieux faits que lui.
D’ailleurs notre Puissant MONARQUE
A, dit-on fait, voir une marque,
Des Royales bontés qu’il a
En faveur de cet Hymen là.
Le COMTE DE BRANCAS ne les peut reconnaître :
Une Auguste Maîtresse autrefois, par sa mort,
L’avait mis en état de se plaindre du sort ;
Mais on ne perd pas tout quand il reste un bon Maître.

-Suivent divers mariages qui sont annoncés ainsi qu’un Carrousel :

Mais c’est assez parlé d’Hyménée et d’Époux ;
Causons de quelque autre nouvelle
Qui nous touche et qui soit de vous.
La Fête de VERSAILLES[S] était illustre et belle ;
Les ajustements différents
De ceux qui coururent les têtes
Étaient, dit-on, assez honnêtes :
Le moindre d’eux coûtait quarante mille francs.
Le ROI semblait un ALEXANDRE
Sous un habit Persan qui lui seloit [sic] fort bien :
Quand ce Héros forçait l’Univers à se rendre,
Il avait tout son air, son port et son maintien.

Lorsque la course fut finie,
Vous vous plûtes bien, que je crois,
À voir l’illustre compagnie
Qui s’alla rendre chez le Roi.
Les Dames, tantôt PERSIENNES,
Tantôt GRECQUES, tantôt belles ÉGYPTIENNES,
Étaient sur toute chose un spectacle charmant ;
Mais, sous la dernière figure,
Je crois que bien des gens leur furent franchement
Demander la bonne aventure.

On dit que vous aviez un habit de satin
De la même couleur dont Arlequin s’agence ;
On pouvait donc bien lors, sans vous faire une offense,
Dire que vous étiez un plaisant ARLEQUIN,
Car vous plaisez toujours et de toute manière.
Vous faîtes à dessein rire ainsi vos amis,
Jusques à ce qu’un jour votre mine guerrière
Fasse pleurer nos Ennemis.

Lettre du 27 février 1667, par Robinet.

-Le Ballet des Muses :

Notre COUR éclatante et gaie,
Ayant à SAINT GERMAIN en LAYE
Encor vu, Samedi dernier,
Avec un plaisir singulier,
Le Grand BALLET de ces NEUF BELLES
Qu’on nomme les Doctes Pucelles,
En partit, Dimanche matin,
Sans oublier son beau DAUPHIN,
Pour aller faire dans VERSAILLES
DU CARNAVAL les FUNÉRAILLES,
Avec tant de solennité
Qu’il se peut dire, en vérité,
Que l’on n’en vit jamais de telles,
Ni si pompeuses, ni si belles,
Et, bref, où l’on fût plus joyeux.
MADAME, vous le savez mieux
Que je ne puis ici le dire ;
Aussi, ne vais-je le décrire
Qu’en faveur des Lecteurs Amis
À qui, certe [sic], je l’ai promis,
Car, ALTESSE, d’Attraits pourvue,
Chose promise est chose dûe.

D’abord qu’on fut en ce CHÂTEAU,
Si mignon, si riant, si beau ;
Que l’on dirait (à tous j’en jure)
D’une PARADIS en mignature,
On trouva la TABLE du ROI
Servie en magnifique arroi,
Avec des COUVERTS deux fois douze,
Tant pour lui que pour son ÉPOUSE,
Comme aussi, MADAME, pour vous,
Pour MONSIEUR, votre aimable ÉPOUX,
Pour l’auguste MADEMOISELLE,
Et, bref, pour toute le Sequelle
Des DAMES à PRINCIPAUTÉ
Ou de la haute Qualité.

Je ne parle point des SERVICES
Dont l’on faisait des Sacrifices
Au GOUT friand et délicat,
Et dont la VUE et l’ODORAT
Avaient leur part délicieuse
Et tout à fait voluptueuse,
Par l’Ordre éclatant et pompeux
De ces Mets exquis et nombreux
Et par cette Odeur ravissante
Qu’exhalait la Viande fumante.
Le TACT, confondu dans le Goût,
De même y trouva son Ragoût,
Et, pour tout dire enfin, l’OUÏE
Y fut pleinement réjouie
Par les Harmonieux CONCERTS
Où l’on oyait maints nouveaux Airs.

Le soir, ce fut la même Chère
Et, pour une Allégresse entière,
À ce Régale [sic] sans égale
On ajouta de plus un BAL,
Effaçant celui des ÉTOILES,
Alors que, sans Ombres ni Voiles,
Nous les voyons danser aux CIEUX
Dans leur Éclat plus radieux.

Notre rare et merveilleux SIRE,
Qu’en toutes façons on admire,
État travesti cette fois
Moitié PERSIEN, moitié CHINOIS :
Mais dans la PERSE et dans la CHINE
On n’en voit point de cette Mine,
Et chez nul des Peuples divers
Qui composent cet UNIVERS
On ne peut trouver un semblable
À ce POTENTAT adorable.

La REINE, que pour lui les DIEUX
Ornèrent de Dons précieux
Et firent aussi sans Seconde
Chez tous les Habitants du Monde,
Avait un Habit assorti,
Ainsi que le ROI, mi-parti ;
Et MONSIEUR avecque MADAME,
Pareillement, de CORPS et d’Âme,
Les deux plus beaux INDIVIDUS
Qu’au Lien d’AMOUR on ait vus,
Étaient, sous des Atours semblables,
Couverts de Perles innombrables.

La Grand SOUVERAINE D’EU, [Mademoiselle.]
Où l’on voit tant de divin Feu,
Était, quoi que bonne Française
Aussi lors PERSIENNE et CHINOISE,
Ainsi que le Reste de ceux
Qui composaient ce Bal pompeux
Où tous nos DIEUX et nos DÉESSES,
Tous nos PRINCES et nos PRINCESSES,
Et les Objets les plus poupins
Tracèrent de leurs Escarpins
Tout ce qu’a de rare la Danse,
Et, pour ce Jour, c’est tout, je pense.

Le lendemain, sur nouveaux Frais,
Tout de plus belle on fit Flores
Et l’on eut, après grand CONVIVE
(Dont la Description j’esquive),
Un CARROUSEL des plus charmants,
Tel qu’on en voit dans les ROMANS.

C’était devant l’ORANGERIE
Que, pour cette Galanterie,
Le CAMP avait été dressé
Par un Mortel sage et versé
En pareille Mathématique,
Et qu’admire le plus Critique ;
Jugez si vous direz nenni,
Car c’est le Sieur VIGARANI.

La REINE, ou bien la même GRÂCE,
Se rendit en ladite Place
Avec un nouveau VÊTEMENT
Fait pour ce Divertissement,
Tout bluettant de PIERRERIES,
Parmi les riches Broderies,
Cachant dessous un Masque alors
De l’AMOUR mille chers Trésors.

Cette Charmante COURONNÉE
Était fort bien accompagnée
De l’ALTESSE de MONTPENSIER, [Mademoiselle.]
Dont la Taille et l’air doux et fier
Nous dépeint bien ces AMAZONES
Qu’autrefois on vit sur les TRÔNES.

Mais la PRINCESSE en ce moment
Montrait, en son Déguisement,
Une TURQUE des mieux Vêtues,
Car, comme j’ai les choses sues,
Son Habit revenait à plus de dix ou douze mille Écus.

Maintes DAMES défrancisées
Et de la sorte turquisées
Accompagnaient la REINE aussi,
Lestes, non pas cossi cossi ;
Et, dès que cette SOUVERAINE
De se placer eut pris la peine,
Au milieu des autres Beautés
Séantes à ses deux Côtés,
On ouit les fines Fanfares
Et plaisants Tara-tanta-rares,
Dont les Trompettes et Clairons
Remplissaient l’Air aux environs,
Devançant une GROSSE TROUPE,
Laquelle avait le Vent en Poupe :
C’était celle des CHEVALIERS,
Ou, si l’on veut, AVENTURIERS,
Conduits par cet auguste SIRE
De qui le triomphant Empire
S’étend, comme sur les HUMAINS,
Sur la FORTUNE et les DESTINS.

Sa noble MAJESTÉ FRANCAISE
Était vêtue à la Hongroise
Avec un éclat nonpareil,
Si ce n’est Celui du SOLEIL,
Qui sert de CORPS à la DEVISE
Qu’à si juste Titre Elle a prise,
Et d’ailleurs montait un Cheval
Bien plus noble que BUCÉPHALE,
Portant bien plus qu’un ALEXANDRE,
Ce qu’il semblait aussi comprendre,
Tant il montrait de fierté
Sous cette Auguste MAJESTÉ.

SAINT AIGNAN, ce DUC qu’on estime
Et de qui la gloire est sublime,
Avait devant Elle son Rang
De digne MARÉCHAL de CAMP, [Général.]
BRILLANT des Pieds jusqu’à la Tête,
Et monté dessus une Bête
Qui ne faisait que se carrer
Et même souvent se cabrer.

Le charmant PHILIPPE de FRANCE,
Désignant un TURC d’importance,
Et même plus beau que l’AMOUR,
Ayant un Habit en ce Jour
Plein de PERLES ORIENTALES
Et point du tout OCCIDENTALES,
Conservait, en très bel arroi,
Son Rang de seul FRÈRE du ROI,
Marchant proche de ce MONARQUE,
Dessus un Cheval de remarque.

Le jeune et brillant DUC d’ENGHIEN,
Qui passait pour un INDIEN
De très noble et riche Famille,
Où la vertu des Héros brille,
Côtoyait familièrement
Ce Turc si noble et si charmant,
Et le Reste de la Pelote,
Dont en marge les noms je cote,
Marchaient après, représentant,
Sous divers Habits éclatants,
Autant de NATIONS du MONDE,
Dont en si grand nombre il abonde.

Or tous ces illustres HÉROS
Étaient suivi d’un autre GROS
De BEAUTÉS jeunes et brillantes,
Des plus lestes et plus galantes,
Qu’escortaient les Jeux et les Ris,
Aussi sur des Coursiers de Prix,
Toutes en Mante et Capelline,
Conduites par notre HÉROÏNE,
Ou bien par MADAME autrement,
Et, disant ce Nom seulement,
Je fais d’un seul Trait la Peinture
D’UN CHEF-D’ŒUVRE de la NATURE,
De l’AMOUR et des autres DIEUX,
Qu’on peut adorer ainsi qu’eux.

Quand ces deux Troupes si pimpantes,
Si belles et si triomphantes,
Eurent du CAMP fait le Contour
Pour rendre hommage tour à tour
À la nonpareille THÉRÈSE,
Qui le reçut tout à son aise,
LOUIS commença le TOURNOI
Et, selon qu’on m’en a fait foi
Et qu’il est aisé de le croire,
Ce cher FAVORI de la GLOIRE
Y fit trois COURSES, d’un tel air
Qu’on ne put assez l’admirer,
Soit lançant le Dard à des Mores,
Soit ensuite abattant encores [sic]
Des Têtes de son Pistolet,
Soit (pour faire un Récit complet)
En faisant choir sous son Épée
Mainte Hure d’Hydre coupée.

Les Seigneurs qui l’accompagnaient,
L’imitant du mieux qu’ils pouvaient,
Firent aussi chacun leur Course,
Et, du JOUR la brillante SOURCE
Commençant lors de s’éclipser
Pour en autre Horizon passer,
Les CHEVALIERS et CHEVALIÈRES,
S’étant rejoints hors des Barrières,
Firent encor le tour du CAMP
Pour saluer tous, en leur rang,
Derechef notre SOUVERAINE ;
Après quoi, chacun prit la peine
De s’épouser deçà, delà,
Et le SOUPER suivit cela.

Le Jour suivant, après la CHÈRE
Qui fut encore plus que plénière,
On balla neuf heures durant,
Et le Concours y fut très grand
Des MARQUES de notre LUTÈCE,
Qu’on reçut avecque liesse
Et qu’on traita splendidement ;
Car, par Royal Commandement
On avait dressé quatre Tables
Qu’on servit de Mets délectables,
Tous les trois jours, soir et matin,
Voilà du CARNAVAL la fin ;
On la vit au Cercueil de la sorte descendre
Et dès le jour d’après, il fut réduit en cendres.

La Muse Dauphine à Monseigneur le Dauphin.

IV Semaine.

Du 3 mars 1667, par Subligny.

-Déguisements à la cour d’Espagne :

Vous ne nous disiez point, SEIGNEUR,
Que CHARLES, ROI D’ESPAGNE, épousait votre SŒUR
Et que, comme on était à Table,
Un COURRIER MASQUÉ, l’autre jour,
En avait rapporté les Articles en Cour.
Le parti m’en semble sortable ;
Mais ce Courrier-là, quel qu’il soit,
Fut-ce l’AMBASSADEUR D’ESPAGNE,
Comme on sait bien que ce l’était,
N’était guère hâlé de l’air de la campagne.
La Mascarade est belle et très digne de lui.
De tous les adroits d’aujourd’hui
Il n’est pas le moins agréable ;
Je souhaiterais, par ma foi,
Pour l’amour de son jeune Roi,
Que la chose fût véritable.

C’est rappeler le CARNAVAL
De parler des choses galantes
Que fit lors ce MARQUIS DE FUENTES ;
Mais, SEIGNEUR, est-ce un si grand mal ?
Je le rappellerais franchement jusqu’à Pâques,
Si je croyais pouvoir en tirer tous les jours
De quoi fournir matière à mes petits discours.
Un beau PÉLERIN DE SAINT-JACQUES,
Après que le Courrier eut repris son chemin,
Vint encor chez le ROI, le bourdon à la main,
Et quand, d’une voix dans égale,
Il en eut chanté la chanson
En faisant quatre tours de Salle,
Il sortit gravement de la même façon,
En habit comme en mine il n’avait rien de mince,
Il avait dans son Port certain air de grandeur
Qui plaisait au beau Sexe et qui gagnait son cœur,
Et, pour tout dire enfin, mon PRINCE,
C’était encor l’AMBASSADEUR.
Peut-on s’empêcher, je vous prie
De publier à haute voix
Une telle galanterie
Qu’à peine feraient des Français ?
Je doute qu’en cette occurrence
Les plus galants et les plus fins
De ceux qui font figure en France
Fussent de meilleurs Pèlerins.

-Le carnaval vit la beauté de Madame de Meckebourg :

Il faut que je vous parle encore
De MADAME DE MEKLEBOURG
Qui, sous un autre habit, charma toute la Cour.
Elle a bien du bonheur qu’il faille qu’on l’adore !
Tel, sans cela, qui ne prend pas plaisir
À se voir captif d’une fière
Qui de libertés fait litière,
L’aurait là maudite à loisir.
La BOUTEVILLE, jeune et belle,
Ni MADAME DE CHÂTILLON,
Autrefois, dans cette saison,
N’étaient pas plus charmantes qu’elle.
Mille cœurs, qui n’en pouvaient mais,
Reçurent d’elle mainte frasque.
Avouez qu’on ne vit jamais
Une plus dangereuse et plus charmante Masque.

Lettre du 10 mars 1667, par Robinet.

-Divertissements à Versailles :

LUNDI, la COUR quitta VERSAILLE[S],
Après avoir fait la gogaille,
Encor quelques jours, en Poinsson,
D’opulente et bonne façon ;
Après avoir des Promenades
Et des charmantes Sérénades
Goûté les Plaisirs Innocents,
Et donné carrière aux cinq Sens
Dans la belle Ménagerie,
Les Jardins et l’Orangerie,
Les DAMES, pendant tous ces jours,
Ayant encor leurs beaux Atours,
À savoir leurs Vestes brillantes
Et leurs Capelines galantes ;
Si bien qu’on eut pris ces Beautés
Pour autant de Divinités,
Notamment ans cette Demeure
Où l’on ne peut croire qu’on meurt,
Tant il semble certainement
Que des DIEUX ce soit l’ÉLÉMENT.

Mais, à propos des chers Mystères,
Des Courses, des Bals et des Chères
Qu’on a fait en ce Lieu charmant,
J’ai su bien des Choses vraiment
Que des Gens, faute de mémoire,
Ont fait échapper à l’HISTOIRE,
Et que par conséquent Ici
Je dois placer d’abord aussi.

-En Espagne : les déguisements du roi et du marquis de Fuentes.

Le brave MARQUIS de FUANTE [sic],
Dont beaucoup le mérite on vante
Et qui s’acquitte avec splendeur
De son emploi d’AMBASSADEUR,
Mieux que pas une autre EXCELLENCE
Qu’on ait d’ESPAGNE vue en FRANCE,
Parut sous trois Déguisements
À ses beaux Divertissements.

Sous le premier, bizarre et drôle,
D’un PÈLERIN il fit le rôle,
Ayant et Calbasse et Bourdon,
Avec Capot et Hoqueton,
Couverts de quantité de Plaques
Et de Coquilles de SAINT-JACQUES.

Mais il crut se cacher en vain,
Chacun l’apostrophant soudain,
Mêmes les Dames plus gentilles :
« À qui vendez-vous vos Coquilles ? »
Lui cria-t-on de tous côtés,
Dans le SÉJOUR des MAJESTÉS ;
« À d’autres, car, en conscience,
» On connaît bien votre Excellence ;
» Vous êtes un bon Pèlerin. »

Ainsi, sans plus faire le fin,
Monsieur le MARQUIS de FUANTE [sic],
D’une manière très galante,
Le jour suivant, se revêtit
Comme l’on se vêt à MADRIT [sic],
Et l’on pouvait alors lui dire,
Tout de bon autant que pour rire,
Qu’il était, en ce Changement,
Déguisé sans déguisement.

Mais, en la troisième journée
Où se trouvait enfin bornée
L’Allégresse du CARNAVAL,
Il fut à VERSAILLE [sic] à cheval,
En illustre COURRIER d’ESPAGNE,
Demander, pour chère COMPAGNE
De son jeune et beau SOUVERAIN,
La SŒUR du ravissant DAUPHIN,
Cette GRÂCE encore naissante
Qui n’a des jours que deux fois trente.

Il fit tout à fait galamment
Sur ce sujet son Compliment,
Et notre COUR, toute ravie
D’une telle galanterie,
La prit pour augure qu’un Jour
Les DIEUX d’HYMEN et de l’AMOUR
Uniraient par cette Alliance
Derechef l’ESPAGNE et la FRANCE,
Et par là, suivant nos Souhaits,
Immortalisèrent leur Paix.

-Feux d’artifice donnés en Espagne par l’Ambassadeur de France en l’honneur de la Princesse :

C’est par un augure semblable
Que d’EMBRUN, Prélat admirable
Et notre MINISTRE à MADRIT [sic],
Ainsi que d’illec on l’écrit,
Y signalant son allégresse
En faveur de notre PRINCESSE
Par le bruit et l’éclat de Feux,
Certe [sic], des plus ingénieux,
En fit embellir les Machines
D’Inscriptions doctes et fines
Sur le futur Événement
Des NŒUDS de ce COUPLE charmant.

Mais, remettant à ma Prochaine
À répandre sur ce ma Veine,
Pour faire voir dans son éclat
Le zèle de ce grand PRÉLAT,
Je retourne à VERSAILLE[S] encor

-

Le Galant DUC de ROQUELAURE
Y fut plus couvert, ce dit-on,
Que le bel OISEAU de JUNON
N’en étale dessus sa plume,
De Miroirs en petits volume,
Si bien que l’on eut dit d’ARGUS,
Avecque ses cent Yeux aigus ;
Mais on le pouvait aussi dire,
Sans peur de se voir contredire,
Car ce Duc est, selon mon sens,
Un Argus des plus clairvoyants.

Entre autres Momons d’importance
Qu’on ne peut passer sous silence,
Le SOUVERAIN de MEKLEBOURG [sic]
Et l’OBJET de tout son Amour.
Comme Lui d’assez haute Taille,
Allèrent de même à VERSAILLE[S],
Sous de magnifique Atours,
Croître des MASQUES le concours,
Pour lesquels, sans en rien rabattre,
Plus de vingt Tables, et non quatre,
Comme on le dit dernièrement,
Étaient couvertes amplement,
C’est-à-dire avec opulence,
Ainsi qu’en très belle Ordonnance,
Par le beau soin, et non tel quel,
De Messieurs les MAÎTRES d’HÔTEL.
C’est ce qu’avec plaisir extrême
Dessus les Lieux j’ai su moi-même,
Avec le Narré ci-dessus,
Qui vous doit, Lecteurs, plaire plus
Que quantité d’autres Nouvelles
Dont vous nourrissez vos Cervelles.
Mais néanmoins vous en voulez,
Et des Endroits plus reculés ;
Hé bien ! je désire vous plaire
Et voici pour vous satisfaire.

-Fêtes également dans l’Empire Germanique :

Le grand BALLET IMPÉRIAL,
Ballet que l’on danse à Cheval
Et préparé selon les Règles
Pour la SOUVERAINE DES AIGLES,
Fut dansé, la première fois,
Un jour du pénultième mois ;
Mais IGNACE, l’amoureux SIRE,
Ne partageant pas bien l’Empire
Avec le Seigneur JUPITER,
Il lui plut le déconcerter
Par certaine fâcheuse Pluie,
Qui mouilla fort la Compagnie,
Qui chiffonna tous les Habits
Couverts de Perles et Rubis,
Qui défrisa blondes Perruques
Qui couvraient quantité de Nuques,
Détrempa Plumes et Capots,
Sans doute très mal à propos,
Et, d’une funeste manière,
Fripa la petite Oie entière
De ces Équestres Baladins,
Ainsi que de leurs Guilledins ;
Si bien que tel fut le dommage
Que causa cet humide Orage
Que, selon ce qu’on en écrit
(Dont l’EMPEREUR fut moult contrit).
On mit de belle et bonne sorte
Le Ballet derrière la Porte,
C’est-à-dire qu’il fut sursis
Pour des jours, je crois, plus de six.
Mais, après aussi ledit terme,
On s’en divertit fort et ferme,
Et ce beau Divertissement
Agréa d’autant plus vraiment
Aux Spectateurs et Spectatrices
Que le Temps, sujet aux Caprices,
Alors plus complaisant pour eux,
Ne fut point du tout pluvieux.

-Le carnaval chez le duc de Lorraine :

La Saison dit CARNAVALE
Ayant été fort joviale
Dans toutes les tranquilles COURS,
Elle a gaiement fait son cours
Aussi chez le DUC de LORRAINE,
Encor un peu d’humeur mondaine.
La COMÉDIE et le BALLET
Par Gens triés sur le Volet,
Le BAL avec la Bonne CHÈRE,
Les JEUX et COMBATS de BARRIÈRE,
COURSES de BAGUE et du SAUT d’EAU,
Où maint se mouilla le museau,
Les FEUX remplis de Pétarades,
Et, bref, les belles MASCARADES
Furent, durant les trois jours gras,
De cette Cour-là les Ébats.

Lettre du 10 mars 1667, par Subligny.

-L’Attila de Corneille représenté par la troupe de Molière au mariage de Bontemps :

MONSIEUR BONTEMPS, SEIGNEUR, depuis son mariage,
A-t-il osé paraître avec les Courtisans ?
Il a pris pour sa femme un enfant de treize ans :
Dites-moi ce qu’on fait d’un tendron de cet âge ?
Si j’osais, je prierais le ROI
D’observer par plaisir un peu cet aimable homme,
La nuit qu’il l’aura fait revenir près de soi :
Il verrait que, bien loin de dormir un court somme,
Ainsi qu’il faisait chaque nuit
En couchant au pied de son lit,
Assoupi jusqu’au fond de l’âme
Par le charme du DIEU NABOT
Et grâce aux treize ans de sa femme,
Il dormirait comme un sabot.
Il n’en faudrait pourtant rien dire,
Car, de l’air qu’il aime son Roi,
Les treize ans pourraient bien, ma foi,
N’en avoir pas trop de quoi rire,
Et, pour qu’on ne crut point une seconde fois
Que son soin une nuit put être moins fidèle,
Au grand malheur, DAUPHIN, d’une Épouse si belle,
Il en irait dormir, comme toutes les lois,
Peut-être quarante auprès d’elle.

Ce fut Samedi, MONSEIGNEUR,
Que se fit la Cérémonie
Qui de ces deux Époux causa tout le bonheur ;
J’y vis une charmante et leste Compagnie,
Et la chère y fut grande, au moins autant qu’on peut
Dans un maigre temps de CARÊME,
Où, quand on est Chrétien, fut-on Monarque même,
On ne fait pas tout ce qu’on veut ;
Grand potage, mets délectable,
Grands ragoûts de beaux grands poissons,
Accommodés en cent façons,
Bon feur, bon vin, bon fruit ; MONSIEUR COLBERT à Table,
Une grande BLONDINE avecque mille attraits,
Qui peut-être y tuait de grands BLONDINS bienfaits :
D’autres Beautés encor, dont l’une, au teint d’albâtre
Passant une ou deux fois devant MONSIEUR COLBERT,
Le baisa mignardement quatre ;
L’ATTILA de CORNEILLE, autre PIÈCE et CONCERT,
Tuorbes , Violons, Violes,
Et jusques à MONSIEUR LAMBERT,
Qui pensa sur la fin y chanter ces paroles :

QU’ON DESHABILLE NOS ÉPOUX,
QU’ILS GOUTENT CE QU’ONT DE PLUS DOUX
LES PLAISIRS INNOCENTS D’UNE AMOUR TOUTE PURE.
ALLONS, ALLONS, L’ÉPOUSE ATTEND.
O QUATRE FOIS L’HEUREUSE ENFANT !
ELLE A BONTEMPS, DIEU VEUILLE QU’IL LUI DURE !

Si de bons mots encor qu’on dit en ce lieu-là,
Quand en effet on les déshabilla,
Font ce que l’on appelle une agréable fête,
Jamais rien ne fut plus honnête.

Je vous ai parlé d’ATTILA
Qu’on représente chez MOLIÈRE ;
Quand voulez-vous venir voir là
La GRANGE, HUBERT, la THORILLIÈRE,
Du CROISI, du PARC et BÉJART,
Et la jeune MOLIÈRE même,
Représenter ce grand Poème
Avec toute la force et l’art
Dont on crut jusqu’ici capable
Le seul HÔTEL inimitable ?
On a tort de dire en tous lieux
Que ce n’est point leur fait que le jeu sérieux.
Mais venons à l’Auteur, l’Illustre de CORNEILLE ;
C’est toujours lui pour les beaux Vers
Et pour la force sans pareille
De ses Caractères divers.
La pompe, le beau tour, la science profonde
Accompagnent toujours les sentiments qu’il a,
Et rien ne me déplut, à son grand ATTILA,
Qu’en ce que j’y vis trop de monde.
On dit que des railleurs qui font les Esprits fins
Trouvèrent beaucoup à redire
Qu’un Héros y parût croire tant aux Devins ;
À ces gens-là, mon PRINCE, il leur faut faire dire
Le dernier incident du ROI
Et du fidèle LOUVOI,
Et peut-être, sur cette histoire,
Ils ne feront point tant difficulté d’y croire.

Lettre du 13 mars 1667, par Robinet.

-Épousailles de M. Bontemps et représentation de l’Attila :

Chantons d’abord les ÉPOUSAILLES
Du CAPITAINE DE VERSAILLES,
Et disons que Monsieur BONTEMPS
A bien su se faire un bon temps
De l’austère et triste CARÊME,
Qui rend la Trogne sèche et blême
Au peu de Gens qui bonnement
Le jeûnent ponctuellement.

En effet, peut-on mieux l’entendre,
Brillante ALTESSE, que de prendre,
Comme lui, conjugalement
Un TENDRON et jeune et charmant,
Presque en la première Semaine
De la pénible QUARANTAINE ?

Du Détail, vous n’ignorez rien ;
Mais, en fidèle Historien,
Je m’en vais, s’il vous plaît, le mettre
Succinctement dans votre Lettre,
Pour en faire part au LECTEUR.

Dimanche dernier, sans erreur,
BONTEMPS, très chéri du MONARQUE,
Ce qui son mérite à tous marque,
Donna la Main, selon les Lois,
À MADEMOISELLE du BOIS,
Tout à fait digne de son zèle,
Étant et sage, et jeune, et belle,
Qui sont trois charmants Attributs,
Et Fille, pour dire encor plus,
D’un Sage SUPPÔT de FINANCE,
Qui l’entend mieux qu’Homme de FRANCE.

Cet HYMEN fut accompagné
D’un BANQUET bien assaisonné
Avecque bonne Mélodie
Et mêmement la Comédie,
Et puis, au Reste les CONJOINTS
Donnèrent, je crois, tous leurs soins,
Car ce Reste était leur Affaire
Où nul autre n’avait que faire.

Mais parlons un peu d’ATTILA,
Car ce fut cette Pièce-là
Qui servit à ce grand Régale,
Dans une magnifique Salle
Où, vrai comme je vous le dis,
Il faisait plus clair qu’à Midi.

Cette dernière des Merveilles
De l’Aîné des fameux CORNEILLES
Est un POÈME sérieux,
Où cet Auteur si glorieux,
Avecque son Style énergique,
Des plus propres pour le Tragique,
Nous peint, en peignant ATTILA,
Tout à fait bien ce Règne-là,
Et de telle façon s’explique
En matière de Politique
Qu’il semble avoir, en bonne foi,
Été grand Ministre ou grand Roi.
Tel, enfin, est ce rare Ouvrage,
Qu’il ne se sent point de son âge
Et que, d’un ROI des plus mal nés,
D’un Héros qui saigne du nez,
Il a fait, malgré les Critique,
Le plus beau de ses DRAMATIQUES.

Mais on peut dire aussi cela,
Qu’après lui le même ATTILA
Est, par le sieur la THORILLIÈRE,
Représenté d’une manière
Qu’il donne l’Âme à ce Tableau
Qu’en a fait son parlant Pinceau.

Toute la COMPAGNIE, au reste,
Ses beaux Talents y manifeste,
Et chacun, selon son Emploi,
Se montre digne d’être au ROI.
Bref, les ACTEURS et les ACTRICES
De plus d’un Sens font les Délices
Par leurs Attraits et leurs Habits,
Qui ne sont pas d’un petit prix,
Et mêmes une CONFIDENTE
N’y paraît pas la moins charmante, [Mademoiselle Molière.]
Et maint (le cas est évident)
Voudrait en être CONFIDENT.
Sur cet Avis, qui vaut l’Affiche,
Voyez demain, si je vous triche,
Aussitôt que vous aurez lu
De ma LETTRE le Résidu.

La Muse Dauphine à Monseigneur le Dauphin.

VI Semaine.

Du 17 mars 1667, par Subligny.

-Le roi :

Un Gentilhomme de mérite
Qui Mardi me rendit visite
À son retour de S. Germain,
Me dit que LE ROI NOTRE PÈRE
Avait un glorieux dessein.
Avant que d’entrer en matière,
Prenez bien s’il vous plaît SEIGNEUR, ma cause en main
En cas qu’un pareil titre eut de quoi lui déplaire :
J’ai pensé qu’une BRU pouvait parler ainsi,
Sans qu’il lui fut besoin d’excuses,
Et que je le pouvais aussi,
Parce qu’il est PÈRE DES MUSES.

Le ROI donc, mon petit Époux,
Qui monte au plus haut point de la Grandeur Humaine,
Veut s’asseoir en son Trône, un jour de la semaine,
Pour y rendre Justice à tous.
Ce sera MARDI, si j’ai bonne mémoire,
Et ce jour, qui s’en va cinquante deux fois l’An
Le mettre au-dessus de TRAJAN,
Et de son action faire taire la gloire,
Lui-même il répondra les Placets différends,
Des plus petits comme des Grands.
On ne pouvait jamais m’apprendre
Chose qui fut plus selon moi,
Car, à vous dire vrai, ce MONSIEUR DE LOUVOIS
Commençait fort à se méprendre :
Parce qu’il rapportait tous les Placets du Roi,
On ne pouvait vider avecque lui d’affaire.
L’un de ses jours passés encor,
Une mignonne à qui, pour plaire,
Un meuble avec cent louis d’Or
Était seulement nécessaire,
Dont le Placet disait à ce grand Potentat
Que cet or et ce meuble étaient un coup d’État
Pour l’empêcher de demeurer pucelle ;
Que trois galants de bonne volonté
(Ce qui n’était échu de sa vie à la belle)
Voulaient bien l’épouser sur cet argent compté :
Enfin que l’on y prit bien garde :
Que, quand on a passé les quarante-neuf ans,
Pour peu que l’hymen se retarde,
À cinquante on n’a plus d’enfants ;
Ce DE LOUVOIS, d’âme très dure,
Sans pitié du chatouilleux sort
De cette pauvre créature,
Qui voulait en faire un du moins avant sa mort,
Ne l’expédia point, se courrouça contre elle
Et, si j’en crois tout le rapport,
Ils pensèrent tous deux même prendre querelle,
C’est assez badiné, gardons pour d’autres fois
Telles aventures jolies.
Comme les Confesseurs, les Ministres des Rois
Sont exposés à voir de plaisantes folies.

-Le Roi :

Pour revenir au ROI, SEIGNEUR,
Monsieur le COMTE DE MODÈNE
En a dit quatre vers avec bien du bonheur ;
Je voudrais en devoir tout autant à ma veine.
« JE VOIS, » dit-il, « PAR LES PORTRAITS DIVERS
» QUE L’EUROPE FAIT DE SES PRINCES,
» QU’ILS SONT TOUS NÉS POUR LEURS PROVINCES,
» MAIS QUE TU L’ES POUR L’UNIVERS »
Les restes de son Odes aux neufs Soeurs du Parnasse
A bien d’autres traits que cela,
Qui tiendraient bien ici leur place ;
Mais, mon beau PRINCE, lisez-là :
J’ai d’autres choses à vous dire.
Pour ce coup, il vous doit suffire
Qu’il ne pouvait pas dire mieux,
Et qui voit ce qu’il voit sans doute a de bons yeux.

-Malgré la mort du Pape, le Carnaval fut grandiose à Rome :

Mais CHER DAUPHIN, par quelle voie
Sait-on ces tristes nouveautés
Que de Rome l’on nous envoie,
Car le jour que, de tous côtés,
J’ouis publier ces Nouvelles,
Je n’en reçu rien que de belles ?
J’appris que le Duc sans égale
Que nous avons près du S. PÈRE
Avait fini son Carnaval
D’une magnifique manière ;
Que, le dernier de ces jours gras,
Il avait fait sa MASCARADE,
Et que c’était la FRANCE habillée en PALLAS,
Avec la pique et la salade.
Les SYBILLES, au tour, sur un char des plus beaux,
Lui prédisaient en Vers de Langues différentes
Qu’un jour ses Armes conquérantes
Abattraient le CROISSANT par des exploits nouveaux
Quatre autres char encor, qu’entourait une armée
De fort superbes ESTAFIERS,
Précédés de la RENOMMÉE
Et de PAGES et d’ÉCUYERS,
Et de TROMPETTES excellentes,
Dont l’air était plus que charmant
Accompagnaient fort galamment
Cette Fête des plus galantes.
J’appris encor que les ROMAINS
Crièrent en battant des mains,
Durant cette Magnificence :
« VIVE LE ROI, » presque aussi fort
Que l’on aurait pu faire en FRANCE ;
Mais ma Lettre, SEIGNEUR, ne parlait point de mort.

Lettre du 20 mars 1667, par Robinet.

-Le Carnaval à Rome :

AU reste, ledit Duc de CHAUNE,
Égayant tout le long de l’Aune
Les ROMANS, dans le CARNAVAL,
Par un Régale Musical
Ou bien par une COMÉDIE
À la mode de l’ITALIE,
Naguère encor, les festoya
Dans le beau PALAIS qu’il a là.
Présent les NEVEUX et les NIÈCES
(Qui pour lui se mettraient en pièces)
De ce grand PORTE-CLEFS des CIEUX ;
Et, comme il entend tout des mieux,
Il fit apporter en bon ordre
À tout le Monde de quoi mordre,
C’est-à-dire mille douceurs
Et, pour boire, autant de Liqueurs,
Dont huit cent Mâles et Femelles
Chatouillèrent leurs Gargamelles.

-Le roi à Paris :

JEUDI, le ROI vint à PARIS
Et, par des millions de cris,
Ce plus aimable des Monarques
Reçut d’incontestables marques
De l’amour qu’à cette CITÉ
Pour son auguste MAJESTÉ,
Et que sa joie, alors profonde,
Serait la plus grande du Monde
De la voir, pour un mois ou deux
Dans le LOUVRE neuf ou le vieux.

Le retour sur notre Hémisphère
Du Grand ASTRE de la LUMIÈRE
Et celui du plus beau PRINTEMPS
Nous rendraient beaucoup moins contents
Que le retour de ce cher SIRE,
Que depuis un an on désire,
Certainement, avec des Vœux
Des plus forts et plus amoureux.

Il dîna dans les TUILERIES,
Qui ne sont guère encor fleuries,
Au charmant HÔTEL de REGNARD,
Bijou riant et fort mignard,
Le nouveau GRAND PRIEUR de FRANCE, [Monsieur le Bailli de Souvré.]
Qui s’entend en belle Dépense,
Ayant fait les Frais du Festin,
D’un très bel air, il est certain.

Ensuite ce ROI, plein de gloire,
Fut, je pense, enrichir la FOIRE
Par maints de ses PORTRAITS en OR,
Et puis il reprit son essor,
Laissant la Foire toute gaie,
Vers l’heureux SAINT GERMAIN en LAYE.

Lettre du 27 mars 1667, par Robinet.

-L’Europe est en fête pour le carnaval :

Chez le VANDALE et chez le GOTH,
On s’est ébaudi comme il faut,
Durant la Saison CARNAVALE,
Et leur REINE, assez Joviale,
S’en mêlant agréablement,
La finit solennellement
Par une rare MASCARADE,
Toute de MASQUES d’un haut Grade,
Et vêtus magnifiquement,
Comme aussi des plus galamment.

L’ENCHANTEUR du CHÂTEAU d’ARMIDE,
Bâti, je crois, sans Pyramide,
Était le Titre spécieux
De cet Ébat ingénieux,
Où même une fine Harmonie
Délecta grandement l’Ouïe,
Et la Collation, le Goût,
Où l’on servit, pour dire tout,
Force délicates Pâtures,
Y compris maintes Confitures.

Chez l’EMPEREUR, à VIENNE, aussi,
Où l’on s’égaie, Dieu merci,
D’une manière si complète
Que sa COUR en est satisfaite,
Dessus la fin de Février,
Ainsi qu’on l’a su d’un Courrier,
Quatre-vingt, tant Seigneurs que Dames,
Tous brillants d’Éclairs et de Flammes,
Que produisaient les Diamants
Semés dessus leur Vêtements,
Formèrent une Mascarade,
Laquelle n’avait rien de fade,
Quoi que le Dessein n’en fût pas
De soi-même fort plein d’appas,
Car cette belle Momerie
Désignait une HÔTELLERIE.

Mais l’EMPEREUR et sa MOITIÉ,
Si digne de son amitié,
En étaient les Hôtes illustres,
Et non vraiment de chétifs Rustres ;
Et les PRINCIPAUX de leur COUR,
Chacun sous différent Atour,
Étaient les Valets d’importance
De ces Hôtes de Conséquence,
Si qu’on pouvait, je vous promets,
Dire : TELS MAÎTRES, TELS VALETS.

Je conclus donc, sans raillerie,
Que la susdite Hôtellerie
Était des bonnes d’alentour,
Et des plus fameuses du BOURG,
Qui, sans qu’en suspend je vous tienne,
Était la CITÉ de VIENNE ;
Aussi, le Concours y fut grand
Et de Voyageurs du haut Rang.

Or, après une Sarabande
Et quelque Danse à l’Allemande,
Chacun, à l’Allemande aussi,
Y soupa, non cossi cossi,
Puis y paya l’Hôte en Gambades,
Jusques à ce que des Aubades
Vinrent avertir, le Matin,
Que la Nuit était au Déclin.

Le lendemain, la COMÉDIE,
Le BALLET et la MÉLODIE
Furent les Divertissements
De tous ces Hôteliers charmants,
Avec Chère délicieuse
À toute la Bande joyeuse.

Mais les Hôtes ont beau traiter,
Et, quoi qu’il en puisse coûter,
Pour le faire ils sont assez riches,
Car, depuis peu, des deux AUTRICHES,
Ainsi que de maints autres Lieux,
Les ÉTATS, fort pécunieux,
Les ont, en pur Don, que je pense,
Régalés de belle Finance,
Et la BASSE AUTRICHE, dit-on,
A donné, seule, un Million.

Mais, à propos de Mascarade,
Nous mériterions algarade,
Si nous ne faisions mention,
Dedans notre Narration,
De celle que le DUC de CHAUNE
A faite où le PAPA a son TRÔNE,
Pour terminer le CARNAVAL
Par un Spectacle sans égal.

C’étaient Mesdames les SYBILLES,
Lesquelles, à prédire habiles,
Annonçaient, d’un ton menaçat,
Le final Débris du CROISSANT
Et même, apostrophant la FRANCE,
Qui lors avait la ressemblance
D’une belliqueuse PALLAS,
Le promettaient à son seul Bras.

Ces Belles, comme l’HÉROÏNE,
Étaient dessus une Machine
En guise de Char Triomphal,
D’où, faisant un public Régal,
En libérales Créatures,
Elles jetaient des Confitures
Et Pois sucrés de toutes parts,
Que recueillaient des Égrillards
Plus volontiers que leurs Oracles,
Qui promettaient tant de Miracles.

Quarante puissants Estafiers,
Aussi noirs que des Charbonniers,
Car ils représentaient des Maures,
Avecque maints Pages encore,
Que des Écuyers conduisaient,
Environnaient ou précédaient,
Ladite Machine roulante,
Et fort superbe et fort brillante.

La RENOMMÉE allait devant,
Aussi légère que le Vent,
Pour Estafiers ayant des Basques.
D’autres Chars, pleins de galants Masques,
Cortégeaient agréablement,
Et le Tour marchait gaiement
Au charmant Concert des Trompettes,
Des Hautbois, Fifres et Musettes ;
De quoi tos ravis, les ROMAINS
Battirent mille fois des mains,
Applaudissant le Duc de CHAUNE,
Sans lequel, selon qu’on le prône,
En bonne foi, leur Carnaval
Aurait été tout à fait mal.

-La Cour voyage de Versailles à Saint Germain :

La COUR, pour se désennuyer,
Changeant fort souvent de Quartier,
L’a pris quatre jours à VERSAILLES,
Y faisant grand fracas d’Écailles,
Et puis Elle a repris soudain
La route de son SAINT GERMAIN.

SAMEDI, notre auguste REINE,
Aimant SAINT JOSEPH, prit la peine,
Par un très louable Souci,
De venir l’honorer Ici,
En un COUVENT de CARMÉLITES [De la rue de XXX.]
Fécondes en pieux Mérites.
Mais, las ! tout ainsi qu’un Éclair,
Disparut son Aspect si cher,
Et, dès l’instant, notre allégresse
Refit place à notre Tristesse.

Ces autres ASTRES de la COUR,
Et si dignes de notre amour,
PHILIPPES et son HENRIETTE,
Les grands Objets de ma MUSETTE,
Ont, tout de même, Ici paru
Et, dans un clin d’œil, disparu.
Ô PARIS trop infortunée,
Quelle est ta triste Destinée !

-Retour sur une historiette précédente (Caliste) :

L’AVIS.

CALISTE, la belle Enlevée,
De ses Ravisseurs s’est sauvée
Et dans ces Lieux est de retour,
Toujours des plus dignes d’Amour.

Mais, quel est le Siècle où nous sommes ?
On disait que c’étaient trois Hommes
Qui, sous un Atour féminin
L’avaient enlevée, un matin,
Et vous saurez, ô bonnes Âmes,
Que c’étaient en effet trois Femmes,
Qui, se disant toutes de Dieu,
La menèrent en un Saint Lieu,
Où, de rigoureuse manière,
Elles lui donnèrent la Haire,
Et l’ont fait jeûner fort longtemps,
Vraiment, malgré ses belles Dents ;
Au lieu de quoi, la Médisance
N’ayant aucune Conscience,
Disait que... vous m’entendez bien.
Je date et je n’en dis plus rien.

La Muse Dauphine à la Maréchale Duchesse de la Motte,

VIII. Semaine.

Du 31 mars 1667, par Subligny.

-Après le récit d’un incendie dans le quartier de Richelieu, le gazetier disserte sur le départ de Mademoiselle pour Saint Fargeau :

Depuis, d’autres malheurs encore
Ont affligé nos habitants ;
Mais le moins supportable est un des plus récents :
Une Princesse qu’on adore
N’a pas plutôt senti venir le renouveau,
Que, sans se soucier si, durant son absence,
PARIS regretterait sa Cour et sa présence,
Elle l’a sans façon quitté pour S. FARGEAU.
À ce nom, MADAME, on devine
Que l’auguste DE MONTPENSIER
Est de cette Princesse Divine :
C’est elle dont je parle et qui partit hier,
J’ai lu dans un Auteur d’impression nouvelle
Une comparaison du Soleil avec elle :
Il n’en disait point les raisons ;
Mais pour moi je les sais, sans m’être trop peinée :
Cet Astre tous les ans fait ses douze maisons ;
Elle en change d’autant pour le moins chaque année.

Lettre du 3 avril 1667, par Robinet.

-La santé retrouvée de la reine de Pologne conduit à des festivités :

La Joie aujourd’hui se dilate
Partout, au PAYS du SARMATE, [les Polonais.]
Non pas sans beaucoup de raison,
Depuis l’entière Guérison
De son aimable SOUVERAINE,
Dont le Mal le mit fort en peine ;
Tellement qu’aux derniers jours Gras
On en redoubla les Repas
Et l’on fit plusieurs MASCARDES,
Avec quantité de Gambades,
Où même on apprend que le ROI,
Tout transporté, prit tant sur soi,
Qu’il fallut que PHLÉBOTOMIE, [La Saignée.]
Qui n’est pas trop ma bonne Amie,
Le secourut, le lendemain,
Pour le rendre gaillard et sain.

La Muse Dauphine à Monseigneur le Dauphin.

IX Semaine.

Du 7 avril 1667, par Subligny.

-Colbert à l’Académie :

Les Muses, en Cérémonie,
Comme vous savez, ont offert
Une place à MONSIEUR COLBERT,
Dans cette illustre Compagnie,
Et l’on passe en cela, SEIGNEUR,
Par dessus la Règle prescrite,
Qui veut, au lieu qu’on l’offre à son rare mérite,
Qu’on s’empresse longtemps pour avoir cet honneur
Si notre langue a fait merveilles
Jusques à cette heure sans lui,
Que sera-ce donc aujourd’hui
Qu’il s’en va lui donner quelqu’une de ses vieilles ?
On suit fort en ce choix mes inclinations :
Je ne connais personne en France
Qui puisse avecque suffisance
Étendre le FRANCAIS en plus de Nation.

Lettre du 18 avril 1667, par Robinet.

-Molière sur le point de mourir ?

Le bruit a couru que MOLIÈRE
Se trouvait à l’Extrémité,
Et proche d’entrer dans la Bière :
Mais ce n’est pas la vérité.
Je le connais comme moi-même :
Son mal n’était qu’un Stratagème
Pour jouer même aussi la Parque au Trait fatal.
Hélas ! c’est un étrange Drôle :
Il faut qu’il exerce son Rôle
Sur le Particulier et sur le Général.

Parbleu, quoi qu’il en soit, ce serait grand dommage
Que la gloutonne ANTROPOPHAGE
Eût dévoré ce bon CHRÉTIEN.
Je lui souhaite longue Vie :
De mainte autre elle est le Soutien,
Et, s’il meurt, nous mourrons tous de Mélancolie.

Lettre du 1er mai 1667.

-Colbert à l’Académie :

Je ne pus cet Article mettre
En ma pénultième Lettre,
Non plus qu’un autre que voici,
Des plus dignes de mon Souci ;
C’est qu’en notre FRANCAISE et docte ACADÉMIE,
Dont est CHEF l’illustre SÉGUIER,
On avait, avec prud’hommie,
Reçu MONSIEUR COLBERT, l’autre JEUDI dernier.

Le Duc de SAINT AGNAN, qui joint, de bonne grâce,
Aux beaux LAURIERS de MARS les LAURIERS du PARNASSE
Et sert aux Courtisans de Modèle aujourd’hui,
De la part de ce CORPS, l’alla prendre chez lui
Et le mena dans l’ASSEMBLÉE,
Qui d’allégresse fut comblée
De se voir un si grand APPUIS.

Il y montra qu’en notre Langue
Il savait faire une harangue
Et du beau style et du bel air,
Et, prenant notre charmant SIRE
Pour le sujet de son bien dire,
Dessus un si beau Texte on le vit triompher.

Enfin on reconnut que ce sage MINISTRE
(Que Dieu gard [sic] de tout cas de sinistre !)
Était en tout un grand Mortel
Et que, pour le payer des utiles merveilles
Que tout l’État doit à ses Veilles,
Les MUSES lui devaient chez Elles un AUTRE.

La Chose me paraît bien juste :
Il est leur MÉCÉNAS auprès de notre AUGUSTE ;
Oui, par lui, ce grand ROI leur répand ses faveurs,
Et ces REINES de la Science,
Ces nobles et divines Sœurs,
Veulent, pour cet effet, être toutes de France.

Deux des plus beaux ARTS LIBÉRAUX
Qui dépendent de leur Empire,
Qu’après les NATURE on admire
Comme ses illustres Rivaux,
À savoir la PEINTURE
Avec l’ARCHITECTURE,
L’appellent bien souvent aussi
En leur ROYALE ACADÉMIE,
Et de son obligeant Souci
Lui demandent une partie,
Si qu’on peut dire, de bon sel,
Qu’il est seul aujourd’hui l’ESPRIT UNIVERSEL.

Lettre du 8 mai 1667, par Robinet.

-Nouvelles diverses de la cour :

La noble INFANTE de TOUSSI,
Laquelle déjà met Ici
A maints Cœur la Puce à l’Oreille,
Ainsi qu’une jeune Merveille,
Eut vraiment l’honneur, l’autre Jou,
D’être, aux Yeux de toute la COUR,
COMMÈRE de notre cher SIRE,
Donnant, comme on vient de me dire,
Avec sa grande MAJESTÉ,
Pieusement, CHRÉTIENTÉ
Au Fils de l’heureuse NOURRICE
Qui, dessous un Astre propice,
A donné, jusques à la fin,
Du Lait à notre beau DAUPHIN.

JEUDI, ledit charmant MONARQUE,
Qui conduit à ravir sa BARQUE,
Vint se promener à SAINT CLOUD,
Lieu des plus délicieux, où
Les deux Nonpareilles ALTESSES
Qui sont les aimables Hôtesses
De ce Terrestre PARADIS,
Lequel rend les Sens ébaudis,
A miracle le régalèrent,
C’est-à-dire le festinèrent
Tout à fait magnifiquement,
Proprement et royalement,
Outre leurs ANGES invisibles,
En ayant là plusieurs visibles,
Si beaux, si charmants, si touchants,
Que l’on a les derniers penchants
À croire qu’autant que les autres
Ils méritent nos Patenôtres,
Et que le Lieu des Bienheureux
Est où sont leurs aimables Yeux.

À propos de visibles ANGES,
Le plus digne de nos louanges,
À savoir celui de LOUVE,
Dont tous les Yeux sont éblouis,
Notre excellente et sage REINE,
Le même Jeudi, prit la peine,
Par un très obligeant souci,
De venir, ce dit-on, Ici,
Voir les illustres CARMÉLITES, [De la rue du XXX.]
Qui sont ses chère Favorites,
Ayant avec elle un AMOUR
Qu’elle-même a produit au Jour,
Son brillant DAUPHIN, lequel passe
Tous les Amours en bonne grâce.

-Représentation de la Veuve à la mode de Donneau de Visé :

AVIS.

Mais, à la fin de cette Lettre,
Pour le Public il me faut mettre
Que, demain, la TROUPE du ROI,
Remontant en très bel arroi,
Donne une PIÈCE toute neuve,
Qui porte pour Titre la VEUVE,
Mais VEUVE à la Mode et du Temps.[La Veuve à la mode,]
Sans doute, les Intelligents [comédie par Donneau de Visé.]
Concevront ce que je veux dire ;
Si donc ils ont dessein de rire,
Qu’ils aillent au PALAIS ROYAL,
Et, foi de Relateur [sic] loyal,
Je crois, sans que je me mécompte,
Qu’ils pourront y trouver leur compte,
Et les Comédiens aussi,
Si d’aller en bon nombre ils prennent le souci.

Lettre du 15 mai 1667, par Robinet.

-Après la description des dispositions prises pour l’éventuelle disparition du Pape, Robinet évoque une « rémission » :

La Nuit du Quinze au Seizième,
Avec une douleur extrême,
Il fit des Calculs rigoureux ; [Ce sont Pierres.]
Mais, après, il se porta mieux,
Et même l’on dit que sa Fièvre
De beaucoup moins en parut mièvre.

-La guerre est en vue (guerre de dévolution) :

Mais, à propos de Tambour, Qu’est-ce
J’ois sans cesser battre la Caisse,
Je ne vois qu’Armes et Drapeaux,
Que Fantassins et que Chevaux,
Lesquels partent de cette Ville,
Remplis d’une guerrière Bile,
Et LOUIS même, avec sa COUR,
S’en va partir au premier jour :
Ce n’est pas pour tirer aux Merles
Et ni pour enfiler des Perles,
Je le gagerais, ma foi, bien ;
Mais ne disons encore rien.

-De la Campagne de Flandre, nous ne donnons ici que cette lettre indiquant les rumeurs de guerre. Pour les passages des lettres suivantes qui évoquent les batailles, les aller-retour du roi et de la famille royale entre l'arrière et les lieux du combat, voir La campagne de Flandre dans les Continuateurs de Loret en 1667

-La Reine :

Le grand jour de SAINTE MONIQUE,
Suivant sa pieuse Pratique,
La REINE, si pleine d’attraits,
Alla, pour l’honorer, exprès
Aux AUGUSTINS portant Sandale,
Logés dans la Forêt Royale
Du beau CHÂTEAU de SAINT GERMAIN,
Qui va de Monde être moins plein ;
Et j’ai su que ce Père illustre,
Digne de prêcher au Balustre,
Savoir le PÈRE VALENTIN,
Fit en Français, non en Latin,
Bravement le PANÉGYRIQUE
De ladite SAINTE MONIQUE.

Lettre du 22 mai 1667, par Robinet.

-Le dernier Acte de Licence du Duc d’Albret :

En Public, et non en Secret,
L’incomparable DUC d’ALBRET,
Que déjà la Gloire couronne,
Fit encor miracle e SORBONNE,
Soutenant, avec majesté,
Bonne grâce et facilité,
Son dernier ACTE de LICENCE,
Plein d’une profonde Science,
Si bien que, répondant couvert,
On ne put le prendre sans vert
En aucun endroit de sa THÈSE,
Qu’il vaudrait mieux, ne vous déplaise,
Appeler un gros Livre entier,
Qu’on pourrait faire relier,
Car elle contient la Doctrine
La plus solide et la plus fine,
Comme aussi les Difficultés
Et rares Curiosités
De tous les SIÈCLES de l’ÉGLISE.
Je puis le dire sans méprise,
Ayant lu la THÈSE, ma foi,
Très belle et dédiée au Roi,
Duquel, comme un ASTRE PROPICE,
Le Portrait est au Frontispice,
Et qui sur le Sujet vient bien,
Étant d’un PRINCE TRÈS CHRÉTIEN.

D’étonnement, donc, fut comblée
La noble et célèbre ASSEMBLÉE,
Dont, entre autres Gens bien titrés,
Étaient quantité de MITRÉS,
Le grand CONDÉ, dont les lumières
Égalent ses Vertus guerrières,
MONSIEUR LE DUC, son sage FILS,
Aussi du Rang des beaux Esprits,
De SAINT PAUL, jeune et digne COMTE,
Que dans ce même nombre on compte,
Force autres Grands et Ducs et Pairs,
À notre MONARQUE très chers,
Et, pour rendre la Liste entière,
Maints Messieurs à Robe et Rapière,
Sans que j’omette de coter
Deux Seigneurs des plus à noter,
Le fameux PRINCE de TURENNE,
Si rare et si preux Capitaine,
Et le vaillant DUC de BOUILLON,
Qui faisaient les Honneurs, dit-on,
En qualité d’ONCLE et de FRÈRE,
Ayant lors une joie entière
De voir les Applaudissements
Que l’on donnait à tous moments
À ce SOUTENANT d’importance,
Que sa belle et noble NAISSANCE
N’élève pas, en vérité,
Plus que fait sa CAPACITÉ,
Sur ceux qui sont en concurrence
Pour le même ACTE de LICENCE,
ID EST les autres BACHELIERS,
Tant ses Talents sont singuliers.

En concluant donc ce Chapitre,
L’un des plus beaux de mon Épître,
Ajoutons encore cela,
Qu’enfin ce jeune PRINCE-LÀ,
Qui peut à tous faire la nique
En POSITIVE et SCHOLASTIQUE,
Fit connaître qu’assurément
Il serait bientôt l’Ornement
De ladite MAISON illustre, [La Maison de Bouillon.]
Qui tire son ancien lustre
De la Valeur et du Savoir
Que tous ses Descendants font voir.

-Guénaud, médecin attaché à la personne de la reine, passe dans l’autre monde :

La nuit du quinze au seizième,
Je ne sais par quel stratagème,
CLOTON surprit Monsieur GUÉNAUD, [Premier Médecin de la Reine.]
Mais, las dont il fut fort penaud.
Se retirant de chez la REINE,
Il fut saisi par l’inhumaine,
Et, quoi qu’il fît pour éluder
Et de ses Pattes évader,
Quoi que deux de ses chers COLLÈGUES
Apportassent illec leurs Grègues
Et joignissent, pour son secours,
Leurs beaux Secrets et leurs Discours,
La Masque, s’appelant là Roche,
Dessus Guénaud son Trait décoche,
Bravant même ainsi, par ma foi,
Trous grand MÉDECINS, chez le ROI.

Néanmoins, qu’avec moins de gloire
Elle vante cette Victoire ;
Le Mort ayant quatre-vingt ans,
Ce fut, comme je crois, le Temps
Qui fit, aux pieds de ce Fantôme,
Choir, de la sorte, ce rare Homme.
Cent fois plus grand Praticien
Qu’HIPPOCRATE ni GALIEN.

-Représentation de La Veuve à la mode :

AVIS.

La Veuve à la Mode se joue [Au Palais royal.]
Et franchement je vous avoue
Que, si l’on veut bien rire, il faut la voir exprès ;
Voyez là donc, je vous en prie.
Elle paraît sous les Attraits
De Mademoiselle de Brie
Qui, Veuve, aurait bientôt un Époux jeune et frais.
D’ailleurs, la mignarde Molière
Y fait le Rôle d’une Sœur
Avec qui l’amoureux Mystère
Est, je crois, bien plein de douceur.

Lettre du 12 juin 1667, par Robinet.

-Représentation du Ballet des Muses et du Sicilien :

Encor un mot de notre Ville,
Et puis notre Muse fait gile.
C’est pour ajouter que, pendant
Que LOUIS, à la GLOIRE ardant,
S’ouvre, par-delà la FRONTIÈRE,
Une belliqueuse CARRIÈRE,
Messieurs les BOURGEOIS de PARIS,
De sa MAJESTÉ si chéris,
Jouissent de ses plaisirs mêmes,
Avec des liesses extrêmes.
Oui, foi de sincère Mortel ;
Et, si vous allez à l’HÔTEL, [L’Hôtel de Bourgogne.]
Vous y verrez plusieurs ENTRÉES,
Toutes dignes d’être admirées,
De son dernier BALLET ROYAL,
Si galant et si jovial,
Avec diverses Mélodies
Et mêmes les deux COMÉDIES
Qu’y joignit le tendre QUINAULT,
Où la TROUPE fait ce qu’il faut
Et ravit, par maintes Merveilles,
Les Yeux ensemble et les Oreilles.

Depuis hier, pareillement,
On a pour Divertissement
Le SICILIEN, que MOLIÈRE,
Avec sa charmante manière,
Mêla dans ce BALLET du ROI
Et qu’on admira, sur ma foi.

Il y joint aussi des ENTRÉES
Qui furent très considérées
Dans ledit ravissant Ballet ;
Et LUI, tout rajeuni du Lait
De quelque autre INFANTE d’INACHE,
Qui se couvre de peau de VACHE,
S’y remontre enfin à nos Yeux
Plus que jamais facétieux.

Lettre du 19 juin 1667, par Robinet.

-Opérations de la pierre :

J’ai su, le jour d’avant hier,
Que Monsieur DOMINGUE d’ITHIER,
Digne EPISCOPUS de GLANDÈVE,
Avait (de quoi bien fort j’endève)
Été taillé dernièrement,
Car, ô Ciel, quel cruel Tourment,
Et qu’à ce Prix l’humaine Vie
Mérite peu de faire envie !

Mais, d’ailleurs, j’appris aussitôt
Que le sieur JÉRÔME COLLOT,
Qui, d’une adresse nonpareille,
Sait tirer la PIERRE à merveille,
Avait fait l’Opération
Avecque tant d’heur, tout de bon,
Encor que celle-là fut grosse
Et, par conséquent, plus atroce,
Qu’on reverrait ce bon PRÉLAT
Bientôt en son premier état,
Et, de cela, je sens de même
En mon âme une joie extrême.

-Le Sicilien, à nouveau :

Je vis à mon aise et très bien,
Dimanche, le Sicilien. [Au Palais Royal.]
C’est un Chef-d’œuvre, je vous jure,
Où paraissent en Mignature [sic]
Et comme dans leur plus beau jour,
Et la Jalousie et l’Amour.

Ce Sicilien, que Molière
Représente d’une manière
Qui fait rire de tout le cœur,
Est donc de Sicile un Seigneur
Charmé, jusqu’à la Jalousie,
D’une Grecque, son Affranchie.

D’autre part, un Marquis Français,
Qui soupire dessous ses Lois,
Se servant de tout stratagème
Pour voir ce rare Objet qu’il aime
(Car, comme on sait, l’Amour est fin),
Fait si bien qu’il l’enlève enfin,
Par une Intrigue fort jolie.

Mais, quoi qu’Ici je vous en die,
Ce n’est rien : il faut sur les Lieux
Porter son Oreille et ses Yeux.

Surtout, on y voit deux Esclaves [Mademoiselle Molière et Mademoiselle de Brie.]
Qui peuvent donner des Entraves :
Deux Grecques, qui Grecques en tout,
Peuvent pousser cent Cœurs à bout,
Comme étant tout à fait charmantes,
Et dont Enfin les riches Mantes
Valent bien de l’argent, ma foi :
Ce sont, aussi, Présents de Roi.

Lettre du 26 juin 1667, par Robinet.

-Parution de l’Anaxandre de Mademoiselle Desjardins :

En bornant ici mes Nouvelles,
Que l’on doit, je crois, trouver belles,
Je veux bien vous faire savoir
Que l’on vient de m’en faire voir
Une, galante et fort gentille,
Du Style d’une docte FILLE,
[C’est l’Anaxandre de Mademoiselle Desjardins, qui se débite chez le sieur Ribou, au Palais.]
Qui, mieux qu’aucun en l’Univers,
Sait composer en PROSE et VERS ;
Et vous pourrez apprendre au large
Le reste en la prochaine Marge,
Car je ne saurais ajouter
Que deux Vers encor pour dater.

Lettre du 16 juillet 1667, par Robinet.

-Retour funèbre de Descartes :

Jouant l’autre semaine aux cartes,
Je sus que le fameux DESCARTES,
Dont le nom propre était RENÉ
Et que l’on voit, de fait, renaît
En maint Sectateur et maint Livre,
Qui le font sans cesse revivre,
Avait été pompeusement
Mis en son nouveau Monument,
Dans cet éminent Monastère
Où maint grand Miracle s’opère,
En vertu du glorieux Nom
De la BERGÈRE de renom
Que GENEVIÈVE l’on appelle.

L’Assemblée en ce Lieu fut belle
Et toute pleine de Savants
Des plus célèbres de ce temps
Qui, je pense, par Syllogismes
Et, peut-être, par Aphorismes,
En Latin et Grec mêmement,
Prièrent pour lui doctement.
Je pourrais, si bien je suppute,
Ajouter : avecque dispute,
Et c’est comme, selon mon gré,
Tout Docte doit être enterré.

Lettre du 30 juillet 1667, par Robinet.

-Une mésaventure arrivé à Corneille :

Vous connaissez l’Aîné des deux CORNEILLES,
Qui, pour vos chers plaisirs, produit tant de merveilles ;
Hé bien ! cet Homme-là, malgré son Apollon,
Fut naguère cité devant cette Police,
Ainsi qu’un petit Violon,
Et réduit, en un mot, à se trouver en Lice
Pour quelques Pailles seulement
Qu’un trop vigilant Commissaire
Rencontra fortuitement
Tout devant sa Porte cochère.
Ô jugez un peu quel affront !
Corneille, en son Cothurne, était au DOUBLE-MONT
Quand il fut cité de la sorte,
Et, de peur qu’une Amende honnît tout ses Lauriers,
Prenant sa Muse pour escorte,
Il vint, comme le vent, au lieu des Plaidoyers ;
Mais il plaida si bien sa Cause,
Soit en beaux Vers ou franche Prose,
Qu’en termes gracieux la Police lui dit :
« La Paille tourne à votre gloire ;
» Allez, grand Corneille, il suffit. »

Mais de la Paille il faut vous raconter l’Histoire,
Afin que vous sachiez comment
Elle était à sa gloire en cet événement.
Sachez donc qu’un des Fils de ce grand Personnage
Se mêle, comme lui, de cueillir des Lauriers,
Mais de ceux qu’aiment les Guerriers
Et qu’on va moissonner au milieu du Carnage.
Or ce jeune Cadet, à Douai faisant voir
Qu’il sait des mieux remplir le belliqueux Devoir,
D’un mousquet Espagnol, au talon, reçut niche,
Et niche qui le fit aller à cloche-pied,
Si bien qu’en ce moment, étant estropié,
Il fallut, quoi qu’il dît sur ce cas cent fois briche,
Toute sa bravoure cesser
Et venir à Paris pour se faire panser.
Or ce fut un Brancart qui, dans cette Aventure,
Lui servit de voiture,
Étant de paille bien garni,
Et, comme il entra chez son Père,
Il s’en fit un peu de litière :
Voilà tout le Récit fini,
Qui fait voir à la Bourgeoisie
(Il est bon que je le redie)
Qu’il faut, comme par ci-devant,
Qu’elle ait soin de tenir toujours net son Devant.

-Une Apostille :

APOSTILLE.

Quiconque portera les yeux
Dessus ce petit Apostille,
Que l’on adresse au Curieux,
Dehors et dedans cette ville,
Saura, s’il ne le savait pas,
Que des Lettres au ROI, dont l’on fait très grand cas,
Et qu’on nomme HISTOIRE ROYALE, [Par le Sieur de Hauteville.]
S’impriment du bel-air et, certes, comme il faut
(Croyez en ma MUSE loyale),
Chez le même CHARLES CHENAULT
Où l’on presse à présent les côtes à la LETTRE
Qu’à MADAME j’écris, comme l’on voit, en Mettre ;
Et, si de son Hôtel vous êtes en souci,
En Prose, ci-dessous, tout joignant, le voici.

Lettre du 6 août 1667, par Robinet.

-Tartuffe est représenté devant un public nombreux :

Belle PRINCESSE, un Imposteur
Aujourd’hui me met hors de game ;
Il faut que je l’avoue, il me fait perdre cœur,
Et je n’ai ni vigueur ni flamme.
Vous avez encor dans l’Esprit
Toutes les choses qu’il vous dit ;
Il occupe encor vos oreilles
Depuis le dernier jour qu’il vous raisonna tant,
Et, quand je ferais des merveilles,
Autant, je m’en assure, en emporte le vent.

Hélas ! vous avez écouté
Avec plaisir, avecque joie,
Ce que le Séducteur devant Vous a conté,
Et de me faire ouïr je ne sais plus de voie.
Mais quoi ? qui ne l’écouterait
Et qu’est-ce qu’il ne séduirait
Quand il est instruit par MOLIÈRE ?
Hélas ! MADAME, hélas ! tout viendra l’écouter ;
Il aura de chacun l’oreille toute entière,
Et d’avoir charmé tout il pourra se vanter.

Dès hier, en foule on le vit,
Et je crois que longtemps on le verra de même ;
On se fait étouffer pour ouïr ce qu’il dit,
Et l’on le paye mieux qu’un Prêcheur de Carême.
PRINCESSE, agréez néanmoins
De ma Clion les petits soins ;
Daignez lui donner audience :
Je puis vous assurer qu’elle fait de son mieux
Pour plaire à votre Esprit, qui n’est qu’Intelligence
Et qui brille de pair avec vos divins yeux.

Lettre du 13 août 1667, par Robinet.

-Le Collège de Clermont.

Achevant de Gazetiser,
Car c’est assez nouvelliser,
Il faut que pour la fin, je die,
Qu’au grand COLLÈGE de CLERMONT,
Où, mieux que sur le Double Mont,
On trouve l’Encyclopédie,
On a distribué, Jeudi dernier, les Prix
Dont notre GRAND PORTE-COURONNE,
Une fois tous les ans, guerdonne
Les jeunes Cicérons, qui sont les mieux appris.
Cela fut précédé d’un Poème Tragique,
Contenant d’ANDRONIC le Martyre authentique,
Sous l’EMPEREUR DIOCLÉTIEN ;
Et les Étudiants, revêtus à merveille,
Vous le récitèrent si bien
Que de tous les Latins ils charmèrent l’oreille.
Ce noble Divertissement
Était, avecque bienséance,
Mêlé fort agréablement
D’un beau BALLET de l’INNOCENCE,
Où, par des Ennemis félons,
Dont se trouvaient les faux Soupçons,
La Belle était persécutée ;
Et puis, malgré la rage, envers elle irritée,
De ces injurieux Frelons,
Elle se voyait couronnée.
D’ailleurs, la Décoration
Était, certes, fort magnifique ;
Bonne pareillement se trouva la Musique,
Et tout, bref, y donnait de l’admiration.
Mais c’est aux Jésuites à faire,
Et c’est aux autres à se taire.

Lettre du 20 août 1667, par Robinet.

-Nouvelles littéraires :

Poursuivons par un mot de l’Hôtel de Bourgogne,
Où paraissait jadis une Dame Gigogne.
Le délicat Monsieur GILBERT
Y fait voir, dans le style tendre,
Où, sans doute, il est un expert,
HERO, l’infortunée, et son triste LÉANDRE,
Qui, venant l’adorer, dans les Ondes se perd.
Ils sont représentés, on peut dire à merveille,
Par le Sieur FLORIDOR et la grande DU PARC,
Que l’on nommerait bien des Grâce le beau Parc.
Voyez-les, je vous le conseille.
MONTFLEURI fait aussi le Récit de leur mort,
D’un air très digne de leur Sort,
Et qui pour eux remplit tous les cœurs de tendresse.

Mais, pour en bannir la tristesse,
BRÉCOURT, en style goguenard,
Donne, à l’issue, une autre Pièce
Qui bien vite le fait retirer à l’écart.
Cette Pièce pour nom l’INFANTE SALICOQUE,
Ou bien le HÉROS DES ROMANS.
À rire l’un et l’autre à merveille provoque ;
Mais allez sur les lieux apprendre si je mens.

Lettre du 4 septembre 1667, par Robinet.

-Tallemant loue Saint Augustin :

À propos, je dois témoignage
Que le jeune Abbé TALLEMANT
En fit un Éloge charmant,
En son pur et fleuri langage,
Et que cet Orateur sacré,
Qui mérite d’être mitré,
En un tel point ravit son brillant Auditoire,
Qui des plus beaux Esprits se rencontra tout plein,
Qu’il ne fonda pas moins sa gloire
Que celle de ce rare et fameux Africain.
Ce fut dans l’Église nouvelle
Des dignes AUGUSTINS DÉCHAUX
Qu’il fit une Action si belle,
Et, par un second à propos,
Il faut qu’encore je remarque
Que Mad’moiselle de LA MARQUE, [Fille d’Honneur.]
Qui tient chez notre Reine un des Postes d’honneur,
Et peut enchaîner la franchise,
Sans doute, de maint et maint cœur,
Faisait la Quête en cette Église
Pour le Pavé de la Maison,
Et pour lequel encor chacun porte son Don.

Lettre du 24 septembre 1667, par Robinet.

-Une thèse soutenue par d’Albret :

Je suis si ravi des merveilles
Qui charmèrent mes deux Oreilles,
Dans notre Sorbonne, Lundi,
Pendant tout un Après-midi,
Qu’il faut que par ce beau Chapitre
Je débute dans mon Épître.
Le jeune PRINCE, et vieux DOCTEUR,
Dont chacun est l’Admirateur,
D’ALBRET, dans cette Vespertine,
Dessus la Science Divine
Continuant de s’exercer
Et tous ses Rivaux surpasser,
État l’Auteur de ces Merveilles
Que je puis nommer non-pareilles
Avec quelle vivacité
Douceur, grâce et facilité,
Soutint-il ses Antagonistes,
Quoi que très doctes Sorbonnistes !
Avec quelle force d’Esprit
Mit-il à bout qui l’entreprit
Sur chaque savante Matière
Qui servait alors de Carrière !
Avec quelle solidité,
Avec quelle fécondité
Et quelle admirable mémoire
Cota-t-il de la Sainte Histoire
Les Passages qui lui servaient
Et ses Assaillants confondaient !
Avec quelles lumières pures
Écarta-t-il des Écritures
Les divines obscurités,
Pour mettre au jour leurs vérités !

Il ne faut pas que je me taise
Des deux plus beaux Points de sa Thèse,
Dessus lesquels on prit l’essor,
Et qui, certes, me plurent fort,
N’étant pas moins Philosophiques,
Sans doute, que Théologiques.

On demandait, au premier cas,
Si le Signe qu’Ézéchias
Reçut de sa santé future,
Ainsi que porte l’Écriture,
Fut la Rétrogradation
(Curieuse est la Question)
Seulement de l’Ombre Solaire,
Ou du Corps du Grand Luminaire ?
L’autre, aussi curieuse encor,
Touchait Nabuchodonosor :
Savoir si ce Prince superbe,
Qui fut réduit à brouter l’herbe,
Était et dedans et dehors
Changé, tant d’Âme que de Corps.

Or, sur l’un et sur l’autre Thème,
Ou sur l’un et l’autre Problème,
Ce PRINCE, toujours glorieux,
Discourut et prouva des mieux ;
Et d’AMIENS le PRÉLAT illustre,
Dont le mérite a tant de lustre,
Ne l’attaqua sur ces Points-là,
Avec les beaux Talents qu’il a,
Que pour lui donner plus de gloire
De sa belle et pleine Victoire.

Donc, ce Sorbonniste HÉROS
Reçut un universel los,
Tant des Citoyens de Sorbonne,
Qui certe en grands Docteurs foisonne,
Que de plusieurs savants Prélats,
DUCS et Pairs, Princes, Magistrats,
Et d’autres de haute volée,
Qui lors composaient l’Assemblée.

Mais, HARDOUIN DE PEREFIX,
L’auguste Prélat de PARIS,
Qui sait si bien dire et bien faire,
Présidant illec dans la Chaire,
L’apostropha dessus la fin,
En élégant et beau Latin,
Et, d’une grâce sans seconde,
L’élogisa le mieux du Monde,
Au nom de tout le grand Concours,
Qui fut charmé de son Discours,
Où, sans aucun mot bas ni mince,
Il conclut fort bien que ce PRINCE,
Doué d’un si docte Cerveau,
Était un Prodige nouveau.

Le lendemain, en grande Salle,
Et Salle Archiespiscopale,
Il reçut, de belle hauteur,
L’illustre Bonnet de Docteur,
Ainsi que la juste Couronne
Que lui présentait la Sorbonne.

Le Chef de l’Université, [Le Chancelier.]
Avec grande solennité,
Le lui donna donc, en présence,
D’une magnifique Assistance,
Où notre admirable Prélat,
En son pontifical éclat,
Faisait fort dignement figure,
En tête de la Prélature
Et de la docte Faculté,
Charmée, en bonne vérité,
De voir dedans la Compagnie
Un Docteur de si haut Génie,
De telle Naissance et, de plus,
Orné de toutes les Vertus.

Lettre du 1er octobre 1667, par Robinet.

-Les Grands de France s’apprêtent au combat par un entraînement spectaculaire :

D’ailleurs, notre illustre Jeunesse
Ou bien notre jeune Noblesse,
Brûlant de cueillir des Lauriers
À côté de ces grands Guerriers
Et sur les pas de la Victoire
Qui notre Roi couvre de gloire,
Apprend le beau Métier de Mars,
Et comme on force des Remparts,
Attaquant une Forteresse,
Qu’au plus grand Faubourg de Lutèce [Le Faubourg S. Germain.]
L’Académiste BERNARDI,
Personnage d’un cœur hardi,
Exprès pour l’instruire, a fait faire,
Par un zèle qu’on ne peut taire.
Monsieur le MARQUIS de BRÉVAL,
Qui des mieux se tient à cheval,
L’Attaque du Poste commande,
Avec une adresse fort grande,
Faisant ce qu’on fait en cela,
Mais, pour le repousser de là,
Saint MAURICE fait la Sortie, [Le comte de S. Maurice.]
De Cadets très bien assortie,
Et, bref, l’Auteur du Fort susdit
Est dedans, à ce qu’on m’a dit,
Pour travailler à sa Défense ;
Ce qui se fait en la présence
Du plus beau Monde de Paris,
De cette belle Guerre épris,
Où de franche poudre de Chypre
(Qui rime des mieux avec Ypre [sic])
On charge, je crois, les Mousquets,
Pour en tirer des coups coquets.

Lettre du 8 octobre 1667, par Robinet.

-Apostille à propos de Molière :

APOSTILLE.

J’oubliais une Nouveauté
Qui doit charmer notre Cité.
MOLIÈRE reprenant courage,
Malgré la Bourrasque et l’Orage,
Sur la Scène se fait revoir :
Au nom des Dieux, qu’on l’aille voir !

Lettre du 15 octobre 1667, par Robinet.

-Cérémonie en l'honneur de Saint-François de Sales :

En la Ville de MONTFERRAND,
Qui dans l’Auvergne tient son rang,
De dignes et nobles VESTALES
Ont du grand SAINT FRANCOIS DE SALES,
Qui fut leur cher Instituteur,
Ouvert, d’une belle hauteur,
La Dévotion solennelle,
Et rien n’est semblable à leur zèle.
Toute la susdite Cité
Seconda bien leur Piété
Par ses Feux, son Artillerie,
Et par son Escroquerie,
Qui fit grand bruit durant huit jours.
Où, par autant de beaux Discours,
Huit Orateurs se signalèrent
Et leur éloquence étalèrent
Sur les Vertus du Saint PRÉLAT,
Sujet qui n’avait rien de plat.
D’iceux était de HAUTEVILLE,
Docteur passé, de cette Ville,
Et voire Auteur de beaux Écrits
Qui plaisent fort aux bons Esprits,
À savoir ses LETTRES ROYALES,
Contenant des Gloses loyales
Dessus ce que Moïse écrit
Des Œuvres qu’en six Jours Dieu git. [Elles se débitent au même lieu où s’imprime]
Voyez-les, car je vous assure [ma Lettre.]
Que charmante en est la Lecture.

-Richesource relégué en aspotille :

APOSTILLE.

Comme le Sieur de RICHE-SOURCE,
Ainsi que je l’ai dit ailleurs,
Est des Talents d’esprit une très riche Source,
Vous êtes avertis, Mesdames et Messieurs,
Que dans son Hôtel on délivre, [Place Dauphine, XXX.]
Pour trente sols, un joli Livre,
Ce que j’appelle le donner ;
Car tel un Épigramme, à part toute hyperbole,
Y vaut une bonne Pistole :
Voyez, à quatre cent, combien donc c’est gagner.

Lettre du 22 octobre 1667, par Robinet.

-Reprise des représentations du Ballet des Muses, après la guerre de Flandres :

Nos vaillants PALADINS de FLANDRES,
Ces Friands de guerriers Esclandres,
En attendant le gai printemps,
Commencent de passer le temps
A baller en l’honneur des Muses,
Qui ne sont plus Filles camuses
Depuis que notre grand Vainqueur
A pris leurs Intérêts à cœur.

Ce qu’on danse sont huit Entrées,
Qui sont les plus considérées
Du Ballet de l’Hiver dernier,
Ainsi que je l’appris hier ;
C’est à savoir, celle des BASQUES,
Dont, comme eux, les Pas sont fantasques,
Des BERGERS et des BOHÉMIENS,
La plupart étranges Chrétiens,
Des DÉMONS, Gens fort laids et haves,
Des PAYSANS et des ESCLAVES,
Des MAURES et des ESPAGNOLS,
De nos Progrès pires que Fols,
Et qui, dedans leur Décadence,
N’ont guère le cœur à la Danse.
Quoi qu’il en soit, de beaux Récits,
En ce Spectacle sont ouis,
Où, certes, l’admirable HYLAIRE
Charme par sa voix nette et claire.
ORPHÉE, ou BAPTISTE, pour lui
(Car c’est bien tout un aujourd’hui),
Y tient, sous ses rares merveilles,
L’âme en Laisse par les oreilles.
Les grands et petits Violons,
Qui sont comme autant d’Apollons,
Là pareillement vous ravissent,
Et, sous leurs tons, les Sens languissent,
Par le sentiment du plaisir
Qui vient doucement les saisir.
La Scène est pompeuse et brillante,
Plus que n’est la Sphère roulante
D’où chaque jour naît la Clarté,
Et notre auguste MAJESTÉ,
Guerrière comme un Dieu de Thrace,
Des Pas de Souverain y trace,
Parmi ceux de ses Courtisans,
De Compliments grands Artisans.

Le grand Bal s’y donne à l’issue,
Où maints Objets charment la vue,
Tant par leurs Attraits grâcieux.
Leurs rouges Bouches, leurs beaux Yeux
Et le reste de leurs visages,
Que par leurs riches Équipages.
Nos deux exquises MAJESTÉS,
Toutes couvertes de clartés,
En font les Démarches premières
Avec leurs Grâces coutumières,
Et tous leurs Pas, en noble arroi,
Sont des Pas de Reine et de Roi.

Le FILS de ce COUPLE adorable,
Notre DAUPHIN incomparable,
Avec quelque GRÂCE, à son tour,
Y paraît plus beau que l ‘Amour.
MONSIEUR, qu’on voit si fier en FLANDRE,
Reprenant illec son air tendre,
Y danse, non coussi coussi,
Tout ainsi qu’un Mars radouci,
Et, pour tout dire, en fin finale,
En ce Bal, on sert un Régale,
Et de Bonbons et de Liqueurs,
Pour ravitailler les Danseurs,
Et (quoi que tous très jeunes Couples)
Leur rendre les Jambes plus souples.

Grande HÉROÏNE à qui j’écris,
Vous savez tout ce que je dis,
Car, en qualité de Bergère,
Vous avez, dedans le Ballet,
Votre Entrée et votre Rôlet,
Où vous semblez une Déesse
Bien plutôt qu’une humaine ALTESSE ;
Mais, sous votre Permission,
Je fais cette Narration.
Pour tous ceux qui lisent ma Lettre,
Où je vais encor ainsi mettre,
Sous votre bon Plaisir aussi,
Quelques Chapitres que voici,
Contenant, certes, maintes choses
Qui ne vous sont pas Lettres closes.

-Le roi et ses activités :

LOUIS, le dernier Samedi,
Vint Ici, dessus le Midi,
Voir son PALAIS des TUILERIES,
Jadis Lieu des Galanteries
De la Bourgeoise et du Bourgeois ;
Et ce plu grand de tous les Rois
Put voir que l’Art et la Nature
(À tous les Étrangers je l’assure)
Ne sauraient, joignant leurs efforts
Par leurs plus ravissants Accords,
Lui faire un plus beau Domicile
Pour le gîter en cette Ville ;
Car même les douze Maisons
Où loge le Roi des Saisons
Ne sont au prix, chose certaine,
Que des Maisons, à la douzaine.
Qu’il y vienne, donc, pour l’Hiver,
Sans faute, après la Saint-Hubert ;
Dans ce Palais, où rien n’est mince,
Il sera logé comme un Prince,
Et tout le Peuple de Paris
D’aise en poussera mille cris,
Car avec ardeur il désire
De revoir ici ce cher SIRE,
Que l’on considère, en tout Lieu,
Tout ainsi qu’un franc VICE-DIEU.

De là, passant par le vieux Louvre,
Un tant soit peu distant de Douvre,
Il alla voir les GOBELINS,
Dans le Faubourg des Marcelins,
Où COLBERT, le grand Majordome,
Des Finances digne Économe,
Avait tout fait mettre en état
De charmer notre POTENTAT.

De ce beau Lieu-là donc l’Entrée
D’un grand Arc était illustrée,
Avec les Tableaux de Le BRUN,
Dont le Pinceau n’est pas commun,
Et maints Reliefs aussi fort rares,
Le tout exempt des moindres tares
ITEM, la spacieuses Cour
De ce divertissant Séjour,
Était superbement tendue,
Et, là, pour enchanter la vue,
Dans le fond était un Buffet
D’Architecture, très complet,
Où paraissait, sans menterie,
Tout ce que l’Art d’Orfèvrerie
Peut montrer de rare aux Humains :
Mais, surtout, vingt-quatre Bassins
Y jetaient les Gens en extases,
Avec pareil nombre de Vases
Et tout autant de beaux Brancards,
Du Dessein de ce Maître es arts,
De ce Le BRUN, de cet illustre,
Qui se couvre d’un si beau lustre.
Mais ce n’est pas encore tout,
Et je ne suis pas même au bout,
Ajoutant deux grandes Cuvettes,
Aussi très artistement faites,
Deux Chaînets, quatre Guéridons,
Ornés de petits Cupidons,
Et vingt-quatre autres puissants Vases
Pour servir de superbes Cases
À des Orangers fortunés,
Pour plaire à LOUIS destinés.

Tous ces grand Ouvrages, au reste,
Formant un Spectacle céleste,
Dont l’on était émerveillé,
Sont d’un bel Argent ciselé,
Et d’un Travail dont la manière
De beaucoup passe la Matière,
Encor qu’elle soit (par Saint-Marc)
Du poids de vingt-cinq mille un Marc.

Sa MAJESTÉ, pour lors suivie
D’une nombreuse Compagnie,
Dont était le fameux CONDÉ,
Qui va bientôt avoir le Dé,
Passa de ce pompeux Spectacle,
Qui paraissait un Tabernacle,
En d’autres endroits de Léans,
Où se font, par diverses Gens,
Les superbes Tapisseries,
Les charmantes Marqueteries,
Les Sculptures et les Tableaux,
Autant de chef-d’œuvres nouveaux ;
Puis, Elle vit, et fut raie,
D’autres Pièces d’Orfèvrerie,
D’un second Dessein tracé ;
Et tout cela servait de marque
De la Grandeur de ce MONARQUE,
Qui peut faire de si grands Frais,
En Guerre comme en pleine Paix ;
Ce qu’il faut que Monsieur l’IBÈRE
Sérieusement considère.

-La fausse bataille toujours en cours au cœur de Paris :

Toujours en notre grand Faubourg,
Près le Palais de Luxembourg,
À l’Assaut d’un Fort on s’exerce,
Mais sans qu’on tue et que l’on perce,
Ni qu’on y fasse mal ni peur.
Mardi, BEAUFORT, Homme de cœur.
[Ledit Sieur de Beaufort eut Fils de celui qui a montré les Exercices de Guerre au Roi.]
À son tour attaqua la Place,
Et de CHAPAT, avec audace,
Entreprit, suivi de ses Gens,
De jeter un Convoi dedans
Et, pour ce, de forcer les Lignes,
Par des efforts de lui bien dignes,
Mais, quoi ? ce brave de Beaufort,
Qui voulait emporter le Fort,
De telle sorte le maltraite
Qu’il le contraint à la Retraite.
Ensuite, les Assiégés,
D’un si mauvais tour enragés,
Sur lui firent une Sortie,
En laquelle sa répartie
Les fit, plus vite qu’un éclair,
Jeter dans le Chemin couvert.
Au surplus, toute la Soirée
De leur grand Feu fut éclairée ;
Et puis, comme aux Sièges du Roi,
On fut au Bivouac ou Bivoy.

Lettre du 29 octobre 1667, par Robinet.

-Le roi bientôt de retour à Paris :

On attend bientôt à PARIS,
Avecque les Jeux et les Ris,
Le Retour de la COUR FRANCAISE,
Dont chacun de Nous est bien aise,
Faisant incessamment des Vœux
Pour ce jour, de nos plus heureux.
Cependant, le Sieur la REYNIE,
Dont la louange est infinie,
Fait toujours dans cette Cité
Observer tant de propreté
Que c’est une rare merveille
De sa constance nonpareille.
Mais nous en verrons, pour certain,
Encor, une autre après demain,
Pour le moins autant admirable,
De sa Police incomparable :
C’est que, vrai comme je le dis,
Il fera, comme en plein Midi,
Clair la Nuit, dedans chaque rue,
De courte ou de longue étendue,
Par le grand nombre des clartés
Qu’il fait mettre, de tous côtés,
En autant de belles Lanternes.
Je ne dis point des Balivernes,
Et ces Messieurs, nommés Filous,
Ne les verront pas sans courroux ;
Mais je m’en moque, et DIEU bénie
Le merveilleux de la REYNIE !

-Molière fait représenter la Délie, pastorale de Donneau de Visé :

Un galant sujet PASTORAL
Se fait voir, au PALAIS-ROYAL,
Sur le Théâtre de MOLIÈRE ;
Mais, mon Épître étant plénière, [Délie, pastorale par Jean Donneau de Visé.]
Je vous remets ailleurs le Plat
Contenant ce Mets délicat,
Quand j’en aurai tâté moi-même,
Car de tels Mets je suis friand plus que de crème.

Lettre du 5 novembre 1667, par Robinet.

-L’exercice militaire au Luxembourg toujours d’actualité :

À propos de guerriers Exploits,
Le Fort dont j’ai parlé deux fois
Exerce toujours, dans LUTÈCE,
Notre belle et noble Jeunesse,
Et, ces derniers jours, de BEAUFORT
Font-là, se signalant bien fort.
Monter la Garde à la Tranchée
(Qui de Morts se voit peu jonchée)
Par les Sieurs TAVANE et du SOU,
Puis se logea, savez-vous où ?
Ce fut dessus la Contrescarpe.
Cela mit le Fort en écharpe,
Avec le continuel Feu
Que l’on y fit, quoi que par jeu ;
Mais la Garnison, comme fine,
Fit aussitôt, par une Mine,
Culbuter tout le Logement
Et retirer soudainement
L’Assaillant, malgré son audace,
Par un autre Feu de la Place,
Et même une Sortie aussi,
Qui lui causa quelque souci.
Mais, désirant avoir la gloire
D’emporter sur eux la Victoire,
Il fit jouer, sur le haut ton,
Si fort à propos son Canon,
Qu’il leur en démonta deux Pièces,
Et, par bravoure et par finesses,
Il fit si bien, finalement,
Qu’il redressa son Logement.
Pas plus de ce célèbre Siège,
Quant à présent, Lecteur, ne sais-je.

-Nouvelles du théâtre :

J’ai vu le sujet Pastoral [Délie, pastorale par Jean Donneau de Visé.]
Qui se joue au Palais Royal,
Et tout m’y paraît, je vous jure,
Et fait et dit en Mignature [sic].
Rien ne s’y trouve d’embrouillé,
Tout est joliment démêlé,
Et les Pasteurs, qui sont de Grèce,
Expriment si bien leur tendresse,
Qu’ils la font passer dans les Cœurs
Des moins sensibles Auditeurs.
Un Licidas, un Céliante, [Les Srs la Grange et Hubert.]
Avec leur manière touchante,
Vous font envie à tous moments
De devenir, comme eux, Amants,
Et la beauté de leur Délie, [Mademoiselle de Brie.]
Qui sous son Empire les lie,
Vous fait partager leurs soupirs
Et faire avec eux des désirs.

D’ailleurs, une certaine Orphise, [Mademoiselle de Molière.]
Qui prétend droit sur la franchise
De l’un de ces mêmes Pasteurs,
Montre des Appas séducteurs
Qui tirent en secret, vers elle
Aussi, son hommage et son zèle ;
Et, pour vous dire ingénument
Dessus ce point mon sentiment,
On embrasserait ces Bergères
Très volontiers sur les Fougères.

Or, comme nous ne voyons pas
Beaucoup d’Amants sans embarras,
Un Philène, ami du désordre, [le Sieur du Croisi.]
Vient donner du fil à retordre,
De belle importance, à ceux-ci,
Et son rôle plaît fort aussi.

D’ailleurs encor, un Périandre, [le Sieur de la Thorillière.]
Qui pour Délie a le cœur tendre
Et vient de Thrace exprès chez eux
Pour lever un Tribut fâcheux,
Les met encor bien en déroute ;
Mais avec plaisir on l’écoute,
Faisant le Portrait de son Roi,
Qu’il représente, en bonne foi,
Avecque tant d’augustes marques,
Que le plus parfait des Monarques
Se trouve dedans ce Portrait,
Et LOUIS s’y voit trait pour trait.

-Et des Italiens :

Nos charmants Acteur d’Italie,
Grand Fléaux de la Mélancolie,
Ont une belle Pièce aussi, [La Fille désobéissante.]
Et je la déduirait Ici
Sans que ma Lettre est plus que pleine :
Ce sera pour l’autre semaine.

Lettre du 12 novembre 1667, par Robinet.

-Représentation par la troupe de Molière de trois pièces de Donneau durant la fête de la Saint-Hubert :

Mais parlons des Plaisirs charmants
Et des grands Divertissements
Qui, dans le beau Lieu de VERSAILLES,
Où l’on ne paye point les Tailles,
Ont recréé, durant huit jours,
Ladite COUR, perle des Cours,
Pour célébrer à plein l’Octave
De SAINT-HUBERT, Chasseur si brave ;
Car, encor que vous y fussiez
Et qu’ainsi donc vous le sachiez,
Il faut, sous le bon plaisir vôtre,
En faire part au Lecteur nôtre.

La Chasse d’abord en fut un,
Plaisir Royal et non commun ;
Et maint Cerf, ou quelque autre Bête,
Qu’en dépit d’elle on fit de Fête,
Y succomba dessous les Dents
Des Chiens, à son Trépas ardents,
Ou dessous les coups du MONARQUE
Et de maint autre VICE-PARQUE,
ID EST, qui fait la Fonction
De la meurtrière Cloton.

Notre REINE, pleine de Charmes,
Fit choir des Sangliers sous ses Armes,
Qui dans un Embûche d’Appas
Trouvèrent ainsi leur Trépas.

Pour vous, ô brillante HÉROINE,
Si vous n’étiez pas l’Assassine
(Hélas ! hélas ! lequel vaut mieux ?)
Vous rendiez témoins vos beaux Yeux
Du Meurtre de la pauvre Bête,
Qui n’en était pas plus en fête,
Car mourir par de belles Mains
Et devant des Yeux tout divins,
C’est toujours mourir, quoi qu’on die ;
Et quand, en termes d’Élégie,
Ces Cerfs Humains de nos Romans,
Blessés par des Objets charmants,
Disent à leurs belles Tigresses,
Par d’assez plaisantes Tendresses,
Qu’il leur est doux et glorieux
De mourir des coups de leur Yeux,
C’est toute feinte et bagatelle
Qui sort de la creuse Cervelle
D’un visionnaire d’Auteur,
Lequel est un très franc Menteur.

Mais retournons à notre Chasse,
Dont il faut qu’en ce Lieu j’enchasse
D’autres particularités,
Et disons que plusieurs Beautés
Y parurent en Amazones,
Dont quelques-unes, sur les Trônes,
Vont, avec les Attraits vainqueurs,
À la Chasse des plus grands Cœurs.

Le beau Premier MONSIEUR de FRANCE,
Qui sait chasser à toute outrance,
Mais des Espagnols notamment,
Fit là son Devoir galamment ;
De CONDÉ, que DIEU gard [sic] des Gouttes,
Était aussi dessus les routes
Où le Cerf courait plus qu’au pas,
Afin d’éviter le Trépas ;
Mais pensant à quelque autre Chasse
Où, comme un autre Dieu de Thrace,
Il doit bientôt, si l’on n’a Paix,
Montrer encor de ses beaux Faits.

Enfin, de ladite Partie,
D’autres Grands Seigneurs assortie,
Était notre DUC DE BEAUFORT,
Qui, par un changement de Sort,
Courait là, certe [sic], très belle erre,
Car enfin il a repris Terre,
Après avoir été trois ans
L’un des plus fameux Habitants
Du moite Empire de Neptune,
Qu’on croit gouverné par la Lune.
Comme il y fit, en digne arroi,
Voir son courage, pour le ROI,
Contre les Pirates barbares,
Par maints Exploits, tous des plus rares,
Et dont les plus vieux Matelots
N’ont point d’exemple sur les Flots,
Il s’en est vu, par cet AUGUSTE,
Reçu d’une façon bien juste,
Et c’est-à-dire accortement
Et tout à fait obligeamment.

Mais, fermant cette Parenthèse,
Qui ne gâte point notre Thèse,
Reprenons notre Saint-Hubert,
Pour dire que maint beau Concert,
Par de délicieuses Notes,
Charma la Cour, dedans les Grottes,
Dont les singuliers Ornements
Semblent autant d’Enchantements,
Et qu’en un mot, la Comédie,
Qu’accompagnait la Mélodie,
Le Bal et les pompeux Festins,
L’amitié de nos Intestins,
Furent le ravissant Régale [sic]
De toute l’Octave Royale
Du Saint Parangon des Chasseurs,
De Gibiers très grands Destructeurs.

Il faut encore que je die,
Sur le point de la Comédie,
Que les deux Troupes, tour à tour, [la Seule Troupe Royale et la Troupe du Roi.]
Divertirent des mieux la Cour,
Exhibant là de leur Boutique
Le Sérieux et le Comique ;
Mais que, sur toutes Nouveautés,
Qui plurent à Leurs MAJESTÉS,
À vos deux ROYALES ALTESSES,
Princes, Princesses, Ducs, Duchesses
Et, bref, à toute notre COUR,
Ce fut ce qui, le dernier jour,
Fit de vos Ébats la clôture,
Ainsi du moins qu’on me l’assure,
Savoir l’EMBARRAS DE GODARD [Ou l’Accouchée comédie par Jean Donneau de Visé.]
Sujet fort drôle et goguenard,
Et qui fut comme Vent en Poupe,
En cette rencontre, à la Troupe
Qu’on nomme la TROUPE du ROI,
Qui, tout à fait en bel arroi,
Joua cette petite Pièce
Qui remplit le Cœur de liesse,
Faisant lors, pour SA MAJESTÉ,
Presque un Miracle, en vérité,
Car, sans l’avoir étudiée,
Ou du moins, je crois, repassée,
Ni sans même avoir les Habits
Qui pour tel cas étaient requis,
Sachant que le ROI notre SIRE
La voulait voir, car c’est tout dire,
Elle fit, par un heureux Sort,
De Mémoire un si noble effort
Et s’acquitta si bien du reste,
Qu’au Lecteur derechef j’atteste
Qu’elle en remporta grand honneur,
Pour elle, et pour Monsieur l’Auteur.

Or c’est le Père de DÉLIE,
PASTORALE encore si polie
Et parut lors à la COUR,
Aussi comme dans son vrai Jour,
Avecque sa VEUVE À LA MODE,
Où, presque à chaque Période,
On rit à... Mais voyez comment,
Et vous ferez plus sûrement.

Lettre du 19 novembre 1667, par Robinet.

-Nouvelles de la cour :

Dimanche, le Roi notre SIRE,
Dont l’on ne peut trop de bien dire,
Pour tant d’augustes MAJESTÉS,
Alla voir, en la Maison sienne,
De nos MADAMES la Doyenne,
La DOUAIRIÈRE D’ORLÉANS ;
Puis, ayant dit Dieu soit léans,
Il rabattit chez l’ACCOUCHÉE,
Au Palais de Condé couchée
En DUCHESSE de Qualité,
Et de qui la jeune Beauté
Remplissait de charmes sa Chambre,
Qui ne sentait que musc et qu’ambre.

LOUIS y fit des compliments,
Des plus galants et plus charmants,
À cette brillante Charite,
Puis il rendit aussi visite,
Afin de ne manquer à rien,
Au beau petit PRINCE D’ENGUYEN,
Et, comme sa petite langue
Ne peut faire encor de Harangue
Pour répondre à ce qu’on lui dit,
Pour lui, son PAPA répondit
Et, bref, fut sa Caution même
Qu’il servait le DIADÈME.

D’illec, sa grande MAJESTÉ,
Si digne de sa ROYAUTÉ,
Vint chez la REINE BRITANNIQUE,
Et, dans son Palais magnifique,
Où jadis un grand Financier
Et de l’Épargne Trésorier
Se voyait logé comme un Prince,
Ou Gouverneur d’une Province,
La régala du beau Concert
Duquel, durant la Saint-Hubert,
La Cour fut charmée à Versaille[s],
Y faisant, comme il faut, gogaille.

Des Bergers sur leurs Chalumeaux,
Dans ce Concert, chantent les maux
Que leur font souffrir des Bergères
Qui, tranchant un peu trop des fières,
Se moquent cruellement d’Eux
Et font litière de leurs vœux ;
Et du ROI toute la Musique
Leur sert d’un Écho multiplique,
Où le Sieur Baptiste Lulli,
Qui ne fait rien que d’accompli,
A produit cent douces merveilles,
À ravir les fines oreilles.

Grand PATRONE de mes Vers,
Qui fourmillez d’Appas divers,
Vous tentez là de bonne grâce
Et très dignement votre Place,
Près cette auguste MAJESTÉ
De qui vous tenez la clarté
Et tant de divins Avantages
Qui vous font rendre nos Hommages.

MONSIEUR, votre brillant ÉPOUX,
Tantôt si fier, tantôt si doux,
S’y voyait près votre Personne
Qui comme un bel Astre rayonne ;
Et vous aviez à vos côtés,
Ou peu loin de vous, ces Beautés
Qui marchent sur toutes vos traces
Ainsi que quatre aimables Grâces ;
Car, à présent, l’Astre Lorrain
Rend complet leur charmant Quadrain,
Grâce à votre rare HYPOCRATE,
Dont en ce cas la gloire éclate,
Car c’est à lui, bien entendu,
Que cet aimable Individu,
DU LUDRE, la noble Pucelle,
Doit sa santé toute nouvelle,
Ces Roses, ces Œillets, ces Lyse
Sur son Teint fraîchement fleuris,
Ce feu qui de ces deux Prunelles
Darde de vives étincelles,
Et ce ravissant Embonpoint
Qui la rend belle de tout point ;
Mais, en poursuivant notre Épître,
Composons un autre Chapitre.

-Représentation d’Andromaque :

La COUR, qui selon ses désirs,
Tous les jours change de plaisirs,
Vit, Jeudi, certain Dramatique [Andromaque.]
Poème, tragique et non comique,
Dont on dit que beaux sont les Vers
Et tous les Incidents divers,
Et que cet Œuvre, de RACINE,
Maint autre rare Auteur chagrine.
Quoi qu’il en soit, c’est un point sûr,
Et je ne dirai rien d’absur [sic]
En disant ce que je vais dire,
Qu’en cette Pièce l’on admire
La belle TROUPE de l’HÔTEL,
Car on sait que son Sort est tel,
Et c’est là la voix des Oracles,
Qu’elle fait toujours des Miracles.
Mais cette Pièce je verrai,
Et puis, à mon tour, j’en dirai,
Autant de bond que de volée,
Comme un autre, ma ratelée.

Lettre du 26 novembre 1667, par Robinet.

-Andromaque :

J’ai vu la Pièce, toute neuve,
D’ANDROMAQUE, d’Hector la Veuve,
Qui, maint Siècle après son Trépas,
Se remontre pleine d’Appas,
Sous le Visage d’une Actrice,
Des Humains grande Tentatrice,
Et qui, dans un Deuil très pompeux,
Par sa voix, son geste et ses yeux,
Remplit j’en donne ma parole,
Admirablement bien son Rôle.
C’est Mademoiselle du PARC,
Par qui le Petit Dieu Porte-Arc,
Qui lui sert de fidèle Escorte,
Fait des Siennes d’étrange sorte.

PYRRHUS la retient dans sa Cour,
Captive de Guerre et d’Amour,
Depuis le Désastre de TROIE,
Où ce Vainqueur en fit sa Proie,
Comme d’Astyanax, son Fils,
Reste des Troyens déconfits ;
Et ce Prince, qui la Veuve aime,
Sans qu’il en soit aimé de même,
Est en Relief représenté
Par cet Acteur si fort vanté,
Qui souffre peu de Paralèlle,
Et lequel FLORIDOR s’appelle,
ORESTE, pire qu’un Fairfax,
Vient demander Astyanax
De la part du Peuple de Grèce,
Qui veut, sans aucune tendresse,
Et par un transport tout brutal,
Immoler cet Enfant Royal ;
Et cet Oreste Frénétique,
Là Personnage Épisodique,
Est figuré par MONTFLEURI,
Qui fait mieux que feu MONDORI.
D’autre part, certaine Hermione,
Autre Épisodique Personne,
Se trouve en la Cour de Pyrrhus,
Qu’elle aime jusques aux rebuts ;
Et, pour vous dire tout le reste,
Il arrive que cet Oreste,
Qui couvait pour elle en son sein
Une amour de très longue main,
À son aspect, sent dans son Âme
Rallumer son ardente flamme,
Mais sans que la Belle, en son cœur,
Ressente une pareille ardeur,
Pourtant, elle feint, par adresse,
De prendre un peu de sa tendresse,
Et même lui promet sa main,
Pour engager cet Inhumain
D’immoler Pyrrhus à sa rage,
Voulant se venger de l’outrage
Qu’elle reçoit du susdit Roi,
Lequel, lui promettant sa Foi,
À dessein de se railler d’elle,
Par une niche trop cruelle,
Épouse la Veuve d’Hector.
Ainsi, Pyrrhus est mis à mort
Par l’ordre de cette Hermione,
Qu’on voit agir en la Personne
De l’excellente DES-ŒILLETS,
Qui pousse, je vous le promets,
Ce Rôle de telle manière
Qu’elle en a gloire très plénière.

La Catastrophe, la voici.
Pyrrhus étant occis ainsi,
Oreste, pensant qu’Hermione
Pour digne Prix elle se donne,
N’en reçoit rien que des gros mots ;
Après quoi, lui tournant le dos,
Elle va, d’une rage extrême,
Aussi s’immoler elle-même ;
Et lors, Oreste, furieux,
Attaquant la Terre et les Cieux,
Fait ce qu’on voit, dans MARIANNE,
Que fait cet HÉRODE profane,
Après qu’il a fait sans pitié
Périr son illustre MOITIÉ.
En un mot, la Pièce est jouée
(C’est chose de tous avouée),
Certe, à charmer le Spectateur,
Ainsi que son heureux Auteur,
Bien glorieux, on le peut dire,
D’avoir pu ce Poème produire ;
Car, sans le flatter nullement
On ne peut voir assurément,
Ou du moins je me l’imagine,
De plus beaux Fruits d’une RACINE. [C’est le nom de l’Auteur.]

Mais promptement nouvellisons,
Et, sur d’autres sujets causons.

Comme ces aimables Complices,
Les Plaisirs, les Jeux, les Délices,
Sont désormais en notre COUR,
Alternativement, le Jour,
Samedi, le Bal, en son Lustre,
Se fit voir dans l’Appartement
De notre AUGUSTE si charmant.

Après ce cher Porte-Couronne,
Qu’un si grand éclat environne,
Après sa divine MOITIÉ,
Beau centre de son Amitié,
Après MONSIEUR le FRÈRE UNIQUE,
Galland, vaillant et magnifique,
Trente fort braves Baladins,
Ci-devant fort preux Paladins,
Et trente belles Baladines,
Tous Blondins et toutes Blondines,
Y paraissaient, à qui mieux mieux,
Couverts de clartés et de feux,
Et semblaient, bref, en cette Salle,
Tous Gens de l’Inde Orientale.

Mais le cher Sexe féminin,
Duquel est fou le Masculin,
Outre ces pompeuses lumières
Et cent grâces auxiliaires,
Qu’il emportait, en ce moment,
D’un Art rempli d’enchantement,
Y montrait tant de rares choses,
De la pure Nature écloses,
Que les Spectateurs enchantés
Pensaient voir de Divinités.

Mais plus d’un million de Charmes,
Qui font au cœur rendre les armes,
Sans loisir de les contrôler
Ni pouvait de capituler,
Ce soir, se trouvèrent à dire,
En ce grand Bal de notre SIRE,
Par l’absence d’un seul Objet ;
Et vous le croirez, en effet,
Quand vous saurez que c’est MADAME,
Dont le beau Corps et la belle Âme
Contiennent, sans qu’il en manque un,
Ce nombre d’Attraits, peu commun,
Qui, par leur union étrette [sic],
Étaient ledit soir en retraite
Avec cette jeune BEAUTÉ
D’une assez haute Qualité.

Entre celles qui là dansèrent
Et par leurs Pas se signalèrent,
Était la grande MONACO,
Dont le Mérite a maint Écho ;
ITEM (selon qu’en ma mémoire
Viennent ces Objets pleins de gloire),
La belle PRINCESSE D’HARCOURT,
La Marquise aussi d’EUDICOURT ;
Cette autre Beauté singulière
Que l’on nommait de la VALIÈRE,
Et que l’on appelle en ce jour
Dame et Duchesse de Vaujour ;
TOUSSI, cette Grâce naissante,
Si brillante et si triomphante,
Qui, tout à fait en noble arroi,
Dansa même avec le ROI ;
ITEM, les Filles de la REINE,
Qui mettent cent cœurs à la chaîne,
Et celles de MADAME aussi,
Lesquelles vraiment, Dieu merci,
En font, je le dis sans que j’erre,
De Pics et Capots tant que terre,
Et dont leurs superbes Appas
Ne font pas souvent fort grand cas.

Parmi ces jeunes Enjouées,
Aux tendres ébats dévoués,
Brillaient plusieurs petits Amours,
Lesquels, pour tenir leurs grands Jours,
Peut-être aussi fièrement qu’Elles,
Laissent un peu croître leurs Ailes.

Le Premiers de ces Cupidons,
Qui charmeront bien des Dondons,
Était le DAUPHIN qu’on admire,
Déjà, certes, un Maître-Sire,
Et les deux PRINCES de MERCŒUR,
Qui ne sont qu’esprit et que cœur.

À propos, Monseigneur leur ONCLE
(Que le Ciel garde bien du Froncle !)
Comme un autre escarpinait-là,
Et très remarquable est cela.

Mais j’étends trop, je m’imagine,
Cette matière baladine,
Car je dois dire un peu de tout,
Pour satisfaire plus d’un goûte.

-Tentative de conciliation des parties dans la guerre franco-espagnoles par le Pape :

Notre Grand PONTIFE CLÉMENT
S’intéresse fort chaudement
Au Démêlé des deux COURONNES,
Et ses intentions sont bonnes ;
Mais l’ESPAGNE, aimant peu la Paix,
Pour la Guerre fait ses Apprêts,
Et l’on dit que DOM JEAN D’AUTRICHE,
Lequel n’est plus un Prince en friche,
Doit bientôt vers les Pays-Bas,
Avec Doublons, porter ses pas.
Il est, je le pense, très Brave ;
Mais, le fut-il plus qu’un Gustave,
Je crains bien pour lui toutefois
Qu’il soit battu par no François.

Lettre du 3 décembre 1667, par Robinet.

-Fête chez Monsieur et Madame :

Samedi, MONSIEUR et MADAME,
Si bien unis de Corps et d’Âme,
Et dont les beaux Individus
De tant d’Appas sont revêtus,
Festoyèrent, d’un charmant style,
Dedans leur pompeux Domicile,
Nos visibles Divinités,
À savoir les deux MAJESTÉS,
Pour Prélude, la Symphonie,
Sans faux ton ni cacophonie,
Les ravit, ainsi qu’autrefois,
À peu près, Monsieur Saint-François
Fut ravi d’un Concert céleste ;
Et, sans railler, je vous proteste,
À part la Musique des Cieux,
Que rien n’est plus mélodieux
Qu’était cette douce Harmonie
Et merveilleuse Symphonie,
Que conduisait le Sieur RICHARD,
Qui devrait devenir Richard
Par la Symphonique Science,
Où l’on peut dire, en conscience,
Qu’il est un moderne Amphion,
Un autre Orphée, un Arion ;
Mais les anciens Épithètes
Des Musiciens, Peintres, Poètes,
Sont, quant à la plupart d’entre eux,
De bons Biberons et de Gueux.

Après ce musical Régale,
En Galerie, et non en Salle,
Pleine de Miroirs et Buffets,
Qui pour rien n’ont pas été faits,
Et, ce soir-là, plus éclairée
Que n’est pas la Voûte azurée
Pendant les plus sereines Nuits,
Par ses Flambeaux épanouis
Et ses éclatantes Étoiles,
Pénétrant les nocturnes toiles ;
En ce Lieu, dis-je, de BOYER,
Digne d’un éternel loyer,
On ouit un Poème tragique,
Dont la Rime est riche, énergique
Et pleine d’élévation ;
Je puis sans adulation
En avancer ce que j’avance,
Et son Renom qui me devance
Eu pu faire concevoir plus.
Pour le reste, comme je fus
Avec un peu trop de Paresse
Et chez l’une et chez l’autre ALTESSE,
Je me trouvai si mal posté
Que je ne pus, en vérité,
Lorgner la Troupe Théâtrale ;
Mais ce n’était pas la Royale,
Ni, je vous en donne ma foi,
Pareillement celle du Roi.

Ensuite, dans une Antichambre,
Qui sentait la Civette et l’Ambre,
Les Escarpins on exerça,
C’est comme dire qu’on dansa ;
Et le Bal s’échauffa de sorte,
Du moins comme on me le rapporte
(Car, pour moi, je n’en étais pas),
Qu’en figurant toujours des Pas,
La Nuit, lors belle claire brune,
Car il faisait grand clair de Lune,
Arriva dedans son Milieu.

Alors, je pense, en autre Lieu
L’on alla faire, sans scrupule,
Ample et magnifique Crapule,
Et, chacun ayant de tout point
Très bien rembourré son Pourpoint
D’une quantité de viandes,
Qui des Bouches archi-friandes,
Sont, non pas sans frais et sans coûts,
Tous les jours les nouveaux Ragoûts,
ROI, REINE et toute la Séquelle,
Tant Jouvenceau que Jouvencelle,
Alla, de jour, et non de nuit,
Trouver Dimanche dans son lit.

-Un Nouveau Testament qui ne plaît pas :

Ledit grand Prélat PÉRÉFIXE,
Par un Ordre solide et fixe,
Et, bref, émané de ses mains,
Défend à ses Diocésains
D’acheter, ni lire, ni suivre
Du PORT ROYAL un certain Livre,
Où l’on croit avoir nullement
Traduit le NOUVEAU TESTAMENT, [Imprimé à Monts.]
Quoi qu’on voie qu’avec emphase
On n’ait fait qu’un beau Paraphrase,
Au lieu d’une Traduction
De la naïve Diction.

Pour moi, très fort les mains je baise
Au Port-Royal, ainsi qu’à Bèse,
Et qu’à Calvin et qu’à Luther ;
Et je dis, tout net et tout clair,
Que, certe [sic], il est certaines choses
Qui doivent être Lettres closes
Et des NOLI ME TANGERE
À l’Esprit le plus éclairé,
Et que sinistre est la méthode
De vouloir tout mettre à la mode.

Ainsi je signe, avec SÉGUIER,
Sur ce Point pieux CHANCELIER,
L’Arrêt du Conseil donné contre ;
Et qu’on sache, en cette rencontre,
Que je veux éviter le Sort
D’aller faire Naufrage au PORT.

-Les divertissements de cour :

Mardi, le Bal, la Comédie
Et la Chère et la Mélodie,
Continuèrent chez le ROI
De paraître en fort bel arroi.

Lettre du 10 décembre 1667, par Robinet.

-Représentation de la Cléopâtre de la Thorillière par la Troupe de Molière :

J’achève en trois mots, ou dans quatre,
En parlant de la CLÉOPÂTRE
Qui se joue, en pompeux arroi,
Par la propre Troupe du ROI.
C’est, sans doute, une belle Pièce,
Où l’on voit et force et justesse,
Et maints délicats traits de l’Art ;
Oui, toute flatterie à part,
Et son Auteur, la THORILLIÈRE,
En vaut louange singulière.

Mais, à tout dire comme il faut,
J’y trouve un notable défaut :
C’est le Défaut de la CABALE,
Avantageuse ou bien fatale
Aux Ouvrages les plus complets,
Selon ses bizarres Décrets,
À qui, mêmes les plus Habiles,
À la suivre un peu trop faciles,
Se laissent mener tous les jours,
Tout ainsi qu’on mène les Ours.

Lettre du 31 décembre 1667, par Robinet.

-Molière reprend ses représentations au Palais Royal :

APOSTILLE.

Samedi, notre auguste SIRE,
À qui tout bon heur je désire,
Toucha de ses royales Mains,
Quantité de tristes Humains,
Et, Dimanche, dans sa Paroisse, [Saint-Germain-l’Auxerrois.]
L’une des plus belles qu’on connaisse,
Ouit le jeune Saint-Laurens,
L’un des célèbres Doms Feuillants,
Qui, continuant ses merveilles,
L’enchanta par les deux oreilles.

Veux-tu, Lecteur, être ébaudi ?
Sois au Palais Royal, Mardi :
Molière, que l’on idolâtre,
Y remonte sur son Théâtre.

(Textes sélectionnés, saisis et commentés - sauf mention contraire - par David Chataignier à partir du Tome II (années 1666-67) de l'édition du Bon Nathan-James-Edouard de Rothschild et de Émile Picot des Continuateurs de Loret, 1881-1883, Paris, D. Morgand et C. Fatout éditeurs).




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