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Les spectacles et la vie de cour dans les Continuateurs de Loret en 1668


Cette page constitue une des composantes de la documentation sur LES SPECTACLES ET LA VIE DE COUR SELON LES GAZETIERS (1659-1674)

Lettre du 1er janvier 1668, par Robinet.

-La famille royale et ses plus illustres serviteurs sont à l'honneur dans ces bouts-rimés du premier jour de l'année :

AU ROI

Grand MONARQUE, qui fais tes plaisirs tu BIVOUAC,
L’Europe, l’Amérique, et l’Asie et l’AFRIQUE
Chantent tes Faits guerriers, je crois, même en MUSIQUE,
Et de tes Ennemis condamnent le MIC-MAC.

Tes Soldats, sur leur nez, vont prendre du TABAC,
Et morguer en tous lieux leur fière POLITIQUE,
Que tu réduis à bout par une autre Ru BRIQUE,
Qui les met dans la Flandre et Ab-hoc et AB-HAC.

Je les vois tous perdus, la chose est sans REMÈDE ;
Contre Toi leur Rodrigue est un franc GANIMÈDE,
Ou, pour le plus, sans doute, un Marquis à RÉBUS.

Quand tu voudras, chez Lui nous mangerons l’ESCLANCHE
Et nous y danserons, comme ici, le DIMANCHE,
Ou la Paix me rendra Prophète de BIBUS.

À LA REINE

MADAME, pour vos Droits, le ROI court au BIVOUAC
Et, pour les maintenir, il irait dans l’AFRIQUE
Faire de ses Canons entendre la MUSIQUE,
Et dissiper enfin tout injuste MIC-MAC.

S’il va, comme un Soldat, où fume le TABAC,
S’il est un grand Guerrier comme un grand POLITIQUE,
C’est afin d’appuyer de Thémis la Ru BRIQUE,
Que l’Espagne n’entend et qu’Ab-hoc et qu’AB-HAC.

Votre Bien autrement se perdait sans REMÈDE ;
L’Ibère nous croyait plus mols que GANIMÈDE,
Et nos Raisons chez lui passaient pour des RÉBUS.

Il présumait en Paix manger toujours l’ESCLANCHE,
Entendre en Castillant, le Sermon, le DIMANCHE,
Et prendre ainsi vos Droits pour des Droits de BIBUS.

À MONSEIGNEUR LE DAUPHIN

Vous avez l’air d’aimer quelque jour le BIVOUAC
Et d’en vouloir tâter, fût-ce même en AFRIQUE ;
Mais parlons à présent de Jeux et de MUSIQUE,
Et laissons-là de Mars le trop affreux MIC-MAC,

Vous ne sauriez encor bien souffrir le TABAC,
Non plus que vous montrez le front d’un POLITIQUE ;
L’Amour veut le premier vous montre sa Ru BRIQUE,
Et comme on met les Cœurs et Ab-hoc et AB-HAC.

Ah ! que j’en vois déjà de blessés sans REMÈDE,
Car vous êtes plus beau qu’Amour ni GANIMÈDE,
Et ce que je dis-là ne sont point des RÉBUS.

Mais, Monsieur PÉRIGNY, jour de Carpe ou d’ESCLANCHE,
Vous fait étudier, et même le DIMANCHE,
Et vous n’écoutez point leurs soupirs de BIBUS.

À MADAME DE FRANCE.

Vous ignorez encor ce que c’est que BIVOUAC,
Ce vous est un Pays inconnu que l’AFRIQUE,
Vos cris sont votre Note et meilleure MUSIQUE
Et vous ne sauriez faire intrigue ni MIC-MAC.

Mais, jusques aux Climats qui portent le TABAC,
Vous faîtes raisonner maint et maint POLITIQUE
Qui sur votre Avenir consume sa Ru BRIQUE,
Devinant en ce cas et ab-hoc et AB-HAC.

Maints Héros languiront pour Vous, sans nul REMÈDE ;
J’en vois deux néanmoins, plus beaux que GANIMÈDE,
Dignes de vos Appas, et ce n’est point RÉBUS.

Mais on a beau manger le Poulet et l’ESCLANCHE
Jusqu’au jour de l’Hymen, soit-ce Fête ou DIMANCHE ;
Vous êtes tous encor des Amants de BIBUS.

À MONSIEUR,

Comme au Bal, vous passez la nuit dans le BIVOUAC,
Et là vous paraissez un Héros de l’AFRIQUE ;
Du seul bruit des Béliers vous aimez la MUSIQUE,
Et vous ne vous plaisez qu’au Martial MIC-MAC ;

Vous courez la Tranchée, à l’odeur du TABAC,
Vous montrez tout l’air fier d’un grave POLITIQUE,
Vous bravez les Palais dans un Logis de BRIQUE,
Et ne vous nourrissez et qu’Ab-hoc et qu’AB-HAC ;

Vous volez aux Dangers où l’on meurt sans REMÈDE,
Vous rompez en visière à tout mol GANIMÈDE,
Et ne voulez ouïr ni Contes ni RÉBUS ;

À peine, en bon Bourgeois, vous tâtez d’une ESCLANCHE
Et prenez linge blanc le saint jour du DIMANCHE,
Et Dieu sait si je tiens des Discours de BIBUS !

À MADAME

Ayant rimé pour Vous tant de fois en BIVOUAC,
Jeune Divinité qui charmeriez l’AFRIQUE,
Agréez qu’en ce Jour, en pareille MUSIQUE,
J’étrenne vos Appas, sans fard et sans MIC-MAC.

Mais la Muse s’enfuit au seul mot de TABAC ;
En vain, pour l’arrêter, je mets ma POLITIQUE ;
Votre Nom n’est pas même une bonne Ru BRIQUE ;
Ainsi, je vais rimer et Ab-hoc et AB-HAC.

Je voudrais bien pourtant y trouver un REMÈDE,
J’en jure par les Dieux et par leur GANIMÈDE ;
Mais Phébus même ici n’aurait que des RÉBUS.

Car que pourrait-il dire à la Rime d’ESCLANCHE,
Lui qui n’en mange point, jour ouvriers ni DIMANCHE ?
Ah ! c’est vous étrenner en Rimes de BIBUS.

À MADEMOISELLE

L’Amour autour de Vous fait déjà le BIVOUAC
Pour garder vos Appas, prônez jusqu’en AFRIQUE,
Qui, feignant d’ignorer des soupirs la MUSIQUE,
Causeront dans les Cœurs un terrible MIC-MAC.

Ils sont déjà plus fiers d’un Mars fait au TABAC,
Ils se piquent déjà de fine POLITIQUE,
Ils entendent déjà du Monde la Ru BRIQUE,
Et, bref, tiennent leur Rang, non Ab-hoc et AB-HAC.

Les Héros, sous leurs coups, tomberont sans REMÈDE,
Et, fussent-ils encor plus beaux que GANIMÈDE,
Leurs tendres Oime passeront pour RÉBUS.

Plus heureux donc cent fois qui mange son ESCLANCHE,
Après la Promenade à Boulogne, un DIMANCHE,
Que vos Amants futurs, à soupirs de BIBUS.

AUX FILLES D’HONNEUR DE LA REINE ET DE MADAME

Vous n’êtes ni de cœur, ni de taille à BIVOUAC,
Et moins à terrasser les Monstres de l’AFRIQUE ;
On créa vos Appas pour le Bal, la MUSIQUE,
Et pour piper les cœurs par leur charmant MIC-MAC.

Pour vous plaire, l’Amour jamais ne prend TABAC,
Ni ne montre l’aspect d’un morne POLITIQUE ;
Toujours sur votre humeur, cet Enfant se fa BRIQUE
Et met, avecque vous, tout Ab-hoc et AB-HAC.

Ceux que vous voulez perdre, il les perd sans REMÈDE,
Et, fût-ce Adonis même, ou fût-ce GANIMÈDE,
Au gré de vos beaux yeux, il en fait des RÉBUS.

Tous vos Mets sont douillets, vous tâtez peu d’ESCLANCHE ;
Vous dansez, vous riez, jour ouvrable et DIMANCHE,
Et vos soucis enfin sont soucis de BIBUS.

AUX COURTISANS

Vous qui suivez LOUIS à Tranchée ou BIVOUAC,
Et qui, dessus ses Pas, marcheriez dans l’AFRIQUE,
Ainsi qu’à ses Ballets, où charme la MUSIQUE,
Courtisans, qui savez l’Intrigue et le MIC-MAC,

Et vous, rares Objets, Ennemis du TABAC,
Qui suivez, par amour et non par POLITIQUE,
THÉRÈSE, qui du Ciel sait la sainte Ru BRIQUE,
Et celle de Régner, non Ab-hoc et AB-HAC,

Soyez, cet An, exempts de tous Maux sans REMÈDE,
Vivez aussi contents que le beau GANIMÈDE,
Et pour vous divertir, sachez maints bons RÉBUS.

Ne mangez qu’Ortolans, au mépris de l’ESLCANCHE,
Masquez, dansez, riez, jour ouvrable et DIMANCHE :
Voilà mes Vœux pour Vous, sont-ce Vœux de BIBUS ?

AUX MINISTRES

Ministres d’un Héros, dont l’on craint le BIVOUAC
Jusques dedans l’Asie et jusques dans l’AFRIQUE,
Où le bruit se répand de sa fière MUSIQUE,
Soyez, pour le servir, unis et sans MIC-MAC.

Faites fleurir les Lys, même où croît le TABAC.
Jamais dessous le Ciel on n’a vu POLITIQUE
Dans un Emploi plus digne employer sa Ru BRIQUE
Et mettre avec ardeur tout Ab-hoc et AB-HAC.

Ainsi, jusqu’au Croissant, pourra choir sans REMÈDE,
Et nous supprimerons, avec son GANIMÈDE,
Le plaisant Alcoran, tout rempli de RÉBUS.

Quel plaisir ce serait de manger là l’ESCLANCHE
Et d’y faire chômer la Fête et le DIMANCHE,
En dépit de Mahom, Prophète de BIBUS !

Je ne prendrai pas le soin de me mettre en garde contre la Critique qu’on pourrait faire des douze Préfaces que j’ai mises de cette nature à la tête de mes lettres à MADAME, ni des dix Sonnets suivants, dont je viens à peu de frais, d’étrenner la Cour. Je sais bien ce qu’on en peut dire et ce que je pourrais y répondre, mais le jeu ne vaudrait pas la chandelle. Quoiqu’on ait trouvé quelques-uns de ces Préambules assez beaux, je déclare que je n’ai point prétendu faire assaut de Bouts-rimés avec ceux qui en ont ouvert la Carrière, ni avec les autres qui les y ont heureusement suivis. J’en laisse tout l’honneur à Messieurs de Bensérade, Têtu, Perrin, Marruc, Berthod, Yvelin, de Villiers, de Molière et quelques autres, et je leur proteste que mon dessein a seulement été de satisfaire à mon caprice.

Lettre du 7 janvier 1668, par Robinet.

-Après avoir évoqué la reprise sporadique de la guerre en Flandre, Robinet revient sur des divertissements de Cour :

Ce Jeudi-là, Veille des Rois,
Où l’on en voit de tout Minois,
Dont l’Empire est dans la Cuisine,
Et qui dans ce jour se termine,
On commença dans notre COUR,
Si brillant et pompeux Séjour,
De rappeler les Ris, la Danse
Et les Banquets pleins d’opulence,
Et l’on préluda par le Bal,
Après un Souper tout Royal ;
Mais, hier, ce fut autre chose,
Et, si ma Lettre n’était close,
Je vous en ferais le narré,
Qui ne vous sera différé
Que jusqu’à l’Octave prochaine,
Où, pour MADAME encor, je rouvrivai ma Veine.

Lettre du 14 janvier 1668, par Robinet.

-Nocret a fait un portrait de Madame :

Grande Princesse HENRIETTE-ANNE,
Plus éclatante que Diane,
Je vais, par un Destin bien doux,
Écrire aujourd’hui devant Vous
Et donner naissance à mes Charmes,
Grâces au célèbre NOCRET,
Qui m’a fait de votre Portrait
Un incomparable Régale,
Qu’aucun autre Présent n’égale,
Et que, pour moi, j’aime bien plus
Qu’un million de Jacobus.

Dieux ! que son illustre Peinture
Sait de près suivre la Nature !
On y croit voir vos propres Yeux ;
Oui, ceux-ci brillent ainsi qu’eux,
Et l’on y découvre une Bouche
Qui peut animer une Souche,
Et qui, certainement, sourit,
Comme la vôtre, avec esprit ;
Votre coloris, qu’on admire
Et qui des beaux Teints a l’empire,
Est copié si bien Ici,
Qu’on dirait de lui-même aussi ;
Vos cheveux, les plus beau du monde,
Qui (soit en Boucle, ou bien par Onde)
Sont autant de Liens d’Amour,
Y semblent plantés à l’entour
D’un Front poli comme l’ivoire
Et tout resplendissant de gloire,
Qui du vôtre est le vrai Pareil ;
Bref, on y voit l’air nonpareil
Qui marque que votre Origine
N’est pas moins que toute divine.
NOCRET ne vous y flatte point,
Mais, à parler franc sur ce Point,
ALTESSE d’un mérite extrême,
On jurerait que c’est vous-même ;
Et je crois devant vous ainsi
Faire la LETTRE que voici.

-Le Médecin malgré lui joué devant le Roi :

Chose promise est chose due,
PRINCESSE en tout si bien pourvue,
Et je débute en cet Écrit
Par le juste et charmant Récit
Des Fêtes et Galanteries
Qui se firent aux Tuileries
Le Jour que l’on consacre aux Rois,
Car je le promis l’autre fois.

Le cher MOLIÈRE, avec sa Troupe,
Qui mène pleine Joie en croupe,
Commença ces Ébats des mieux,
Jouant, d’un air un peu sérieux,
Son MÉDECIN bâti par force,
Qui donne la dernière entorse,
Même aux soucis les plus cuisants,
Par mille Rebus fort plaisants
Et des Traits de fine Satire,
Qui, ma foi, feraient aussi rire,
Le Corps Hippocratique entier
De se voir là si bien jouer.

Ensuite de ce gai Prélude,
LULLY, qui me tout son étude
À charmer notre puissant ROI,
Qui l’en paie aussi bien, je crois,
Fit, en faveur de ses Oreilles,
Son Concert rempli de merveilles,
Qu’à tant de fois ouï la COUR
Dans les Grottes du beau Séjour
Nommé le Château de Versaille[s],
Où quelques fois j’ai fait ripaille.

À la fin de ce grand Concert,
Lequel après ample Dessert
Eût encor mieux valu, sans doute,
L’Intestin, pour lors à l’écoute,
En attendant qu’il fût minuit,
Eut, à son tour, son cher Déduit,
A de vrai Tables de Luculle,
Ou que je brûle comme Hercule ;
Car on ne vit au grand jamais
Si belle quantité de Mets,
Beaucoup plus friands que solides,
Servis par hautes Pyramides,
Ni tant de Vins et de Liqueurs,
Qui de plaisirs comblent les cœurs,
Ni même tant de Politesse,
Ni de Pompe, ni de Richesse,
Car ce Convive si charmant
Se faisait dans l’Appartement
De notre PORTE-DIADÈME,
Plus brillant que l’Olympe même.
Au reste, outre ces deux Beautés,
Qui semblent deux Divinités,
À savoir la REINE et MADAME,
Si parfaites de Corps et d’Âme,
Plusieurs autres mignons Objets
Firent agir leurs rouges Becs,
De la belle et bonne manière,
Dedans cette Chère plénière ;
Puis chacun fut chercher son Lit,
Et par là finit mon Récit.

Le lendemain, les Allégresses
Passèrent chez les deux ALTESSES
Qui font un Couple si charmant
Et sont de ma Clion l’Aimant.
L’Assemblée y fut très nombreuse,
Et, bien loin d’être ténébreuse,
Rien ne peut être sous les Cieux
Plus brillants et plus radieux.
Outre les Miroirs et les Lustres,
Et l’Argent poli des Balustres
Qui des Flambeaux, en quantité,
Redoublaient partout la clarté ;
Outre, dis-je, la Pierrerie,
Qui semblait en Astres fleurie
Dessus l’Étoffe des Habits,
Dont pas un n’était de Tabis,
Grand nombre de jeunes Aurores
Et de fraîches et lestes Flores
Y semaient mille et mille Feux
De la Sphère de leurs beaux Yeux,
Sans compter ceux de la DÉESSE
Pour qui je fais rouler la Presse,
Lesquels, comme les nonpareils,
Semblaient là deux petits Soleils,
Dont les Clartés supérieures,
Régentaient avecque raison
Sur cette lucide Horizon.
Or, illec, l’un et l’autre Sexe,
Dont le Féminin l’autre vexe,
Des mieux, dit-on, escarpina [sic]
Et même collationna
De rares Fruits et Confitures,
Et d’autres exquises Pâtures,
De manière que ce Bal-là
A miracle, sans doute alla.

Deux jours devant, en ce Lieu même,
Où jamais presque on ne se chême [sic],
Car tout y plaît et tout y rit,
Un rare Concert on ouït
De Clavecin, Théorbe et Viole,
Que jusques au Ciel on extole [sic].
Les Amphions qui les touchaient
Aussi de grands Maîtres étaient ;
C’est MÉLITON, GARNIER, le MOINE
Et RICHARD, Personnage idoine
À toucher l’Orgue, de façon
Que de Lui chacun prend leçon,
Et qu’il n’est Luth, Mandore, ou Lyre,
Sans flatterie on le peut dire,
Qui fasse de plus doux Accords
Qu’en fait, sous ses Doigts, ce grand corps ;
D’où vient qu’en l’Église Saint Jacques,
Sans attendre Noël ni Pâques,
Il se fait quasi tous les jours,
Pour l’ouïr, un fameux Concours,
Des plus Grands même, en Conscience :
Témoin m’est PHILIPPE DE FRANCE
Et sa digne HENRIETTE aussi,
Qui, pleins pour lui d’un beau souci,
Ont été prêter leurs Oreilles
À ses merveilles sans pareilles.

-Un nouvel Immortel :

Naguère, en notre ACADÉMIE,
Des Lettres la Savant Amie,
Dont Monseigneur SÉGUIER est Chef
(Que Dieu gard’ du final Méchef !),
D’ANJAU, ce Courtisan illustre, [Maître de Camp du Régiment Royal]
Qui se couvre d’un si beau lustre [et Gouverneur de Touraine.]
Par son Esprit et par son Cœur,
Fut reçu de belle hauteur,
Ayant fait à la Compagnie
Connaître son rare Génie
Par un Discours si délicat
Qu’il valait un Mont d’ir ducat.
Le DIRECTEUR, grand Personnage,
Et le Salomon de notre Âge, [Le Président Salomon.]
Éloquemment y répartit,
Et dit très bien tout ce qu’il dit,
Quoique sans Phrases et sans Verbes
Des Salomoniques [sic] Proverbes ;
Si que de tous ses Auditeurs
Il se fit des Admirateurs.

Lettre du 21 janvier 1668.

-Représentation d’Amphitryon devant le roi :

En cette Saison, peu sacrée,
Mais toute aux Plaisirs consacrée,
Les Divertissements de Cour
S’y recommencent chaque jour.
Lundi, chez le nonpareil SIRE,
Digne d’étendre son Empire
Dessus toutes les Nations,
On vit les deux AMPHITRYONS,
Ou, si l’on veut, les deux SOSIES,
Qu’on trouve dans les Poésies
Du feu sieur Plaute, franc Latin,
Et que, dans un Français très fin,
Son digne Successeur, MOLIÈRE,
A travesti d’une manière
À faire ébaudir les Esprits,
Durant longtemps, de tout Paris.
Car, depuis un fort beau Prologue,
Qui s’y fait par un Dialogue
De Mercure avecque la Nuit,
Jusqu’à la fin de ce Déduit,
L’aimable enjouement du Comique
Et les beautés de l’Héroïque,
Les Intrigues, les Passions
Et, bref, les Décorations,
Avec des Machines volantes,
Plus que des Astres éclatantes,
Font un Spectacle si charmant
Que j ne doute nullement
Que l’on n’y courre en foule extrême,
Bien par delà la mi-Carême.

Je n’ai rien touché des Acteurs,
Mais je vous avertis, Lecteurs,
Qu’ils sont en conche très superbe
(Je puis user de cet Adverbe)
Et que chacun de son Rôlet,
Soit sérieux, ou soit follet,
S’acquitte de la bonne sorte ;
Surtout, ou qu’Astarot m’emporte,
Vous y verrez certaine NUIT
Fort propre à l’amoureux Déduit,
Et de même certaine Alcmène ,
Ou bien sa Remembrance humaine,
Qui vaudrait bien, sans en douter,
Qu’un Remembrant de Jupiter,
Plein de ce feu qui le cœur brûle,
Lui fît un Remembrant d’Hercule.

-Le Palais Royal est en fête :

Le lendemain, se fit un Bal
Dedans le beau Palais Royal,
Non à Huis clos, mais Porte ouverte,
Où mainte et mainte Troupe alerte,
Vint en Masque, en tant de façons,
Que Callot, dans ses Visions,
Gravant, de son Burin idoine,
La Tentation de Saint Antoine,
A moins fait de divers Portraits
De tous les Diables les plus laids,
Qui furent, d’une humeur fantasque,
Dans son Désert lui faire frasque.
Or, entre ces divers Fredons,
Dont peu portaient des Espadons,
On en vit un, de tous le Maître,
Et qu’on put aisément connaître,
Malgré tout vain Déguisement,
Fredon tout Royal et charmant,
Que nos TÊTES à DIADÈMES
Composaient vraiment Elles-mêmes,
Avecque plusieurs de leur Cour,
Tant en riche que simple Atour.

Le ROI, comme maint le proteste,
En Persan, avait une Veste
De qui les enrichissements
N’étaient que de purs Diamants.
La REINE, en Sarmate charmante,
En avait une autre éclatante,
Avec des Parements exquis
De Martres d’élite et de prix :
Et six Paysannes gentilles,
Toutes des meilleures Familles, [Les Filles d’honneur.]
Avec des Habits de brocart,
La suivaient d’un pas frétillard.
L’Amazone, MADEMOISELLE,
Aussi grande qu’une Immortelle,
Parut là, dans un Port plus qu’humain,
Sous un Accoutrement Romain.
Cet autre aimable et jeune Altesse,
Savoir Madame la DUCHESSE,
De Palatine Extraction,
Attirait les Yeux, ce dit-on,
D’un chacun dessus sa Personne,
Aussi brillante que pouponne.
Un jeune AVOCAT la suivait, [Monsieur le Duc.]
Que fort versé l’on tient au Droit,
Et qui, par un très digne zèle,
Ne le pratique que pour Elle.

La DUCHESSE, aussi, de BOUILLON,
D’Âme et de Corps Objet mignon,
Et qui fut, dès son plus bas âge,
Si spirituelle et si sage,
S’y fit admirer, sans mentir,
Sachant des mieux se travestir ;
Et le vaillant PRINCE, son Homme,
Pour vous dire la chose en somme,
Avec le Comte et Chevalier, [Le Comte d’Auvergne et le Chevalier de Bouillon.]
Faisait un Momon singulier.
Notre DUCHESSE de CHEVREUSE,
EN Père et Mari bienheureuse,
Et qui, d’ailleurs, ne manque pas
D’Écus, de Vertus et d’Appas,
Et son ÉPOUX, lequel l’adore,
Furent de l’Assemblée encore :
Mais j’ignore certainement
Quel était leur Déguisement.
La noble et charmante SOUBISE,
À qui mainte et mainte Franchise
Est, je pense, offerte en Tribut,
Beaucoup à tout le monde y plût ;
Et point menteurs ne sont mes Carmes,
Car elle a pour plaire maints charmes.
La sage INFANTE de TOUSSI
Ne ravit pas coussi coussi,
Et, dès qu’elle eut levé le Casque
(Non, je voulais dire le Masque),
Chacun, et de loin et de près,
Se recréa sur ses Attraits.
La brune COMTESSE de GUICHE,
À qui Nature fut peu chiche
De ce qui des Cœurs est l’Aimant,
Y parut fort, pareillement.

Mais cette Liste il faut conclure,
Pour abréger mon Écriture,
Sans oublier, nenni, nenni,
Ou que de tous je sois honni,
Cette BRESSIENNE admirable,
Qu’on trouva là presque adorable,
Ayant jusques par sus les yeux
Des aimables Présents des Cieux,
Avec une charmante Gorge,
Où des mieux l’Amour fait son orge.
Et SÉVIGNY, bref, est le Nom
De cette Beauté de Renom.

Dans le PALAIS des TUILERIES,
Lieu des fines Galanteries,
Le lendemain, le CARNAVAL,
Représenté par d’ESTIVAL,
Avec une nombreuse Suite
De Musiciens, tous d’Élite,
À ravir divertit la Cour,
Par un gai Ballet, à son tour.
Il consistait en sept Entrées,
Qui furent fort considérées,
Mais surtout une, des Plaisirs
Qui flattent les jeunes Désirs,
Où paraissait leur Source même
Dans le GRAND PORTE DIADÈME,
Puisque c’est aux soins glorieux
De ce plus puissant Fils des Dieux
Qu’on doit notre Heur et notre Joie,
Et ces beaux Jours filés de soie.

Une, de Masques non follets,
[Le Roi, les Comtes d’Armagnac et de Vaudemont, les Marquis de Villeroy et de Rassan.]
Mais sérieux et des mieux faits,
Pleins de Bravoure et Braverie,
Conduits par la GALANTERIE, [La Galanterie représentée]
Merveilleusement aussi plût, [par Mademoiselle Hilaire.]
Et chacun volontiers dit chût
Lorsque cette aimable Déesse,
Avec une voix charmeresse,
Ses dignes Maximes chanta,
Par qui l’Oreille elle enchanta
Tant de Mâles que des Femelles,
Qui, certes, les trouvèrent belles.
Si vous désirez les savoir,
Vous pourrez aisément les voir
Dans le Cahier ou petit Livre
Qui se vend, je pense, une livre
Chez l’Imprimeur du Roi, BALLARD.
Où vous verrez, de part en part,
Le reste de la Mascarade
Et les beaux Vers de BENSÉRADE,
Qui, des Muses favorisé,
Fait toujours miracle, à son gré.

Lettre du 28 janvier 1668, par Robinet.

-En Flandre, la Faculté progresse... :

LA TRANSFUSION DE SANG.

De FLANDRE on m’écrit fraîchement
Un merveilleux Événement,
Qui convaincra les Incrédules
(Ou bien, sinon, leurs fièvres mules !)
Sur la TRANSFUSION DU SANG,
Car, comme on sait, chacun se rend
Aux Preuves de l’Expérience
Dans toute sorte de Science.

Un certain Penard, tout cassé
Et tout près d’être fricassé
Par la camuse et laide Parque
Qui de Caron peuple la Barque,
Ayant ouï parler, dit-on,
De ladite Transfusion,
Consent qu’un essai l’on en fasse
En sa pâle et sèche carcasse,
Ne hasardant, en un tel coup,
Presque rien, pour gagner beaucoup.

La FACULTE de MÉDECINE,
Laissant donc et Casse et Racine,
Tire quatorze onces du sang
D’un jeune Mouton, noir ou blanc,
Et tout chaudement vous l’infuse,
Ou, pour mieux dire, le transfuse
Dans les veines de ce Vieillard,
Dont aussi, raillerie à part,
On avait, dedans des Palettes,
Tiré quatorze onces complètes.
Or, ce bon Homme mutilé
En paraît tout ravitaillé ;
Son teint peu à peu se colore,
Comme au Printemps celui de Flore,
Ses yeux redeviennent brillants ;
En la place des cheveux blancs
Il pousse une perruque blonde,
Ainsi qu’au grand Fallot du Monde ;
Ses dents, bonnes à marmonner,
Alors qu’il soulait rognoner,
Ou bien dire ses Patenôtres,
Quittent les gencives à d’autres,
Qui croissent sans aucun travail,
Comme nacre dans du corail ;
Bref, tous ses Membres rajeunissent
Et tout faiblesse bannissent,
Si bien qu’on le voit frais et beau
Tout comme un jeune Jouvenceau,
Et qu’il fourrage les Pucelles
Dans ses Flammes toutes nouvelles.
Hé bien ! si ce n’est Fiction,
Dites-moi, les Transfusion,
Qui fait telle Métamorphose,
N’est-elle pas quelque grand chose,
Et, Disciples de Saint-Thomas,
Pourrez-vous bien n’y croire pas ?

Voilà, certe [sic], une belle Épreuve
Et qui sert d’authentique preuve
Pour convertir le sieur LAMY,
Qui s’est déclaré l’Ennemi
De cette Merveille admirable,
Et qui n’est, je crois, comparable,
Dans ses effets miraculeux,
Qu’à ces Remèdes fabuleux
Dont se servit jadis Médée,
De ses Enchantements aidée,
Au rapport du Poète Nason,
Pour rajeunir le vieil Æson,
J’ai bien voulu dans mon Épître
Enclaver aussi ce Chapitre
En faveur de Monsieur DENIS
(Dont de Dieu les soins soient bénis !)
Contre son susdit Adversaire,
Qui dit quasi lère, lanlère,
Par bonnes ou males raisons,
Des surprenantes guérisons
Qu’il a, par ce beau secret, faites,
De Créatures et de Bêtes.

Pourtant, quoique j’aie à l’abord
Fait paraître quelque Transport
En souhaitant les fièvres mules
À tous les Esprits incrédules,
Je ne prétends aucunement
Forcer d’aucun le sentiment,
Et tout ce que je viens d’écrire,
Si l’on veut, n’est rien que pour rire.

-Nouvelles littéraires en apostille :

APOSTILLE :

RIBOU de ce me requérant, [à l’image S. Louis, devant la Ste Chapelle.]
J’avertis que dans sa Boutique,
Où l’on vent maint Livre authentique,
Il va, depuis peu, délivrant
La PASTORALE DE DÉLIE,
Que l’on a trouvé si jolie,
La VEUVE À LA MODE, et GODARD.
Pour divertir Mélancolie,
Allez les acheter, Lecteur, plutôt que tard,
Et, si vous y manquez, vous ferez grand’ folie.

Lettre du 11 février 1668, par Robinet.

-Retour sur le tableau de Nocret :

Merveilleux et charmant Portrait,
Fameux Ouvrage de NOCRET,
Par qui, comme d’un autre Appelle,
Sa gloire doit être immortelle,
Votre divin ORIGINAL
A, Samedi, donné le Bal,
Dans sa Magnifique Antichambre,
Où l’on ne sent que musc et qu’ambre.
Entre les aimables Objets,
Dont force Cœurs sont les Sujets,
Qu’une Maréchale et Duchesse,
Dame d’Honneur de Son ALTESSE, [Madame la Duchesse du Plessis.]
Et, bref, un Trésor de bontés,
Avait de sa part invités,
On m’a nommé MADEMOISELLE,
D’une prestance auguste et belle,
La jeune PRINCESSE D’HARCOURT,
Qui pare des mieux notre Cour,
La triomphante de SOUBISE,
Qu’un Cœur craint plus que vent de Bise,
Les COASQUIN et CASTELNAUT,
Qui savent ravir comme il faut,
Et SÉVIGNY, de qui la Gorge
De charmes amoureux regorge,
Ainsi que sa Bouche et ses Yeux
Sont les Sources de mille vœux.
Outre ces illustres Personnes,
On vit plusieurs autres Mignonnes
Illec piaffer et briller :
Mais, là ! je n’en saurais parler,
Faute de Relateurs fidèles,
Pour savoir le nom de ces Belles,
Je me ressouviens, toutefois,
A bien supputer par mes doigts,
De deux qu’on m’a dites encore ;
Oui, oui, je me les remémore
Et je ne les oublierai pas :
C’est du LUDRE, dont les Appas,
Depuis les pieds jusqu’à la tête,
Sont assurés de leur Conquête,
Et de FIENNE, qui, Dieu merci,
N’en manque nullement aussi,
Et ce sont deux des quatre Grâces
Qui marchent sur toutes les Traces
De celle qu’ô charmant Portrait,
Vous représentez Trait pour Trait.

Or sa belle ALTESSE ROYALE,
Qui nulle part n’a son égale
En beautés d’esprit et de corps,
Qui font en Elle des accords
Tous merveilleux et tous célestes,
Effaçait les Dames plus lestes
Par ses éclatants Ornements
De Perles et de Diamants,
Ainsi que par ses propres Charmes,
Qui sont les plus fatales Armes
Dont l’Amour se puisse servir
Pour les Libertés asservir.
Comme cette PRINCESSE Illustre
Se mettait dedans ce grand lustre,
J’eus l’heur extrême de la voir,
Et j’en parle pour le savoir.
MONSIEUR, heureux de belle sorte,
D’avoir une telle CONSORTE,
Était aussi là, si galant
Et, de pied en cap, si brillant,
Qu’avec ses grâces naturelles
Il enchantait toutes les Belles
Qui, dans ce bel Extérieur,
L’appelaient le CHARMANT MONSIEUR.
Mais, changeant bientôt d’équipage,
Aussi bien comme de visage,
Il s’en va, par ses Faits vaillants,
Effrayer tous les Catalans ;
Et, de l’air qu’en cette Carrière
Agira sa Vertu Guerrière,
Il s’en fera, dans leur frayeur,
Nommer le TERRIBLE MONSIEUR.

Au surplus, comme cette Fête,
Sur qui si longtemps je m’arrête,
Se faisait, d’un à l’autre bout,
Pour Mr LE DUC DE MONTMOUTH,
Dont quatre lustres font tout l’âge,
Ce jeune Prince, bien fait, sage
Et plein de bravoure et d’esprit
(C’est ce que tout le Monde en dit),
Y parut de noble manière,
Et, d’une grâce singulière,
Qui ravit, surprit, étonna,
MADAME, sa Tante, mena,
Qui, comme en tout la nompareille,
Figure des Pas à merveille.
Pour le reste des Baladins,
Bien frisés, poudrés et blondins,
On n’en compta pas six à peine,
Outre le charmant de LORRAINE [Le Chevalier.]
Et l’allègre DUC de ROHAN,
Qui danse sans aucun hahan,
Des Courtisans la Foule entière,
Par Émulation guerrière,
Ayant suivi le POTENTAT
Qui, pour l’honneur de son État,
Faisant aux Plaisirs banqueroute,
Du Camp de Mars a pris la route.

Ce ROI qui, semblable au Soleil,
Ne saurait trouver son Pareil,
Dans tout l’Univers, sur le Trône,
Devait arriver dans Aussone,
Jeudi dernier, soir ou matin,
Et c’est tout ce que de certain
La Muse aujourd’hui vous peut dire
De cet incomparable SIRE.

-Amphitryon est joué devant Monsieur et Madame :

Je dois encor, par un Chapitre,
Remarquer dans la mienne Épître
Que MONSIEUR le DUC de MONTMOUTH,
Allant aux Spectacles partout
Avecque MONSIEUR et MADAME,
Qu’unit une céleste Trame,
A vu celui d’AMPHITRION,
Qui remplit d’admiration
Et nous fait rire tant que terre,
Comme aussi le FESTIN DE PIERRE
Des grands Acteurs Ausoniens,
Ce qui veut dire Italiens,
Qui, pour toutes malades Rates,
Sont de merveilleux Hippocrates.

-Laodice, de Thomas Corneille :

J’ai vu LAODICE à l’HÔTEL,
Pièce d’un habile Mortel,
Savoir du CADET des CORNEILLES,
De qui les admirables Veilles
Ont, vraiment, toujours mérité
Sur la Scène le PLAUDITE.
Or, foi d’Écrivain véridique,
On voit dans ce grand Dramatique,
Selon mon petit sentiment,
Ce que les Gens de jugement
Cherchent dedans la Tragédie.
On n’y voit point de rapsodie,
Ni de ces faux petits Brillants
Dont on éblouit le bon Sens ;
On y voit sujet et conduite ;
Tout est bien lié dans la Suite ;
Les Caractères sont divers,
Et ce qu’on doit nommer beaux Vers
Se rencontre dans ce Poème,
Digne ainsi d’une gloire extrême.

Pour ce qui touche les Acteurs,
Sans que mes Vers soient des flatteurs,
Ils font tous, à leur ordinaire,
Ce qu’il faut pour charmer et plaire,
Et Messieurs les Gens de Paris
Savent fort bien ce que je dis,
Sans que par serment je l’atteste.
Passons donc promptement au reste.

-Une historiette qui rappelle des intrigues moliéresques :

LE MARI MALGRÉ LUI ET QUI NE PENSE PAS L’ÊTRE.

Trois Mariages, ce dit-on,
Se sont faits au Pays Breton,
Qui valent bien un autre Conte ;
Il faut que je vous les raconte.

Une VEUVE, en ses Revenus
Comptant plus d’Appas que d’Écus,
Et cherchant quelque riche Dupe
Qui voulut donner dans sa Jupe
En vertu du grand Sacrement,
A produit cet Événement.

Deux Dames, de ses Confidentes,
Dans ses intérêts fort ardentes,
Pour Elle jetèrent les yeux
Sur un TEL, digne de ses Vœux
Et, qui relevant son Étage,
Pouvait la rendre Dame à Page.

Or, pour consommer le Dessein
Qu’elle couvaient sous leur beau sein,
Comme il voyait souvent ces Dames,
Qui sont deux très honnêtes Femmes,
À cette belle Intrigue près,
Et vous l’apprendrez par leurs Faits,
Elles lient une Partie,
Amoureusement assortie,
De la Veuve et dudit Quidam,
Qui, je pense, se nomme Adam,
Et de deux autres Personnages,
Comme elles honnêtes et sages.
Ils vont donc, pour quatre ou cinq jours,
En un village des Contours,
Et là, s’étant un peu coiffées,
L’une des Intrigantes Fées,
Ayant même le verre en main,
Rempli d’un délicieux vin,
Tînt aux autres ce beau langage,
Entre la Poire et le Fromage :
« Pour rendre nos plaisirs plus doux,
» Nous voilà six, marions nous
» Et, nous donnant pleine carrière,
» Sus, faisons la Débauche entière.
» Ce ne sera qu’honnêtement
» Si c’est au nom du Sacrement,
» Et nos Époux, sachant l’Affaire,
» Ne sauraient s’en mettre en colère,
» Car ainsi, du moins je le crois,
» La Corne devient un Saint Bois. »
Sa Compagne approuve son dire
Et chacun y veut bien souscrire,
Notamment le QUIDAM susdit,
Pensant s’ébaudir à crédit
Avec la VEUVE jeune et belle,
Et même presque encore Pucelle.

Aussitôt dit, aussitôt fait,
Car, dès le fin Poitron Jaquet,
Un jour ouvrier ou Dimanche,
Ayant le Prêtre dans leur manche,
Ils sont joints par le CONJUNGO,
Et puis eux-mêmes, à gogo,
Se joignent, en forme commune,
Chacun avecque sa chacune,
Et, se donnant le Bal d’Amour
Plus d’une nuit et plus d’un jour,
Dansent, non des Branles d’Espagne,
Ains les beaux Branles de Bretagne.
Mais, après l’amoureux Déduit,
Le Revers de Médaille suit.
Sans respect des Cornes sacrées
Qui devraient être révérées,
Les Maris, prenant dans leur cœur
La Gaillardise au point d’Honneur,
En recherchent à tout outrance
Chez Dame Thémis la vengeance,
Et même Monsieur le QUIDAM,
Qui se voit pris, las ! à son dam,
Demande, avec grand Préambule,
Que son CONJUNGO l’on annule ;
Mais on lui repart sur cela
Que SOLUTUS cum SOLUTA,
Qu’Homme libre avec Femme livre
Fait un Hymen de bon Calibre.
Quand davantage j’en saurai,
De l’écrire je ne faudrai.

Lettre du 18 février 1668, par Robinet.

-En cette période précédent le Carême, les divertissements sont nombreux et Laodice du jeune Corneille continue de faire merveille :

Samedi, dans son Domicile,
Le plus Royal de cette Ville,
Le concours des Beautés fut grand,
Et des Beautés du plus haut Rang,
Car j’y vis jusqu’à des Duchesses
Et même jusqu’à des Princesses,
Or, tous ces Objets ravissants
Et dessus les Cœurs si puissants
Exposaient tant de rares Choses,
De leur jeune Printemps écloses,
Soit sur leurs Teints polis et frais,
Qui, comme on dit, faisaient Flores,
Soit dans leurs Yeux et sur leurs Bouches,
Qui pourraient animer des Souches,
Soit sur leur Épaules, enfin,
Qu’elles montraient au lieu du Sein,
Qui, dans sa double ronde Forme,
Murmure de cette réforme,
Que l’on eût dit que les Amours
Tenaient, en ce Lieu, leurs Grands Jours.
Mais, à la honte de leur Mère,
Qu’on adore en Chypre et Cythère,
L’ALTESSE ROYALE, à bon Droit,
Par mille Appas y présidait.

Comme toujours, la Comédie,
Quoi que Monsieur le Prêcheur die,
Est l’un des Divertissements
Que l’on trouve les plus charmants.
Le POÈME de LAODICE,
Qu’il faut, je crois qu’on applaudisse
Pour tous ses agréments divers,
Si l’on a le Goût de travers,
Parut là comme dans son lustre ;
Et, quoiqu’il soit beau jusqu’au bout,
On admira pourtant surtout
La Catastrophe nonpareille,
Car c’est vraiment une merveille.

Pour les Acteurs, ils firent là,
A l’envi le MIRABILIA ;
FLORIDOR, y faisait Oronte,
Montra qu’aucun ne le surmonte
Dedans les Rôles des Héros
Et qu’il y mérite un grand los ;

DES ŒILLETS, cette rare Actrice
Qui représente Laodice,
Contraignit chacun d’avouer
Que l’on ne saurait mieux jouer ;
DENNEHAUT, malgré sa Grossesse,
Y fit des mieux une Princesse,
Et même avecque les Appas
Valant bien qu’on n’en fasse cas ;
La FLEUR, qui, d’assez bonne grâce,
Présentement remplit la Place
Du rare défunt MONTFLEURY,
Qui fut un Acteur si fleuri,
Y parut vraiment un grand Homme
Dans son Ambassade de Rome ;
Bref, de HAUTEROCHE et BRÉCOURT,
Car enfin il faut trancher court,
Faisant les Rôles de deux Princes,
Qui ne sont pas des Rôles minces,
Firent faire ce Jugement
Qu’ils les jouaient très justement.

Un Personnage, des plus dignes,
M’a fait savoir en peu de lignes,
Mais obligeantes tout à fait,
Qu’au Catalogue que j’ai fait
De ceux et celles qui dansèrent
Et par leurs Pas se signalèrent
Au grand Bal de dernièrement,
Je dois, pour nouvel Ornement,
Ajouter, ainsi que j’ajoute,
Sans que grandement il m’en coûte,
Je jeune et beau DUC DE MERCŒUR,
Avec le CHEVALIER son FRÈRE,
Charmant comme l’était sa Mère ;
Car ces deux mignons Baladins,
Qui deviendront grands Paladins,
En ce Bal firent des merveilles
Et, par leurs grâces nonpareilles
Piquèrent en cœur des Dondons,
Ainsi que de beau Cupidons.

THÉRÈSE, la Perle des Reines
Et l’exemple des Souveraines,
Tenant sa Cour à Saint-Germain
(J’ai su ceci de bonne Main),
L’y traita, sur Nappe fort blanche,
D’une noble façon, Dimanche ;
Et cette belle MAJESTÉ
Fit ce Régale, en vérité,
Comme Elle est en grâces féconde,
D’une grâce aussi sans seconde.

L’auguste et grande MONTPENSIER,
D’un mérite si singulier
Et de Dombes la Souveraine,
Primant illec après la REINE,
La festina, le jour d’après,
Avec de merveilleux Apprêts,
Car justement elle se pique
D’être une ALTESSE magnifique,
Ayant autant de Revenus
Que d’Appas et que de Vertus.

Comme, en la Saison Carnavale,
Partout du Bal on se régale,
J’ai su de l’un de mes Amis
Qu’auprès le Palais de Thémis
Il s’en est fait un très notable
En faveur d’un Objet aimable
Auquel un Abbé, des plus blonds,
Donnait galamment les Violons ;
Car les Abbés, ainsi que d’autres,
Quittant Bréviaire et Patenôtres,
S’érigent parfois, à leur tour,
En Galants de Ville ou de Cour.

Outre la Reine Baladine,
Soit brune, ou châtaigne, ou blondine,
On y vit nombre de Beautés,
Reine aussi des Libertés ;
Entre autres, certaine LEUVILLE,
Qui fait grand fracas dans la Ville,
Une Cadette de LONGUEIL,
Ayant belle voix et bel œil,
Et bref, deux autres Demoiselles
Dont les Crystalines Prunelles
Savent aux Cœurs donner des Lois,
Qui sont GOTELIER et DONGOIS.
Mais mon Bref ne vaut pas un zeste,
Car une autre Beauté me reste,
Qu’il faut nommer auparavant,
Qui, certe, est un Soleil Levant
Et cent fois plus aimable encore
Que celui qui produit l’Aurore,
Une Recueil de Charmes puissants,
Qui comble d’aise tous les Sens,
Enfin, une jeune Merveille
Qui met fort la Puce à l’Oreille
À maint et maint Adorateur,
L’un de l’autre Compétiteur.
Et son Nom... Mais qu’allais-je faire ?
Cet Heureux Nom, je le dois taire,
Je l’ai promis à ses Appas.
Hé bien donc, ne le disons pas ;
Mais ajoutons qu’un Apathique,
ID EST Insensible et Stoïque,
Qui, ce dit-on, rarement rit,
Demeurant où ce Bal se fit,
De crainte d’être de la Fête,
De la Maison gagna le Faîte,
Et là, traitant dans son courroux,
Les Carnavalistes de Fous,
Comme il sait galamment médire,
Vous les sangla d’une Satyre,
Où mêmes il n’épargna pas
Les susdits Objets pleins d’Appas.

-Retour sur les nouvelles médicales précédemment narrées : la Faculté a-t-elle vraiment progressé en Flandre ?

SUITE DE LA TRANSFUSION.

Comme Messieurs les Transfusistes [sic],
Aussi bien que les Circulistes [sic],
Font des Épreuves tous les jours,
Pour essayer de donner cours
À leur Médecine nouvelle,
En voici, me semble, une belle,
Et qui vaut bien vous la noter :
Daignez la lire ou l’écouter.
Une Dame de cette Ville,
Ayant dedans son Domicile
Certain Valet d’Esprit tourné,
Aux Petits-Logis condamné,
Ils ont, suivant leur industrie,
Pour corriger l’Intempérie
Qu’ils remarquaient en son Cerveau,
Fait transfuser le sang d’un Veau,
À rafraîchir tout à fait propre,
En la place de son Sang propre.
Cet Insensé n’en est pas mort,
Et qui le dirait aurait tort ;
Mais, aussi, le vrai de la chose
Est que nulle métamorphose
N’a paru dans son Sens gâté,
Ainsi qu’on me l’a rapporté.

Quelques-uns disent, au contraire,
Que ce pauvre et malheureux Hère,
Étant plus Idiot depuis,
Ressemble à ces Veaux ébahis
Qui, sortant des flancs de leur Mère,
Ébaubis de voir la Lumière,
Éparpillent, tout de leur mieux,
Leurs grand' oreilles et gros yeux.

Mais peut-être est-ce une Satire
Que font des Gens qui veulent rire,
Et qu’il vaut mieux, comme je crois,
N’y pas donner entière foi.

Lettre du 25 février 1668, par Robinet.

-La Faculté, par deux fois dans cette lettre, fait de nouveau parler d’elle : d'abord pour une question de "diététique", un point débattu de manière purement théorique. Ainsi :

Les grands Successeurs d’Hippocrate,
Sans lesquels mon Foie et ma Rate,
Et tout le petit Résidu
Que contient mon Individu
Est en assez bonne posture,
Grâces à Madame Nature ;
Ces Intendants de la Santé
Ont ces derniers jours agité,
En leur École si savante,
Une Question importante,
Savoir si l’usage des Fruits,
Nouveaux ou vieux, ou crus ou cuits,
Est un usage salutaire,
Comme quelques-uns le font craire [sic].
Votre Esculape, Docte à plein,
L’illustre Monsieur YVELIN,
Présidait à la belle Thèse,
En Chaire ou Fauteuil, à son aise,
Et, même, à ravir harangua,
Car icelui bonne langue a
Pour parler sur la Médecine.
Cette Thèse toute Latine,
Hors les mots Grecs, sentencieux,
Qui sont semés en divers Lieux,
Est, sur la Matière Fruitière,
De Raisons une Pépinière,
Pleines de curiosité
Ainsi que de solidité,
Pour montrer enfin le Bec-jaune,
Aux grands Partisans de Pomone,
Et les faire apothéoser [sic],
C’est-à-dire diviniser,
De la ridicule Méthode
Que l’on apothéosa [sic] CLAUDE, [L’Empereur.]
Qui, de la Citrouille glouton,
Mourut encitrouillé [sic], dit-on.
Leurs raisons point je ne discute,
Et je laisse entre eux la Dispute ;
Mais l’Aventure de Jadis,
Dans le Terrestre Paradis,
Nous montre que, du moins, la Pomme
Nuit tant à la Femme qu’à l’Homme.

-Pendant ce temps, loin de la théorie, l'expérience "transfusionnelle" s'est finalement révélée être le plus complet fiasco :

Mais, à propos de ce sujet,
À peine, Lecteur, eus-je fait
Mon Écrit de l’autre Semaine
Et barré ma rimeuse Veine,
Que des Gens très dignes de Foi
Me vinrent assurer, chez moi,
Que le Fou dont mon Écritoire
Avait au long narré l’Histoire
Était décédé, tout de bon,
Nonobstant la Transfusion
Sans aucunement l’Esprit rendre.
J’ai cru vous le devoir apprendre,
Afin que, sur cela... mais chut !

-En Flandre, la victoire permet au Roi de revenir :

Mas parlons de Faits Belliqueux
De LOUIS, Favoris des Dieux,
De ce Héros que la Victoire
De tous côtés couvre de Gloire.

[...]

Le beau Premier MONSIEUR de FRANCE,
D’une si brillante Apparence,
PHILIPPE, le digne GERMAIN
De cet auguste SOUVERAIN,
Transporté de la même Flamme,
Que Mars allume en sa belle Âme,
Était, malgré l’infirmité
Où se rencontrait sa Santé,
Allé joindre ledit beau SIRE ;
Mais, las ! (dont encor il soupire)
Il apprit dessus le chemin
Qu’il mettait la dernière main
À sa merveilleuse Conquête ;
Ainsi, non sans martel en tête,
Il revint en cette Cité
Et, Vendredi, Sa MAJESTÉ
Arriva, triomphante et gaie,
Au Château Saint Germain en Laye,
Où toute la Cour, d’un bel air,
Pourra bien d’aise encor baller.

(Voir l'intégralité de cette lettre dans La campagne de Flandre dans les Continuateurs de Loret en 1668)

Lettre du 3 mars 1668, par Robinet.

-Gloire à Louis le Grand, vainqueur de la Flandre :

Notre Victorieux MONARQUE,
Qui conduit la Gauloise Barque
Comme un Pilote très expert,
Qu’on ne saurait prendre sans vert,
A de maints habiles Langues
Ouï les fluides Harangues,
De par tous les Corps de Thémis,
Qui, de l’Équité même,
Audit GRAND PORTE-DIADÈME
Été tenir de doux Propos,
Qui contenaient un juste Los
Touchant sa Conquête, non mince,
De toute la grand Province
Qu’on nomme FRANCHE-COMTÉ.
Mais, Ciel ! qui n’en a pas conté
À ce POTENTAT magnanime,
Ou soit en Prose ou soit en Rime,
Sur un Sujet si glorieux,
Les uns moins bien, les autres mieux,
Les uns en transcendante Phrase,
Ampoulée et pleine d’Emphase,
Les autres, aimant le plein pied,
En style trop humilié ;
Les uns par Sonnets et par Odes,
Comme il leur semblaient plus commodes,
Les autres par des Virelais,
Madrigaux ou Madrigalets ;
Ceux-ci par des Rondeaux ou Stances,
Dont ils aiment mieux les Cadences.
Ceux-là par de jolis Quatrains,
Ou, tout au plus, par des Sizains,
Ne voulant pas que de leur Veine
On vit des Vers à la Douzaine ;
Ceux-ci, feignant des Visions
Dans leurs Versifications ;
Les uns faisant des Dialogues
Et les autres des Monologues,
Selon qu’ils ont l’instinct porté
Pour le Nombre, ou pour l’Unité ;
Ceux-ci, plus fiers que des Pompées,
S’expliquant par Prosopoppées,
Et chacun croyant que Phébus,
Quoique peut-être avec abus,
A le mieux secondé son zèle,
Et qu’il tire après lui l’Échelle ?
Pour moi, qui suis minime Auteur
Et l’humilime Serviteur
De ces huppés Faiseurs de Rimes
Qui vont dans les Routes sublimes,
Je ne puis à notre HÉROS
Rien présenter, sur son grand LOS,
Que mes Vermisseaux faméliques,
Et tout simplement Historiques,
Qui narrent ses glorieux Faits,
D’ailleurs, qu’est-ce que l’on peut dire
Qui soit digne un peu d’un tel SIRE ?

Quels Noms peut-on donner désormais à Louis
Qui ne soient au-dessous de sa sublime Gloire ?
Ceux de tous les Héros qui nous ont éblouis
Par l’éclat qu’on leur donne au Temple de Mémoire,
Ces noms, dis-je, si grands, ces Noms si glorieux,
Révérés jusqu’à nous, comme des Noms de Dieux,
Sont en vain soutenus de tant de Renommée,
Et l’éclat des Exploits du Potentat des Lys
Ne nous laisse plus voir qu’une épaisse Fumée
Où ces Noms sont éteints et comme ensevelis.

Ho, ho ! quoi ? je sors du Lyrique
Et je donne dans l’Héroïque ?
Arrêtons, ce n’est pas mon fait ;
Mais, en notre petit caquet,
Insérons encor dans le Rôle
Que nous avons dressé de DOLE,
Qui s’est rendu sincèrement,
Par un Arrête du Parlement,
Ce que dans ma dernière Lettre,
Faute d’avis, je ne pus mettre,
Car il faut enfin jusqu’au bout,
Clion, rendre compte de tout.

D’ESPIAITZ, Homme de conséquence,
Ayant aux Gardes Lieutenance,
Y mourut dans le Lit d’Honneur,
S’y faisant voir rempli de cœur ;
SANDRICOURT, en ce Corps Enseigne,
Qui nulle part du nez ne saigne,
S’y sentit blesser au Nombril
De coup de Mousquet ou Fusil ;
DU RANCHER, Capitaine au Gardes,
N’étant pas là dessus ses gardes,
Dans sa Cuirasse en reçut deux,
Si violent et si fougueux
Qu’ils firent, comme une Tempête,
Choir son Habillement de Tête ;
Et de SAINT GRATIAN CATINAL,
Personnage fort martial,
Montrait lors sa Bravoure extrême,
Ce dit-on, à son côté même.

Dans cette Action, BONVISI,
Lequel est preux en cramoisi,
N’eût, vrai comme le jour m’éclaire,
Qu’une contusion légère.
GIMAR, Lieutenant Colonel,
Y reçut un coup solennel,
C’est-à-dire coup d’importance
Et dangereux, en conscience.
Les Sieurs de VALORGE et DUMÉ,
Chacun de Bellone enflammé,
Eurent de même une blessure
D’une très difficile Cure.

Mais quoi ? des Vaillants trépassés
Et pareillement des blessés
Le nombre irait plus loin encore,
Si le MONARQUE qu’on adore,
Prenant soin de nos Assaillants,
Qui quelquefois sont trop bouillants,
N’eût par des Défenses sévères
Arrêté court les Volontaires.

Le célèbre de ROANNEZ,
Qui sait bien plus que son Donez,
Signalant-là ses Gentillesses,
Que l’on peut bien nommer Prouesses,
Comme il vit que Sa MAJESTÉ,
Avec trop d’intrépidité,
S’exposait à toute Disgrâce,
A découvert, proche la Place,
Tandis que l’on préparait tout
Afin de la réduire à bout,
Alla vite, à Bride abattue,
L’Âme d’inquiétude émue,
Faire sortir d’un prochain Fonds
Une Troupe de Champions,
Pour détourner les Ambassades
Des meurtrières Mousquetades
De dessus ce ROI généreux,
Et les attirer devers eux.

Le Sieur COMTE DE SAINTE-MÊME
(De quoi, je pense, il parut blême)
Eut Balle en bouche, par l’effet
D’un sinistre coup de Mousquet,
Dont il tombait lors, pêle-mêle,
Une fort massacrante Grêle
À l’entour du grand DE CONDÉ,
Allant, comme un Mars dégondé,
Visiter l’une des Attaques,
Ainsi que moi, Charle, et non Jacques,
J’irais au Bal ou bien Ballet,
Car, ailleurs, je suis son Valet :
Je ne suis point né pour la Guerre,
Et j’aime la Paix sur la Terre.

Voilà, si je ne suis trompé,
Ce qui pouvait m’être échappé,
Touchant la Doloise matière,
Dedans ma Missive dernière,
Si ce n’est encore ceci,
Qui vaut bien le noter aussi,
C’est que notre MONARQUE,
Qui des mieux les Braves remarque,
A donné le Gouvernement,
Ou du moins le Commandement
De DOLE au COMTE de GADAGNE,
Qui Biens et Gloire en cela gagne,
Et que Messieurs du Parlement
Haranguèrent civilement,
En Robes rouges, ce GRAND SIRE,
L’admirant comme l’on admire.

Cependant, le CHÂTEAU de JOUG
Fut aussi mis dessous le joug,
Ainsi que celui de Sainte ANNE,
Par un Vaillant, ou Dieu me damne,
Et c’est MAUPEOU, qui de SALINS
Gouverne les chers Citadins,
Comme VILLARS gouverne encore
Ceux de BESANCON, que j’honore
SI, pour le plus charmant des Rois,
Ils parlent toujours bon Français.

Comme toutes les autres Places
Avaient choisi ses bonnes Grâces,
Et qu’il ne restait plus que GRÉ
À vaincre de force ou de gré,
Pour avoir enfin dans sa Manche,
Toute la belle COMTÉ-FRANCHE,
Il résolut, et franc et net,
De l’attaquer à cet effet.

Mais, sitôt qu’on en fit la mine,
Sans que cette Cité s’obstine,
Son Gouverneur, nommé LULLINS,
La remit aussi dans nos Mains,
Et je crois, pour tout dire en somme,
Que l’on y perdit, au lieu d’Homme,
Qu’un Cheval de Sa MAJESTÉ,
Par le Sieur BOISSERET monté,
Allant lorgner la Contrescarpe,
Où nul ne jouait de la Harpe,
Ayant, quant à lui, sans méchef,
Depuis les pieds jusques au Chef,
Essuyé les belles sifflades
De dix ou douze Mousquetades.

Ce sont-là les heureux Progrès
D’un ROI qui partout fait florès,
ID EST, que la belle Victoire
Suit partout, avecque la Gloire,
Qu’il aime plus que les Plaisirs
Qui d’autres font tous les Désirs.

Ayant mis ma chemise blanche,
Je l’allai voir aussi, Dimanche,
Et je pensais bien mêmement
Lui faire un joli Compliment ;
Mais, voyant son auguste Face,
Je n’en eus pas l’honnête audace :
Par son éclat il m’éblouit,
Et la parole il m’interdit,
Si bien qu’après avoir dit : « SIRE, »
Ne sachant plus du tout que dire,
En lui présentant mes Papiers,
Qui contenaient ses Faits guerriers,
Je dis : « ô Monarque céleste,
» Voici qui vous dira le reste. »

Ensuite ayant bien festiné
Et chez Son ALTESSE dîné,
Bonne foi, tout du long de l’aune,
Grâce à l’Obligeant de SURAUNE,
Et salué l’illustre IRIS,
Je revins, le soir, à Paris,
Par une bien douce Aventure,
En belle et royale Voiture,
Avec une aimable Beauté
Dont mon œil était enchanté,
Un Arion, ou franc Orphée,
Dont mon Oreille était charmée,
Bref, un Poète, un Orateur,
Un Naturaliste, un Docteur
Et, qui plus est, un Philosophe.
Mais la charmante ST-CHRISTOPHE, [Femme de Chambre de Madame.]
Admirable, et même au-delà,
Me représentait tout cela
Dans sa Personne singulière,
Qui n’est qu’Esprit, flamme et lumière,
Qui vous ravit par ses beaux Airs,
Ou par le récit de ses Vers,
Car joliment elle en compose
Et de tout parle en belle prose,
Avec un air, avec un tour,
Qui pour elle remplit d’amour.

-Les représentations successives du Mariage forcé puis d’Amphitryon :

Laissant là toute autre Nouvelle,
Sans m’alambiquer la cervelle
A davantage gazeter [sic],
Je veux seulement ajouter
Que la Troupe MOLIÈRIQUE,
Qui peut au plus Mélancolique
Inspirer un plein enjouement,
Pour nouveau Divertissement,
Depuis trois fois joue une Pièce
Qui remplit le cœur de liesse.
C’est le MARIAGE FORCÉ,
Où, depuis qu’on a commencé
Jusques à la Scène dernière,
On rit de la belle manière.
Allez voir si je mens ou non,
Et sachez que l’AMPHITRYON,
Ce charmant et mignon Chef d’œuvre,
Auparavant est mis en œuvre,
De sorte que l’on ne peut mieux
Se divertir en aucuns [sic] lieux.

Sur cela, je me recommande,
Et date vite ma Légende.

Lettre du 17 mars 1668, par Robinet.

-De nombreux mariages pendant cette saison festive :

L’Hymen et l’Amour et le Bal
Ont ramené le Carnaval
En ces jours de la Mi-carême,
Où tout Jeûneur a le Teint blême.
Les deux premiers ont assemblé,
Ou, pour le mieux dire, accouplé,
Maint Amant avec son Amante
De qui l’ardeur trop véhémente
N’a pas pu vraisemblablement
Faire Carême entièrement,
Ou, pour le faire plus à l’aise,
A voulu, ne vous en déplaise,
Mêler, de gaillarde façon,
La Chair avecque le Poisson.

Entre ces Amants de Dispense,
Monsieur DORIEU, que je pense,
Est sur mes Tablettes écrit.
Oui, j’ai su d’un Homme d’Esprit,
Et l’un des Pères de l’Église,
Qui dignement évangélise,
Que ce Monsieur Dorieu-là,
Qui de SOISSONS l’Intendance a,
Où si bien il sert le GRAND SIRE
Qu’on n’y peut rien trouver à dire,
S’est par le Sacrement uni
Avec un jeune Objet muni
D’Appas mignons, vertus, sagesse
Et, de plus, d’une ample richesse.

Or, cet agréable Parti,
Cet Objet si bien assorti,
Et qui n’est aucunement mièvre,
Est Fille de MONSIEUR LE LIÈVRE,
Juge Probité nonpareil
Et Président du Grand Conseil.

La Compagnie était nombreuse,
La Chère des plus plantureuses,
Et la Comédie et le Bal
(Jugez si la Fête alla mal)
Fermèrent la belle Journée
De ce très complet Hyménée ;
Puis les Époux furent, entre eux,
Mettre le comble à tous leur vœux.

Ledit Bal, de belle manière,
En d’autres Lieux a pris carrière,
Et chez FRANCINE, notamment,
Il a paru fort galamment.
La Salle, richement parée,
Était comme au Ciel éclairée.
Et la Reine, outre son teint frais
Et ses autres jeunes Attraits,
Paraissait tellement fleurie,
En bonne ou fausse Pierrerie,
Que l’on la nommait en riant
La Déesse de l’Orient.

Un Oublieur, tout à fait leste,
Et vêtu de couleur céleste,
Avec un Corbillon doré,
Étant, quant à lui, bien poudré,
Vint, avec des façons jolies,
Lui présenter de ses Oublies,
Et c’étaient des Bijoux brillants,
Accompagnés de Vers galants
À la louange de la Belle.

Il dansa, dit-on, avec Elle,
Puis, il se retira tout doux,
En lui laissant ces beaux Bijoux,
Sans à nul se faire connaître ;
Mais, à tout ce qu’il fit paraître,
On connut, du moins, aisément
Que d’icelle il était l’Amant.

Il fut encor-là quelques Masques,
Tous civils et non point fantasques :
Mais, aussi vrai que je l’écris,
On ne put sans être surpris
Y voir un Fredon de trois Belles,
Qu’on nommait Trio de Pucelles,
Et plusieurs, comme je l’ai su,
Se demandaient : « L’eusses-tu cru
» Que l’on en put tant voir ensemble ? »
Et vous, Lecteur, que vous en semble ?
Chez le magnifique MONTBRUN,
Qui fut jadis plus blond que brun,
Le Bal s’est donné, tout de même,
Avecque une splendeur extrême.

On préluda par un Concert
Plus charmant qu’un friand Dessert,
Composé de Voix, Luths, Théorbes,
Qui, comme les célestes Orbes,
Produisaient en faveur des sens
Les Accords les plus ravissants.
Après, sans excès de louanges,
Maints Objets beaux comme des Anges
Tracèrent mille Pas poupins
De la pointe des Escarpins,
Dansant, je crois, sans caprioles,
Des Sarabandes Espagnoles,
Des Gigues et, pour nouveauté,
Les Saults de la Franche-Comté.
Dessus tout, du Logis la Fille,
De qui l’œil à merveille brille,
Tout à fait bien s’y trémoussa
Et de bonne grâce y dansa.
Le DUC de MONTMOUTH, en Personne,
Mena cette belle Mignonne
Et fit avec Elle des Pas
Qui semblaient réglés au comps.
Enfin, dans Bassins et Corbeilles
Qu’embellissaient des nonpareilles,
Parut, avec profusion,
Très friande Collation,
Et de Fruits et de Confitures
Et, bref, de toutes les Patûres
Qui des Bouches de Qualité
Font l’agréable volupté ;
Si bien que tout alla de même
En ce Bal de la Mi-carême,
C’est-à-dire tout fut brillant,
Poli, magnifique et galant.

-L’Académie fait parler d’elle :

Notre FRANCAISE ACADÉMIE,
Des LETTRES la célèbre Amie,
Harangua, Dimanche, LOUIS
Dessus ses Exploits inouïs,
Et, certe, elle a plus d’une Langue
Pour en tel cas faire harangue.
Ce fut son nouveau Directeur,
L’ABBÉ TESTU, fort Orateur,
Qui la fit en cette rencontre,
Avec une éclatante montre
De ce très éloquent Débit
Qui l’a si bien mis en crédit
Pour les Actions de la Chaire ;
Et maint Témoin auriculaire
M’a, sur ce Chapitre, fait foi
Que notre judicieux ROI,
Après attentive Audience,
Lui répondit, en conscience,
En termes tout à fait accord,
Tant pour Lui que pour tout le Corps,
Qui leur tourne à gloire plénière.

-Le Roi rend grâces à Dieu pour la prise de la Franche-Comté :

Mercredi, cette MAJESTÉ
Vint faire à la DIVINITÉ
Rendre Grâces, en belle Gamme,
Dans le Temple de Notre Dame,
Pour les miraculeux Progrès
Qu’elle a faits, à si peu de Frais,
En dix jours, dans la COMTÉ-FRANCHE,
Présentement de tous Droit franche
Envers le CATHOLIQUE ROI,
Aussi pleinement qu’envers Moi.

Le Parlement, Chambre des Comptes,
Où l’on voit entre autres des Comtes,
La Cour des Aides ET CETERA,
Avec éclat parurent-là,
Ainsi que les Prélats de France,
En Episcopale apparence,
Comme aussi tous les autres Corps
Et les Ministres de dehors,
De qui chacun, sans doute, admire
Notre auguste et merveilleux SIRE.

Au reste, Boites et Canon
Firent alors beau carillon,
Et toute la grande LUTÈCE
Fit briller sa pleine allégresse
Par plus d’un million de feux,
Qui chassaient la nuit en tous lieux.

-Amphitryon paraît chez Ribou :

APOSTILLE.

Le bel Amphitryon du ravissant MOLIÈRE,
Qui dessus le Théâtre a fait tant de fracas,
Chez le Libraire est en lumière : [Au Palais près de la Ste Chapelle.]
C’est un Avis de qui vous devez faire cas.
Il est accompagné du MARIAGE PAR FORCE,
Et RIBOU n’est pas niais, parbleu,
D’avoir dans sa Boutique une si fin amorce,
Car on y va courir ainsi qu’on court au Feu.

Lettre du 24 mars 1668, par Robinet.

-Amphitryon est joué dans une fête du baron de Monmouth :

Je pense que tout le Carême
Et le bon Jour de Pâques, même,
L’on masquera, l’on ballera [sic]
Et toutes choses l’on fera,
Car j’ai su qu’en un Domicile,
Des principaux de cette ville
(Ce n’est point Fable que je di [sic]),
L’on ne s’ébaudit encor, Jeudi,
Ou bien de Dimanche la veille, [Le samedi 7 mars d’après le registre de La Grange.]
Je vous en réponds, à merveille.

Le rare Amphitryon s’y vit,
Qui toujours plaît, toujours ravit ;
Et puis, plusieurs Messieurs et Dames,
Plus brillants que des Oriflammes,
Se démenèrent, comme il faut,
En dansant par bas et par haut.
Illec était, entre autres Belles,
À qui peu de cœurs son rebelles,
SEVIGNY, qui fait tant de bruit
Et tant de Libertés détruit
Par les Grâces de son Visage
Et de son aimable Corsage.

Entre les Baladins d’Honneur,
On vit aussi certain Seigneur [Le Duc de Monmouth.]
Dont quatre lustres sont tout l’âge,
Lequel fait également rage
Dans les Champs de Mars et d’Amour ;
Et c’était lui qui, dans ce Jour,
Faisait toute la belle Fête.
Mais, si de son nom l’on m’enquête,
À cela rien je ne réponds,
Sinon : « mutus, la Cane pond ».

Lettre du 7 avril 1668, par Robinet.

-Le Baptême du Dauphin :

Ce fut donc, sans que je dilaye,
Au Bourg de S. GERMAIN EN LAYE,
Et dans la Cour du Château vieux,
Dont tout Paris est envieux,
Que parut ce rare Spectacle,
Où maint n’alla pas sans Obstacle.
Cette Cours du Royal Logis,
Comme par un Art de Maugis,
Se trouva changée en un Temple
D’une structure sans exemple.

En ce Lieu, de tous les côtés
Les regards étaient enchantés
Par l’éclat d’une Pompe auguste,
Ou, pour en discourir plus juste,
De la Pompe d’un Fils des Dieux,
Magnifique, ici-bas, comme eux.
L’Or, l’Argent et la Pierrerie,
Sur ces brillants Métaux fleurie,
Par le secours d’artistes Mains,
Y formaient de vastes Bassins,
Des Urnes, Plaques et Cuvettes,
Des Guéridons, des Cassolettes
Et cent autres Pièces de Prix,
De qui les yeux étaient surpris,
L’Art ayant de telle manière
Donné la Forme à la Matière,
Que, sans nul discours fabuleux,
Il y semblait miraculeux.

Un Autel tout à fait superbe
Qui mériterait un Malherbe
Pour le décrire dignement,
S’élevait là pompeusement,
Enfermé de hautes Colonnes,
Dont des Dauphins et des Couronnes
Faisaient les enrichissements
Et les plus dignes ornements.
Près de là, les Fonds de Baptême,
Ou que je devienne Anathème,
Étaient tout de massif Argent,
Dont l’Art, comme un savant Agent,
Avait décoré la structure
De mainte excellente Figure.
Aux deux côtés du riche Autel,
Si beau qu’il n’en est point de tel,
Étaient deux Tribunes dorées,
Magnifiquement décorée,
Pour les chers Amphions du ROI,
[les Musiciens de la Chapelle et de la Chambre.]
Formant deux Chœurs, en noble arroi,
Où les Sieurs ROBERT et BAPTISTE,
Lesquels ont maint mauvais Copiste,
Ainsi que les Chef, présidaient,
ID EST la Mesure battaient.
Deux Buffets, aussi d’importance,
Dressés par la Magnificence,
Et chargés de chef-d’œuvres d’or,
En ce Temple brillaient encor,
Pour y poser dessus deux Tables,
Non pas des choses manducables [sic],
Mais ce que, chez les grands Seigneurs,
On nomma toujours les Honneurs,
Dedans un semblable Mystère,
Du Compère, de la Commère
Et de l’Enfant à baptiser.

Or, pour particulariser,
Ce sont, pour les premiers, un Cierge
De Cire blanche, pure et vierge,
Avec l’Éguière et le Bassin,
Où, d’eau Rose, on lave la main,
Et la Serviette, bien pliée,
Dont ensuite elle est essuyée,
Et, pour l’Enfant, c’est le Crêmeau,
D’un Brocart éclatant et beau,
Et, bref, une honnête Salière.
Comme le Bassin et l’Aiguière,
D’un ord luisant et ciselé,
Admirablement travaillé.
Au reste, dans les Nuits les plus claires,
On voit bien moins de Luminaires
Qu’on n’en vit dans ce Lieu charmant,
Qui semblait même un Firmament ;
Et, par les soins du rare Appelle
Que le Sieur le Brun l’on appelle,
Tout cela fut fait dans le cours
De deux fois environ huit jours.

Passons à la Cérémonie
Qui, devant grande Compagnie,
Le vingt-quatre de Mars, se fit,
En la manière qu’il ensuit.

Notre DAUPHIN, ce charmant Prince,
Qui, ce dit-on, n’a rien de mince,
Lors couché dans le neuf Château,
En l’Appartement le plus beau,
Fut levé par MADEMOISELLE,
Au dernier point mignonne et belle,
Si bien qu’on crut voir en ce jour
Une Grâce lever l’Amour
De la façon la plus jolie.
Mais il ne faut pas que j’oublie
Que MAD’MOISELLE D’ORLÉANS,
Pleine d’Appas nobles et grands,
Et sa Sœur, MADAME de GUISE,
Avaient levé, de belle guise,
La Couverte du grand Dodo
Où le Prince était à gogo ;
À quoi MADAME la PRINCESSE,
Avec MADAME la DUCHESSE,
Qui possède grâce et douceur,
Était présente, par honneur.

Après que l’on eut, pour la Fête,
Depuis les pieds jusqu’à la Tête,
Habillé le Royal Enfant,
Si brillant et si triomphant,
D’un Habit à Trousse, et de même
Que l’avait HENRI QUATRIÈME,
On vint, dans un ordre pompeux,
Du Château neuf au Château vieux.

Ensuite de quelques Milices
Et des raisonnables cent Suisses,
En Habits riol piolés,
De bleu, blanc et rouge émaillés,
Une Troupe de lestes Hommes,
Que l’on appelle Gentilshommes,
Les Ordinaires et Servants,
De la Marche avaient les Devant,
Avec les Tambours et Trompettes,
Qui poussaient mille Chansonnettes.
Après eux venaient des Héraults
Qui, là, ne sont pas des Zéros,
Ayant leurs Ornements de Fête,
Et leur ROI d’Armes à la Tête ;
Puis, avec leurs brillants Colliers,
Deux à deux, tous les Chevaliers,
Occupant près d’un quart de lieue
Par leur très spacieuse Queue,
Que Messieurs les Pages portaient
Le plus sagement qu’ils pouvaient.
A trente bons pas de distance,
Paraissaient, en belle ordonnance,
L’un après l’autre, et non de front,
Le jeune COMTE de CLERMONT,
Lequel portait, d’un air de Vierge,
L’un des Honneurs, savoir, le Cierge ;
Monsieur le PRINCE de CONTI,
De grâce et d’esprit assorti,
Portant, de gentille manière,
Tant le Crêmeau que la Salière ;
MONSIEUR le DUC, d’iceux Cousin,
Avec l’Aiguière et le Bassin,
Et MONSIEUR le PRINCE, son Père,
Qui, conservant sa Mine fière,
Portait la Serviette, de l’air
Qu’il fait en Guerre tout trembler.
[Leurs Queues étaient portées par les Sieurs des Forges, de Thury, de Briole et de S. Mars.]

Vingt jeunes Seigneurs admirables,
En bonne grâce incomparables
Et tous triés sur le Volet,
Lesquels faisaient du feu violet,
Étant couverts de Broderies
Et d’éclatantes Pierreries,
Suivaient et, comme Enfants d’Honneur,
Précédaient leur jeune Seigneur,
Lequel est le mien et le vôtre :
C’était l’aimable DAUPHIN nôtre,
Qui, vêtu comme je l’ai dit,
D’un Brocart qui l’œil ébaudit,
Avecque la Toque de même,
Brillante ainsi qu’un Diadème,
L’Aigrette blanche, par-dessus,
Et le Manteau, quant au surplus,
Doublé d’une candide Hermine,
Se démarchait, avec la Mine
D’un petite SIRE, déjà fier,
Qu’il ne faut pas trop défier.

MONSIEUR, couvert de Pierrerie,
En habit de Chevalerie,
Ayant sa Queue, en bonne foi,
Ample et portée en bel arroi,
La conduisait par la main dextre,
Un DUC marchant à sa senestre,
Pour prendre l’agréable soin
De le porter dans le besoin ;
Et MERCŒUR, le FILS de l’Altesse
Aujourd’hui LÉGAT dans Lutèce,
Beau, non vraiment, cossi cossi,
Portait sa longue Queue aussi.

Sa grande et sage GOUVERNANTE,
D’allégresse alors triomphante,
Marchait immédiatement
Derrière lui, si gravement
Que, sans nul transport de la Verve,
Je dis qu’on pensait voir Minerve
Conduisant, d’auguste façon,
Son charmant et cher Nourrisson ;
Et le FILS du DUC de NOAILLES,
Seigneur qui jamais ne piaille,
Faisait, par un heureux destin,
Sa Charge auprès ce beau DAUPHIN.

Le CARDINAL LÉGAT du PAPE,
Revêtu d’une riche Chape,
[La Queue était portée par le Comte de S. Aignan le Devant, par le Marquis de Janson.]
Pour, en sa place, être Parrain,
Le suivait à la droite main,
Ayant, à côté, son Dataire,
Son Aumônier, son Secrétaire,
Chacun couvert du Mantelet
[Ces officiers étaient les Abbés de Lesseln, de Fayette et du Lac, et le Sieur de Margeret.]
De rose sèche, ou de violet,
Et son digne Intendant encore,
Qui, si bien je m’en remémore,
Portait sa Robe, du bel air,
Savoir de Grand Audiencier.

De CONTI la rare Pricesse,
[Conduite par le Marquis d’Arsi, et sa Queue portée par la Marquise de Ganache.]
Qui paraît la même Sagesse,
Marchait, en Deuil et sans éclat,
De l’autre côté du Légat,
Ainsi que la VICE-MARAINNE,
Au lieu de l’ANGLICANE REINE,
Dont, lors, quelque incommodité
Embarrassait la MAJESTÉ.

La mignarde MADEMOISELLE,
Qui sait déjà bien que c’est Elle,
Venait fièrement sur ses pas,
Montrant mille jeunes Appas,
Qui ne font presque que d’éclore,
Et brillant ainsi qu’une Aurore,
Par les Perles et Diamants
Semés dessus ses Vêtements,
Car elle était des mieux ornée.
Cette Princesse était menée
Par un Chevalier sans défaut,
Savoir de la ROCHEFOUCAUT,
Sa Queue, aussi non écourtée.
Par un autre encore portée,
Que l’on appelle du PLESSIS,
De qui le cœur est bien assis ;
Et de SAINT-CHAMONT la Marquise,
Sa Gouvernance, et Dame exquise,
La suivait, c’est la vérité,
D’un air propre à sa Dignité,
Avec les ANGES de MADAME,
Qui remplissent les cœurs de flamme,
Autrement ses FILLES d’HONNEUR,
[Mesdemoiselles du Bellé, d’Ampierre et de Fienne, et Madame du Ludre.]
Dont je suis souvent le Prôneur.

Les quatre autres grandes PRINCESSES
De qui j’ai nommé les Altesses,
Chacune en Robe de velours,
Avec de superbes Atours,
Continuaient la longue File,
Étant conduites en haut style,
Et, bref, leur belle Queue aussi
Portée, ainsi qu’on voit ici :
[Mademoiselle d’Orléans, menée par son 1. Écuyer, sa Queue portée par le Chevalier d’Humière ;
Madame de Guise, menée par le Comte de Ste Même, sa Queue portée par le Sr de S. Rémy ;
Madame la Princese, menée par le Comte de Lussan, sa Queue portée par le sieur de Roche ;
Et Madame la Duchesse, menée par le Comte de Mareuil, sa Queue portée par le Baron de Rivière.]
Toutes leurs Dames et leurs Filles
Marchant, sans noises, ni pointilles,
Après elles et deux à deux,
Ce qui, certes, charmait les yeux.

Ensuite, on voyait, en bon ordre,
Les Prélats Commandeurs de l’Ordre
Et les Garde du Corps, après,
Lesquels, les joignant d’assez près,
Terminaient, non la Cavalcade,
Mais la pompeuse Piétonnade.

Les deux Augustes MAJESTÉS,
Sur des Balcons fort ajustés,
L’attendaient, au lieu de la Scène,
Où l’on n’arriva pas sans peine,
Ayant, ainsi que je l’ai su,
Devant Elles, visum visu,
MADAME THÉRÈSE de FRANCE,
Qui tenait des mieux sa séance
Dessus les genoux, ce dit-on,
De sa chère Maman Têton,
Étalant dessus son Visage
Maints doux Attraits dignes d’hommage,
Au milieu de plusieurs Beautés
Faisant Figure à ses côtés,
Où la Dame Sous-Gouvernante
Tenait une Place importance.

Lorsqu’on eut un Hymne chanté
Et que chacun se fut posté,
En faisant mainte Révérence,
Notre GRAND AUMÔNIER DE FRANCE
Pratiqua solennelement
Ce qu’on faisait anciennement,
Baptisant tout Catécumène,
Formalité qui n’est point vaine ;
Et puis au ravissant DAUPHIN
Conféra le Baptême, enfin.

La rouge ALTESSE LÉGATRICE,
Dont la main dextre nous bénisse,
Lui donna le NOM de LOUIS
Qui, par tant d’exploits inouïs
De notre triomphant MONARQUE,
Est un nom partout de remarque.

Ensuite ce grand POTENTAT,
De qui le Règne a tant d’éclat,
Fit une très royale chère
Aux Vice-Compère et Commerce,
Tous deux en beau Fauteuil assis.

Voilà, mon Lecteur, le précis
De l’auguste Cérémonie,
Et ma Relation finie.

Lettre du 14 avril 1668, par Robinet.

-Corneille et Bensérade se trouvent impliqués dans le panégyrique de la victoire contre l’Espagnol :

Mais, tandis qu’ainsi l’on travaille,
Comme l’on dit, vaille-que-vaille,
À faire un chemin à la PAIX,
Je vois partout certains Apprêts
Qui ne nous chantent que la GUERRE,
Tant dessus l’Eau que sur la Terre ;
Et celle-ci, pour dire tout
De l’un jusques à l’autre bout,
Est si favorable au MONARQUE
Qui conduit la Gauloise Barque,
Qu’il paraîtrait bien modéré
S’il quittait à présent le Dé,
Car on voit comment la Victoire
Prend plaisir d’augmenter sa Gloire,
En toutes Saisons, en tous Lieux,
Au-delà même de ses Vœux.
Quels Vainqueurs... Mais, tout beau, ma Muse,
N’enflez pas votre Cornemuse
Sur le Sujet des grands Exploits
De ce plus éclatant des Rois ;
Il faudrait être Camarade
D’Apollon, comme BENSÉRADE,
Qui, dans ses Songes, mêmement
En parle si triomphamment,
Ou bien, encor, être CORNEILLE,
Qui là-dessus, a fait merveille,
Ou bien enfin un du PERRIER,
Digne de l’immortel Laurier,
Dont la belle Muse Latine,
Tantôt forte, tantôt poupine,
A su, dans deux Genres divers,
Si bien tourner ses graves Vers.

-Une soutenance de thèse, en Sorbonne :

Mardi, dedans notre Sorbonne,
Le savant ABBÉ de LIONNE
Une Tentative soutint,
Avec un honneur non succint.
Le DUC d’ALBRET, ce Prince illustre,
Déjà Docteur couvert de Lustre,
Y présidait, Dieu sait comment,
C’est-à-dire admirablement.

Lettre du 21 avril 1668, par Robinet.

-Robinet a assisté à une représentation de la troupe des Italiens, représentation qui l'a visiblement charmé :

Certes, pour les premières fois
Qu’il nous a montré son Minois,
Il n’a pas mal joué son rôle,
Et, ma foi, je le trouve Drole.
Je ne sentis, en vérité,
Jamais mon Risible excité
Mieux que par ses plaisanteries
Et ses naïves singeries.
Bien loin d’avoir le Bec gelé,
Il a le Caquet affilé,
Comme frais passé sur la Meule,
Et, bref, sa Langue, toute seule,
En dévide autant comme six,
Et l’on peut dire autant que dix.
Au reste, hors un peu moins de Taille,
C’est une vivante Médaille
De son fameux Prédecesseur,
Dont il vient être Successeur.
C’est lui tout craché, de Figure,
De geste, d’air et d’encolure ;
Il me semble que je le vois :
Il a jusqu’à son ton de voix
Et son beau ratelier d’ivoire.
Qu’on ne dise point : « c’est mon, voire, »
Car votre ALTESSE, qui l’a vu
Et, comme moi-même, entendu,
Sait si de faux ici je couche
Touchant ledit beau Scaramouche.

Non, non, j’aurais encor, du moins,
Plus de douze mille Témoins
De tout ce que je viens de dire,
Et qu’il a pleinement faite rire.

Voilà donc des Italiens,
De ces facétieux Chrétiens,
Désormais la Troupe parfaite
Et, VERAMENTE, très complète.
Oui, tous les Acteurs sans égaux
Sont tous autant d’Originaux,
Et plus que jamais je puis dire
Que, si l’on veut crever de rire
Et se purger de tous chagrins,
Sans le secours des Médecins
Et sans Séné, Rhubarbe et Casse,
Qui font faire laide grimace,
On n’a qu’à se rendre chez eux,
En foule, pour une heure ou deux.

Lettre du 28 avril 1668, par Robinet.

-Mademoiselle est libérée de la rougeole : son teint a retrouvé toute sa lumière et Robinet n'en est pas peu content. Ainsi :

Avec grande exultation,
Liesse et jubilation,
D’abord (et même avec grand zèle)
J’annonce que MADEMOISELLE,
Ce Soleil Levant de la Cour
Et chef-d’œuvre de votre Amour,
Est, grâces au Ciel, bien délivrée
De la Rougeole évaporée
Qui, ces jours derniers, brusquement
Et peu judicieusement,
Vint de son rubicond nuage
Voiler son gracieux visage.

Donc, cette naissante Beauté,
Cette Fleur de Principauté,
Cette ravissante Pouponne,
Qui peut porter une Couronne,
Est, comme elle était ci-devant,
Encor un vrai Soleil Levant,
Dont l’orientale Lumière
Montre sa splendeur coutumière.

La Marquise de Saint CHAMONT, [Sa Gouvernante.]
Qu’à jamais les Dieux béniront
Des soins qu’elle a de cette ALTESSE,
Avec joie, avec allégresse,
M’assura de ce que je dis
(Dont tous mes sens furent ravis),
M’en étant, par un soin fidèle,
Expressément informé d’elle,
Et, de plus mêmes, mes deux yeux
M’en assurèrent encor mieux,
Car je vis l’illustre Guérie,
Qui, je le dis sans flatterie,
Fera soupirer maints grands Cœurs
Par Messieurs ses Appas vainqueurs.

C’est l’état, ma chère DÉESSE,
Où vous trouverez la PRINCESSE,
Soit à ce soir, ou bien demain,
En arrivant à Saint Germain,
Non, je veux dire de Versailles,
Dont, je pense, vaille que vaille,
Je vais, au Chapitre suivant,
Mettre quatre mots en avant.

-La cour et ses divertissements, toujours d'actualité :

Depuis toute cette semaine,
Notre belle COUR se promène
Dans ce terrestre Paradis,
Où, comme en celui de jadis,
Tout rit aux sens et les enchante,
Mais où pas un Serpent d’Amour,
Dieu, comme on sait, suivant la Cour,
Et qui ne tente pas, en somme,
Pour un simple morceau de Pomme,
Ains pour d’autres plus délicats,
Dont je fais beaucoup plus de cas.
Or, les beaux Concerts dans la Grotte,
Afin que tout d’ordre je cotte,
Les Bals et somptueux Festins
Pour les Compères Intestins,
Les Branles à l’Escarlopette,
Où dans l’air on fait gambillette,
La Promenade dans les Bois,
Qui reverdissent en ce mois,
Et la Françoise Comédie, [Par la Troupe Royale et la Troupe du Roi.]
Qu’accompagnait la Mélodie,
Ont été les Plaisirs charmants
Et les plaisants Ébatements
De cette Cour brillante et leste,
Dans cet Éden presque céleste,
Où l’Air, le Ciel, la Terre et l’Eau,
Lorsqu’on y fait royal Cadeau,
Montrent, pour le rendre agréable,
Tout ce qu’ils ont de plus aimable.

-Les festivités sont aussi le résultat de la paix nouvelle avec l'Espagnol :

C’est de la sorte désormais
Que la Cour va faire florès
Et se réjouir d’importance
Dans ses beaux Palais de Plaisance ;
Désormais, dis-je, que la Paix
Va remontrer ses chers Aspects
Et faire détaler Belonne
D’entre les DEUX PORTE-COURONNE ;
Car, déjà, la Trêve tient lieu
De cette chère Paix de DIEU,
Notre MONARQUE magnanime,
Si digne d’amour et d’estime,
L’ayant, malgré tout son grand cœur
Et son beau Titre de Vainqueur,
Accordée à son bon Compère,
Qui, comme on sait, est le SAINT-PÈRE.

Lettre du 6 mai 1668, par Robinet.

-Les Italiens font recette à Paris :

La gaie TROUPE AUSONIENNE,
Autrement Troupe Italienne,
Qui s’acquiert chez nous grand crédit,
Et la chose est sans contredit,
Nous a fait voir dessus la Scène,
Déjà trois fois cette Semaine,
Une admirable Nouveauté,
Ou bien un Spectacle enchanté,
Qui, surpassant tous les Spectacles,
Est rempli de petits Miracles

Par plusieurs rares Changements,
On y voit des Éloignements,
Des Campagnes, des Paysages,
Des Bois, des Jardins, des Bocages ;
Et la Foire de Saint-Germain
S’y battit en un Tournemain.

Arlequin, qui dans cette Pièce
Signale fort sa gentillesse
Et vient de tout à son honneur,
Soit-il Marquis ou Ramoneur,
Y fait, en se donnant carrière,
Cent jolis tours de Gibecière,
Et de Gobelets notamment,
Qui surprennent à tout moment.
Chaque tour est une merveille
Qui paraît à tous nonpareille.
On en voit naître des Oiseaux,
Des Chiens et d’autres animaux,
Voire deux petits Scaramouches,
Qui semblent d’aussi fines mouches
Que Monsieur leur grand Général,
Qui passe pour Original.

Bref, par ces tours de passe-passe,
Que Arlequin fait avec grâce,
N’oubliant pas dans son dessein
La Poudre de Prelin-pin-pin,
De vertu, certes, sans égale,
On voit paraître un grand Régale,
Pour rafraîchir l’amoureux Bec
De cent Beautés qui vont illec.
Or ce sont d’exquises Pâtures
Et de Fruits et de Confitures,
Dans des Corbeilles mêmement
Dont mille Fleurs font l’ornement,
Avec la fraîche Limonade,
En de beaux Vases de parade :
Le tout accompagné de Vers
Dont pas un ne va de travers,
Où l’on invite chaque Belle,
Dedans cette Saison nouvelle,
À faire valoir sur les Cœurs
Ses Appas finets et vainqueurs.

Après cela, par l’énergie
Où la force de la Magie,
Plus blanche que noire pourtant,
Cet Arlequin, en s’ébattant,
Fait, du milieu de sa Machine,
Sortir un Jet d’eau crystaline,
Aussi fort, aussi haut et beau
Qu’il s’en voie en aucun Rondeau,
Avecque des Nappes liquides
Qui, dedans leurs chutes rapides,
Par le bel effet des clartés,
De quoi les yeux sont enchantés,
Semblent des lumières fondues,
Dans cette claire Eau confondues.

Mais nous ne sommes pas au bout
Et ce n’est pas encor là tout.

Par de nouvelles Gentillesses
Et divertissantes Souplesses,
On voit deux Guéridons danser,
Que l’on fait ensuite passer
(Et SCARAMOUCHE, pêle-mêle,
Quoiqu’il n’ait pas le Corps fort
Par un sac qui rien ne retient,
Sans savoir ce que tout devient.
D’ailleurs, les Hauts-bois, les Musettes,
Les Violons, les Castagnettes
Forment de ravissants Concerts ;
Et l’on y chante, entre autres Airs,
Certaine Chansonnette à boire
Que j’inculquais dans ma mémoire,
La sachant d’un célèbre Auteur,
En Musique passé Docteur,
Et, sans dire des fariboles,
Hommes aussi de belles Paroles.

Au reste OCTAVE et SAINTYO,
Qui rime bien avecque Yo,
Comme on sait, la Fille d’Inache
Qui fut jadis changée en Vache,
Et l’agréable TRIVELIN
Font là des merveilles tout plein,
Ainsi que leurs belles Actrices,
Unissant tous leurs Artifices,
Qui, ma foi, sont archi-plaisants
Et pleinement divertissants,
Pour duper leur franc SCARAMOUCHE,
Qui souffre illec mainte escarmouche,
Mais faisant son Rôle si bien
Qu’on n’y saurait ajouter rien.

Enfin, un certain petit Drôle
(Et croyez-m’en sur ma parole),
Que l’on dirait, mais tout de bon,
De Scaramouche un Rejeton,
Qui n’est pas plus haut qu’une pinte
Et semble une Figure peinte,
Danse par règle et par compas,
Et tourne son corps et ses pas
En tant de manières diverses
Que, d’ici jusques chez les Perses,
Il n’est un petit Baladin,
Ni si joli, ni si poupin.
Jugez donc combien de merveilles,
Pour les Yeux et pour les Oreilles,
Sont dans ce Divertissement,
Et si galant et si charmant,
Et ce que nous devons d’estime
Au brave Monsieur ANONYME,
Qu’on dit être de qualité,
Qui l’a dignement inventé,
Et même, par magnificence,
A fait la première Dépense
En faveur du Sexe charmant,
Qui doit l’en aimer tendrement ;
C’est de quoi je le sollicite,
Car, en un mot, il le mérite.

Il faut, tout d’une suite, ici
Parler du beau Régale aussi
Que VARIN, d’Âme généreuse
Et de Renommée amoureuse,
Donne au grand et charmant Concours
Lequel se fait tous les huit jours
Chez lui, devant les Galeries,
Près des petites Écuries.

Ledit beau Régale n’est pas
De plusieurs Mets fort délicats
Que l’on sert sur les bonnes Tables,
Qui sont au Goût si délectables ;
Non, c’est un Régale de sons
Et de doux et roulants Fredons,
D’Instruments et de Voix ensemble,
Qui pour l’AUDITUS, ce me semble,
Ne sont pas moins délicieux.

Dans ces Concerts mélodieux,
Où lui-même bat la Mesure
Et donne aussi la Tablature,
Les grand Dieux Bacchus et l’Amour
Sont chantés, chacun à son tour,
Mais le premier sur toute chose ;
Car, sans faire une fausse Glose,
Les Gens de Ré, mi, fa, sol, la
Ont pour cher Patron ce Dieu-là.
Mais honni soit qui mal y pense !
Ces concerts sont, en conscience,
Bien conduits et bien entendus,
Et l’on y peut lorgner de plus
Quantité de jeunes Mignardes,
Car j’en vis des plus frétillardes,
Mais qui ne passaient, ma foi, pas,
En amoureux et doux Appas,
Trois Belles qui me débauchèrent [Mesdemoiselle des R. et P.]
Et Léans, certes, me menèrent ;
Et, si j’étais un Céladon,
Je leur ferais volontiers don
Des Bonbons de ma Panetière
Pour cette faveur singulière.

-La médecine au secours de Soisson en proie à la Peste :

Sus, qu’avons-nous encor à dire ?
Ah ! vraiment rien qui soit pour rire :
C’est que le Mal contagieux,
Fléau qu’on redoute en tous lieux,
A SOISSONS, dit-on, se cantonne
Et ses Citadins moult étonne.

Mais BOURLON, son rare Prélat,
Dont les vertus ont tant d’éclat,
Par ses soins, ses biens et sa bourse,
Qui des Pauvres sont la ressource,
Y fait le devoir Pastoral,
Sans frayeur de ce hideux mal,
De façon qui beaucoup console
Les Infortunés qu’il désole.

D’ailleurs, le Sieur de LAMOIGNON [Conseiller au Parlement,
(Dont il s’acquiert un grand renom), fils de M. le Premier Président.]
Demeurant dans le voisinage,
Y prend le soin, de bon courage,
De faire porter tous les jours
À cette Ville des Secours ;
Et, qui plus est, notre grand SIRE,
Digne d’un Monde pour Empire,
Y vient d’envoyer un Expert,
Lequel prend la Peste sans vert. [Le Sieur Le Cointre, Chirurgien célèbre.]

Lettre du 12 mai 1668, par Robinet.

-La paix signée à Aix-la-Chapelle, c'est au divertissement que Robinet consacre désormais son épître : place à Andromaque et à La Folle querelle. Ainsi :

Envoyons donc la Guerre paître
Et ne parlons plus de Combats,
Qui n’ont ainsi guère d’Appâts,
S’ils ne sont Combats de Ruelles
Entre les Galants et leurs Belles,
Ou d’aimables Conflits d’Esprit,
Tel qu’un, que naguère on m’apprit,
Sur le Poème d’ANDROMAQUE,
Où, sans faire tique, ni taque,
Sinon que du Bec seulement,
Chacun en dit son Sentiment.
Or, une PLUME fine et belle,
Sous le nom de FOLLE QUERELLE, [Le Sr de Subligny,]
En a fait même le sujet [Auteur de la Muse Dauphine.]
(Qu’on tient bien tourné tout à fait)
D’une petite Comédie,
Aussi plaisante que hardie,
Et qu’enfin la TROUPE DU ROI
Donnera Vendredi, je crois.

Comme on aime ce qui fait rire,
Surtout en Critique et Satyre,
Dieu sait comme en foule on ira,
Notamment sur ce qu’on saura
Que la Pièce qu’on examine
Est l’ANDROMAQUE de RACINE.
J’en dis assez, disant cela ;
Sur cet Article donc, holà !

Lettre du 26 mai 1668, par Robinet.

-Un fête royale suivie d'un baptême auquel participe Mademoiselle :

Voilà, je crois, ma Course faite,
Mais ma Lettre n’est pas complète,
Si je ne dis que notre COUR
A banqueté, le dernier jour,
Dessus le bord de la Rivière,
Avec une fête pleinière
Grâces à notre SOUVERAIN,
Grand Résident de Saint-Germain.

À son retour, je crois, de Dombes,
Où l’on tire fort peu de Bombes,
MADEMOISELLE s’y trouva
Et tint, en ce même jour-là,
Avec ledit auguste SIRE,
À qui tout bonheur je désire,
Le Fils du Marquis de MAILLI.
Mais Clion n’ai-je point failli,
Disant qu’Elle le tint ? je pense
Qu’il vaut mieux dire, en conscience,
Qu’elle nomma ledit Chrétien :
Et parbleu, je conclus fort bien,
Sachant qu’il a dix-sept années
Depuis quelques mois terminées.

-Subligny en Apostille :

APOSTILLE.

Je certifie aux Curieux, [C’est la Critique d’Andromaque au Palais Royal.]
Que la FOLLE QUERELLE est à présent jouée,
Et mêmes grandement louée ;
Mais, pour le mieux savoir, qu’ils aillent sur les Lieux.

Lettre du 2 juin 1668, par Robinet.

-La célébration de la Paix est l'occasion d'un "Embrasement général" dans tout Paris :

Pour charmant Début, je dois mettre
Dedans mon Historique Lettre
Qu’à la fin l’amoureuse Paix
Va régner partout désormais.

Le très prudent CONSEIL D’ESPAGNE,
Qui craignait fort cette Campagne,
A ratifié le Traité
Avec grande célérité ;
Et LOUIS, ce vrai Magnanime,
Que la Gloire toujours anime,
La trouvant à donner la Paix,
Qui de chacun fait les souhaits,
Autant comme à faire une Guerre
Que redoutait toute la Terre,
Veut bien qu’enfin les Oliviers
Viennent régner sur ses Lauriers.
Oui, ce Héros consent qu’Astrée,
De tout Pacifique adorée,
Le désarme encor une fois,
Et borne ses fameux Exploits,
Comme depuis quelques Années,
Elle a fait vers les Pyrénées,
Avecque l’Hymen et l’Amour,
Qui, depuis, suit toujours sa Cour.

Mercredi donc, ce grave SIRE,
Qu’on craint, qu’on aime et qu’on admire,
À Notre-Dame vint exprès
Rendre Grâces de cette Paix
(Ce qu’on doit noter dans l’Histoire),
Comme de la plus grand Victoire.
Il avait, en cette Action
Où l’on chanta le TE DEUM,
Avec lui PHILIPPES de FRANCE,
D’aimable et brillante apparence,
Le preux et merveilleux CONDÉ,
Dont il eût été secondé,
Sans la Paix, de belle manière
Dans la belliqueuse Carrière,
D’ENGUYEN, qui, marchant sur ses pas,
Aimait déjà tant les Combats,
Des Ducs et Pairs, Maréchaux, Comtes,
Dont les Âmes, en Guerre promptes,
Brûlaient, au mépris des hasards,
De se trouver au Champ de Mars,
Et maintes autres Gens de Dague,
Qui, croyant faire zague zague,
Étaient, je pense, bien camus
À ce TE DEUM LAUDAMUS.
Les ordinaires Compagnies,
Qui sont de ces Cérémonies,
S’y trouvèrent en digne arroi,
Et les unes, comme je crois,
Mêmes en Accoutrement rouge.

Étant cependant dans un Bouge,
Ou plutôt dans un Cabinet,
Rêvant, auprès de mon Cornet,
Dessus de mystérieux Chiffres,
J’entendis aussi les gros Fiffres
De la Bastilles et l’Arsenal,
Qui ne fredonnaient pas trop mal,
De même que ceux de la Ville,
Qui firent, du moins, plus de mille
Alti tonnant Bou-dou-dou-doux.
Mars, sans doute, en fut en courroux,
Voyant ses Instruments Belliques
Servir aux Concerts authentiques
De cette Déesse, la Paix,
Dont il hait les charmants attraits ;
Mais il convint à l’ardent Sire,
Malgré le transport de son ire
Et son prodigieux Chagrin,
De ronger à part lui son frein.

Comme toute la Matinée,
On avait cette Paix prônée,
Ou publiée à haute voix,
Au bruit des Clairons, des Hautbois
Et mêmes de l’Artillerie,
Lorsque la Nuit, d’Astre fleurie
Et dans son plus brillant atour,
Eut prit les clairs Postes du Jour,
Nos Messieurs de l’Hôtel de Ville
La célébrèrent d’un haut style,
Par grande Chère et plus beau feu
Duquel on admira le Jeu,
Les Girandoles, les Fusées,
Qui prenaient au Ciel leurs visées,
Les Lances et les Saucissons,
Imitant, par leur bruyants sons,
Celui des Canons et des Boites,
Qui, comme en nos jours de Conquêtes,
Firent aussi très grand bruit là,
Mais seulement pour dire holà.

Dans le même temps furent vues
Des Flammes par toutes nos rues,
Et c’était véritablement
Un général Embrasement,
Mais qu’allumait la seule Joie
Qui partout s’ouvrait un voie
Et, ce soir-là, faisait florès
En faveur de la belle Paix.

Je sais que quantité de Braves,
Que Mars tenait dans ses Entraves,
Ne rirent que du bout des Dents
Durant tous ces Brandons ardents,
Ou que point du tout ils ne rirent,
Ains qu’à part eux plutôt ils dirent :
« Ah ! belle Paix, nous voilà bien ;
» À nos Pareils tu ne dois rien
» Que la Réforme ou que la Casse :
» C’est là pour nous toute ta grâce,
» Et faut aller en cas pareil
» Nous gratter le cul au Soleil.
» Mais la Guerre tout au contraire,
» Aux Goujats mêmes est Tributaire,
» Et tel glorieux Champion
» À qui tu dames les Pion
» Fût devenu, par sa Vaillance,
» Peut-être Maréchal de France. »

Mais je dis à ces Braves-là,
Qui raisonnent comme cela,
Que leur chaude Dame Bellonne
Leur est le plus souvent Félonne
Et n’a que des Coups meurtriers
Pour ses Partisans les plus fiers ;
Bref, que Tel, dans son espérance
D’être fait Maréchal de France,
N’aurait eu que le vain honneur
De mourir en Homme de cœur,
Et qu’ainsi ces grands Militaires,
Considérant bien les Affaires,
Doivent modérer leurs regrets
Et chérir à son tour la Paix,
À l’Exemple de notre SIRE,
Ce qui, me semble, est assez dire,
Puisque chacun, de bonne foi,
Doit imiter un si grand ROI.
Quoique certain de la Victoire
Et qu’il pût accroître sa Gloire
En tous les Lieux qu’il eût voulu,
Non sans surprise l’on l’a vu,
Se rendant néanmoins aux charmes
De cette Paix, quitter les Armes.

Le Père de la CHRÉTIENTÉ,
C’est-à-dire sa SAINTETÉ,
N’a pu, ce mande-t-on, apprendre
De son Cœur magnanime et tendre
Cette grand’ Modération
Sans beaucoup d’admiration
Et sans même, en plein Consistoire,
En faire un Discours à sa gloire,
Qui plut fort à tous Gens présents,
Hormis de certains Partisans
De la propre MAISON d’AUTRICHE,
Qui dans leur cœur en dirent briche.
Mais cela ne surprendra point ;
Revenons donc à notre Point.

Je dis que, si l’on est Arabe,
La PAIX, ce cher Monosyllabe,
Doit plaire aussi par ses Effets
Et remplir enfin nos Souhaits.
C’est une Déesse féconde,
Par qui chacun en Biens abonde,
Qui fait, au gré de nos désirs,
Régner les Jeux et les Plaisirs,
Et dont l’Amour et les Délices
Sont les agréables Complices.:

Vous le voyez dans notre Cour,
Si belle que le Dieu du Jour
N’en peut lorgner de sa Prunelle
En nulle part une plus belle.

Elle brille plus que jamais,
Depuis ce retour de la Paix ;
Et le Sexe rempli de charmes,
Étant par elle hors des alarmes
Que feu la Guerre, à tous moments,
Lui causait pour ses chers Amants,
En est plus capable de plaire,
Et c’est une vérité claire.

Mais à propos de notre Cour,
Dimanche, certe [sic] assez beau jour,
On la vit encor, sous des Tentes
Et sur des Tables opulentes,
Faire grand’ Chère, au bord de l’Eau,
Tout visum visu du Château,
Savoir de Saint-Germain en Laye.
Oncque elle n’a paru plus gaie
Qu’à ce magnifique Festin,
Car notre merveilleux DAUPHIN
Et MADAME aussi, sa Cadette,
En Appas déjà si complète,
Y faisaient les Honneurs des mieux,
Charmants de tout chacun les yeux,
Qui croyait, à leur bonne grâce,
Voir l’Amour avec une Grâce.

On compta cinquante Couverts,
Infinité de Mets divers ;
Et la Musique et Symphonie,
Sans aucune Cacophonie,
Entretenait les Banquetants,
Ainsi très pleinement contents.
Le ROI, qui faisait la Dépense,
Comme aimant la Magnificence,
Y fut, dit-on, en Inconnu ;
Mais, pour moi, je ne l’ai point cru,
Car comment put-on méconnaître
Sur les Terre et sur les Mers,
Jusqu’aux deux bouts de l’Univers ?

-Une nouvelle du théâtre :

J’ai su, digne et rare PRINCESSE,
À qui d’écrire je ne cesse,
Que cet Auguste vint, Lundi,
Non avant, mais après Midi,
En votre beau Saint-Cloud sur Seine,
Lors justement que dans la Plaine
On sent voltiger les Zéphirs,
Dont Flore chérit les Soupirs ;
Et que, dans un Salon superbe,
Que ne désirait pas Malherbe,
Vous et votre illustre MOITIÉ,
Magnifiques non à moitié,
Aviez traité le susdit SIRE
Cent fois mieux qu’on ne le peut dire,
Avec toute sa Suite aussi,
Toujours nombreuse, Dieu merci ;
Mais que, pressé de ses Affaires,
Qui sont toutes de francs Mystères,
Il reprit, après, le chemin
De son Château de Saint-Germain
Sans voir la gaie Comédie
De nos grands Acteurs d’Italie,
Qui, sur un Théâtre pompeux,
Vous divertissent de leur mieux
Par leu agréable RÉGALE, [C’est une Pièce intitulée Le Régale des Dames.]
Qu’aucun autre presque n’égale,
Où Briochet, dit Arlequin,
Avecque son Prelin-pin-pin,
Et Trivelin et Scaramouche
Feraient, je crois, rire une Souche.

-Nouvelles heureuses de Candie :

Rétrogradant en Étourdi
Du Couchant devers le Midi,
J’apprends qu’à Madrid la RÉGENTE
Paraît de la Paix bien contente ;
Et, de là, tournant au Levant,
J’ois que l’on y met en avant
Un Combat vers les Dardanelles,
Où la Parque, des plus mortelles,
A, par Canons ou Fauconneaux,
Fait crever les deux Généraux,
Et que Monsieur le MARQUIS-VILLE,
Au Métier de la Guerre habille,
Sortant dessus les Ottomans,
Nichés dans leurs Retranchements,
À cent d’Eux a tranché les Têtes,
Que, tant jours ouvriers que Fêtes,
On voit, avecque leurs Turbans,
Faite la Moue aux Regardants
Sur les Murailles de Candie.

Lettre du 9 juin 1668, par Robinet.

-En apostille, une représentation dramatique :

APOSTILLE.

Depuis naguère, un Poète Basque,
Par conséquent un peu fantasque,
S’érigeant parmi les Censeurs,
Glose ici sur tous nos Auteurs ;
Si vous voulez lorgner sa Trogne,
Allez à l’Hôtel de Bourgogne,
Il fait, sous celle de Poisson,
Rire de la belle façon,
Et le susdit drôle de Poète
Est une Pièce qu’il a faite.

Lettre du 30 juin 1668, par Robinet

-Cette paix d'Aix-la-Chapelle sera aussi célébrée à Versailles :

À VERSAILLE, où l’on fait flores,
On travaille à de grands Apprêts,
Pour une Fête magnifique,
Que LOUIS, quoique si Bellique,
Consacre à la céleste PAIX
Qu’il a, pour combler ses hauts Faits,
Déjà deux bonnes fois donnée
À l’ESPAGNE, toute étonnée.

Lettre du 7 juillet 1668, par Robinet

-La Reine est sur le point d’accoucher :

Notre auguste REINE THÉRÈSE
(Dont, sans nul doute, doit être aise
Tout le grand Empire Gaulois)
Entre dans le neuvième mois
Où sa MAJESTÉ si charmante,
Sans douleur beaucoup véhémente
(Je conjure du moins les Cieux
Que cela soit selon nos vœux),
Augmentera, de Fils ou Fille,
Sa Royale et belle Famille,
Ainsi que notre illustre Cour,
Ou d’une Grâce, ou d’un Amour.

Cette merveilleuse PRINCESSE,
Que chacun admire sans cesse
Pour sa Sagesse, sa Beauté
Et sa singulière Bonté,
D’un front serein et d’un cœur ferme,
Attend patiemment ce Terme ;
Et, d’autant que dans cet état
Elle a tout son brillant éclat,
Tous ces Lys et toutes ses Roses,
Bref, toutes les aimable choses
Qui marquent l’entière santé,
On n’a point jusqu’ici douté
Que le succès de sa Grossesse
Ne nous remplis tous de liesse.

Aussi, dès l’autre Samedi,
Vrai comme ici je vous le dis,
L’éclatant PORTE-DIADÈME
Nomma, durant son souper même,
Les Femmes qui, par grand bonheur,
Auront le souhaitable honneur
De servir le PRINCE, ou PRINCESSE,
Qu’on attend de cette Grossesse ;
À savoir : tout premièrement
(Dont je suis joyeux pleinement),
La BARONNE de la PALLIÈRE,
Dame de vertu singulière
Et, voire même, d’un aspect
Inspirant amour et respect,
Pour la Charge, assez éminente,
De la Dame Sous-Gouvernante ;
En second lieu, Madame HARSAN,
Qui rime bien avec Persan,
Pour Première Femme de Chambre,
À qui (sentant le Musc et l’Ambre)
Le Linge, fort propre et fort fin,
Fut, tout à l’instant, mis en main,
Dedans une très joliette,
Galante et superbe Layette ;
Item, l’aimable SAINT-ESPRIT,
Belle, sage et pleine d’esprit,
Et, bref, quatre autres Demoiselles,
Toutes, comme je crois, Pucelles,
Et qu’ici je nomme à côté,
[Mesdemoiselles Harsan, Fille de la première Femme de Chambre, Millet, de Ruel, Hémée et :Benoit, toutes Femmes de Chambre.]
Furent par cette MAJESTÉ
Admises dans la noble Charge
Qu’aussi je cotte en cette marge.

-Retour sur les festivités précédemment annoncées :

Mais, avant que l’on en soit là
(Et toute la Cour dit cela),
La REINE pourra, sans obstacle,
Voir l’incomparable Spectacle
Que notre susdit SOUVERAIN ;
De qui le Sort est surhumain,
Fait préparer en son VERSAILLE,
Où, nuit et jour, fort on travaille.
Tels en sont les rares Apprêts,
Qui ne se font pas sans beaux frais,
Que jamais Rome, ni la Grèce,
En ses plus grands jours d’allégresse,
N’a rien produit qui fut pareil
À ce magnifique Appareil.

Je discours ainsi par avance
De ce spectacle d’importance,
Et par Prélude seulement ;
Mais j’en jaserai pleinement,
Et même avec beaucoup de joie,
Si le Sort veut que je le voie.
Je vous le promets en ce cas ;
Mais, si cela n’arrive pas,
Comme la chose se peut faire,
Hélas ! il faudra bien m’en taire,
Ou n’en parler dans les miens Vers,
Sinon de tort et de travers.

C’est à la COUR, et bonne et sage,
Sans que j’en dise davantage,
À délibérer s’il est bon
Que j’y sois où présent ou non ;
C’est un Point, comme je le pense,
D’une assez grande conséquence ;
Mais, toutefois, il n’en sera,
Non, non, que ce qu’il lui plaira.

-Une loterie à la Cour organisée en l'honneur des souverains :

Le Sieur DASSY, de la Musique,
Mais qui de boire peu se pique,
Encor qu’on s’altère à chanter,
Vient, sur le champ, de m’apporter
Un Mémoire de Loterie,
Qu’en Argent, non en Pierrerie,
La REINE fit dernièrement
Pour son pur Divertissement.

Un fort galant et fort brave homme,
Qui Monsieur DE JOYEUX se nomme,
La tira pour Sa MAJESTÉ
Avec toute sincérité,
Et, suivant du Sort le Caprice,
Qui ne rend pas toujours justice,
Chacun en reçut, en un mot,
Soit un grand, soit un petit Lot.
La REINE et la ROYALE ALTESSE
À qui ma Missive s’adresse
N’eurent vraiment pas les plus gros ;
Mais ce Sort en mérite los,
Car c’est à ces grandes Personnes,
Qui naissent parmi les Couronne,
À donner, non à recevoir,
Et leur Gloire est en ce Devoir,
Ainsi que tout notre Avantage
Consiste à leur rendre humble hommage ;
Et c’est par là qu’ils sont des Dieux
Les vrais Portraits en ces bas Lieux.

Les Loteurs étaient du moins trente
(Mais de les nommer je m’exempte),
Tant Princes et Ducs que Marquis,
Et d’autres d’un mérite exquis,
Même du Sexe qu’on adore ;
Car je vous jure par l’Aurore
Que, pour de tous cotter le nom
Avec tant soit peu de façon,
C’est, à parler en Muse franche,
Avec un petit d’or sur tranche,
Ou de louange, mon Cahier
Ne suffirait pas tout entier.

Mais sachez, Lecteur et Lectrice,
Qu’illec, MADAME LA NOURRICE
Ayant la Fortune tenté,
Tirant sous la Communauté
Du cher PRINCE que l’on espère,
La Déesse lui fut prospère
Et lui fit avoir pour son Lot
Plus que Maintes n’ont pour leur Dot :
À savoir, sans nuls hyperboles,
D’or et de poids deux cents Pistoles,
Succès, certes, plaisant et d’où
L’on conclut qu’un beau DUC D’ANJOUS,
Nous doit infailliblement naître.
Ainsi j’en ôte le peut-être,
Ne voulant point en Pyrrhonien
Parler de ce futur Chrétien.

-Nouvelles des Comédiens italiens et de leurs représentations :

NOS COMIQUES ITALIENS,
Les plus admirables Chrétiens
Qui paraissent sur le Théâtre,
Si que chacun les idolâtre,
Nous régalent, pour le présent,
D’un Sujet, certe, archi-plaisant, [Le Théâtre sans Comédie,]
Je le puis dire sans contrôle, [et les Comédiens Juges et Parties.]
Et même où chacun fait son Rôle,
Sans nul doute, admirablement.

Ah ! que j’aime le Testament
Que dit l’ARLEQUIN malade,
Cet Acteur qui n’a rien de fade,
Et son grotesque Playdoyer,
Où nous l’entendons foudroyer
Le DOCTEUR qui, par l’ÉMÉTIQUE,
A fait faire une fin tragique
À SCARAMOUCHE, qui, mourant
Et sur le Théâtre expirant,
Fait aussi rire à gorge pleine !
Qu’OLARIA, Magicienne,
Qui provoque à venger sa mort,
Par ses manières me plaît fort,
Et que très volontiers mes Carmes
Préconisent ici ses charmes !
Que TRIVELIN, pareillement,
Me fait de bien à tout moment
Et, par sa belle humeur, dilate
Mon cœur, et mon foie et ma rate !
Et que le reste des Acteurs,
De Chagrins autant d’Enchanteurs,
Me ravissent dans cette Pièce ;
Où chacun se croit à Liesse !

Mais que dire de leurs Ballets,
Si bien concertés, si follets,
Et de leurs Danseurs admirables
Dont plusieurs sont incomparables ?
Que dire de leurs grands Concerts,
Où l’on reconnaît des EXPERTS
Les Nouveautés et les Merveilles
Dignes des Royales Oreilles ?
Que dire encor des Ornements,
De tous les riches Changements
Par qui la Scène est si brillante,
Et si superbe, et si riante,
En un mot, du pompeux Tombeau
De leur Scaramouche nouveau ?
Ah ! sans que la Colle je fiche,
Je ne puis dedans cette Affiche,
Non plus qu’eux dedans leur Placard,
Vous en mettre même le Quart.

Lettre du 14 juillet 1668, par Robinet :

-La fête de Versailles aura lieu la semaine suivante :

Le Spectacle superbe et rare
Qui dans Versailles se prépare
Est, disent les uns, pour Mardi,
Et quelques autres, pour Lundi ;
Quoi qu’il en soit, vaille que vaille,
Avecque chaleur on travaille
À mettre tout en bel arroi
Pour ce charmant Plaisir du ROI.

-Hauteroche à l'honneur après la représentation de son Amant qui ne flatte point :

Notre AMANT QUI NE FLATTE POINT
Se présente ici tout à point,
Car il est juste que je die
Un mot de cette Comédie.

C’est un Sujet très bien écrit,
Rempli de morale et d’esprit,
Où, d’ailleurs, l’Intrigue est plaisante
Et tout à fait divertissante.

De HAUTEROCHE en est l’Auteur,
Et chaque Actrice et chaque Acteur
De la SEULE TROUPE ROYALE
En cette Pièce se signale,
Surtout la belle DENNEBAUT,
Où je ne trouve aucun Défaut
Que, pour moi, son peu de tendresse.
Lecteurs, allez voir cette Pièce,
Et, dessus moi, vous assurez
Que bien contents vous en serez.

-Puis retour sur les comédiens italiens évoqués ci-avant :

Celle des Acteurs d’Italie
[Le Théâtre sans Comédie et les Comédiens Juges et Parties, dont le Sieur de Cintio est Auteur.]
De plus en plus paraît jolie
Par de surprenants Incidents
Qu’ils mêlent chaque jour dedans ;
Et CINTIO, Fils d’AURÉLIE,
Dont l’Âme est savante et polie,
Y fait le Rôle d’un Amant
D’un air si tendre et si charmant,
Ainsi que le célèbre OCTAVE,
Toujours et si leste et si brave,
Qu’en vérité, qu’en vérité
Chacun s’en retourne enchanté.

Lettre du 21 juillet 1668, par Robinet

-La fête de Versailles, enfin, se donne à voir :

Dans le PARC de ce beau VERSAILLE,
Qui n’est pas un Lieu de Broussaille,
Mais le Palais le plus riant
Où, du Couchant à l’Orient,
Les claires et pure Naïades,
Les gaies et vertes Dryades,
La jeune Flore et les Zéphirs,
Les Amours, les Jeux, les Plasirs,
Les Labyrinthes, la Verdure,
L’Art, en un mot, et la Nature
Fassent par leurs beaux Agréments
Le doux charme de tous les Sens ;
Là, dis-je, où le Ciel à la Terre
Ses plus chères faveurs desserre,
On vit, Lundi, ce que les yeux
Ne peuvent voir que chez les Dieux,
Ou chez LOUIS, qui les égale
Dedans la pompe d’un Régale.

Quatre Édifices enchantés
Et, je pense aussi, concertés
Dans les secrets d’une Magie
Dont la Puissance est infinie,
S’y voyaient en des Lieux divers,
Passant tout ce qu’en l’Univers
Ont produit les artistes Veilles,
Sans excepter les sept Merveilles.

D’un côté, c’était un Salon
Où l’on découvrait Apollon
Et toute sa savante Troupe,
À qui LOUIS met vent en poupe ;
Car là, bien loin d’être indigent,
Chacun même était tout d’argent.
Ledit Phœbus, chaque Pucelle
Et leur digne Cheval de Selle
Étaient, comme en leur Élément,
Sur le haut d’un Rocher charmant.
Percé partout d’une manière
Laquelle semblait singulière,
Et, par autre effet non moins beau,
Arrosé de cent chutes d’eau,
De qui l’agréable murmure
Charmait l’oreille, je vous jure,
Autant que tout le beau Rocher
Pouvait les yeux aussi toucher.
Qui plus est, ce nouveau Parnasse
Que naïvement je vous trace
Était plein de Bonbons sucrés,
Au Goût, en ce Lieu, consacrés,
Et rangés même avec emphase
En maint et maint précieux Vase
De Porcelaine et de Crystal,
Ainsi qu’un Dessert sans égal ;
Enfin, l’admirable Machine,
S’élevait sur une Rondeur
D’une spacieuse grandeur,
Et, dessus la Circonférence,
Les belles MAJESTÉS DE FRANCE
Soupèrent en Dieux, en ce jour,
Avec toute leur noble Cour,
À la clarté de mille Lustres,
Lesquels, par des effets illustres
Et qu’on ne peut bien exprimer
Quand il faut simplement rimer,
Ressuscitaient cent belle choses
Dans ce brillant Salon encloses,
Qui, vrai comme je vous le dis,
Étaient mortes en plein Midi.

Je ne parle point des Cascades
Par où les liquides Naïades
Se précipitaient à l’envi
(Dont mille fois je fus ravi)
Du haut de tout cet Édifice
Construit avec tant d’artifice,
Ni de ses autres Ornements
Et pompeux enrichissements,
Ni de trois Buffets magnifiques,
Qui ravirent les plus Critiques,
Par l’ordre, que j’observai bien
(Car mes yeux ne passèrent rien),
Où paraissaient, sans menterie,
Cent Chef-d’Œuvre d’Orfèvrerie ;
Mais, entre lesquels, notamment,
Je remarquai soigneusement
Quelques-uns des Travaux d’Hercule.

Sans aucun autre Préambule,
Je passe au second de ces Lieux
Faits pour les plaisirs de nos Dieux :
C’était une Salle superbe
Que, par un magnifique Adverbe,
Je pourrais nommer mêmement
Très superbe plus congrûment,
Et faudrait encor, pour tout dire,
Sans qu’on put en faux s’en inscrire,
Ajouter très galante aussi.
Et vous pouvez le croire ainsi,
Car, outre les riches Dorures,
Les Peintures et les Figures
De diverses Divinités
Qu’on y voyait de tous côtés,
Outre les Lustres, en grand nombre,
Qui, chassant fort plaisamment l’ombre,
Lorsque la Nuit fut de retour,
Firent renaître un plus beau Jour,
Une longue et profonde Allée,
Qui n’est d’aucune autre égalée,
S’y voyait avec deux beaux Rangs
De Myrtes et d’Orangers francs,
De qui les Fleurs et la Verdure
Faisaient une aimable Bordure,
Dans des Caisses toutes d’Argent,
Où l’Art, en admirable Agent,
Avait pris dignement carrière
Sur une si riche Matière.
D’ailleurs, de serpentant Ruisseaux
Roulaient au pied leurs claires eaux,
Et plusieurs Jets, plusieurs Cascades,
Qui plaisent beaucoup aux Dryades
Du liquide Crystal, formaient
Mille figures qui charmaient
Et dont les glouglous harmoniques
Valaient les plus douces Musiques.

Ce Lieu, qui semblait sans égal,
Était destiné pour le Bal,
Et la royale Symphonie,
Y prit ce Divertissement,
Certes, délicieusement,
Tous les Seigneurs, toutes les Dames,
Plus brillants que des Auriflammes,
S’étant tout de leur mieux parés
Pour faire des Pas figurés,
Surtout quantité de Princesses,
Comtesses, Marquises, Duchesses,
Qui portèrent en ces Ébats
Tous leurs grands et menus Appas,
Ceux de l’Art et de la Nature,
Pour, dedans cette Conjoncture,
Faire tomber de leur côté
Le charmant Prix de la Beauté.
Mais notre REINE et vous, MADAME,
N’en déplaise à toute autre Dame,
Le pouviez lors sans nul secours
Emporter, comme tous les jours ;
Et, sans fâcher ces autres Belles,
C’est, je pense, assez dire d’Elles,
Qu’elles étaient autour de vous,
Par un sort vraiment des plus doux,
Et qui passe toutes louanges,
Comme auprès de DIEU sont les Anges.
Là-dessus, sans m’arrêter trop,
Car ma Plume court au galop,
Je vais discourir de l’Allée
Que l’on appelle l’Étoilée.

Cette Allée est nommée ainsi
Pour la raison qu’en bref voici :
À savoir, qu’elle a six issues,
Qui, devers la fin, sont pointues,
À la façon que nous voyons
D’une Étoiles les six Rayons.
Or, le long de toutes ces Lignes,
Qui de mille Vers seraient dignes,
Étaient rangés des Arbres nains,
De fruits, crus et confis tous pleins,
Et plantés, la chose est certaine,
En de grands Pots de Porcelaine.
D’autre part, des Dieux chèvre pieds,
Qui paraissaient tout enjoués,
Quoiqu’il ne fussent qu’en Statues,
Décoraient ces six Aventures,
Et, droit dedans le fin milieu
De ce verdoyant et beau Lieu,
Était encor une Machine
Qu’on ne vit jamais dans la Chine,
Étant tournée en Limaçon,
Où, d’une charmante façon,
Et parmi des Eaux odorantes,
De divers endroits ruisselantes,
On avait fort mignardement
Dressé pyramidalement
Nombre infini de Confitures
Et d’autres friandes Pâtures
Pour la Collation de Jour
De toute la brillante Cour,
Qui fut lui donner la Saccade,
Tournant illec sa Promenade.

Lettre du 21 juillet 1668, par Robinet

-Georges Dandin est représenté :

Mais sur ce point c’en est assez :
Sus, Muse, promptement passés
En cette autre brillante Salle
Qui fut la Salle Théâtrale.
Ô le charmant Lieu que c’était !
L’Or partout là, certe [sic], éclatait.
Trois rangs de riches Hautes-lices
Décoraient ce Lieu de Délices,
Aussi haut, sans comparaison,
Que la vaste et grande Cloison
De l’Église de Notre-Dame,
Où l’on chante en si bonne gamme.
Maintes Cascades y jouaient,
Qui de tous côtés l’égayaient ;
Et, pour en gros ne rien omettre
Dans les limites de ma Lettre,
En ce beau Rendez-vous des Jeux,
Un Théâtre auguste et pompeux,
D’une manière singulière,
S’y voyait dressé pour MOLIÈRE,
Le MOME cher et glorieux
Du bas Olympe de nos Dieux.

Lui-même donc, avec sa Troupe,
Laquelle avait les Ris en croupe,
Fit là le Début des Ébats
De notre COUR pleine d’Appas,
Par un Sujet Archi-comique,
Auquel rirait le plus Stoïque,
Vraiment, malgré bon gré ses Dents,
Tant sont plaisants les Incidents.

Cette petite Comédie
Du crû de son rare Génie
(Et je dis tout, disant cela)
Était aussi, par-ci, par-là,
De beaux Pas de Ballet mêlée,
Qui plurent fort à l’Assemblée,
Ainsi que de divins Concerts
Et des plus mélodieux Airs,
Le tout du Sieur LULLY-BAPTISTE,
Dont Maint est le Singe et Copiste.

D’ailleurs, de ces Airs bien chantés,
Dont les Sens étaient enchantés,
MOLIÈRE avait fait les Paroles,
Qui valaient beaucoup de Pistoles ;
Car, en un mot, jusqu’en ce jour,
Soit pour Bacchus, soit pour l’Amour,
On n’en avait point fait de telles ;
C’est comme dire d’aussi belles.
Et, pour plaisir, plutôt que tard,
Allez voir chez le Sieur BALARD,
Qui de tout cela vend le Livre,
Que presque pour rien il délivre,
Si je vous mens ni peu ni prou ;
Et, si vous ne saviez pas où,
C’est à l’enseigne du Parnasse ;
Allez-y donc vite, de grâce.

Mais revenons à nos Moutons,
Et, pour achever, ajoutons
Que chacun fit là des merveilles
Qui n’eurent jamais de pareilles,
Et qu’à l’envi, soient les Acteurs,
Les Baladins et les Chanteurs,
Tous en ce jour se surpassèrent
Et bravement se signalèrent.

Mais, entre tous ces grands zélés,
Qui se sont si bien signalés,
Remarquable est la THORILLIÈRE, [de la Troupe du Roi.]
Qui, près de tomber dans la Bière,
Ayant été, durant le cours,
Tout au plus, d’environ huit jours,
Saigné dix fois pour une Fièvre,
Qui dans son Sang faisait la mièvre,
Quitta son Grabat prestement
Et voulut héroïquement
Du gros Lubin faire le Rôle,
Qui sans doute était le plus drôle. [Personnage de la Comédie qui fut jouée.]

Voilà comment, en bonne foi,
Tout conspire aux Plaisirs d’un ROI
Qui, sans que trop de lui je dise,
L’Empire avec Jupin divise.
Voilà comment aux jours de Paix,
Ayant terminé ces hauts Faits,
Qui faisaient trembler tout le Monde
Dessous sa Gloire sans seconde,
Il se délasse avec éclat
Des grands Soins qu’il prend pour l’État,
Et qu’il est, tant en Paix qu’en Guerre,
Le plus GRAND Prince de la Terre.

J’oubliais les superbes Feux
Qui brillèrent aux mêmes Lieux
Pour conclusion de la Fête,
Et qui, s’élevant jusqu’au Faîte
De la suprême Région,
Par grosse et claire Légion,
Y semblèrent dire aux Étoiles,
Qui montraient leurs clartés sans voiles,
Qu’Ici bas ce grand FILS DES DIEUX
Régnait, à peu près ainsi qu’eux
Règnent là-haut dans leur Empire.
C’est tout ce que je puis écrire,
Et, comme au bout de mon Papier,
Je vais ma Boutique plier.

Lettre du 28 juillet 1668, par Robinet

-Robinet a été complimenté concernant sa dernière lettre :

Ayant fait assez à la hâte
(Ce qui souvent les choses gâte)
Ma Missive du jour dernier,
Contenant le Récit entier
Du fameux Cadeau de Versailles,
Je crus n’avoir rien fait qui vaille,
Et j’estimais cet Impromptu,
En bonne foi, moins qu’un fêtu.

Je pestais contre le Parnasse
De n’y voir ni brillant, ni grâce,
Ni pas un de ces Ornements
Qui rendent les Écrits charmants ;
Et, la forme en toute manière
Répondant mal à la matière
Selon mon petit jugement,
Je fus en doute constamment
Si je devais, grande Princesse,
Le laisser voir à votre Altesse,
Ni dessous votre auguste Nom,
Qui fonde mon petit Renom,
À tous les Lecteurs ordinaires
De mes Discours Épistolaires.

Mais, quoiqu’ainsi mal satisfait
De ce Récit que j’avais fait,
Ayant enfin, à l’aventure,
Laissé courir mon Écriture,
Plusieurs, moins que moi dégoûtés,
S’y sont aperçus de beautés
Et de diverses Gentillesses,
Ô Perle des Grandes Altesses,
Que (je le dis ingénument)
Je n’y voyais aucunement,
Et, ce qui m’en plaît, une Belle,
Qui plus est très spirituelle,
S’étant avisée en son Lit,
À deux heures après minuit,
Qu’elle n’avait pas lu ma Lettre,
À la lire se voulut mettre,
Fit sa Chandelle rallumer,
Et, bref, ce qui m’a dû charmer,
Le Jeu, ce m’a dit cette Belle,
Valait bien du moins la Chandelle.

Mais, à Vous, vous-a-telle plu ?
Madame, je ne l’ai pas su ;
Et, s’il fallait (que Dieu ne veuille !)
Que ma pauvre petite Feuille
N’eût pas votre aveu mérité,
J’en serai tout déconcerté ;
Mais, attendant que je l’apprenne,
Voici les nouveautés qu’on dit cette Semaine.

-Richesource donne un Art de discourir :

En second lieu, je dois noter,
Pour à nos Lecteurs profiter,
Que l’habile de RICHESOURCE,
Dont le Savoir est une Source
Qu’on ne verra jamais tarir,
A fait un Art de discourir,
Au Bureau, de belle manière ;
Et qui veut dans cette Carrière
Paraître avecque quelque éclat
Doit de ce Livre faire état
Et l’aller en son logis prendre. [Aux deux Croissants, Île du Palais,]
Qu’en Marge vous pourrez apprendre. [quai du grand cours de l’eau.]

Lettre du 4 août 1668, par Robinet

-Monsieur a reçu son frère, le Roi, avec les plus grands égards :

PHILIPPE DE FRANCE, OU MONSIEUR,
Dont le charmant Extérieur,
D’Adonis nous traçant l’Image,
Cache un Héros plein de courage,
Lundi dernier, en noble arroi,
Ce m’a-t-on dit, traita le ROI.
Comme ce Prince est magnifique,
Cette Chère fut angélique :
Tout, dis-je, y parut du grand Air,
Jusque dans le friand Dessert ;
En un mot, ce fut un Régale
Entièrement à la Royale
Et digne, en bonne vérité,
Et du Traiteur et du Traité.
Au reste, ce charmant Convive,
Que de décrire ici j’esquive
Par le détail et le menu,
Ne l’ayant aucunement vu,
Se fit dans un lieu de Plaisance,
Aussi riant qui soit en France, [à S. Ouen.]
Où l’on entre, sans nuls détours,
Par un chemin, comme le Cours
Bordé d’Arbres dont les Feuillages
Entretiennent de frais ombrages,
Où des Vestibules pompeux
Ensuite semblent rire aux yeux,
Où les Salons, Chambres et Salles,
Les Bois, Terrasses et Dédales ;
Les Esplanades et les Eaux
Sont dignes des aspects Royaux ;
Et cette Maison enchantée,
Comme on me l’a représentée,
Est à ce Mortel sage et franc,
Appelé MONSIEUR de BOIS-FRANC, [Directeur Général de la Maison]
Lequel, très brave et galant Homme, [et des Finances de Monsieur.]
Est le grand et digne Économe
Du susdit beau PRINCE traitant,
Qui de lui se tient fort content.

Je viens d’apprendre tout à l’heure,
Que, naguère, en cette Demeure
Il a ce cher Maître traité
Avecque somptuosité
Et même une joie infinie,
Comme aussi belle Compagnie
Que ce Prince avec lui mena,
Qui fort ce grand Festin prôna.
L’Abondance, la Politesse,
Qui charme sa ROYALE ALTESSE,
L’ordre, l’éclat et l’appareil,
Tout, bref, y parut nonpareil :
Sans que j’augmente, ou diminue,
C’est comme j’ai la chose sue.

Lettre du 11 août 1668, par Robinet

-La reine accouche de Philippe-Charles de France, duc d'Anjou :

Cette excellente MAJESTÉ,
Ce rare Trésor de Bonté,
Et de Douceur et de Prudence,
Où le Ciel met en évidence
Ses plus désirables Trésors,
Après quelque légers efforts
Qu’on appelle maux de Tranchée,
Heureusement est accouchée,
Selon nos Souhaits et nos Vœux,
D’un PRINCE qui charme les yeux,
Et de qui le mignon visage
Est de l’Amour la vraie Image,
Tant, à six jours, qu’à peine il a.
Tous ses traits sont formés déjà.

Or cette REINE, belle et blanche,
Mit ce cher LYS au jour, Dimanche,
Par les suites d’un bon Destin,
Sur les neuf heures du matin,
Un Quart moins, si bien je calcule,
Le treize de la Canicule,
Et le Soleil, sans fiction
Étant au Signe du Lion,
D’où les Merveilles, je vous jure,
Pour ce nouveau NÉ l’on augure.

Dans le même instant qu’il parut
Et qu’en un mot son Sexe on sut,
De tous côtés, la belle Joie
De cœur en cœur s’ouvrit la voie
Et fit son Triomphe éclater
Par des cris dont l’on remplit l’air.
Partout, à Saint Germain en Laye,
On se disait (c’est chose vraie,
Ou que je me rompe le cou) :
« Nous avons un beau DUC D’ANJOU.
» Hé, que LOUIS, hé, que THÉRÈSE,
» Entendent le pair et la prèse,
» Et que, dans le beau feu qu’ils ont,
» Ils font bien, certes, ce qu’ils font !
» Ô que leur Royale Lignée
» Est, grâce au Ciel, bien ordonnée !
» Ils ont une Fille et deux Fils :
» DIEU conserve ces trois beaux LYS,
» Et de leur TIGE, si féconde,
» Donne des Rois à tout le Monde !

Tandis qu’on discourait ainsi,
Par un juste et chrétien souci,
On ondoya le jeune PRINCE,
Qui régira bien sa Province ;
Et d’ORLÉANS le grand PRÉLAT,
Si digne de l’Épiscopat,
Fit ladite Cérémonie
Devant très noble Compagnie,
Dont, des premiers, était le ROI,
Des plus contents, en bonne foi,
ITEM, MONSIEUR LE FRÈRE UNIQUE,
Plus sage cent fois qu’un Stoïque,
Et vous, MADAME, à qui mes Vers
Chaque Semaine sont offerts.

La MARÉCHALE Gouvernante,
Sage, belle et très éminente,
Tenait là, d’un air triomphant,
Sur ses Bras blancs, l’illustre ENFANT,
Que, comme son Ange visible,
Par un honneur des plus sensible,
Elle avait en naissant reçu,
Ainsi que de maint je l’ai su.

Bientôt après, dans la Chapelle,
Notre SIRE, par un saint zèle,
Fit rendre grâces au SEIGNEUR
De cette suite de Bonheur
Qui découvre à toute la Terre
Qu’en Amour, qu’en Paix et qu’en Guerre
Il est favorisé des Cieux,
Et que tout succède à ses Vœux.

Au reste, toute la journée,
En ce lieu-là, fut destinée
Aux ravissements, aux transports,
Et chacun y fit des efforts
Pour célébrer cette Naissance,
Sans doute de belle importance.

Le Soir, on vit de tous côtés
Des Brandons, des Feux, des Clartés,
Des Cadeaux, des Jeux et des Danses,
En un mot, des Réjouissances
Dignes du Bourg de Saint Germain,
Qui voit ainsi du SOUVERAIN,
Dans ses Murs, les chers Enfants naître,
Et, certe, il doit bien reconnaître
Un Honneur si grand et si doux,
Lequel lui fait tant de jaloux.

Le même jour, au puissant SIRE
(Et les suivants) on alla dire
Cent belles choses là-dessus,
Par des discours des mieux tissus.
Les Magistrats, les Grands et Grandes
(De quoi l’on ferait des Légendes)
Lui firent tous leurs compliments,
Remplis de nobles Sentiments,
Puis à ce nouveau FILS DE FRANCE
Firent leur humble Révérence.

J’eus aussi, Mardi, ce bonheur,
Avec un ravissant honneur,
Car l’obligeante MARÉCHALE,
De prestance si magistrale,
M’introduisit au cher Dodo
Du Royal et beau POPULO ;
Et la BARONNE de PALÈRE,
SOUS GOUVERNANTE singulière,
Tenait le Rideau, d’un côté,
Par un cher excès de bonté,
Tandis qu’une aimable Pucelle
Et très dévote Demoiselle,
Qu’on appelle de SAINT-ESPRIT,
Dont je parle en un autre Écrit,
Tenait d’obligeante manière
(Comme il était nuit) la Lumière ;
Pour favoriser mes regards,
Lorgnant ce Phœnix des Pouparts,
Si beau qu’encore j’ose dire
Que la REINE et notre Grand SIRE,
Aux beaux Vœux de qui tout répond,
Font à ravir tout ce qu’il font.

Mais, en ce moment, la Fortune
M’étant tout à fait opportune,
J’eus, de plus le charmant bonheur
De baiser la Main de sa SŒUR,
Cette Royale et jeune GRÂCE,
Où la Nature débarrasse
Mille et mille divins Attraits,
Qui, dans les Cœurs feront Florès,
Se dépliants comme une Rose,
Qui dans son Bouton est enclose.
Or cette importante faveur,
Que je consacre dans mon cœur,
Me fut, bonne foi, procurée
Par Dame de moi révérée,
Digne SOUS-GOUVERNANTE aussi,
Et que je nomme exprès ici,
Savoir ; MADAME DE VENELLE,
De toute vertu le modèle.

Mais quoi donc ? oublierai-je IRIS, [Madelle de Visé.]
Qui portait ce Trésor de prix,
Valant mieux que l’Or ni que l’Ambre,
Ainsi que sa Femme de Chambre ?
Non, ma mémoire ne fait pas
Telle lourdise et tel faux pas ;
Je connais trop bien son mérite,
Et de mon devoir je m’acquitte,
Encor très mal, certainement,
D’en parler si modestement.

Pour le rare DAUPHIN DE FRANCE,
Se promenant à toute outrance
Et se portant de tous côtés,
Je le vis sans difficultés ;
Mais c’est un PRINCE, je vous jure,
Le plus vif qu’ai fait la Nature ;
Car ce n’est que flamme et qu’esprit,
Qui, sans aucun relâche, agit,
Et ce sera, l’on peut le dire,
S’il en fut donc, un Maître Sire.

Étant de retour à PARIS,
Tant du tiers que du quart j’appris
Que tout chacun aussi, chez elle,
Avait signalé son beau zèle
En faveur de ce nouveau NÉ
Que j’ai jusques ici prôné.
Lorsqu’on en eut à NOTRE DAME
Rendu grâces en haute gamme,
Et que le clair Seigneur Phœbus,
Qui fournit l’or des jacobus,
Ayant retiré sa Roulette
Et joué, bref, à clin-musette
Dans le moîte sein de Thétis,
On vit de Feux, grands et petits,
Tout icelle ville embrasée,
Sans comprendre mainte fusée,
Dont l’Ascendant audacieux
S’éleva presques jusqu’aux Cieux.
Mais, sur tous, MADAME DE GUISE,
Qui fait tout de fort bonne guise,
De concert avec son ÉPOUX,
Sans avoir nul égard aux coûts,
Célébra ladite Journée,
Aux allégresses ordonnée,
D’un tel air, que, sans la flatter,
On n’y pouvait rien ajouter.

Je veux souffrir quatre cent bernes
Si moins de deux mille Lanternes
Éclairaient leur riche Palais ;
Si les plus chers et friands Mets
Ne furent mis dans un Régale
Qu’ils firent, en très belle Salle,
À quarante et tant de Beautés
À Duchés et Principautés ;
Si mainte féconde fontaine,
D’excellent Jus bachique pleine,
N’y fut exposée aux Passants,
Avec des Concerts ravissants
De Violons et de Trompettes,
Y compris des coups d’Escopettes ;
Si des Feux artificiels,
En pareils cas essentiels,
Ne firent pas, sans que je rêve,
Aussi bien que ceux de la Grève :
Si, pour achever, un grand Bal
Ne fut à tout le reste égal,
Et si cette ALTESSE ÉCLATANTE,
Du jeune Duc l’illustre Tante,
Comme l’Ange du grand Conseil,
Ne conduisit tout l’Appareil
Et ne fit pas les Honneurs même
Avec une sagesse extrême !

Lettre du 18 août 1668, par Robinet.

-A propos de la naissance de Philippe-Charles de France, duc d'Anjou :

La Naissance du beau d’ANJOU,
De la COURONNE un cher Bijou,
Est à miracle célébrée
En toute Française Contrée ;
Mais, avant que je narre rien,
En véridique Historien,
Des Réjouissances Foraines,
Sur les Relations certaines
Qui de Provinces et Cités
Nous en viendront de tous côtés,
Il faut encor, ô sage ALTESSE,
Jaser de celles de LUTÈCE,
Qu’autrement l’on nomme Paris,
Qui, sans doute, emporte le Prix
En toute importante occurrence,
Regardant le Bien de la FRANCE.

Je dois notamment m’égayer
Sur le Feu que firent jouer
Nos Messieurs de l’Hôtel de Ville,
Dont, en mon dernier Évangile,
Je ne pus, faute d’être instruit,
Nullement narrer le Déduit.

Je dirai donc que la Machine,
Qui, d’ici jusques dans la Chine,
Sa pareille encor n’aurait pas,
Faisait voir deux jeunes Altas
Qui soutenaient de leurs Épaules
Un Globe, désignant les GAULES,
Par quantité d’aimable LYS,
Sur un vif azur tous fleuris.
Sans nul besoin que j’en explique,
Ni prou ni peu, le sens mystique,
Vous jugez bien que ces Atlas
Et cette Sphère sur leur Bras
Désignaient nos deux jeunes FRÈRES,
Dont déjà les deux Hémisphères
Adorent le grand Avenir ;
Auxquels l’on verra soutenir,
Avec LOUIS, ce FAIX illustre
Qu’il soutient avec tant de lustre,
À savoir le Faix de l’ÉTAT,
Apprenant de ce POTENTAT
Les secrets d’une Politique
Toute sage et toute héroïque,
Et comment, par d’augustes Faits,
On règne en Guerre et dans la Paix.

Au reste, un Mémoire, en bons termes,
Contient que de superbes Thermes
De Lapis (cela s’entend, feints)
En étaient les dignes soutiens,
Avec de grands et beaux Portiques,
Tous neufs et nullement antiques,
De Marbre (feint pareillement),
Ainsi que tout leur Ornement,
Savoir l’Architrave et la Frise.

Or, de cette Machine exquise,
Selon le récit qu’on en fait,
On admira beaucoup l’effet,
Par mille divers Artifices
Qui des yeux firent les Délice
Lorsque, s’élevant dans les Airs,
Ils les parsemèrent d’éclairs,
De serpenteaux et nouveaux Astres,
Dont on ne craignait nuls Désastres.
De plus, grande Collation
Fut de la Jubilation,
Et tout, dit-on, de force égale
Parut dedans ledit Régale ;
Si bien que ces Messieurs, morbleu,
Firent grande chère et beau Feu.

-Les Fâcheux représentés gracieusement devant le public parisien :

Comme chacun, à leur exemple
(Que toute la Ville contemple),
De se signaler est ravi,
C’est ce qu’on a fait à l’envi,
Et j’en fis en mon autre Épître
Un assez spacieux Chapitre ;
Mais, vraiment, les COMÉDIENS,
Tant les Français qu’Italiens,
Ont, depuis, témoigné leur zèle
De façon si noble et si belle,
Et sans aucun égard aux frais,
(Car on en fait, je vous promets,
Dedans une Rencontre telle,
Tant en violons qu’en chandelle) ;
Ils ont, dis-je, d’un si bel air
Leur affection fait briller,
Donnant GRATIS la Comédie
À quiconque en avait envie,
Et c’est-à-dire à tout Paris,
Qui la voulut voir à ce prix,
Qu’ils méritent bien que l’Histoire
En conserve aussi la mémoire.

-Floridor donne de la voix pour la naissance du duc d'Anjou :

À l’HÔTEL, le Sieur FLORIDOR,
Lequel, quand il lui plaît, dit d’or,
Fit admirer sa belle Langue
En une fluide Harangue,
Touchant cette NATIVITÉ
Qui cause notre gaieté ;
Et, tant lui que sa COMPAGNIE,
De qui chacun le Ciel bénie
(Car je suis bien venu chez eux),
Firent, sans doute, de leur mieux,
Et c’est une chose pareille
Que si je disais à Merveille.

-Molière a également discouru sur le sujet :

Je dois, au Spectateur loyal,
Dire aussi qu’au PALAIS ROYAL
(Car j’y fus en très bonne place,
À MADEMOISELLE HUBERT grâce),
L’excellente TROUPE DU ROI
Fit à ravir, en bonne foi,
Tant dans les FÂCHEUX, qu’on peut dire
Des Fâcheux qui nous font bien rire,
Que dans le MÉDECIN FORCÉ,
Où, depuis qu’on a commencé
Jusqu’à la fin, que l’on s’étouffe ;
Mais, entre les deux, leur Auteur,
Et qui l’est de belle hauteur,
Fit, en cinq ou six Périodes,
Valant six des meilleures Odes,
Un Discours qui bien reçu fut,
Et dans lequel beaucoup me plut
Une Comparaison d’Hercule,
Ou que sa Chemise me brûle !
Outre cela, sous sept Habits,
Aussi vrai que je vous le dis,
Ce brave Auteur, le Sieur MOLIÈRE,
Joua de façon singulière,
Et se surpassa ce jour-là :
C’est tout dire, disant cela.

-... et la fête a battu son plein :

En tête de tous les Externes
Qui, par des Flambeaux, des Lanternes,
Par des Festins et de beaux Feux,
Ont montré leurs Transports joyeux
Sur le sujet de la Naissance
De ce cher second FILS DE FRANCE,
Il me faut remarquer ici,
Par un équitable souci,
De feu MONSIEUR GASTON L’AÎNÉE,
De toutes les Vertus ornée,
Et mêmes d’une piété
Toute exemplaire en vérité.

-La Reine a pris le repos et les eaux à Forges :

C’est à FORGES que son ALTESSE
A signalé son allégresse,
A Forges, dont les saines Eaux,
Qui guérissent de bien des maux,
Arrosent sa Gorge albastrine.
DIEU conserve cette Héroïne !

Or notre PRINCE nouveau-né,
De tous les côtés tant prôné,
Se fait nourrir de bon courage,
Ayant trouvé pour son usage
Un Têton fort blan et fort rond,
Et, comme il lui faut, fort fécond.
Quant à la ROYALE ACCOUCHÉE,
Dans un beau Lit des mieux couchée,
Hors certaine Fièvre de lait,
Se porte, mais bien tout à fait ;
Et cette REINE, qu’on adore,
Est plus brillante que l’Aurore.

MONSEIGNEUR son charmant AÎNÉ,
En toute chose illuminé,
Tout autant qu’un vieux Personnage,
Ce qu’on admire en son jeune âge,
Fit, le jour de l’ASSOMPTION,
Sa première Confession,
D’une si Chrétienne manière,
Et même avec tant de lumière,
Que de REIMS le COADJUTEUR,
Qui lors était son Auditeur
Avec beaucoup de Patience,
Fut tout surpris, en conscience,
De voir cet Amour Pénitent,
Si bien instruit et repentant
De ses innocentes Fredaines,
Comme les Âmes plus mondaines,
Si qu’en disant MEA CULPA,
Trois fois sa poitrine il frappa.

Lettre du 1er septembre 1668, par Robinet.

-Le Marquis Segnelay fait montre de la puissance de son verbe lors de la soutenance d'une thèse devant à un parterre peuplé de beau-monde :

Je viens d’apprendre des Merveilles,
Mais des Merveilles nonpareilles,
Du jeune MARQUIS SEGNELAY,
L’AÎNÉ des FILS, et si bien né,
De ce rare et grand Personnage,
De ce Ministre enfin si sage
Et dans la COUR si renommé,
MONSEIGNEUR de COLBERT nommé,
Dont en maints lieux la Vertu brille
Et de qui toute la Famille
Se signale avec tant d’éclat
Au Service du POTENTAT.

Mercredi donc, aux JÉSUITES,
Admirables dans leurs conduites,
Ce Marquis, élevé par eux,
Qui savent instruire des mieux,
Ayant fait, en Latine Langue,
Une délicate Harangue
À la louange d’un Héros
De tous le plus digne de Los,
À savoir l’auguste MONARQUE
Qui guide si bien notre Barque,
Il soutint, en très bel arroi,
Sous les Auspices de ce ROI,
Une Thèse, grande et hardie,
Sur toute la PHILOSOPHIE,
Depuis Midi jusques au soir,
Sans reprendre haleine, ou s’assoir,
Prêtant à la docte Milice
Le Collet, dedans cette Lice,
Avec telle vigueur,
Que la plupart en perdait cœur.
Ses arguments étaient si fermes,
Sans rien de rude dans les Termes,
Si serrez et si bien dressés,
Que l’on en voyait enfoncés
Ceux des Assaillants les plus rudes,
Quoique ce fussent ses Préludes.

En CELARENT, en BARBARA,
D’un tel air il les rembarra,
Qu’il surprit toute l’Assemblée,
Des plus illustres Gens comblée,
Car on y vit deux CARDINAUX, [De Vendôme et de Rets.]
Le NONCE et trente Épiscopaux,
Cent abbés et Gens à Soutane,
Aussi savants qu’Aristophane,
Tous les Chefs et les grands Amis
De la Balancière Thémis,
Compris le CHANCELIER de FRANCE,
Qui doit primer par excellence
Tous les SECRÉTAIRES D’ÉTAT,
Très utiles au POTENTAT
Par leurs clartés et par leur zèle,
Actif, vigilant et fidèle,
Et presques tous les Gens de Cour,
En qui l’on trouve peu d’amour,
Du moins, au dire de l’Adage :
Jugez si son dire est bien sage.

N’oublions pas Monsieur le DUC,
Qui mérite d’être un Archiduc
Et plus encor, comme son PÈRE
Ayant cœur, esprit et lumière ;
Ni le DUC D’ALBRET, ce Docteur
Qui doit, de si belle hauteur,
Soutenir l’HONNEUR DE L’ÉGLISE,
Que, sans que trop ici j’en dise,
Ce Prince, si fort éclairé
Et comme un Prodige admiré,
Sera mis, dedans les saints Tomes,
Du moins au rang des Chrysostomes.

Mais revenons au SOUTENANT,
Notre seul Objet maintenant,
Et disons, fermant son Chapitre,
Tout le plus long de mon Épître,
Que, le lendemain, il parut,
Tant bien certe il en discourut,
Non moins Docte aux Mathématiques ;
Si que ces Témoins authentiques,
Que je vous ai ci-dessus dits,
En furent encor ébaudis,
Concluant que ce jeune Sage,
Dont seize ans composent tout l’âge,
Serait du Nôtre apparemment,
Quelque jour, un rare Ornement.

Lettre du 8 septembre 1668, par Robinet.

-Robinet attaque Subligny, critique selon lui injuste d'Andromaque :

A propos de Satires, quoi ?
Sous ce nom, l’on voit, bonne foi,
Ici, des Écrits qui sont pires
Dix mille fois que des Satires,
Et qui font, au moins, plus de peur
À maint et maint savant Auteur.
Mais bien fou qui s’en estomaque,
Fût-ce Celui de l’ANDROMAQUE,
Contre qui ce Faux SULBINGNY,
Sans nulle crainte d’être honni,
A fait, sous le nom de Critique,
Claquer sa Fronde satirique,
D’un air que l’on ne vit jamais,
Tant au Théâtre qu’au Palais,
[Cette Critique s’y vend, chez Joly, au coin de la Galerie des Prisonniers.]
Où, quoi que l’on en puisse dire,
On ne peut s’empêcher d’en rire.
Mais, il n’importe, ce Censeur
Est toujours un Homme d’honneur,
Car sa Critique, ou bien satire,
Loin qu’un Auteur elle déchire,
En le louant elle l’instruit,
Et peut produire bien du Fruit
Dans la République Lettrée ;
Telle Critique enfin m’agrée.

-Mais les critiques n'arrêtent pas les hommes de théâtre qui persistent à divertir pour la joie de tous et du gazetier, comme ici les Italiens :

Nos COMIQUES ITALIENS,
Toujours de risibles Chrétiens,
Et féconds en Pièces nouvelles,
Qui sont magnifiques et belles,
En ont une sur le Tapis
(C’est sur la Scène que je dis),
Qui ne doit rien à ses Aînées,
Qu’en leur temps j’ai si bien prônées,
Soit pour les changements divers,
Pour les Ballets, pour les Concerts,
Les Jardins les Architectures,
Les Perspectives, les Peintures
Et les risibles Incidents,
Qui, sans fin, font montrer les Dents
Et rire à gorge déployée ;
Car toute la Troupe enjouée
Y fait des MIRABILIA,
Hors la charmante OLARIA,
Qui n’a nul rôle en cette Pièce,
Féconde Source de Liesse,
Et dont le Titre, en quatre mots,
Est : LES REMÈDES À TOUS MAUX,
Dont j’espère, en quelque autre Épître,
Faire un plus digne et grand Chapitre.

Lettre du 15 septembre 1668, par Robinet.

-L'L’Avare est représenté :

Prenant soins du Plaisir public,
Moi, qui marchant, ne fais point clic,
J’avertis que le Sieur MOLIÈRE,
De qui l’âme est si familière
Avecque les neufs doctes Sœurs,
Dont il reçoit mille douceurs,
Donne à présent sur son Théâtre,
Où son Génie on idolâtre,
Un AVARE, qui divertit,
Non pas, certe [sic], pour un petit,
Mais au delà ce qu’on peut dire,
Car, d’un bout à l’autre, il fait rire.
Il parle en Prose, et non en Vers ;
Mais, nonobstant les Goût divers,
Cette Prose est si Théâtrale,
Qu’en douceur les Vers elle égale.
Au reste, il est si bien joué
(C’est un Fait de tous avoué)
Par toute sa Troupe excellente,
Que cet Avare que je chante
Est prodigue en gais Incidents,
Qui font des mieux passer le temps.

-La représentation des Italiens continue :

Les Grands Comiques d’Italie,
Fléaux de la Mélancolie,
Sont de plus en plus joviaux
Dans leur REMÈDES à TOUS MAUX, [C’est le nom de la Pièce.]
Pièce des plus facétieuses,
Aussi bien que des plus pompeuses,
Où SINTHIO, d’icelle Auteur,
Paraît très agréable Acteur,
Ainsi que l’obligeant OCTAVE,
Toujours et si leste et si brave ;
Où l’admirable AURÉLIA,
Femme habile, si Femme y a,
Et qu’estimait la REINE-MÈRE,
Comme une grande Actrice opère,
De même qu’ISABELLE aussi,
Et nullement cossi cossi ;
Où l’alerte DIAMANTINE
Tout-à-fait joliment badine ;
Où SCARAMOUCHE et le DOCTEUR
Font rire de belle hauteur ;
Où TRIVELIN, sans que j’emballe,
Dedans son Rôle se signale ;
Où le jovial ARLEQUIN
Est un très plaisant Marocain ;
Où, bref, sans qu’aucun d’eux j’oublie,
Leur nouvel Acteur d’Arcadie,
Joue autant bien qu’il peut jouer,
Et ce n’est pas trop le louer.

Lettre du 22 septembre 1668, par Robinet.

-Monsieur et Madame goûtent aux plaisirs de L'Avare :

Ces jours-ci, MONSIEUR et MADAME,
Si bien pourvus de Corps et d’Âme
Pour être l’un de l’autre épris,
Ont fait leur demeure à Paris,
Où leur présence est assez rare ;
Et le divertissant AVARE, [Comédie du Sieur de Molière.]
Aussi vrai que je vous le dis,
Dimanche, en fut très applaudi.

-Puis, les infortunes d'Harpagon passent sur le théâtre de la ville du Grand Condé, où elles ne déplaisent à personne :

Jeudi, Leurs ALTESSES ROYALES,
Qui nulle part n’ont leurs égales,
Furent, environ jour failli,
Se divertir à CHANTILLY,
Où le grand CONDÉ leur fit chère,
Je vous l’assure, toute entière,
Et MOLIÈRE y montra son nez :
C’en est, je pense, dire assez.

-Puis le Roi et la Reine reprennent leurs pérégrinations autour de Paris

Le lendemain, ces deux ALTESSES,
Que le CIEL comble d’Allégresses,
Prirent, avec tous leurs Attraits,
La route de VILLERS-COTTRETS [sic],
Ayant, certe [sic], sans nulle faute,
Fort bien remercié leur Hôte.

-...et parviennent à Versailles :

Lundi, les GRANDES MAJESTÉS,
Ayant près d’eux, de tous côtés,
De beaux Seigneurs et belles Dames,
Plus brillants que des Oriflammes,
Firent un merveilleux Cadeau
A VERSAILLE [sic], leur beau Château.
On y dansa, on y fit chère,
Comme on a coutume d’y faire,
Et l’on y vit, le soir, des Feux
Qui charmaient beaucoup plus les yeux
Que ceux de la Voût céleste,
Ainsi qu’un Mémoire l’atteste
Portant que le SIEUR LIÉGEOIS,
Dont notre SIRE avait fait choix,
Fit admirer là sa Science,
Expérience et suffisance.

-Louis XIV, attentif à la formation du Dauphin, lui désigne un "Gouverneur" (précepteur) de qualité :

Le ROI, Mardi dernier, enfin,
Mit MONSEIGNEUR notre Dauphin
Sous un GOUVERNEUR des plus dignes
Et qui, par ses Vertus insignes,
Avait, dit chacun, mérité
Le choix qu’a fait sa MAJESTê.

Dans sa Maison, Mars et Minerve
Font briller leurs Dons sans réserve,
Et la Sagesse et la Valeur
Ont formé l’esprit et le cœur
De cet illustre Personnage.
Mais, sans en dire davantage,
Je n’ai, pour le bien mieux louer
Qu’à dire que c’est MONTAUSIER.

Ce Nom et le Choix du GRAND SIRE
Passent tout ce que j’en puis dire ;
Et je conclus, tout simplement,
Autant qu’indubitablement,
Que, sous ce Gouverneur habile,
Le jeune LOUIS, en beau style,
Apprendra ce qu’il faut savoir,
Et d’un Grand Prince le Devoir.

Lettre du 29 septembre 1668, par Robinet.

-Le Roi et la Reine sont désormais à Chambord où de nombreux plaisirs les attendent :

LOUIS et l’auguste THÉRÈSE,
Lundi, partirent à leur aise,
Avecque tout leur nombreux Train,
Du vieux Château de SAINT GERMAIN,
Pour aller, du beau temps qui reste
(Cher Présent du Flambeau Céleste),
Passer quelques jours à CHAMBORD,
Lieu, dit-on, de riant abord,
Où le gai Printemps se retrace
Et, bref, où le Plaisir de Chasse
Se trouve un vrai Plaisir de Roi.
Aussi, le Nôtre, en bonne foi,
Prêtent bien comme il faut l’y prendre,
Et là surtout le Perdreau tendre
Ne manquera pas d’avoir l’heur
De divertir ce grand Chasseur.

-Des diplomates venus de Russie, reçus en ce même lieu, prendront part eux-aussi à ces festivités :

Avant qu’il partit, ce cher SIRE,
Digne d’un Monde pour Empire,
Les AMBASSADEUR du Grand CZAR,
Gens sans artifice ni fard,
Avecque mainte révérence,
Dans une publique Audience,
Prirent congé d’aller chez eux,
Ayant, après, été tous deux
Traités avec grande Frairie
Dedans la Capitainerie,
Par l’ordre de Sa MAJESTÉ,
Qui fut très bien exécuté.

Ces Messieurs, qui de telle Chère
Souhaiteraient fort l’ordinaire,
Pour tenir leur Ventre en relief,
À qui le vide est un Grief,
Dirent : « puisqu’il plaît au GRAND SIRE
» De nous donner tant de quoi frire,
» Mangeons, buvons suffisamment, »
Ce qu’ils firent très rondement.

Depuis ce Festin d’importance,
Où régnait la belle Opulence,
Ils ont, pour les présents du ROI,
Qui les surprirent fort, je crois,
Reçu de superbes Tentures
Des Royales Manufactures
Qui se font dans les Gobelins,
Avec des Tapis des plus fins,
Qui leur ont montré que la FRANCE,
Par les soins, et la vigilance
De son Génie universel,
COLBERT, ce célèbre Mortel,
Pour son Roi si rempli de zèle,
A de tout, sans emprunt chez elle.

Enfin, après force Cadeaux,
Suivis de Régales di beaux,
En échange de leurs Hermines
Et de leurs Martres Zibelines,
Ils s’en sont allés, Mercredi,
Après le Repas de Midi,
Contents, autant qu’on peut le dire,
Du bon accueil du susdit SIRE,
Qu’ils ont mille fois admiré
Et presques mêmes adoré,
Voyant tant de divines Marques
En ce plus charmant des Monarques.

-Molière fait jouer Amphitryon devant les plénipotentiaires russes :

Mais je ne dois pas oublier
(Car, certe [sic], il les en faut louer)
Que Messieurs nos Français Comiques,
Et même aussi les Italiques,
Les ont, soit effectivement,
Soit intentionnellement,
Divertis et régalés même,
Avec une Liesse extrême,
Car je sais qu’effectivement
(Et j’en fus témoins mêmement)
La TROUPE où préside MOLIÈRE,
Par une chère toute entière,
Leur donna Son Amphitryon,
Avec ample Collation,
Pas de Ballet et symphonie,
Sans aucune cacophonie ;
Et ces Gens, aimant les Gratis,
Y furent des mieux divertis,
Ayant deux fort bons Interprètes,
Versés aux Langues et Languettes,
Qui leur firent entendre tout
Du commencement jusqu’au bout,
Dont l’un, qui sait, entre autre chose
La belle Rime et belle Prose,
À Nom terminant en io :
C’est A SANCTO ÆGIDIO.

Or, pour achever ce Chapitre,
Et par là finir mon Épître,
Les COMÉDIENS de l’HÔTEL,
Dans un Appareil, non tel quel,
Mais beau, je me le remémore,
Car j’en fus le témoin encore,
Étant en Loge bien posté,
Ont, trois fois, dans l’attente été
Des MOSCOVITES EXCELLENCES,
Avec de magnifiques Danses,
De beaux Poèmes, des Concerts
Et mêmes de friands Desserts ;
Mais, ayant alors des Affaires
Plus que les Ébats nécessaires,
Ils ne purent, dont me chaut peu,
Se rendre dans le susdit Lieu.
Mais toujours la Troupe Royale,
Ayant préparé son Régale [sic],
Les a divertis tout de bon,
Du moins dans son Intention.

Lettre du 6 octobre 1668, par Robinet.

-Le roi et la reine seront bientôt de retour à Paris pour la plus grande joie de ses habitants :

Cet allégrement est bien juste,
PRIMO, j’apprends que notre AUGUSTE
Et la REINE, digne d’amour,
Seront, Vendredi, de retour,
Et c’est un sujet d’allégresse
Et de triomphante liesse,
Notamment pour tout SAINT GERMAIN,
Où cet aimable SOUVERAIN
Doit tenir encor ses Assises,
En attendant que, sans remises,
Après la Toussaint, à PARIS,
Avecque les Jeux et les Ris,
Le Délices et l’Abondance,
Naissants partout de sa Présence,
Il vienne aussi, selon nos vœux,
À notre tour nous rendre heureux.
C’est, du moins, de quoi l’on se flatte
Et qui d’aise déjà dilate
Le cœur de tout Parisien,
En bonne foi, comme le mien.

-Monsieur et Madame feront de même à peu de jours de distance :

SECUNDO, l’on me fait entendre,
Et je ne puis, certes, l’apprendre
Sans être tout joyeux encor
Et prendre allégrement l’essor,
Que MONSIEUR et sa chère ÉPOUSE,
Qui des Vertus ont plus de douze,
Dès Lundi, par avance, Ici
Viennent charmer notre Souci,
Élisant, dit-on, Domicile
Dans leur Palais, en cette Ville,
Au retour de VILLERS-COTTRETS.

-Mais avant de quitter leur séjour de Villers-Cotterêts, ces deux altesses ont couru le cerf :

J’ai su, non par Courrier exprès,
Qu’en ce Lieu, quittant leurs Alcoves,
Pour courre un peu les Bêtes fauves,
Qui d’illec habitent les Bois,
Ils ont mis maints Cerfs aux abois,
Avecque les nombreuses Meutes
Dont les clabaudantes émeutes
Intimident, tant rien que plus,
Les susdits Animaux cornus.

-La cousine de Monsieur, également, court de séjours délicieux en châteaux agréables :

De DOMBES la grand’ SOUVERAINE,
De MONSIEUR Cousine Germaine,
A fait voir ses graves Appas
Dans ces chers et joyeux Ébats,
Ayant fait quelque résidence
Dans le susdit Lieu de Plaisance,
D’où, disant aux Hôtes adieu,
Elle a de son beau COMTÉ D’EU
Pris agréablement la route,
Pour y passer encor, sans doute,
Quelques jours jusques au retour
Et de l’une et de l’autre COUR,
Où cette brillante HÉROÏNE
Charme tout par sa haute mine.

-La nomination de Montauzier en qualité de Précepteur de Dauphin est de nouveau évoquée :

Pour MONSEIGNEUR notre DAUPHIN,
Si beau, spirituel et fin,
Qu’il est un Dauphin admirable
Et, pour mieux dire, incomparable,
Il est très gaillard et très sain,
Au neuf-Château de Saint-Germain,
À présent sa belle Demeure,
Apprenant, sans y perdre une heure,
Tout ce qu’un Prince de son Sang,
Un jeune Héros de son Rang,
Doit savoir pour le Corps et l’Âme,
Suivant la Tablature ou Gamme
De l’illustre DE MONTAUZIER,
Qui, tout ainsi qu’un jeune Osier,
Le tourne, le plie et le forme,
Pour lui donner sa belle Forme
Et s’acquitter de son Emploi
Selon l’intention du ROI.

Ce DUC, par un soin plus illustre,
Ne peut s’acquitter un beau lustre,
Un lustre qui soit immortel
Et rendre son Los éternel ;
Mais aussi, pour dire la chose,
Sans que sur ce point trop je glose,
Ce soin-là, des plus glorieux,
N’est pas des moins laborieux.

Dudit DAUPHIN le petit FRÈRE,
De qui la Naissance est si chère,
Et MADAME, leur jeune SŒUR,
Dont sera féru maint grand Cœur,
Sont aussi, la chose est bien vraie,
En ce beau Saint-Germain en Laye,
Forts sains et saufs, au Château vieux,
Où ces deux Enfants précieux,
Regardez comme deux Merveilles,
Sont les tendres Objets des veilles
De cette Dame de Renom
De qui la MOTHE est le surnom,
La GOUVERNANTE d’importance
De MESSIEURS les ENFANTS de FRANCE,
Et qui, pour en tout dire enfin,
A dans l’Âme du Grand DAUPHIN
Ébauché les Vertus suprêmes,
Qui conviennent aux Diadèmes.

Mais à propos de Saint Germain,
Tout justement le lendemain
De Départ de notre MONARQUE,
Qui tant de Divinité marque,
JUPIN, dont il paraît le FILS,
Y vint visiter nos trois LYS.
Il croyait le faire en cachette ;
Mais sa Foudre, comme indiscrète,
Tout Saint Germain en avertit
Par le vacarme qu’il y fit,
Fourrageant, dans sa mièvrerie
Et dans sa folichonnerie,
Tout l’Étalage d’un Verrier,
Sans y laisser un Verre entier,
Transportant d’un Logis à l’autre
(Disant toujours sa Patenôtre)
Un joli Poupart, ce dit-on,
Sans aucun mal ni lésion,
Et semant des frayeurs mortelles
Dans le cœur de diverses Belles,
Au rapport d’IRIS et sa Sœur,
Dont je suis l’humble Serviteur.

Mais il est cause que j’oublie,
En discourant de sa folie,
D’ajouter encor qu’à SAINT-CLOUD,
Où les Cascades font glou-glou,
MADEMOISELLE aussi réside,
Commande, régente, préside,
Avec les Grâces et l’Amour,
Lequel déjà lui fait sa Cour,
Jugeant bien à ses jeunes Charmes,
Qui déjà font rendre les Armes,
Qu’un jour il règnera par eux,
Tout au moins, sur des demi-Dieux.

-A Chambord, Leurs Majestés se sont adonnées aux plaisirs de la chasse :

En achevant ce beau Chapitre,
Pour le Relief de mon Épître,
Un Monsieur, qui m’oblige fort,
Me montre un Écrit de CHAMBORD,
Dont je sens mon Âme charmée,
Tant par sa Prose bien limée,
Qui montre bien que son Auteur
Est un bien disant Relateur,
Que par ses charmantes Nouvelles,
Dignes des plus belles Ruelles.

Le Ciel, dit cet Écrivain pur,
Étalant là son riche Azur,
Comme à la Naissance du Monde,
Dessus notre Cour sans seconde,
Et l’Air, dedans sa pureté,
Y montrant la sérénité
Qu’il fit voir à nos premiers Pères
Pendant les Jours les plus prospères,
Les deux augustes MAJESTÉS,
Nos visibles Divinités,
S’y divertissent à merveille,
ID EST, de façon nonpareille,
Tantôt au Jeu, tantôt au Bal,
Accompagné de grand Régal,
Et, surtout, souvent à la Chasse
Où force Gibier l’on terrasse,
Tout à fait solennellement,
Ou, pour mieux dire, galamment,
Car la REINE et toutes les Belles
Que l’on voit sans cesse à ses ailes
Y paraissent sur des Coursiers
Qui de les porter sont tout fiers,
En Amazones mêmes armée,
Ayant leurs Têtes emplumées,
Sur des Coiffures de Cheveux
Dignes de mille et mille vœux,
Des Veste d’or, en Broderie,
Où brille aussi la Pierrerie,
Avec de pareils Justaucorps,
Très riches dedans et dehors,
Et des Cravates d’importance,
Qui sont des plus beaux Points de France.

Lettre du 13 octobre 1668, par Robinet.

-Robinet a fait une "lecture publique" de ses rimes devant Monsieur et Madame, fraîchement revenus de Villers-Cotterêts :

Dame Clion, dont j’eus l’honneur,
Par un indicible bonheur,
De lire les dernières Rimes
Devant les ALTESSES sublimes
Qui sont tes deux Divinités,
Sans t’emporter aux vanités
Que l’on remarque en mainte Muse,
Qui d’un riant destin abuse,
Sans, dis-je, avoir, aucun orgueil
De l’obligeant et noble accueil
Que t’ont fait MONSIEUR et MADAME
Comme à Muse de haute gamme,
Voulant, dans leur Cercle charmant,
T’ouïr si favorablement,
Que cela seulement te pique,
S’il est besoin que je m’explique,
Du beau désir de faire mieux
Car enfin est-il sous les Cieux
Aucune Tâche, ni Salaire,
Qui vaille l’honneur de leur plaire ?

Lundi dernier, sans contredit,
Ainsi que je vous l’avais dit,
Ces deux ALTESSES excellentes,
Si complètes et si brillantes,
Revinrent de VILLERS-COTTRETS,
Avec tous leur divins Attraits
Et mêmes de nouveaux encore ;
Oui, j’en peux jurer par l’Aurore,
Et j’en eus les yeux éblouis
Quand, le lendemain, je les vis
Et j’eus la gloire dessusdite,
En présence de Gens d’élite,
D’être de ma Lettre Lecteur,
Dont j’étais ravi dans mon cœur.

L’illustre MADAME COMINGE,
Qui, dehors et dessous le linge
(Car je puis, par l’Extérieur,
Juger de tout l’Intérieur),
Possède mille et mille charmes
À faire aux Cœurs rendre les Armes,
Paraissait là, d’un air riant,
Ainsi qu’un Soleil Orient,
Et, d’une façon très honnête,
Avec maint Éloge, fit fête,
Tant à ma Musette qu’à moi,
Dont je sentis un doux émoi.

De BRÉGY, cette autre Merveille
Qui, par les yeux et par l’oreille,
Comme on sait, charme également,
Se voyait-là pareillement,
Faisant figure d’importance,
Et, par bonté, comme je pense,
Applaudit, non cossi cossi,
Mes historiques Vers aussi.
Or, priant Dieu qu’il la bénie,
Et tous ceux de la Compagnie,
Qui de moi dirent du bien là,
Je leur en rends grâce par là.

Au reste, d’une belle Bouche,
Qui sensiblement le cœur touche
Autant qu’elle ravit les yeux
Par ses Trésors délicieux,
Composés de nacre et de roses,
J’appris, lors, mainte belle chose,
Que voici, de VILLERS-COTTRET [sic],
À savoir, que, dans les Forêts,
MADAME, surpassant DIANE,
Sans avancer rien de profane,
Chassait bien plus habilement,
Ayant un leste Habillement
Et toujours mainte et mainte Belle,
Comme ses Nymphes, autour d’elle ;
Si bien que jamais le Gibier
Ne se vit, certes, giboyer
Par cette charmante Chasseresse,
Ni même avecque plus d’adresse,
Non plus qu’il ne reçut la mort
Jamais par un plus noble Sort.

J’appris aussi, du même Oracle,
Qui peut faire crier miracle,
Que l’une de ces Nymphes-là,
Sans se faire mal tombant là,
Découvrit un Membre d’albâtre
Qui mérite qu’on l’idolâtre ;
Et le nom de cette Beauté
Est... mais chût, car, VERAMENTE,
Il m’est ordonné de le taire.
Souffrez donc, Lecteur débonnaire,
Que je le taise, pour ne pas
Fâcher un Objet plein d’Appas.

À CHAMBORD, à propos de Chasse,
Notre SIRE point ne s’y lasse
En cet Exercice plaisant,
Où la Perdrix et le Faisant,
Sans y penser, chaque journée,
Sent raccourcir sa Destinée
Par ce majestueux CHASSEUR,
Dont tous les Coups vont droit au cœur
De quelque Gibier qu’il pourchasse,
Si que, d’abord, il le terrasse.
Quant au retour de ce Grand ROI
Et de la REINE, en bonne foi,
Il n’en est mention aucune,
Et l’on m’en avait donné d’une
En me l’assurant pour hier.

Ainsi, n’osant plus me fier
À tout ce qui s’en pourrait dire,
De crainte encore de m’en dédire,
Je n’en écris désormais rien,
Que je ne le sache très bien.

Lettre du 20 octobre 1668, par Robinet.

-Le musicien Robert Cambert a donné de son art pour une cérémonie religieuse :

Je viens donc à d’autres Nouvelles
Autant pieuses comme belles,
Et de Paris, non du Levant.
Les JACOBINS du GRAND COUVENT
Ont, pendant une entière Octave,
En leur Église, lors fort brave,
Ou, pour parler plus congrument,
Décorée admirablement,
Fêté leur BIENHEUREUSE ROSE,
Dans le Ciel pour jamais éclose,
D’une merveilleuse façon.
Et ne fait point dire : « c’est mon, »
Ou bien « attendez-moi sous l’Orme ; »
Mais, certe, ceux de la RÉFORME
De la Rue Saint Honoré
Ont beaucoup mieux fait, à mon gré,
Et chacun y criait miracle
À l’aspect du charmant Spectacle
De leur riche et brillant Autel,
N’ayant jamais rien vu de tel.
La Musique et la Symphonie,
Sans aucune Cacophonie,
Y ravissaient par leurs douceurs,
Et, qui plus est, à six grands Chœurs,
Dont CAMBERT, par sa belle Gamme,
Était la docte et savante Âme.
Tous les jours, des Prélats nouveaux,
En leurs habits Pontificaux,
S’y trouvaient au divin Service
Et mêmes y faisaient l’Office.
Les Orateurs étaient choisis
Pour étaler le divin Prix
De cette ROSE ravissante,
Sur toute Rose triomphante ;
Enfin les Boites et les Feux
Y jouèrent aussi des mieux,
Et le Chien de Saint-Dominique,
Qui fait à tout autre la nique,
Venait embraser, bien et beau,
L’Artifice avec son Flambeau.
Je dois ajouter que le zèle,
Digne d’une gloire immortelle,
De leur PREMIER PROVINCIAL,
Que l’on tient homme fort légal,
Comme aussi du PRIEUR encore,
Qui mérite bien qu’on l’honore,
Fut le grand Mobile de tout,
N’ayant point épargné le coût ;
Mais, vraiment, leur ROSE BÉATE
Au Ciel n’en sera point ingrate.

Lettre du 27 octobre 1668, par Robinet.

-Un épisode notable du règne de Louis XIV : le retour d'Henri de La Tour d'Auvergne, vicomte de Turenne, dans le giron de la religion catholique. Ainsi :

Tout à CHARENTON est en larmes,
Et telles y sont les alarmes
Que je ne sais pas, pour certain,
Comment l’on y pourra demain
Faire le Prêche, à l’ordinaire :
On n’y fera, je crois, que braire.

Mais qu’est-ce donc ? d’où, tout de bon,
Vient cette consternation ?
Est-ce que, par un cas sinistre,
Il est mort un fameux Ministre,
Tel, par exemple, qu’un Maurus,
Que l’on tient l’un des plus congrus ?
Non. Est-ce qu’en faisant la Cène,
Comme on sait, pour l’Âme peu saine,
Quelqu’un trop glouton ou zélé,
En prenant trop, s’est étranglé ?
Non. Serait-ce que la Nacelle
Qui porte la Troupe fidèle
Au Temple, dès le grand matin,
Aurait, par un fâcheux destin,
Fait le Plongeon, depuis naguère,
Et boire, sans besoin d’Aiguière,
A plusieurs plus d’eau que de vin
À la Santé du feu Calvin ?
Non. Est ce que le Temple même,
Par un malheur non moins extrême,
Est tout soudainement tombé,
Ou bien qu’il ait été flambé ?
Non. Ah ! que la Fièvre-Quartaine,
Ou la Colique, ou la Migraine
Vous serre, Auteur, s’il ne vous plaît
Dire donc votre ce que c’est.
À quoi bon ?... tout beau, je vous prie,
Lecteur, et trêve de furie.
Voici la disgrâce en deux mots,
Et bien pire que tous ces maux,
Qui de ces Messieurs fait la peine :
C’est que le PRINCE DE TURENNE
Les a très prudemment quittés,
Pour embrasser les VÉRITÉS
Que nous découvre et nous explique
Seulement la FOI CATHOLIQUE.
MARDI donc, ce Sage Mortel,
Devenant Ami de l’Autel,
Déclara, d’une façon gaie,
Qu’il tenait pour l’Église vraie,
Celle où l’on croit sans fiction
La TRANSUBSTANCIATION,
Et qu’il voulait, avecque zèle,
Dans une croyance si belle
Terminer dignement ses jours.
DIEU veuille en étendre le Cours
AD MULTOS ANNOS, je l’en prie,
Afin qu’il illustre sa vie
D’autant de chrétiens et saints Faits
Que de Guerriers il en a faits,
Qui doivent rendre sa Mémoire
Immortelle dedans l’Histoire !

Notre grand Prélat PEREFIX,
À qui je souhaite, pour prix
De ces Vertus dont il éclate.
Une Cardinale Écaralate,
Reçut sa Déclaration,
Ou bien son ABJURATION,
Avec une extrême allégresse,
Et, de sa Langue charmeresse,
Fit à l’illustre Converti
Un Discours des mieux assorti,
Et tout plein de nobles pensées,
Sans nul doute, des plus sensées.

Le DUC D’ALBRET, ce cher Seigneur
Dont l’ÉGLISE attend tant d’honneur
(Attente, vraiment, non point vaine),
Comme Neveu dudit TURENNE,
Étant présent à l’Action,
Sentit une exultation,
N’en doutez point, incomparable,
Ou, pour mieux dire, inénarrable ;
Sans le savoir, j’en juge ainsi,
Et je veux même croire aussi
Qu’il a, de ces grandes lumières
A son Esprit si familières,
Notablement contribué
À redresser le Dévoyé,
Et ma croyance enfin est telle
Pour ce que je connais son zèle.

La liesse d’un tel retour
Est aussi très grande à la COUR,
Espérant qu’un si bel Exemple
En fera bien sortir du Temple,
ID EST Temple de Charenton
Et d’autres Lieux. Soit, bon, bon, bon.

Il faut, pour achever le reste,
Qu’encor aux Externes j’atteste
Que nos Bourgeois, lors tous joyeux,
Firent un grand nombre de Feux,
S’imaginant voir l’Hérésie
Par là d’effroi mortel saisie,
Et mise au rang des Ennemis
Qu’en tant de Lieux il a soumis.
D’ailleurs, les Communautés même, [Communautés Religieuses.]
Ayant une allégresse extrême
D’une telle Conversion,
En chantèrent le TE DEUM,
Ce qui montre que pour ce Prince
On n’a pas une amitié mince,
Et qu’on voit en lui les Vertus
Dont les Héros sont revêtus.

-Le roi et la reine ont quitté Chambord pour le séjour de Saint-Germain :

Samedi, nos deux MAJESTÉS,
Source de nos félicités,
À LINAS, ce dit-on, couchèrent,
Et, le lendemain, retournèrent
À SAINT GERMAIN, au Château vieux,
Dont PARIS est fort envieux.
Mais, à son tour, aux Tuileries,
Lieu jadis des Galanteries
Des Bourgeoises et des Bourgeois,
Il les aura, le prochain mois,
Et, pour lors, Saint Germain, je pense,
Voyant tourner ainsi la chance,
Pourra de son Sort glorieux
Pareillement être envieux.

En chassant, m’a-t-on dit, le Lièvre,
Notre grand DAUPHIN fut à Bièvre,
Au devant de ces SOUVERAINS,
Qui, pour lui de tendresses pleins,
À l’envi tous deux l’embrassèrent,
Le baisèrent, le carressèrent,
Voyant en lui de leurs beaux Feux
Le Chef-d’œuvre si glorieux.

Le Lendemain de leur venue,
Avecque leur Cour, belle et drue,
Les deux ALTESSES que je sers,
Les premiers Objets de mes Vers,
Et pour qui ma Clion s’enflamme,
À savoir MONSIEUR et MADAME,
S’y rendirent diligemment,
Ainsi que dans leur Élément,
Et, tant LOUIS comme THÉRÈSE,
Chacun, certe, en parut fort aise.

MADEMOISELLE D’ORLÉANS,
Dont les Appas nobles et grands
Ont si souvent dans mes Ouvrages
Reçu de très humbles Hommages,
Est encor en son COMTÉ D’EU,
Assez plaisant et riant Lieu,
Et, là, le jour de SAINTE URSULE,
Cette PRINCESSE sans macule,
Chez des Vestales de ce nom,
Entendit un rare Sermon
Touchant la gloire et le mérite
De cette Sainte dessus dite,
Et que fit l’ABBÉ de TORCI,
Qu’elle en loua beaucoup aussi,
Du moins l’on vient de me le dire,
Et moi je veux bien vous l’écrire.

Notre MONARQUE, avant hier,
Parut ici comme un éclair,
Lequel s’échappe de la nue
Et nous vient donner dans la vue.
Il y vit ce palais charmant
Qu’on lui prépare incessamment,
Avec une Pompe suprême
Et bien digne du Diadème,
Pour y passer, en très bel air,
Du moins tout le Quartier d’Hiver.
Dieu l’amène, avec sa Famille,
Où la plus haute gloire brille !

Comme il arriva de Chambord,
Il fut salué, tout d’abord,
Par son AMBASSADEUR de ROME,
De CHAUNES, cet excellent Homme,
Lequel, près de sa SAINTETÉ,
A su servir Sa MAJESTÉ,
Avec tant d’éclat et de gloire
Qu’il en mérite, dans l’Histoire,
Une éternelle mention.
Le ROI le reçut, ce dit-on,
Aussi d’obligeante manière,
Lui donnant Louange pleinière.

C’est tout ce que je sais d’Ici,
Si je n’ajoute encor ceci,
Que l’on n’y voit aucune trace
Du grand Combat touchant la GRÂCE,
Et que tout s’y retrouve en paix,
Tant sur le Droit que sur les Faits.
Mais à LOUIS en est la Gloire,
C’est ce qu’à ROME on peut bien croire.
Sus ! aux Nouvelles de plus loin,
Appliquons un peu notre soin.

-Bien que célébré pour son talent, Poisson est relégué en Apostille par Robinet qui allègue une défaillance de mémoire...

APOSTILLE.

Quelle est ma chienne de mémoire !
Quoi ! je ferme mon Écritoire
Sans dire un seul mot de l’HÔTEL !
Ô je suis un maudit Mortel !
Mes Vers, donc, demeurons-en quittes
En disant que les Moscovites
S’y voient après leur départ,
(Pourtant toute magie à part)
D’une façon à faire rire
Plus cent fois qu’on ne saurait dire,
Et que le fort plaisant POISSON,
Dont ils ont reçu leur façon,
Et de VILLIERS y font deux Rôles
Qui sont, bonne foi, des plus drôles.

Lettre du 3 novembre 1668, par Robinet.

-Pêle-mêle, Robinet mentionne maints divertissement de la cour, parmi lesquels viennent se glisser des sermons du Père Mascaron :

Après ces foraines Nouvelles,
Qui ne sont pas fort de Ruelles,
Il faut que celles de la COUR
Prennent ici place à leur tour.
Elles consistent presque en Chasses
Où la jeune REINE des Grâces,
Des Amours, des Jeux et des Ris,
Aussi bien qu’elle l’est des Lys,
THÉRÈSE, si belle et si bonne,
Et Vous, ma divine PATRONNE,
Qui passez en Appas Cypris,
Semblez deux nobles Talestris,
À la Tête de maintes Belles,
Aux pauvres Hommes plus cruelles
Que n’étaient, tout franc je le dis,
Les Amazones de jadis.
Mais on m’a dit que l’une d’elles,
L’une de ces belles Cruelles,
Qui plante aux cœurs fleur de Souci,
La gente Infante de TOUSSI,
A cuidé s’y voir renversée,
Et dangereusement blessée,
Non par quelque Bête en fureur,
Mais bien par l’indiscrète ardeur
De son Coursier, qui, trop alerte,
Ayant un peu la tête verte,
À toute bride l’emporta
Et lui fit faire presque là
Le plus beau Parterre du Monde.
Je sais bien sur quoi je me fonde :
Disant cela je ne mens point ;
Mais c’en est assez sur ce point.

Que sais-je de la COUR encore ?
Ca, que je me le remémore.
Ah ! le bon Jour de TOUS LES SAINTS,
Elle fit des Actes très saints,
Étant en ces Fêtes d’élite
Toute en dévotion confite ;
Et l’on eut-là du Macaron
Du brave PÈRE MASCARON,
Ou, parlant un peu moins profane,
De la sainte et chrétienne Mâne
Qu’en ces beaux Sermons il répand,
Et voilà comme je l’entends.
On dit qu’il charma les Oreilles
Par ses éloquentes merveilles,
Et, pour moi, je n’en doute point ;
Mais c’en est assez sur ce point.

Votre illustre MOITIÉ, PRINCESSE,
Dès la Veille vint à LUTÈCE,
Faire les Œuvres d’un Chrétien,
Dont il s’acquitte toujours bien,
Et même avec MADEMOISELLE,
Qui semble une jeune Immortelle.
Ce beau Chef-d'œuvre de vous deux
Ouit d’un cœur dévotieux,
Près de la REINE votre MÈRE,
De Piété grand Exemplaire,
Vêpre et Sermon, à Chaliont,
Qui fut fait, certes, comme il faut,
Par un Père scientifique [Le Père Charles-François de Paris, Capucin.]
Et du grand Ordre Séraphique.
Là-dessus je n’invente point ;
Mais c’en est assez sur ce point.

Du propre jour de Saint-Hubert,
Où maint Cerf sera pris sans vert
Au bois de Saint Germain en Laye.
C’est une Prédiction vraie ;
Oui, je crois que je n’erre point ;
Mais c’en est pour ce jour assez dessus ce point.

Lettre du 10 novembre 1668, par Robinet.

-Pour la fête de la Saint-Hubert, Molière donne à voir George Dandin et L’Avare déjà mentionnés plus haut :

PRINCESSE, après cette Apostrophe,
Souffrez qu’en ma première Strophe
Je parle de la SAINT-HUBERT,
Car maint Curieux s’en enquiert
Et, certe [sic], en cette mienne Épître
En croira trouver un Chapitre.

La Chasse a duré quatre jours,
En laquelle, entre maints Amours,
Ou des Objets qui leur ressemblent,
Et devant lesquels les cœurs tremblent,
Vous paraissiez, la REINE et VOUS,
Comme les Souverains de tous,
Par mille Charmes adorables
Autant comme ils sont redoutables.
Le ROI, qui, faute de Combats,
À la Chasse prend ses ébats,
Et qui partout à Vent en poupe,
Présidait à la belle Troupe,
Avecque le Prince charmant
Dont vous êtes le digne Aimant.

Monsieur le DUC, le Parent vôtre,
Bon Ami de la Muse nôtre,
Et le grand Blondin de BEAUFORT,
DUC aussi que j’honore fort,
Étaient de ladite Partie,
Admirablement assortie
En Chasseresses et Chasseurs,
Giboyeuses et Giboyeurs,
Ainsi qu’en Meutes excellentes,
Grandement à la Proie ardentes.

Il en prit mal pour les Destins
De plusieurs Cerfs et plusieurs Daims.
Qui, malgré leur agile course,
Se trouvèrent là sans ressource
Et furent réduits au Trépas,
Qu’ils pensaient fuir à grands pas,
Heureux néanmoins, pour des Bêtes,
De périr dans ces belles Fêtes,
Pour le plaisir et les beaux Yeux
De tant d’Objets dignes des Dieux
Et qui, par leurs rigueurs extrêmes,
Font bien mourir les Hommes mêmes.

De francs Banquets de Luculus,
Et magnifiques encor plus,
Ont, au retour desdites Chasses,
Rempli les avides espaces
De l’Intestin des beaux Veneurs,
Affamés comme des Chasseurs,
Ces Festins s’étant faits de sorte,
Ainsi que l’on me le rapporte,
Qui convenait bien tout à fait,
Car les Plats, Chandeliers, Buffet,
Tout était de beau bois de Corne,
Savoir de Cerf, non de Licorne,
Ou d’autres Animaux cornus,
Desquels il est tant que rien plus.

Le Ballet, Bal et Comédie,
Avecque grande Mélodie,
Ont été de la Fête aussi.
Et, quoique alors je fusse ici,
Néanmoins un chacun j’assure,
Et, si l’on veut, même j’en jure,
Que tout cela fut merveilleux,
Pour ne dire miraculeux,
Car, d’ordinaire, l’on remarque
Que de notre auguste MONARQUE
Les nobles Divertissements
Sont comme des Enchantements.

Au reste, l’on dit que MOLIÈRE,
Paraissant dans cette Carrière
Avecque ses charmants Acteurs,
Ravit ses Royaux Spectateurs
Et, sans épargne, les fit rire,
Jusques à notre grave SIRE,
Dans son PAYSAN mal marié,
Qu’à Versaille [sic] il avait joué,
Et dans son excellent AVARE,
Que ceux de l’Esprit plus bizarre
Ont rencontré fort à leur goût,
Du commencement jusqu’au bout.

C’est, je pense, le beau Régale [sic]
Pour nous traiter à la Royale,
Qu’il nous promet aux premiers jours ;
Faisons y donc un grand concours.

Lettre du 17 novembre 1668, par Robinet.

-Le Roi et de la Reine sont de retour à Paris pour des activités plus "politiques" :

Ces deux MAJESTÉS sans égales
Et ces deux ALTESSES ROYALES,
Depuis leur arrivée Ici,
Ont, par un obligeant souci,
Toutes été rendre visite
À Princesses de haut mérite,
Savoir : MADAME D’ORLÉANS,
Douairière depuis huit ans,
La jeune et charmante DUCHESSE,
BRU de MADAME la PRINCESSE,
Dont les mignons et chers Appas
Étaient alors entre deux Draps
D’une Hollande la plus fine,
Achevant ainsi sa Gésine,
Et MADAME DE GUISE encor,
Que d’oublier j’aurais grand tort,
Honorant bien fort sa FAMILLE
Où le beau Sang de GASTON brille.

Lesdites grandes MAJESTÉS,
Ces visibles Divinités
Du florissant État de France,
Monarchique par excellence,
Ont aussi, depuis leur retour
Dans le Parisien Séjour,
Donné mainte et mainte Audience
À des Ministres d’importance :
Entre autres au Sieur ENVOYÉ
(Pour ce de beaux talents doué)
Du DUC de NEUBOURG, Personnage
Grandement politique et sage,
Et qui du POLONAIS ÉTAT
Voudrait bien être Potentat ;
À l’AMBASSADEUR de VENISE,
Qu’en cette COUR beaucoup on prise, [Le Sieur Justinian.]
Ayant de mérite un gros marc,
Et qui s’en retourne à SAINT-MARC,
Ou bien devers sa République,
Afin qu’un peu mieux je m’explique ;
ITEM, au Nonce de CLÉMENT,
PONTIF de sage entendement,
Et de la Vertu la plus rare
Qu’ait eue aucun Porte-Tiare.

L’AMBASSADEUR et l’ENVOYÉ,
L’un et l’autre étant convoyé
Par un Introducteur illustre,
Ont aussi vu, dans leur Ballustre,
MONSIEUR et MADAME, à leur tour,
Et c’est, à l’égard de la COUR,
Ce que pour ce jour, je puis mettre
Dedans mon Historique Lettre.

Dimanche, l’ABBÉ LE TELLIER,
[Coadjuteur de l’Archevêché de Reims.]
Pour son mérite singulier,
Vit aux Vertus Théologales
Joindre en lui les Épiscopales,
Par cette sacrée Onction
Qui peut faire telle Union.

L’éminent Aumônier ANTOINE,
Aux grandes Actions idoine,
Avec grâce et dextérité
Fit ce Sacre, étant assisté
De deux autres Prélats à Mytre,
Et qui le sont à juste Titre ;
Si vous m’enquérez de leur Nom,
C’est d’ORLÉANS et de MÂCON.

Mais on en vit illec bien d’autres,
Dignes Successeurs des Apôtress,
Et tous triés sur le volet,
Qui faisaient là du feu violet,
Et très éclatante figure
En leurs Habits de Prélature,
Ayant, en bonne vérité,
MONSIEUR LE NONCE IN CAPITE.

Là fut aussi MONSIEUR LE PRINCE,
Et maints autres de Rang non mince,
Dont l’un était MONSIEUR LE DUC,
Qui doit être plus qu’Archiduc.
Enfin, pour ric-à-ric tout dire,
Tous les Courtisans du GRAND SIRE,
Ducs, Maréchaux et Cordons bleus,
Étaient à ce Sacre pompeux,
Et même notre auguste REINE,
Qui sur ses pas les Grâces mène,
Et MADAME, sa Belle-Sœur,
Qui partout rend l’Amour vainqueur,
Y parurent, avec cent Belles,
De qui les ardentes Prunelles
Mirent, j’en jurerais morbleu,
Dans la Sorbonne tout en feu ;
[C’est le Lieu où la Cérémonie fut faite.]
J’entends du Feu qui brûle l’Âme
Et dont la pénétrante flamme
Réduisit sans doute en Charbons
Jusqu’au cœur des Docteurs Barbons,
Mieux que n’eût fait la Flamme grecque

La fameuse Bibliothèque
De cette savante Maison,
Laquelle, en son ample Cloison
Contient tous les Livres du Monde,
Dont la Science illec abonde
Et se trouve en son Élément,
Fut vue, avec grand agrément,
Par ces PRINCESSES excellentes
Et toutes ces Beautés brillantes,
Et MADAME, à ce qu’on m’a dit,
Y vit un très beau Manuscrit
D’HENRI HUITIÈME D’ANGLETERRE,
Qu’avec un grand soin on y serre.

-Chez Madame, trois représentations contentent notre gazetier au plus haut point : Nicomède de Corneille, Pausanias de Quinault et Georges Dandin de Molière. Ainsi :

Achevant de verbaliser,
Gazetiser, nouvelliser,
D’un Monsieur d’assez bonne mine,
J’apprends que chez mon HÉROÏNE,
Jeudi, la TROUPE de l’HÔTEL,
Par un Poème non tel quel,
Charma très nombreuse Assemblée,
De Beaux et de Belles comblée,
Frisés et musqués comme il faut,
Et braves par bas et par haut.

NICOMÈDE était ce Poème
Digne d’une louange extrême :
Il est de CORNEILLE l’AÎNÉ,
Qui fut, je crois, prédestiné
Pour emporter, dans le Tragique,
Tout seul l’Honneur du Dramatique.

À propos, le PAUSANIAS,
Qui de charmes ne manque pas,
Comme vous le pourrez comprendre,
Étant de QUINAULT, l’Auteur tendre,
D’hier se joue au même Hôtel.
Je suis peu connaissant Mortel ;
Pourtant, quand j’aurai vu la Pièce,
J’en entretiendrai ma PRINCESSE
Et vous, par conséquent, Lecteur,
En véridiques Rélateur.

J’ai vu, du comique MOLIÈRE,
De qui la Muse est singulière
Pour portraire le Genre Humain,
La Pièce de GEORGES DANDIN,
Et, sans que trop de bien j’en die,
C’est vraiment une Comédie
Où l’on remarque autant d’esprit
Qu’en nul Sujet qu’il ait écrit,
Et mêmes des plus enjouées,
Aussi bien que des mieux jouées.
Mais, à force de caqueter,
Je n’ai de blanc que pour dater.

Lettre du 24 novembre 1668, par Robinet.

-Monsieur suit le chemin de Diane :

MONSIEUR aussi, ces derniers jours,
Comme l’on ne va plus au Cours,
Fut se divertir à la Chasse,
Avec des Chiens de bonne race
Qui, pour complaire à son désir,
Et lui donner entier plaisir,
Si mal un pauvre Cerf menèrent,
Qu’à ses pieds ils vous l’amenèrent
Faire, comme il fit promptement,
Son IN MANUS ou Testament.

Lettre du 1er décembre 1668, par Robinet.

-En ce début décembre, les représentations dramatiques ci-avant évoquées passent devant le Roi et la Reine :

Lundi, les ALTESSES ROYALES,
En l’une de leurs grandes Sales,
Où tout brillait tant que rien plus,
Virent le grand HÉRACLIUS,
L’un des beaux fruits des doctes Veilles
Du digne AÎNÉ des deux CORNEILLES,
Qu’avec un honneur non tel quel,
Jouèrent Messieurs de l’Hôtel ;
Et le lendemain, chez eux-mêmes,
Ce COUPLE D’ALTESSES SUPRÊMES
Alla voir le PAUSANIAS,
Dont Elles firent fort grand cas,
Car mille biens elles en dirent,
Et très pleinement l’applaudirent ;
Dont son Auteur, Monsieur QUINAULT,
Fit, je crois, d’aise plus d’un saut,
Car ce sont plaisirs ineffables
D’avoir des Éloges semblables.

Lettre du 8 décembre 1668, par Robinet.

-Après le divertissement quelque peu païen du théâtre de ces jours derniers, la dévotion reprend ses droits :

Ces jours passés, aux CARMÉLITES,
DU CIEL les chères Favorites,
On a fait la Translation,
Avec grande exultation,
Des Saints Os de SAINTE-BONOSE,
Vierge et Martyre, dont je n’ose
Faire l’Éloge nullement,
Sachant combien éloquemment
L’a fait, pendant deux Jours, DOM CÔME,
Qui parle comme un Chrysostome,
Des FEUILLANTS digne Général,
Tout à fait savant et Moral,
Et dont la grande Renommée
Est de tous les côtés semée.

L’auguste REINE des Français
L’entendit toutes les deux fois,
Et ses deux beaux Panégyriques,
Fort polis et fort Pathétiques,
Lui plurent merveilleusement,
Et j’en parle certainement.

Il s’en fit un troisième encore,
Pour cette Solennité clore,
Par le Sieur ABBÉ DE MOISSY,
Lequel réussit bien aussi,
S’exerçant en l’Art Oratoire
Depuis longtemps avecque Gloire.
Le premier DIMANCHE D’AVENT
(Ce que je dois mettre en avant
Autant qu’aucune autre matière
Dans mon Épître Gazetière),
Nos deux pieuses MAJESTÉS,
Ayant MONSIEUR à leurs côtés,
Étendirent en leur Chapelle, [Des Tuileries.]
Avec leur Cour nombreuse et belle,
Le disert PÈRE MASCARON,
Qui, durant une heure environ,
Parla sur cette Grande Assise
Qui du Monde sera la Crise,
ID EST le Jugement dernier,
Qui fera trembler le plus fier,
Soit-il Pape, soit-il Monarque,
Soit-il un Guerrier de remarque,
Tenant la Victoire à son Char,
Comme Alexandre, ou bien César.

Mardi dernier, notre grand SIRE,
Que toute Nation admire,
Ayant son ÉPOUSE avec lui,
L’honneur des Reines d’aujourd’hui,
Et plus digne d’être chérie,
Alla voir sa Ménagerie
De VERSAILLES, Château Mignon,
Et non Place à mettre Canon.

Hier, ces MAJESTÉS aimables
Et mêmes presques adorables,
Après quatre jours de séjour,
En revinrent, avec leur Cour,
Pour, au Palais des Tuileries,
Ouïr, non des cajoleries,
Ou Comédie, ou bien Roman,
Mais le Sermon, dévotement,
Qu’en cette grand’ Fête on doit faire
Le Prédicateur ordinaire. [Le Père Mascaron.]

Lettre du 9 décembre 1668, par Mayolas .

-Après une longue interruption, Mayolas reprend ses gazettes. Loin de toute sobriété, il offre au Roi une épître qui témoigne avec emphase de son retour enjoué sur la scène des actualités :

GRAND ROI dont la valeur extrême
Accroît l’éclat du Diadème,
On saura que j’offre ces Vers,
Au Premier de tout l’Univers,
Puisque votre Auguste Personne
Vaut cent fois mieux que la Couronne,
Et si vous êtes bien aimé,
Vous n’êtes pas moins estimé.
Quand l’honneur vous porte à la Guerre,
Votre main lance le Tonnerre,
Et le seul bruit de votre Nom
Fait plus trembler que le Canon.
En huit jours prendre une Province,
Cela n’appartient qu’à mon Prince,
Réduire Dole un Mardi gras,
Ce n’est qu’un coup de votre Bras ;
Cette Victoire d’importance
Était digne du Roi de France.
Durant l’Été, pendant trois mois,
Votre Présence et vos Exploits,
À la Tête de votre Armée,
D’un si brave Chef animée,
Ont conquis de divers côtés
Un joli nombre de Cités.
Les Cyrus et les Alexandres
Qui réduisaient le monde en cendres,
Les Scipions et les Césars
Suivraient partout vos Étendards,
S’ils pouvaient maintenant paraître ;
En LOUIS, ils verraient leur Maître.
S’il s’agit de faire la Paix
Pour le repos de vos Sujets,
On voit aussi triompher la Clémence
Aussi vite que la Vaillance,
Et je ne sais quelle des deux
A des effets plus glorieux ;
S’il s’agit d’user de prudence,
De fermeté, d’intelligence,
Dans la Pratique et le Conseil,
Vous n’avez point votre Pareil ;
Après la Paix et la Conquête,
S’il s’agit de faire une Fête,
De traiter de nuit et de jour
Les Principaux de votre Cour,
Le Bal, Ballet et Comédie,
Le Festin et la Mélodie,
Feu d’artifice le plus beau,
La Figures et les Jets d’eau
Éclatent au tour des murailles
Du petit Louvre de Versailles,
Et font admirer en effet
En vous le ROI le plus parfait ;
S’il s’agit d’aller à la Chasse
Étaler l’adresse et la grâce,
D’un air aimable et Martial,
Monté sur un fort beau cheval,
On vous voit le premier en tête
Attaquer la plus fière bête,
Cerf, chevreuil, biche, sanglier,
Et toute sorte de gibier,
Qui témoignent mourir d’envie
De finir à vos pieds leur vie,
Et de la mort subir la Loi
Pour le plaisir d’un si grand ROI :
S’il s’agit du noble exercice
De votre éclatante Milice,
S’exerçant sous vos Étendards,
Elle vous prend pour le Dieu Mars ;
S’il s’agit du Bal, de la Danse
Et d’un Carrousel d’importance,
Vos pas, votre air, votre action
Donnent de l’admiration,
Et s’il s’agit de la Défense
De l’Église et de la Créance,
On sait que vous méritez bien
Le Titre de ROI Très-Chrétien.
Être Belliqueux, Pacifique,
Libéral, Secret, Politique,
Selon les temps, selon les lieux,
C’est surpasser tous vos Aïeux.
Mais, lassé de grandes Affaires
Et des soins extraordinaires
Que votre Esprit très vigilant
Prend pour un État si brillant,
C’est bien un acte de Justice
Qu’après un pénible exercice
Votre forte application,
Ait quelque récréation.
Cette Muse, en son doux langage,
Allant vous rendre son hommage,
Vous offre un Divertissement
Pour vous recréer un moment.
Ayant eu souvent l’avantage
De mettre en vos mains son Ouvrage,
Elle espère ce même accueil
Pour ses Vers et pour son Recueil.
Vous verrez la Lettre galante
De CÉLIDIE et de CLIANTE
Découvrir et cacher leurs vœux
Couronnés d’un hymen heureux,
Et chacune aura sa Devise
Pour répondre à leur entreprise.
Pendant que ces deux beaux Esprits
Vont travailler à leurs Écrits,
Puissant ROI, faites-moi la grâce
D’ouïr un peu ce qui se passe.

Mardi dernier, toute la Cour
À Versailles alla faire un tour,
Y prit le plaisir de la Chasse,
Qui tout autre plaisir surpasse,
Et de doux Divertissement
Que donnent des lieux si charmants,
Car ce Palais, des plus aimables,
A des beautés incomparables
Sur les plus riantes Maisons,
Pour toute sorte de Saisons ;
L’agrément et la politesse
S’y trouvent avec la richesses.

THÉRÈSE, de qui la Beauté
Répond à sa rare Bonté,
Cette Auguste et Charmante Reine,
Douce et puissante Souveraine,
Par un son louable et pieux,
Alla visiter les Chartreux ;
Du Prieur la diserte Langue
Lui fit une belle Harangue,
Qui plut fort à Sa Majesté,
De même que la propreté
De leur Maison et de leur Temple,
Plus encore leur bon exemple,
Puisqu’on peut lire dans leurs yeux
Qu’ils ont un cœur Religieux.
Ce ne fut point sans des alarmes
Qu’ils virent chez eux tant de charmes ;
Mais l’aspect de tant de clarté
Ne troubla pas leur piété,
Car les vertus avec les grâces
Suivent incessamment ses traces.

-Le gazetier revient ensuite sur plusieurs des nouvelles énoncées ces derniers mois par Robinet, comme par exemple la nomination de Montausier comme précepteur du Dauphin :

Le DAUPHIN, adroit et charmant,
Qui sait bien faire un Compliment,
Ces jours passés, donné visite
À des gens d’un très haut mérite,
Et rendit se civilités
Aux Reines, aux Principautés,
[La Reine d’Angleterre, Madame et Mad. de Guise.]
Qui joyeusement l’accueillirent,
Mille douceurs encore lui dirent.
Que ne doit-on pas dire enfin,
À l’aspect d’un si beau Dauphin,
À qui son Gouverneur suggère [Le Duc de Montausier.]
Des Sentiments dignes du Père ?

-Ou la naissance du Duc d’Anjou :

Sur les neuf heures du matin,
Le cinquième Août, Notre Reine
A pris avec plaisir la peine
De donner un frère au Dauphin.

LOUIS, d’un air tendre et divin,
Assistait cette Souveraine
Pendant la Victoire certaine
Que lui préparait le destin.

Avec Elle toute la France,
Portant ce Fardeau d’importance,
S’en réjouit avec raison.

Le ROI joint sa joie à la nôtre,
Car les Cadets de sa Maison
Valent bien les Aînés d’un autre.

Lettre du 15 décembre 1668, par Robinet

-Le mariage du marquis de Béthune est l’occasion d’une fête :

Monsieur le MARQUIS de BÉTHUNE,
Qui n’est pas de taille commune,
Mais un grand Blondin des mieux faits,
Ayant d’Amour senti les Traits
Par les Yeux d’une aimable Fille,
Et qui même est de sa Famille
(C’est la Pucelle d’ARQUIEN),
Il va, par le Nœud Gordien,
Pour jamais s’unir avec Elle,
Afin de consommer son zèle.

Lundi, ce Nœud fut commencé,
Avec Elle étant fiancé
Au grand Cabinet de la REINE,
Ordinaire et pompeuse Scène
Où les Dieux d’Hymen et d’Amour,
Quand on leur a prescrit le jour,
Joignent à des Amants fidèles
Alternativement les Belles
Qui sont, par un rare Bonheur,
Du Troupeau des FILLES D’HONNEUR,
Comme l’est cette Fiancée,
Spirituelle, bien sensée
Et, bref, pleine d’une douceur
Qui charmera son Possesseur.

Les MAJESTÉS, MONSIEUR, MADAME,
Approuvant cette belle Flamme,
Signèrent ensemble au Contrat
Dressé par un Notaire exact,
Et, qui plus est, notre GRAND SIRE,
Par un Article, non le pire,
Fit insérer un très beau Don,
Duquel, par honneur et guerdon,
Il régalait la DAMOISELLE,
Ayant pour lors à l’entour d’Elle
Ses Compagnes, qui, dans le cœur,
Souhaitaient vraiment qu’un tel heur
Leur arrivât en diligence,
Et j’en juge bien, que je pense.

Oui, oui, je ne me trompe point,
Elles disent, touchant ce point,
Ce que disait une Vestalle
Dont l’Âme était peu monacale :
« Qu’il est doux de se marier !
» Quel charme de se voir lier
» Par les Liens de l’Hyménée !
» Quand viendras-tu, chère Journée ?
» Heureuses Noces, las ? hélas !
» Quand goûterons-nous vos Appas ? »

Après cette Cérémonie,
Que fit en belle Compagnie
Le Grand COADJUTEUR de Reims,
Que Dieu garde du mal de Reins,
On passa dans une Anti-Chambre,
Qui ne sentait que Musc et qu’Ambre
Et tout à fait en noble arroi,
Du riche Appartement du ROI,
Où cette nombreuse Assemblée,
De charmantes Beautés comblée,
Exerça ses souples Jarrets
Jusques à Minuit, à peu près.

LOUIS, d’adorable Stature,
De ce grand Bal fit l’ouverture
Avec THÉRÈSE, en qui l’on voit
Les Grâces que Cypris avait,
Et ces brillants PORTE-COURONNE,
Que la haute Gloire environne,
Firent des Pas majestueux
Et qui quadraient très bien entre eux.
PHILIPPES et son HENRIETTE,
Les chers Objets de ma Gazette,
En qui, comme aux enfants de Dieux,
Tout paraît grand et glorieux,
Et très assorti, ce me semble,
Pour le beau Nœud qui les assemble,
Dansèrent de même entre eux deux
Et cadrèrent aussi des mieux.

Le DUC D’ENGUYEN, de belle guise,
Y mena MADAME DE GUISE,
Et le DUC DE GUISE, à son tour,
Mena la Princesse D’HARCOURT.

Après eux, maints Seigneurs et Dames,
Qui ne respirent que les Flammes
Du Dieu qu’on ne peut renier
Dedans un Âge printannier,
Poupinement baladinèrent
Et par compas escarpinèrent.

Peut-être, curieux Lecteur,
Demandez-vous au Relateur
Quelque Catalogue des Belles
Que l’on vit illec aux Prunelles.
Hé bien ! à peu près le voici,
Pour contenter votre souci,
Mais selon qu’à mon Écritoire
Les rapportera ma mémoire,
Sans observer ordre ni rang ;
Et de la sorte je m’y prends :

Là, fut MADAME la DUCHESSE [D’Enguyen.]
Dont la jeune et mignarde ALTESSE
Fut Spectatrice seulement,
Sortant de Couche fraîchement ;
ITEM, MADAME LA COMTESSE,
Qui, pour cause de sa Grossesse,
Ne fit qu’être Témoin aussi,
Du moins me l’a-t-on dit ainsi ;
ITEM, l’aimable de SOUBISE,
Blanche comme albâtre et non bise,
Et qui certes ne manque pas
De ce que l’on appelle appas ;
ITEM encor, cette Duchesse
Qui peut mener les cœur en laisse,
Savoir la rare de CRÉQUI ;
ITEM aussi, sa Fille, qui
Porte le charmant Caractère
Que donna l’Amour à la Mère ;
ITEM, la veuve d’EUDICOURT,
Marquise ornant des mieux la Cour ;
ITEM, la COMTESSE DE GUICHE,
Dont, à regret, on voit en friche
Tant de jeunes Attraits qu’elle a,
Qui n’étaient pas faits pour cela
ITEM, cette DUCHESSE encore,
Plus brillante cent fois que Flore,
De VAUJOUR, qui porte si haut
Ses charmes qui sont sans défaut ;
ITEM, cette belle Marquise
Par qui mainte Franchise est prise,
Que l’on nomme de MONTESPAN,
Pire au Cœur qu’au Chef le Trépan ;
ITEM, les Filles de la REINE,
Dont chacune, chose certaine,
Mérite un Époux jeune et frais,
Qui cultive bien ses Attraits.

Mais, sus ! terminons ce Chapitre,
Le plus ample de notre Épître,
Disant que la Collation
Fut avecque profusion,
Par notre ROI, que DIEU bénie,
Donnée à cette Compagnie,
Dont tous ces petits rouges Becs,
Faisant trève avec les Rebecs,
Dedans le milieu de la Danse,
S’accommodèrent d’importance.

-Au grand regret du plus grand nombre, la Du Parc est passée entre les mains de la mort :

L’HÔTEL de BOURGOGNE est en Deuil
Depuis peu, voyant au Cercueil
Son Andromaque si brillante,
Si charmante et si triomphante,
Autrement, la belle du PARC,
Par qui l’Amour tirait de l’Arc
Sur les Cœurs avec tant d’adresse.

Cloton, sans yeux et sans tendresse
Comme pour les plus imparfaits,
Et qui n’aime pas le Théâtre
Dont tout le Monde est idolâtre,
Nous a ravi cette Beauté
Dont chacun était enchanté,
Alors qu’avec un port de Reine
Elle paraissait sur la Scène,
Et tout ce qu’elle eut de charmant
Gît dans le sombre Monument.

Elle y fut, Mercredi, conduite
Avec une nombreuse Suite
Dont étaient les Comédiens,
Tant les Français qu’Italiens.

Les Adorateurs de ses Charmes,
Qui ne la suivaient pas sans larmes,
Quelques-uns d’eux INCOGNITO,
Qui, je crois, dans leur MEMENTO
Auront de la belle Inhumée
Fort longtemps l’Image imprimée ;
ITEM, maints différents Amours,
Affublés de sombres atours,
Qui, pour le pas, semblaient se battre ;
ITEM, les Poètes de Théâtre,
Dont l’un, le plus intéressé,
Était à demi trépassé ;
ITEM, plusieurs Peintres célèbres
Étaient de ces honneurs Funèbres,
Ayant de leurs savants Pinceaux
Été l’un des Objets plus beaux ;
ITEM, enfin, une Cohorte
De Personnes de toute sorte,
Qui furent de ses Sectateurs,
Ou plutôt de ses Spectateurs ;
Et c’est ce que pour Épitaphe,
En style d’Historiographe,
Croyant lui devoir ce Souci,
J’en ai bien voulu mettre Ici.

Lettre du 16 décembre 1668, par Mayolas

-Le mariage du marquis de Béthune, déjà mentionné par Robinet :

L’éclatant Marquis de Béthune,
Digne d’une bonne Fortune,
Fiança l’Illustre D’Arquien, [Fille d’Honneur de la Reine.]
Dont tout le monde dit du bien.
Une Royale Compagnie
Honorant la Cérémonie,
On vit unir leurs beaux desseins
Par le Coadjuteur de Reims.

LOUIS et THÉRÈSE signèrent
À l’ample Contrat qu’ils passèrent ;
Puis ce Monarque sans égal,
Avec la Reine, ouvrit le Bal.
Si parfaitement ils dansèrent
Que tous les yeux les admirèrent.
Princes, Princesses de la Cour
[Monsieur, Madame, Le Duc d’Enguien, Madame de Guise et la Princesse d’Harcourt.]
Les secondèrent tour à tour.
Cette Assemblée était brillante
Par une splendeur différente ;
Les Perles et les Diamants
En combattaient les Agréments :
La Collation, le Régale
Rendit la Fête joviale,
Et finit merveilleusement
Ce Pompeux Divertissement.

Lettre du 22 décembre 1668, par Robinet.

-Molière loué avec ses pairs par notre gazetier :

Les Molières et les Boyers,
Les Corneilles, les Bensérades,
Si dignes d’immortels loyers
Et d’Apollon grands Camarades,
Tous les Auteurs les plus brillants
Tremblent en portant leurs Talents
Au fameux Polissoir de sa belle Ruelle.
Mais la, la, pourtant, prenez cœur ;
Elle a bonté pour vous, regardant votre zèle,
Et veut bien vous traiter avec quelque douceur.

-Puis évocation de sa Gloire du Val-de-Grâce (que l'on trouvera ici sur le présent site) :

Il faut, pour Nouvelle frontière,
À propos, ici, de MOLIÈRE,
Marquer que ce célèbre Esprit
Qui sans aucun relâche écrit,
Avec, certe [sic], une gloire extrême,
A, depuis peu, fait un Poème
Si noble, si brillant, si beau
Et si digne de son Cerveau,
Sur la GLOIRE DU VAL-DE-GRÂCE,
Où le Pinceau de MIGNARD trace
Tout ce que son Art a de grand,
Que j’ose bien être garant
Qu’en ce bel Ouvrage il excelle
Et qu’il tire après lui l’échelle.
Ce Mignard, sans doute, est fameux,
Et, par ses Chefs-d’œuvre pompeux,
Qui d’un MONARQUE tout sublime
Lui méritent la haute estime,
Peut, sur les ailes du Renom,
Faire en tous lieux voler son nom :
Mais ce Renom, a le bien dire,
Ne pouvait mieux se faire instruire
Des merveilles de son Pinceau,
Pour en faire un parlant Tableau,
Que par les Rimes héroïques,
Toutes grandes et magnifiques,
De ce Favori des Neuf Sœurs,
Qui lui prodiguent leurs faveurs
Dedans tous les genres d’écrire,
Où justement chacun l’admire.

Ce Poème saint, tout autant
Qu’il est fort, pompeux, éclatant
Et rempli de doctes merveilles,
Qui couronnent ses nobles Veilles,
A surpris et charmé tous ceux
Qui l’ont ouï, dans maints bon Lieux,
Où même, avecque tant de grâce,
Suivant sa mémoire à la trace,
Son grand Auteur l’a récité
Qu’au double on était enchanté.

Par une faveur sans égale,
J’ai pris ma part à ce Régale [sic]
Chez une ILLUSTRE de ce temps
Dont les mérites éclatants
Sont d’un ordre extraordinaire,
Ainsi que vous pourrez le craire [sic],
Ayant su son Nom que voici :
C’est MAD’MOISELLE DE BUSSY,
Nom qui dit plus qu’on ne peut dire,
Et dont je ne puis, sur ma Lyre,
Faire assez dignement sonner
Le los que je dois lui donner.

-Une cérémonie religieuse réunit les plus grands de la Cour :

Les FEUILLANTS, très candides Pères,
Qui traitent les divins Mystères
Toujours chez eux augustement,
D’une Relique de mérite
Du CHEF de SAINTE MARGUERITE,
Qui triompha d’un gros Dragon,
Et fêté trois jours cette Fête
D’une façon si fort honnête,
ID EST avec tel Appareil
Qu’on ne peut rien voir de pareil.
Leur FRÈRE SIMON, plein de zèle,
Avait décoré la Chapelle
(Comme l’Art de Décorateur
Il est un merveilleux Docteur)
Avec tant de pompe et de grâce,
Que ce dévot petit Espace
Semblait, vrai comme je le dis,
Un Raccourci du Paradis,
Où l’on voyait, parmi maint Cierge,
La Benoîte Martyre et Vierge.

DOM CÔME, leur grand Général,
Célèbre Orateur Cathédral,
Qui dessus la Sainte Tribune,
Par une gloire peu commune,
Harangue toujours noblement,
Fit l’Éloge admirablement,
La première des trois journées
À cette Fête destinées,
Et deux autres Religieux
De cet Ordre si glorieux
[Le Prieur des Feuillants de Soissons et Dom Jean de S. Laurent.]
À leur tour le continuèrent,
Et dignement s’en acquittèrent ;
Par où l’on voit que ce Couvent
Ne manque pas d’Hommes savants
Et que, pour des Panégyriques,
Quand il en faut pour ses Reliques,
Il a chez lui-même de quoi,
Sans nul Emprunt, en bonne foi.

MONSIEUR, dont le louable zèle
Leur avait fait avoir icelle,
A témoigné sa piété
Dedans cette solennité,
Avec son ÉPOUSE charmante,
Ma Divinité si brillante,
Et la REINE, exemplairement,
S’y transporta pareillement.

Cette excellente SOUVERAINE
Ainsi se trouve à la NEUVAINE
Que les bons PÈRES THÉATINS
Font les Soirs, et non les matins,
Pour l’Attente des SAINTES COUCHES
Qu’autrefois les célestes Bouches
Annoncèrent du haut des Airs
Aux Pastoureaux, par leurs Concerts.
L’une et l’autre ROYALE ALTESSE,
MONSIEUR et ma belle PRINCESSE,
Y font aussi voir leur ferveur
Au BERCEAU de l’ENFANT SAUVEUR ;
Et leur grande et noble COUSINE,
Qui montre un vrai Port d’Héroïne,
Étant de retour depuis peu
De sa Ville et son Comté d’Eu,
Afin que notre COUR illustre
Ait par elle enfin tout son lustre,
Ne manque pas, tous ces saints Soirs,
D’aller rendre aussi ses Devoirs
En cette petite Clôture,
De qui la ravissante à soi les Yeux,
Transporte les cœurs dans les Cieux.

Je ne puis mieux, cette semaine,
Que sur cela fermer ma Veine
Datant du vingt-et-deux du mois
Qui met soixante-et-huit aux extrêmes abois.

-Les comédiens italiens en apostille font un duel en scène :

Comme il faut que tout court je tranche,
Je dis en deux mots que, Dimanche,
Deux Gens, dans le Royal Manoir,
Aux yeux mêmes du Roi, le soir,
Sans redouter son Ordonnance,
Se battirent à toute outrance,
Et que pourtant Sa Majesté
Ne fit qu’en rire, en vérité.
Ce cas aura droit de surprendre,
Mais un mot le fera comprendre :
Car ce Combat ne fut enfin
Qu’entre Arlequin et Trivelin,
Lesquels, avec toute leur troupe,
Qui désormais a vent en poupe,
Firent rire toute la COUR
Démesurément, ledit jour.

Lettre du 29 décembre 1668, par Robinet.

-La famille royale :

C’est que nos belles MAJESTÉS,
Nos visibles DIVINITÉS,
Sont dedans leur charmant VERSAILLE,
Où l’on chasse et l’on fait gogaille
Sans le moindre brin de souci,
Qui n’est pas pour les Dieux aussi.

Notre DAUPHIN est avec Elles,
Déjà fort amoureux des Belles,
Qui ne le sont pas moins de Lui,
Passant pour l’Amour aujourd’hui.

-Annonce de la représentation du Baron d’Albikrac du jeune Corneille chez Monsieur et Madame :

Ce soir ou demain, chez MADAME,
En qui l’on voit une belle Âme
Joindre mille divins trésors
Aux Appas d’un aussi beau corps,
On doit, au jour de forces Lustres,
Devant plusieurs Beautés illustres,
Qui font dans les cœurs cric et crac,
Voir le cher BARON D’ALBRIKRAC.

C’est de l’habile SIEUR DE L’ÎLE
Une Comédie en beau style,
Où mille jolis Incidents
Font sans cesse montrer les Dents,
C’est-à-dire, sans cesse rire,
Et même, je le puis dire,
À se tenir les deux côtés,
Comme, sans contre-vérités,
Que POISSON dans son Personnage
Se surpasse et fait, ma foi, rage,
Et que tous les autres Acteurs
Y sont de parfaits Enchanteurs.

Lettre du 30 décembre 1668, par Mayolas

-Nouvelles de la cour :

Le ROI, digne d’être immortel,
La veille du jour de Noël,
Ainsi que notre Auguste REINE,
Fut à la fin à la Neuvaine
Que les précieux Théatins,
Remplis de sentiments divins,
Font pour les Couches de la Vierge,
Pour qui l’on brûlait maint beau cierge,
À la gloire de l’Éternel.
Une Musique ravissante
Rendait la piété charmante,
Et le docte Frère Alexis,
Tantôt debout, tantôt assis,
Par ses discours pleins de merveilles,
Ravit les cœurs et les oreilles.
Des personnes de qualité
Y suivirent Sa Majesté,
Qui dans le Palais, dans le Temple,
Sert à toutes de bon exemple.

Versailles, ce riant Palais
Où la richesse et les attraits
Disputent à l’envi la gloire
D’avoir une aimable victoire,
Ce beau lieu, ce charmant séjour
Attire souvent notre Cour.
Depuis six jours, le Roi, la Reine
Agréablement s’y promène,
Et prend les plaisirs innocents
Qu’on y peut goûter en tout temps.

(Textes sélectionnés, saisis et commentés - sauf mention contraire - par David Chataignier à partir du Tome III (années 1668-69) de l'édition du Bon Nathan-James-Edouard de Rothschild et de Émile Picot des Continuateurs de Loret, 1881-1883, Paris, D. Morgand et C. Fatout éditeurs).




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