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Les spectacles et la vie de cour dans les Continuateurs de Loret en 1670


Cette page constitue une des composantes de la documentation sur LES SPECTACLES ET LA VIE DE COUR SELON LES GAZETIERS (1659-1674)

Lettre du mois de janvier 1670, par Mayolas.

-En ce début d'année, Mayolas formule des vœux pour la famille royale :

À ce commencement d’Année,
Suivant l’heureuse destinée,
Déployons tout ce qu’Apollon
A de beau, de rare, et de bon,
Et prions les Muses galantes,
Autant aimables que savantes,
De faire couler dans mes vers
Les accords des plus doux concerts ;
Allons à la petite guerre,
Dans les entrailles de la terre,
Pour arracher l’argent et l’or,
Dont on compose un grand trésor ;
Courons sur le front de Neptune
Pour tâcher à faire fortune,
Et pour cueillir dedans son sein,
Soit loin ou proche du terrain,
Ambre, corail, et pierreries,
Et mille autres galanteries ;
Empruntons pinceaux et burins,
Des plus habiles, des plus fins,
Pour peindre en cent divers ouvrages
Les plus agréables Images ;
Les histoires, et les hauts faits
Des Conquérants les plus parfaits :
Passons encore dans l’Asie,
Cherchons même dans l’Arabie,
Les parfums odoriférants,
Le musc, la civette, et l’encens,
Pour offrir tout ce que je marque
Aux pieds de mon puissant Monarque :
Mais à quoi mets-je ici mon soin,
Tout cela n’est pas de besoin,
Puisque grand ROI, votre puissance
Fait voir aujourd’hui dans la France
Que vous possédez pleinement
Ce que le climat plus charmant
A d’ornements et de richesse,
Et d’éclat, et de gentillesse,
Et qu’on en voit dans vos Etats
Plus que les autres n’en ont pas.
D’ailleurs, les Poètes plus sublimes,
N’ont que des pensers et des rimes,
Qui produisent de bons effets ;
Je forme doncques [sic] ces souhaits,
Que tous vos desseins réussissent,
Que tous vos désirs s’accomplissent,
Que les myrtes et les lauriers
Croissent avec les oliviers,
Qu’après mainte et mainte victoire
Qui vous a couronné de gloire,
Ayant vaincu vos ennemis,
Tous vos sujets vous soient soumis,
Pleins d’une ardeur prompte et fidèle,
Durant cette paix solennelle,
Et qu’une parfaite santé
Suive votre prospérité,
Ainsi que celle de la REINE,
Charmante et belle Souveraine,
De l’incomparable DAUPHIN,
Et de tous les autres enfin,
Qui forment la Maison Royale,
Qui n’a point au monde d’égale,
Ce sont les voeux et les projets
D’un de vos plus humbles Sujets.

-Suleyman Aga, l'envoyé de sa Hautesse, est toujours en France. Il goûte les beautés de sa capitale :

Ecrivons avec allégresse
Que l’Envoyé de sa Hautesse,
Dont il est beaucoup estimé,
Ces jours passés fut enrhumé,
Mais à présent bien il se porte
Au plaisir de toute la Porte,
Et toujours il est bien traité
Aux dépens de sa Majesté.
Comme il a vu dans ce Voyage,
Dans les endroits de son passage,
Tous les Ports de mer les plus beaux,
Les Arsenaux et les Châteaux,
Les Villes les plus apparentes
Et les Maisons plus importantes,
Où partout bien on le traita,
Divertit et complimenta,
Etant dans notre Capitale,
Que je puis nommer sans égale,
Il a soin de voir tous les lieux
Les plus rares et curieux
Qui sont dans notre voisinage,
Et sans prolonger mon langage,
Je puis assurer en ce jour
Qu’il fut jusques au Luxembourg,
Lagibertie et La Fontaine,
Avec Lassus prirent la peine
De l’y conduire avec ses gens,
Dans trois carrosses différents :
Madame d’Orléans Douairière
De qui la vertu singulière
L’élève jusqu’au firmament
Le reçut agréablement,
Fort content de cette Princesse
Pleine d’esprit et de sagesse,
Il admira fort les attraits
De ce magnifique Palais,
Où la beauté de la peinture
Et celle de l’architecture
Lui firent voir pompeusement
Ce qu’elles ont de plus charmant :
Mais avant que plus loin je passe
Disons qu’il fut au Val de Grâce,
Et ce bâtiment précieux
Aussi célèbre que pieux,
Laisse une estime singulière
Pour la REINE qui l’a fait faire ;
Il en admira le travail,
La coupe, ainsi que le Portail,
Le marbre, le fer, la richesse,
Qui sont joints à la politesse,
De ce saint Temple l’appareil,
Ne trouve guère de pareil.
Après sans user de remise
Il vint à l’Hôtel de Venise,
Où les Dames pleines d’appas
Vont gaiement porter leurs pas
Et rendre fréquemment visite
A cet Envoyé de mérite,
Leur aspect et leur agrément
Ne lui déplaisent nullement ;
Attendant que le ROI prononce
De quoi lui donner sa Réponse
Afin d’aller en son Pays,
Pour y faire de beaux récits.

-La reine a participé à l’élévation d’une religieuse :

Une illustre Religieuse,
Dame très sage et très pieuse,
De Chaunes, que je nomme ici,
Du Couvent Royal de Poissy
Est à présent Supérieure,
Puisqu’on la reçut pour Prieure,
Par le Bref de sa Sainteté
Et l’ordre de sa Majesté.
THERESE notre auguste REINE,
Samedi de l’autre semaine,
Favorisant son beau dessein,
L’y mena de sa propre main ;
Plusieurs remarquables Princesses
Et de nos plus belles Altesses,
L’y suivirent avec plaisir,
Conformément à son désir.
Le Grand Colbert dont la prudence,
Le zèle, avec l’intelligence
S’emploient à servir l’Etat,
Y parut en fort bon état.
Gaudin était le Commissaire
Délégué par Notre S. Père,
Pour la mettre en possession,
Il fit voir dans cette action,
Par une parfaite harangue,
Que sa diserte et docte langue
S’acquitte avec affection
De sa noble commission ;
De Chaunes ayant pris la place
Modestement, de bonne grâce,
Dans tous les endroits qu’il fallait
Où dans sa Charge on l’installait,
Par une excellente Musique
Et par mainte voix angélique,
Le Te-Deum y fut chanté
Avec grande solennité ;
Après l’heureuse réussite
D’une si glorieuse élite
On donna la collation
Avec grande profusion,
Avec pompe et délicatesse
A ma Souveraine Princesse,
Et Madame de Péquigny,
Dont le mérite est infini,
Par une bonté libérale
Fit pourvoir à ce beau régale.
Puis la REINE prit le chemin
Du beau château de S. Germain,
Avec sa Compagnie illustre,
Dont elle rehausse le lustre.

-De Paris à Versailles et de Versailles à Saint Germain, la cour entre dans les festivités du carnaval :

La Cour alla dès Mercredi
A Versailles jusqu’à Mardi,
Qu’elle revint d’une heureuse gaie
Loger à Saint Germain en Laye,
Pour commencer le Carnaval,
Et donner quelquefois le Bal.

En Janvier j'écris ma patente,
De l'an mil six cent septante.

Lettre du 4 janvier 1670, par Robinet

-Une fausse nouvelle en ce début d'année : Fouquet serait mort !

Dame Parque, au Teint de Basane
Dont le Corps est si diaphane,
Capote l’Homme incessamment,
Depuis Adam, premier Normand,
Jusques au dernier de sa Race,
À nul, jamais, n’ayant fait grâce,
Fit naguères, un Caracol,
Ce m’a-t-on dit, à Pignerol :
Et visitant dans sa Demeure,
Fort peu plaisante, ou que je meure,
Le Sieur Surintendant, Fouquet,
Borna, par le dernier hoquet,
Sur le déclin de l’autre année,
Sa malheureuse Destinée.
Il n’en fut, je crois, point surpris,
Car il s’était des mieux appris
À recevoir cette Cruelle,
Et, même, il ne souhaitait qu’elle,
Se voyant mort civilement,
Et hors de son cher Élément,
Des bonnes Grâces du Monarque,
Mal qui plus cruel que la Parque,
Nous fait souhaiter que la Mort
Termine, vite, notre Sort.

Ô si j’osais en Philosophe,
Raisonner sur sa Catastrophe,
J’en tirerais, en vérité,
Contre l’humaine Vanité,
Des Arguments et bons, et sages,
Pour apprendre aux grands Personnages,
Mais, non, chacun les prévoit bien,
Et puis l’Exemple n’y fait rien.
Vaut, donc, mieux, laissant cette glose,
Faire un Chapitre d’autre chose.

-De la dévotion royale à Noël :

Il faut que, par toute l’Europe,
Où ma Lettre, du moins, galope,
On sache que nos Majestés
Ont signalé leurs piétés,
A Noël, selon leur coutume,
Car leur beau zèle se rallume,
À tel jour, exemplairement,
Et fait son Devoir hautement.

Bossuet, qui, changeant de Titre,
Va, bientôt, porter une Mitre,
Comme je l’ai dit, ci-devant,
Bornant ses Sermons de l’Avant,
Leur fit, avec son Style tendre,
Encor, des merveilles entendre,
Concernant le Verbe Incarné,
Et, dedans une Crèche né.

-La destinataire de Robinet a également montré sa religiosité :

Brillante, et divine Princesse,
À qui les miens Discours j’adresse,
Ce me semble, assez règlement,
Vous, et votre Époux, si charmant,
De qui la gloire est, certe [sic], extrême,
Fîtes éclater, tout de même,
Votre exemplaire Piété,
En la Parisienne Cité.

Dans une dévote posture,
Vous honorâtes la Clôture
Des neufs jours que les Théatins,
Pères que je crois des plus Saints,
Font pour les Couches de la Vierge,
À la clarté de maint blanc Cierge,
Et même, avec des Ornements
Qui sont de Saints Enchantements,
Et que ces vénérables Pères
Ont fait voir extraordinaires,
Dedans leur grand Temple nouveau,
Lequel sera tout à fait beau,
Lorsque, dans les pieuses Bourses,
Qui sont leurs Fonds, et leurs Ressources,
Ils pourront les moyens trouver
De le faire parachever.

Au reste, l’un de ces bons Pères,
Sur ce plus grand de nos Mystères,
Sur ce célèbre Accouchement,
Vous entretint dévotement,
Et de façon fort affective,
Aussi bien que méditative.

Le jour de la Nativité,
Ainsi qu’on me l’a rapporté,
Vous allâtes aux Carmélites [De la rue du Bouloy.]
Pleines de célestes Mérites,
Et d’Attributs, et beaux et grands :
Et là, Dom Jean de Saint Laurent
Fit à votre Altesse Royale,
Dedans la Chaire, un beau Régale,
Dont, comme Vous, à ce qu’on dit,
Tout l’Auditoire l’applaudit.

Mais c’en est trop sur ces Matières
Qui sont assez peu Gazetières,
Changeons de Sujet, et de ton.

-Des nouvelles de Suleyman Aga :

Muta-Faraca, qui, dit-on,
Est fort à son Prophète,
Assisté de son Interprète,
Visite, exactement, Paris,
Non sans être, beaucoup, surpris
Des raretés qu’on y découvre.
Avant hier, il vit du Louvre,
Les Bâtiments vieux et nouveaux
Qui lui parurent grands et beaux,
Et tout à fait dignes d’un Sire
De qui partout, s’étend l’Empire.
Puis, de bout, en bout, il vint voir
Cet autre si pompeux Manoir,
Que l’on nomme les Tuileries,
Qui, bien qu’elle soient peu, fleuries,
En cette cruelle Saison,
Lui parurent, avec raison,
Encor, l’un des beaux Domiciles
De la plus superbe des Villes.

De là, ce Ministre et ces Gens,
Vinrent visiter, des Feuillants,
L’illustre Maison Monacale,
Et, même, aussi, Maison Royale,
Dont le Général, bien disant,
Qui va, toujours, pindarisant,
Le reçut, en ma conscience,
(Le traitant, même d’Excellence)
D’une façon qui moult lui plut,
Et dont, des plus contents, il fut.

Or, vous savez que quelque Espiègle,
Mille fois, plus malins qu’un Aigle,
Ayant publié çà, de là,
Que ce beau Turc, s’en allait là,
Renoncer, avec sa Séquelle,
A l’Alcoran de l’Infidèle,
Et quittant, et Veste, et Turban,
Prendre du Couvent, l’Habit blanc,
Maintes Gens un peu trop crédules,
N’ayant pas au talon les mules,
Coururent, vite au susdit lieu,
Pour voir ce Miracle de Dieu :
Mais n’ayant rien vu de semblable,
Ils donnèrent l’Espiègle au Diable,
Qui les avait dupés ainsi,
Et je pense, les Turcs aussi.

-En dépit de la période, les fêtes ne sont pas que prières et supplications. Du divertissement, il est aussi question comme cette évocation de Domenico Biancolelli et de son rôle d'Arlequin dans Le Gentilhomme campagnard, ou les Débauches d'Arlequin, d'Angelo-Agostino Lolli :

Arlequin, ce charmant Comique,
Qui, de bien divertir, se pique,
Est devenu grand Débauché :
Mais, bien loin qu'on en soit fâché,
On voudrait qu'il lui prît envie
De l'être, ainsi, toute sa vie.

Ce n'est pas un vin de Lyon,
Que le sien, non vraiment, non, non,
Mais un vin de Singe agréable,
Qui le rend, certe, inimitable
À tous les Suppôts de Bacchus
Qui font usage de son jus.

On comprend bien, comme je pense,
Que sa Débauche est sans offense
Et qu'ici, sans m'équivoquer [sic]
Je parle, s'il faut m'expliquer,
De sa Débauche de Théâtre,
Où cet Acteur Archifolâtre
Est un Imbrïaque folet,
Qui si fort, aux deux Sexes, plaît,
Qu'une aimable et belle Comtesse,
Et qui, même, est un peu Princesse
Le veut aller voir, en ce jour,
Comme les autres, à son tour.

Toute la Troupe fait merveille
En cette Pièce de Bouteille
Et de qui, mêmes [sic], un Docteur, [C'est le Docteur de la Troupe.]
Je vous le proteste, est l'Auteur.

Lettre du 11 janvier 1670, par Robinet.

-Fouquet ressuscité : sa mort, précédemment annoncée, est démentie. Ainsi :

D'abord, nous devons nous dédire
De ce qu'On nous a fait écrire,
L'autre jour, de Monsieur Fouquet.
Cet On est un Menteur parfait,
Lequel, souvent, en fait accroire
Aux Gens trop faciles à croire.

Avec circonspection,
Il faut demander caution,
Alors que c'est On qui parle :
Et je vous jure foi de Charle[s],
Nom d'un très grand Saint, mon Patron ;
Que quoi que dise Monsieur On
Je le tiendrai pour Hérétique,
A moins d'une bonne Authentique.
Je demande grâce, au surplus,
A celui, que, sur tel abus,
J'ai fait mort dedans ma Missive.
Ma douleur en est excessive,
Et, sur ce Point, étant d'accord
Avec les Dieux, le Ciel, le Sort,
Sans que pas un m'en sollicite,
En ce Lieu, je le ressuscite,
Et, puis, passe à d'autres Discours,
Qui, de cet On, n'ont point pris cours.

-La Troupe Royale de l'Hôtel de Bourgogne invitée à Saint-Germain pour jouer devant la Cour Britannicus de Racine avec des intermèdes en musique et en danse:

Toujours la Cour, nombreuse et gaie,
Gîte en son Saint Germain en Laye,
Dont à Paris, il déplaît fort,
Ne pouvant avoir un doux Sort,
Sans voir son Grand, et charmant Sire.
Quelqu’un de là, vient de m’écrire,
Que l’on y prit dernièrement,
Le nouveau Divertissement
Dont la belle Troupe Royale,
Avec tant d’éclat, nous régale :
Et qu’il fut assaisonné d’Airs,
De Pas de Ballet, et Concerts,
Qui, je le dis, sans que je raille,
Relevèrent, encor, la Paille.

Deuxième lettre du mois de janvier 1670, par Mayolas.

-Le roi, destinataire des lettres de Mayolas, est grandement loué par le gazetier :

LOUIS, des grands Rois le modèle,
Rien n’a pu refroidir mon zèle,
Lorsqu’il gelait auprès du feu,
J’écrivais toujours prou ou peu ;
Nonobstant le froid et la glace,
On m’a vu grimper sur [le] Parnasse,
Et par un transport noble et prompt,
Présider sur le double Mont,
Et d’Hélicon et d’Hypocrène,
Pour bien faire couler ma veine,
En dépit de tous les glaçons
De la plus dure des Saisons.
Lorsque l’air faisait mine grise,
Et qu’à pied sec et sans bateau
On passait et repassait l’eau ;
Lorsque la terre était déserte,
De cristal, de neige couverte,
Et qu’on voyait bêtes et gens
Mourir froidement dans les champs ;
SIRE, je sentais dans mon âme
Une si forte et belle flamme,
Que rien ne m’empêchait d’aller,
De rimer et de travailler :
Quoique la plus grande industrie
Fut courte dans l’IMPRIMERIE,
La Presse, l’Encre et le Papier
Se gelait en chaque quartiers ;
Mais comme le grand Luminaire,
Par sa chaleur, et sa lumière,
Mais comme dis-je le Soleil,
Par son lumineux appareil
Dissipe les épais nuages
Et produit cent doux avantages ;
Votre aspect aimable et charmant,
Par un seul regard seulement,
Aussi riant que favorable,
Et par votre accueil agréable,
M’a fait (dans trois ou quatre instants)
Oublier tout le mauvais temps
Et rendu ma première joie
Qu’à longs traits ici je déploie.

-L’abbé d’Harcourt a fait montre de son éloquence ainsi que de son savoir à la Sorbonne :

Ecrivons que l’Abbé d’Harcourt,
Dont le nom en divers lieux court,
Et de qui l’esprit, la science
Répond à sa haute naissance,
Ces jours passés, a répondu,
Et d’un air fort bien entendu
Des Thèses de Théologie,
Avec grâce, avec énergie,
Si bien qu’il est Licencié,
Et chacun fut édifié
De voir le savoir et l’adresse
S’accorder avec les sagesses ;
Tous ses illustres Auditeurs
Restèrent ses Admirateurs,
Louant justement sa personne
Dans notre fameuse Sorbonne.

-Des nouvelles de la Faculté : le médecin royal, Barbereau, est célébré pour son art. Ainsi :

Je vous écris tout de nouveau,
Comme le fameux Barbereau, [Conseiller et Médecin du Roi.]
De qui l’adresse et la doctrine
Excelle dans la Médecine,
Et dont les secrets précieux
Sont aussi bons que curieux,
Sans que son ardeur diminue,
Au public toujours continue
De donner de ses propres mains
Les remèdes plus souverains,
Plus utiles, plus énergiques,
Plus faciles, plus spécifiques,
Et par ses poudres et ses eaux
Il guérit cent sortes de maux ;
Plusieurs personnes remarquables
Et par leur rang considérables,
Enfin des gens de trois Etats
Ont donné des certificats
De ses cures fort importantes,
Aussi belles que surprenantes ;
Comme il est fort homme de bien
Aux pauvres il donne pour rien,
Par un zèle très charitable
De son remède incomparable :
C’est une pure vérité,
Ecrite avec sincérité,
Et si vous ne voulez pas croire
L’autorité de mon histoire,
Chacun pourra bien l’éprouver,
Car l’on n’a qu’à l’aller trouver
Dans sa demeure spacieuse, [Au Collège des quatre Nations.]
Fort commode et fort glorieuse,
Et vous verrez alors sans fard,
Toute la force de son art,
Meilleure qu’on ne saurait dire,
Et que toute la terre admire,
Sans qu’on aille chercher aux Bains
De quoi secourir les humains,
Et sans qu’on prenne tant de peine,
Chez lui l’on trouve une Fontaine,
Qui peut au gré de nos esprits
Donner à boire à tout Paris.

- À Saint Germain, la reine a assisté à la répétition générale de la musique d'ouverture du prochain grand ballet de cour, préparé par Molière et Lully sous le titre de: "Le Divertissement royal" (qui enchâsse Les Amants magnifiques de Molière):

La REINE, qu’un chacun contemple
Comme un parfait et rare exemple,
Aux yeux de toute notre Cour,
Au Château neuf fut l’autre jour,
Avec encor Mademoiselle, [d’Orléans.]
Qui l’aime, et la suit avec zèle,
Pour ouïr un concert charmant,
Qu’on ajuste Royalement,
Pour le Ballet que l’on prépare
D’un air aussi pompeux que rare,
Enfin pour le Ballet Royal,
Qu’on dansera ce Carnaval.

-On se souvient que le décès du précédent souverain-pontife, Clément X, avait été attribué, par Robinet, à la défaite calamiteuse des troupes chrétiennes contre les armées ottomanes en Candie. Le conclave s'est réuni et délibère pour lui trouver un successeur :

Maint Cardinal pieux et grave
Est enfermé dans le Conclave,
Pour nommer à la Papauté
Celui qui l’aura mérité :
Dieu veuille, ainsi qu’on le désire,
Qu’un bon mouvement les inspire.

J'ai fait cet ouvrage réel,
Quelques jours après le dégel.

Lettre du 18 janvier 1670, par Robinet.

-Maudite soit la petite vérole, ennemie de la beauté que tous révèrent :

Le Mal ennemi des beaux Teints,
Qui, par lui, souvent, sont éteints,
Et ciselés de telle sorte,
Qu’une Belle s’aime mieux morte,
Que se voir en tel désarroi,
A donné le dernier effroi
À la Duchesse de Lorraine,
Par son immonde, et sale graine.
Mais ledit Mal si renommé,
Petite Vérole nommé,
Qu’on craint plus que devenir chauve,
L’a laissée, enfin, saine et sauve,
Sans la marquer, aucunement,
Ou bien, certain Mémoire ment.

Lettre du 25 janvier 1670, par Robinet.

-Le Policrate de Boyer connaît un franc succès dont Robinet se fait l'écho :

Parle de l'Heureux Policrate,
Muse, pour n'être pas ingrate,
Du plaisir, qu'à le voir, tu pris
Avecque tant de beaux Esprits,
Lequels, Dimanche, l'admirèrent,
Et tout hautement, le louèrent.

Que ce beau Sujet est heureux,
Et que ce Héros amoureux,
Et Tyridate, aussi, son Frère, [Représentés par les S Champmeslé et Désurlie.]
Ont bien, tous deux, le Don de plaire,
Dedans leur Dissertation,
Pleine de tendre Passion ;
Où l'un désire une Maîtresse,
Qui, résistant à la tendresse,
Le rende plus digne vainqueur
De ses Appas, et de son cœur,
Contre le sort, murmurant même,
Qui fait qu'on l'aime dès qu'il m'aime :
Et l'autre, d'avis opposé,
Veut trouver un Objet aisé,
Qui brûle, d'abord, de la Flamme
Qu'il a fait naître dans son Âme,
Soutenant que toute Beauté,
Par trop, retranchée en Fierté,
Et dans sa hauteur de courage,
Cause moins d'amour que de rage.
Cent brillants, et cent nouveautés,
De leurs Discours, sont les beautés.
Et plusieurs mignons Antithèses,
Ornent leurs amoureuses Thèses,
Qui vrai, comme ici, je le dis,
Rendent les Gens tout ébaudis.

Les Caractères des Princesses,
Qui sont leurs aimables Maîtresses,
Mais, dont ce Policrate heureux,
Attire seul, à soi, les Vœux,
Sont si pleins de choses touchantes,
Et de telle sorte, attachantes,
Que l'on aime, et plaint l'embarras
Où se rencontrent leurs Appas,
Si qu'on a l'âme mi-partie
Pour Elise, et pour Olympie. [Melles Champmeslé et Marotte.]

J'aime le Caractère, encor,
(Où tout est juste, où tout est fort)
De Doronte, ce Politique,
Lequel, plus ferme qu'un Stoïque, [Le sieur de Verneuil.]
Refuse au Roi, jusqu'à la fin,
De souffrir qu'il donne la main
À ladite Elise, sa Fille,
Et qu'il n'entre dans sa Famille.

Cléonte ne me plaît pas moins, [Le sieur de la Roque.]
Appliquant, comme il fait, ses soins,
A persuader le beau Sire,
D'exécuter ce qu'il désire :
Et le merveilleux Dénouement
Me charme, enfin, extrêmement,
Qui rend cette Pièce exacte;
Sans pareil, le cinquième Acte,
Tant il est d'incidents, rempli,
Et de tous les points, accompli.

D'ailleurs, sans que l'Auteur, je flatte,
Des beaux Vers de son Policrate,
Sont tous heureux, tous fortunés,
Et, magnifiquement, tournés.

Cette Pièce Héroïque, au reste,
Est jouée, et je vous l'atteste,
D'un air si noble, et si pompeux,
Qu'il n'est rien plus beau, ni de mieux.
J'en ai, pour garants, les Eloges,
Dont Théâtre, Parterre, et Loges,
Retentissaient incessamment ;
D'où je confirme, sûrement,
Sans, dis-je, que l'Auteur je flatte,
Le Nom d'Heureux à Policrate.

- Bellerose, longtemps directeur de l'Hôtel de Bourgogne, a passé dans l'autre monde :

Mais hélas ! à propos de Rose,
Le célèbre Bellerose,
Qui, jadis, au fameux Hôtel,
Fut un si ravissant Mortel,
Dedans les Rôles de Tendresse,
Où chacun l'admirait, sans cesse,
A succombé dessous les Traits,
De cette Reine des Squelets [sic]
Mais, par d'heureuses Destinées,
Chargé, tout d'ainsi que d'années,
De tant de mérites Chrétiens,
Que (ce sont les Sentiments, miens),
L'on pourrait, pieusement, croire
Qu'il a, de Saint-Genest, la Gloire,
Qui fut de sa Profession,
Et de qui l'on fait mention
Parmi les Saints, dans la Légende.

-Le défunt a emmené sa nièce avec lui, la petite Angélique Du Croisy, petite comédienne prodige âgée de 9 ans :

Mais, sans qu’ici, plus je m’étende
Sur les Fredaines de la Mort,
J’ajoute, non sans pester fort,
Contre la Félonne Tigresse,
Qu’elle a, même, enlevé la Nièce [Fille de M. et de Melle du Croisi.]
En vingt quatre heures, seulement,
Quoiqu’elle fût et jeune, et belle,
Et faite d’aimable Modèle.

Mon Héroïne, maintes fois,
À sa Toilette, à haute voix,
L’a, mêmement, préconisée,
Louée, estimée, et prisée :
Et, certe [sic], elle avait des Appas
Qui valaient bien qu’on en fit cas.

-Pendant ce temps, le roi et ses proches ont commémoré le décès de la Reine-Mère, survenu quatre ans plus tôt (voir http://moliere.paris-sorbonne.fr/base.php?Les_spectacles_et_la_vie_de_cour_dans_les_Continuateurs_de_Loret_en_1666) :

Lundi dernier, tout justement,
On célébra très dignement,
L’auguste, et grand Anniversaire
De notre illustre Reine-Mère,
Tant en l’Église Saint Denis,
Où sont gisant maints Rois des Lys,
Qu’en celle du beau Val de Grâce.

En ce dernier Lieu, fut Monsieur,
Montrant, à son extérieur,
Le deuil constant de sa belle Âme.
Et l’on y vit, aussi, Madame,
Qui, moins, certe, n’en montrait pas,
Et ce jeune Trésor d’Appas,
Que, par excellence, on appelle,
Absolutè, Mademoiselle,
Dont Madame de Clérembault
Ayant, pour ce, tout ce qu’il faut,
Savoir Esprit, Vertu, Prudence,
Prendra, bientôt, la Gouvernante.

Monsieur naguère, à ce effet,
L’avertit du Choix qu’il a fait
De sa Personne habile, et sage,
Par une Lettre en beau langage,
Et contenant des Compliments,
Civils, obligeants, et charmants :
Que lui remit en ses mains propres,
Un Personnage, des plus propres
Pour icelle Commission,
Et qui, le Sieur Baillif, a nom :
Étant, pour ne vous en rien taire,
Aussi, Gentilhomme Ordinaire
De la Maison de ce Héros,
Si digne d’Honneur, et de Lis,
Si galant, et si magnifique,
Et de LOUIS, le Frère unique.

-Baptême aux Carmélites, en présence de la reine et de la Cour, de Mademoiselle de Bourbon (âgée de 4 ans), fille du duc d'Enghien et d'Anne de Bavière, petite-fille du grand Condé :

La Reine, féconde en Attraits,
Et qui le Ciel a faite exprès,
Pour charmer l’auguste Monarque
Qu’on connaît, à plus d’une marque,
Dessus son beau front couronné,
Pour notre parfait Dieu donné,
Mercredi, vint aux Carmélites,
Qui, sont ses chères Favorites :
Et là, donna son charmant Nom
A Mademoiselle de Bourbon,
Qu’elle vit, en belle prestance,
Avecque Philippe de France.

L’Assistance, très belle, fut,
Madame, à la tête, y parut,
Avec sa merveilleuse Infante,
Si brillante, et si triomphante.
Mademoiselle d’Orléans,
Après Elles, primait Léans.
Monsieur le Prince, et son Altesse,
Aussi, Madame la Princesse,
Qui sont les Père, et Mère Grands,
S’y trouvèrent dedans leurs Rangs,
Avec le Duc, et la Duchesse,
Chers Géniteurs de la Princesse ; [Baptisée]
Les deux beaux Petits de Conti,
Sortables pour un grand Parti,
La Duchesse de Longueville,
Généreuse, bonne, civile,
Et d’un cœur digne de son Sang,
La Princesse de Carignan,
En cette Cour, très estimée,
Étant de ses Vertus, charmée,
De Saint-Paul, qui parut un Mars,
Dessus les Candiots Remparts,
Et, bref, quantité de Noblesse,
Tant de l’un que de l’autre Sexe.

Lettre du 1er février 1670, par Robinet.

-Robinet relate une "communication" intervenue entre l’Académie française et une institution similaire sise en Arles. C'est un hommage aux défenseurs de la langue française qu'il rend ici :

Notre Française Académie,
Des Ignares, docte Ennemie,
A reçu des Civilités,
Naguère, par des Députés,
De celle, dans Arles, établie,
Que l’on tient habile, et polie ;
Ayant, pour Chef, depuis un An,
L’illustre Duc de Saint Aignan,
C’est Protecteur que je veux dire,
Sous l’aveu de notre grand Sire :

L’Abbé Testu, rare Orateur,
Et de la nôtre Directeur,
Fit, de sa Langue bien pendue,
Une Réponse bien conçue ;
Marquant, dans ce sien beau Discours,
Qui n’était point d’à tout les jours,
Combien leur Tâche était illustre,
De mettre une Langue en son lustre,
Qui doit, de la Perle des Rois,
Immortaliser les Exploits,
Et tous les Faits, brillants de gloire,
Dans plusieurs Volumes d’Histoire.

Mais je voudrais que ces Messieurs,
Du Langage, grands Epureurs,
Nous fissent voir de leurs Merveilles,
Car, autrement, toutes leurs Veilles,
Foi de très simple Historien,
Ne serviront, jamais, de rien.

-Le Policrate de Boyer connaît un franc succès sur la scène du Théâtre du Marais :

Parlant de l'heureux Policrate,
Dont le renom, partout, éclate,
Il m'est arrivé d'oublier
De vous remarquer que Boyer
Est l'Auteur de ce beau Poème,
Digne d'une louange extrême,
Ainsi, par un juste souci,
Je vous en avertis ici,
Et que c'est au Marais, aussi, que l'on le joue,
Où la brillante Foule, et l'admire, et le loue.

Lettre du mois de février 1670, par Mayolas.

-Mayolas s’exprime sur son art et son destinataire :

VOICI l’agréable journée,
Voici l’heureuse matinée,
La bonne heure et le doux moment,
Où je dois immanquablement
Chercher et prendre en ma mémoire
De quoi composer mon histoire ;
Lorsque je songe quelque fois,
Que j’écris au plus Grand des ROIS,
Le plus puissant, le plus auguste,
Le plus triomphant, le plus juste,
Le plus généreux, le mieux fait,
Le plus prudent, et plus parfait,
Tout hardi que je suis, je tremble,
Et j’en ai sujet ce me semble :
Mais pour ne rien dissimuler ;
Ces mêmes traits qui font trembler,
Rassurent, raniment mon âme,
Et font allumer une flamme,
Pour vos vertus et vos attraits,
Qui ne peut s’éteindre jamais.
SIRE, cette Lettre ordinaire
La marque en un beau caractère,
Et vous montre pour mon bonheur,
Le vrai sentiment de mon cœur.

-Nouvelles de la Sorbonne :

Loysel, Chancelier de Sorbonne,
Dont j’estime fort la personne,
De Saint Jean le digne Pasteur,
De son Troupeau bon Conducteur,
Ayant pour Saint François de Sales
Des affections sans égales,
Pendant trois jours consécutifs,
Avec de grands préparatifs,
Avec la pompe plus exquise,
En fit la Fête en son Eglise,
Où l’on peut voir dans leur éclat
Divers Ornements du Prélat. []
Trois Prédicateurs authentiques
Y firent les Panégyriques
De bonne grâce, éloquemment,
Avec tout l’applaudissement
Des Auditeurs et des Confères
Qui faisaient à Dieu leurs prières.
Le Curé singulièrement
Officiant dévotement,
Par sa piété, par son zèle,
Et par sa conduite fidèle,
Montre qu’il est imitateur
Des Vertus de ce Saint Pasteur.

-La reine a un nouveau serviteur :

Disons avec toute la Ville,
Que le Marquis de la Viéville,
Plein d’un mérite singulier
A la Charge de Chevalier
De notre REINE aimable et belle,
Digne d’une gloire immortelle,
Son soin et sa fidélité
Joints à son assiduité,
Feront dignement l’exercice
De ce noble et galant office.

Le ROI qui connaît bien le prix
Des braves gens, des beaux esprits,
Vient de nommer l’Abbé de Sève,
Et pour son mérite l’élève
A l’Illustre Evêché d’Arras,
Comme tout le monde en fait cas,
Je suis sûr que son Diocèse
De ce choix paraîtra fort aise,
Il connaîtra bien aujourd’hui
Qu’il trouve abondamment en lui
De quoi réparer bien la perte
Que naguères on a soufferte
Par la mort du prédécesseur, [M. Moreau.]
Ayant un si bon successeur.

-Le comte de Vivonne, de retour de Candie, est honoré par Louis le Grand pour sa participation à la lutte contre l'Ottoman :

L’Illustre Comte de Vivonne
Qui dans le beau champ de Bellonne,
A cueilli palmes et lauriers
Au milieu de mille Guerriers,
Etant de retour d’Italie
Et de sa Campagne en Candie,
Ayant fort bien fait son Emploi,
A Saint-Germain a vu le ROI,
Et de ce Prince incomparable
Il eut un accueil favorable :
Mais ajoutons qu’il a prêté
Le serment de fidélité,
Avec de sentiments sincères,
Pour la conduite des Galères,
En qualité de Général
Et Lieutenant Oriental,
Entre les mains de ce Monarque,
Dont il reçut diverse marque,
Et d’estime et d’affection,
Ainsi que d’approbation,
Ayant fait sa Charge importante
Avec une gloire éclatante,
Digne de sa grande valeur
Et digne de mon ROI Vainqueur.

-Des nouvelles du conclave :

A Rome l’on s’attend toujours
De voir bientôt finir le cours
De la Cardinale Assemblée,
Qui quelquefois paraît troublée
Touchant le choix des Prétendants,
Des gens capables et prudents,
Pleins de piété, de science,
Pour élever quelque Eminence
Au degré de la Papauté
Et du Titre de Sainteté ;
Cette affaire vaut bien la peine
Qu’on agisse de longue haleine,
Et qu’on examine avec poids
Celui dont on fera le choix :
Il faut un mérite assez rare
Pour bien mériter la Thiare,
Et le Chef de la Chrétienté
Doit être plein d’intégrité.
Au Conclave on est en balance,
Mais les grands Cardinaux de France
Etant enfin arrivés là,
Pourront bien terminer cela.

-Les membres d'une académie de province (la Provence) souhaitent écrire un ouvrage pour célébrer le roi :

Avant que de finir disons,
Aux yeux du public exposons
Dans notre missive historique
Que l’Assemblée Académique,
Qui dans le Pays Provençal
Etablit son Siège natal,
Ici maints Députés envoie,
Avec diligence, avec joie
Pour faire au ROI son compliment,
Touchant son établissement
Sous la protection aimable,
Et la faveur considérable
De Saint Aignan, Duc généreux,
Habile autant que courageux,
Elle prétend avoir la gloire,
D’écrire dignement l’histoire
Du plus grand ROI de l’Univers,
A qui je consacre mes Vers,
Et son soin et son éloquence
S’en acquitteront d’importance.

Je termine ce mien labeur,
Un jour après la Chandeleur.

Lettre du 8 février 1670, par Robinet.

-Pendant le conclave, les maladies assiègent les cardinaux :

Je sus hier, d’un Médecin,
Que le Conclave est si mal sain,
Que plusieurs Cardinaux en sortent,
Qui mal, diversement, se portent :
L’un (qu’on ne dise point c’est mon)
D’inflammation au Poumon,
L’autre de Goutte, froide, ou chaude,
Qui l’a surpris, illec, par fraude ;
L’un de Rumathisme, ou de Toux,
Qui ne sont pas des maux trop doux,
L’autre de Gravelle, ou de Fièvre,
Qui le rend plus tremblant qu’un Lièvre,
Celui-ci, de Défluxion [sic],
Celui-là, de Rétention,
L’autre de Pierre, ou de Colique,
Soit bilieuse, ou néphrétique,
L’autre, même, d’un surcroît d’Ans,
Mal qui prend à coup, là dedans ;
Si bien que, sans nul Privilège,
Tout Membre du Sacré Collège,
Devient infirme en ce Lieu-là.
Mais Pasquin jasant sur cela,
Suivant ses Rébus admirables,
Dit que ce sont tous maux Papables,
Et tendant au Pontificat,
Et que tel languit au Grabat,
Qui serait gai, demain au Trône.
Mais ce que ledit Pasquin prône,
N’est pas Catholique, et Chrétien,
Et j’en fais cas comme de rien.

-Robinet se fait l'écho de la première représentation des Amants magnifiques (il croit encore que Benserade est l'auteur du "dessein" alors qu'il a été supplanté par Molière, auteur de la totalité du ballet) :

Comme voici le Carnaval,
Un Divertissement Royal
À présent, notre Cour occupe,
Dont, sans que rien me préoccupe,
Je puis dire, après l'Imprimé
Demi-prosé, demi-rimé,
Qu'en a dressé ce Chantre illustre
Bensérade, Homme du Balustre,
Qu'il passe tout ce qu'on a vu,
De plus grand, de mieux entendu,
De plus galant, plus magnifique,
De plus mignon, plus héroïque,
Pour divertir, en ce temps-ci,
Où l'on met à part, tout souci,
La Cour du plus grand Roi du Monde.

Il y paraît le Dieu de l'Onde,
Et le Dieu de Mont Parnassus,
Avec tant d'éclat que rien plus,
Qui fait que tout chacun admire,
Ce redoutable, et charmant Sire :
Qui, sans contrefaire ces Dieux,
Est, par ma foi, bien plus Dieu qu'eux.

Ailleurs, je reprendrai Carrière
Sur cette pompeuse matière,
Qu'ici, je ne fais qu'effleurer,
Faute de place pour narrer
Ce Spectacle, presque céleste
Et, dedans le blanc qui me reste.
Je vous donne avis qu’un Amour
De Chypre, échappé, vole, et cour,
Incessamment, de Ville en Ville,
Et, tout ainsi qu’un Peinte habile
Y fait des Belles, les Portraits,
Avecque de fidèles Traits,
Ainsi que des Spirituelles,
Qui tiennent les doctes Ruelles,
Et, même, des Gens de valeur,
Qui mêlent dans leur noble cœur,
Les feux de Mars, avec sa Flamme,
Dont doit brûler toute belle Âme.
C’est un Livre qu’on nomme ainsi, [l’Amour échappé.]
Et qui contient, en outre aussi,
Trente-neuf Histoires Galantes,
Qui sont des plus divertissantes.
Comme ces trois sortes de Gens
Se trouvent, donc, compris dedans,
Je n’ose annoncer où ce Livre,
Par des Libraires, se délivre,
Prévoyant qu’en foule, on ira,
Et que désordre en proviendra.
Mais, dut-on, après, m’en maudire,
Je m’en vais, pourtant, vous le dire,
C’est en ce fameux Lieu de Plaids,
Que l’on appelle le Palais.

Lettre du 15 février 1670, par Robinet.

-Le marbre, trésor de France, selon notre gazetier :

La France jouit d’un Trésor,
Depui peu, qui vaut mieux que l’Or,
En qui, d’autre part, elle abonde
Autant qu’aucun État du Monde.

Ce Trésor, qui, dis-je, vaut mieux,
Que ce Métal si précieux,
Qui ne croît pas dessus un Arbre,
Sont plusieurs Carrières de Marbre,
Qu’on a, sous nos heureux Destins,
Découvertes sur les Confins
Du Pays vineux de Bourgogne,
Où l’on voit mainte rouge Trogne,
Et de celui du Bourbonnais,
Fertile, ce dit-on, en noix.

Ces Carrières-là, sont profondes,
Et paraissent des plus fécondes :
Et le Marbre, illec, enserré,
Est tout jaspé, tout coloré
De cent différentes figures,
Comme de parfaites Peintures.

Enfin, il surpasse, en beauté,
En grandeur, grosseur, et bonté,
L’exquis Marbre, même de Pare,
Dont maint beau Bâtiment se pare :
Et, jadis, Messieurs les Romains
Lesquels, partout, portaient les mains,
En ont tiré, pour leur usage,
Ainsi que (malgré le ravage
Que fait l’inexorable Temps)
On en juge à quelques Fragments,
Lesquels en sont marques certaines,
Que l’on voit aux Bains, et Fontaines
De Bourbon, surnommé Lanci.

Colbert, dont l’illustre Souci
S’applique à tout, pour notre Sire,
Et pour le Bien de son Empire,
Y fait travailler ardemment,
Et mêmes, fort heureusement :
Si bien que, selon un Mémoire,
On en a déjà, sur la Loire,
Chargé, dans plusieurs grands Bateaux,
De très considérables Blots,
Avec des Colonnes entières,
Qui sont, en grandeur, singulières,
Que l’on amène, en bel arroi,
Pour mettre aux Bâtiments du ROI.
Deux Personnes, dont à la marge,
Voici le Nom et Titre au large,
S’attribuent également,
Je ne sais pas qui des deux, ment,
L’honneur de cette Découverte :
Mais il ne m’en chaut guère, certe,
Et laissant, entre eux, le Débat,
Sans me mêler de leur combat,
Je vais poursuivre mon Épître,
Par un autre assez beau Chapitre.

-Un fait-divers relatant la naissance de frères siamois conduit le gazetier sur le terrain médical :

On me mande de la Haubrez,
Qu’une Paysanne, au Teint frais,
Et, du Pays, la plus féconde,
A, ces jours passés, mis au Monde,
Deux Enfants mâles, des plus beaux,
Et qui sont tellement Jumeaux,
Qu’ils n’ont, au nœud qui les assemble,
Qu’un Ventre, et qu’un Nombril, ensemble.
Néanmoins, sans nul embarras,
Ils meuvent la Cuisse, et le Bras,
Par lesquels, l’un à l’autre, touche,
Et chacun, par sa propre Bouche,
Se fait, à merveille, nourrir,
N’ayant nul dessein de mourir.

Ils sont proportionnés, même,
Et forts, et puissants, tout de même
Que si, dans l’ordre, ils étaient nés,
Comme les Jumeaux séparés.
Mais, encor, que chacun d’eux, tette,
Il n’en est, pourtant, qu’un qui jette,
Et qui vide son Excrément :
Caprice, admirable, vraiment,
De notre Mère, la Nature,
Et qui fournit de Tablature
A l’une, et l’autre Faculté, [Théologie et Médecine.]
Touchant mainte Difficulté,
Et Question qui se peut faire,
Curieuse, et de grand Mystère.
Exempli causa, Celle-ci,
Qui me met le plus en souci,
Et qui regarde la Sorbonne
Demi jeune, et demi barbonne,
Savoir, comment ces deux Jumeaux
Sortiront, un jour, des Tombeaux,
S’ils ressusciteront ensemble.

La Demande est belle, me semble,
Et comment ils pourront tous deux,
Contempler leur Sauveur, aux Cieux,
En leur chair propre, et toute entière,
Selon que Job, sur la Litière,
L’espérait, flattant ses douleurs,
Et triomphant de ses malheurs ?
Mais, satis, sur cette Matière,
Qui n’est pas beaucoup gazetière.

La Médicale Faculté,
En a, naguères [sic], agité,
Une autre dedans son École,
Importante, sur ma parole,
Et qui, le cas est bien certain,
Concerne tout le Genre Humain :
Savoir, si ces Eaux authentiques,
Que l’on appelle Métalliques,
Dont l’usage est accrédité,
Nuisent à la Fécondité ?

La Thèse, qu’on m’en a donnée,
Est, tout à fait, bien raisonnée,
Et, par quantité d’Arguments,
Pleins de grands Éclaircissements,
Montre que l’Eau, qui dégénère
De sa nature Élémentaire,
N’a plus ce cher humide en soi,
(Ce que très volontiers, je crois)
Qui la rend la source féconde
De toutes les choses du Monde,
Dont Thalès, le Milésien,
L’appelait, pour cela, fort bien,
La Cause, ou le premier Principe,
Pour ce que tout en participe,
Et que, sans Elle, nous verrions,
Finir les Générations.

Aussi, sait-on que l’Ecriture
Si certaine en tout, nous assure
(Ce qui vaut tout Raisonnement)
Que ce fut à cet Elément
Que l’Esprit Saint, couvant son Onde,
Donna, cette Vertu féconde.

La Thèse, donc, conclut, ainsi
Que, tout franc, je le mets ici,
Que toutes Eaux mixionnées,
En icelle, mentionnées,
Nuisent à la Fécondité,
Voire, par leur malignité,
Détruisent, encore la Vie.

Je n’ai, donc, pas la moindre envie
D’en prendre ni soir, ni matin,
Et j’en crois le Sieur Yvelin,
Fils du Médecin de Madame,
Lequel soutint en belle gamme,
C’est-à-dire, très doctement,
Ainsi que très latinement,
La susdite Aquatique Thèse,
A laquelle, dans une Chaise,
Bravement, et bien tout à fait,
Présidait le Docteur d’Aquet.

Voilà, sans vous ficher la Cole,
Les vraies nouvelles de l’Ecole,
Dont notamment, profiteront
Tous ceux et celles qui voudront,
A bon escient, prendre la peine
D’entretenir l’Espèce Humaine.

-Le mariage de la fille de Hugues de Lyonne, secrétaire d'État aux affaires étrangères, donne lieu à des représentations dramatiques :

Malgré l’excessive Froidure
Qui rend et la Terre, et l’Eau dure,
Par l’effet d’un second Hiver
Qui nous a pris ici sans vert,
Les Dieux d’Amour, et d’Hyménée,
À qui l’on doit mainte Lignée,
Font régner, en ce Carnaval,
Les chaleurs du Feu Conjugal,
Parmi les Gens de tous étage,
Id est, de haut, et bas lignage.
Mais, du premier, tant seulement,
Je remarque un Couple charmant,
Que Lundi dernier, ils unirent,
Et de qui les Noces se firent
Avec grande solennité,
Allégresse et joyeuseté,
C’est Mad'moiselle de Lyonne,
Jeune, gracieuse, pouponne,
Et le sieur Comte de Nanteuil,
Dont contre cet aimable Écueil
De Roses, de Lys, et d’Albâtre,
Son noble Cœur, qui l’idolâtre,
Avait fait bris heureusement,
Puisqu’il l’acquiert par Sacrement,
Avec une Dot importante,
En Louis d’or, toute éclatante,
Outre un charmant Présent du Roi,
Qu’on fait monter, comme je crois,
À des livres, bien deux cent mille,
Dans le Contrat, fait du haut style,
Et signé, par les Majestés,
Très honorablement portés
Ainsi qu’une brillante marque
Que notre équitable Monarque
Fait de son Père, un grand état,
Pour ce qu’il sert des mieux, l’État,
Dont il est l’un des Secrétaires,
Fort éclairé dans ses Mystères.

De Cœubres, l’illustre Marquis,
De qui le susdit Comte est Fils,
Était à la Cérémonie,
Avec une ample Compagnie,
Qui n’était que des Gens triés,
Tant des Amis, comme Alliés,
Et, pendant toute la Journée
Consacrée à cet Hyménée,
Le Bal, Comédie, et Festin,
Et Collation, même, enfin,
Furent, en l’Hôtel de Lyonne,
Dont la belle Hôtesse, en Personne,
Fit les Honneurs, certe, d’un air
Qui, plus que tout, savait charmer,
Étant d’une grâce douée
Dont elle est grandement louée.

-Où il est question du Divertissement royal, que Robinet ne semble pas avoir vu :

Le Divertissement Royal
Dont la Cour fait son Carnaval,
Est un Ballet en Comédie,
Je ne crains point qu'on m'en dédie,
Ou bien Comédie en Ballet,
Qui, ce dit-on, grandement plaît,
Par ses Récits, par ses Prologues,
Et les amoureux Dialogues,
De Bergères, et de Bergers,
Constants en amour, non légers
Mais c'est tout ce que j'en puis dire,
Sinon que notre Auguste Sire
Fait danser, et n'y danse point,
M'étant trompé, dessus ce point,
Quand, sur un Livre, j'allai mettre,
Le contraire, en mon autre Lettre.

Lettre du 22 février 1670, par Robinet.

-La représentation du ballet et des Amants magnifiques continue :

Lundi, veille de Mardi gras,
Jour de Crapule, et grand Repas,
De Bacchanales, et d'Orgies,
De Bals, Ballets, et Momeries,
Le Divertissement Royal
Fut, encor, le digne Régal
De notre belle Cour Française :
Et j'ai su de Gens plus de seize,
Que ce Spectacle si brillant,
Si beau, si pompeux, si galant,
Etait fourmillant de merveilles,
Par qui les Yeux, et les Oreilles
Etaient charmés également,
Et surpris à chaque moment.

Les fréquents Changements de Scène,
D'une façon tout soudaine,
En maints, et maints Objets divers,
Y découvraient, d'abord, des Mers
Dont si vaste était l'étendue,
Qu'elle était à perte de vue :
Et des Amours, et des Tritons,
Y patinaient les frais Tétons
Des Néréides, et Sirènes,
Déesses des Humides Plaines.

D'autre part, les hautains Rochers
Lesquels sont l'effroi des Nochers,
Y montraient leurs Têtes chenues,
Les proches Voisines des Nues :
Et le Roi des Vents, AEolus,
Qui préside au Flux, et Reflux,
Y paraissait sur un Nuage,
Faisant rentrer, dedans leur Cage,
Ces Ennemis des Matelots,
En faveur du grand Dieu des Flots,
Qui désignait là, notre Sire,
Non moins puissant sur son Empire,
Nonobstant certains Envieux,
Qu'il l'est, sur la Terre, en tous Lieux.

Par lesdits Changements, encore,
On voyait, à l'instant, éclore
Des Paysages verdoyants,
Des Berceaux de Vigne, attrayants,
Soutenus par mainte Statue,
Tout de même, à perte de vue,
De riches Vases d'Orangers,
De Citronniers, de Grenadiers,
D'où sortaient Faunes, et Dryades,
Tout ainsi que de leurs Estrades.

Item, des Grottes, des Forêts,
Des Jardins qui faisaient florès,
Des Labyrinthes, des Dédales,
Des Amphithéâtres, des Salles,
Qui se plantaient, se bâtissaient,
Et, se succédant, paraissaient
Plus vite que, perçant la nue,
Un Éclair ne frappe la vue.

Sur ces Théâtres si divers,
Parmi les Airs, et les Concerts,
Il se fit quantité d'Entrées
Qui furent toutes admirées :
Dans lesquelles, outre AEolus,
Et le Dieu Marin, Neptunus,
Parut le Patron du Parnasse,
Qui, dans notre Roi, se retrace,
Ainsi qu'en son grand Lieutenant,
Bien plus adoré maintenant,
Par les Muses, qu'Apollon même,
Tant, certes, sa gloire est extrême.

Or, parmi ce Ballet charmant,
Se jouait, encor, galamment,
Petite, et grande Comédie,
Dont l'une était en mélodie ;
Toutes deux ayant pour Auteur,
Le comique et célèbre Acteur,
Appelé Baptiste Molière,
Dont la Muse est si singulière :
Et qui le Livre a composé,
Demi-rimé, demi-prosé,
Qu'à l'illustre de Bensérade,
Près d'Apollon, dans un haut Grade,
J'ai, bonnement, attribué,
Sur ce que ce grand Gradué,
Fait ces livres-là, d'ordinaire,
Etant du Roi, Pensionnaire.

Il approuvera, je crois, bien,
Qu'en véridique Historien,
La chose, comme elle est, je die,
En chantant la Palinodie :
Et puis, j'ai maint et maint Témoin,
Qu'il n'a, vraiment, aucun besoin
Que les autres l'on appauvrisse,
Afin, du Leur, qu'on l'enrichisse.

Je finis ce Chapitre-ci,
Ajoutant, justement, aussi,
Que cet admirable Génie (Marge : Le Sr Vigarani)
Que nous a fourni l'Italie,
Pour travailler, en bel arroi,
A ces grands Spectacles de Roi,
Avait de ses savantes Veilles,
Tirés les charmantes Merveilles
Qui ravissaient en ce dernier,
Dont il mérite un beau Loyer.

-La rudesse de la saison, cette année, a-t-elle eu raison du Carnaval ?

Ce Froid qui glace toutes choses,
Ce barbare ennemi des Roses,
Ayant, pareillement, rendu
Le Carnaval tout morfondu,
On a peu vu, parmi les rues,
Des Masques, les Troupes bourrues ;
Et ces Coureurs de Guilledoux
S’étaient, je crois, rompu le cou,
Ou bien, n’osant montrer leurs Cornes,
A qui, ce Froid donnait des Bornes,
Etaient, lors, des Fous renfermés,
Lesquels, chez eux, saignaient du nez.

-On y a fait bonne chère, cependant, si l'on en croit Robinet :

On n’a pas vu plus de Bals, presques,
Que de Momons, beaux, ou grotesques ;
Mais, vraiment, il s’en est fait un
Qui n’était point, du tout, commun.

Une Cave, très bien sablée,
Etait la Salle d’Assemblée,
Plusieurs Vessies de Pourceaux,
Servaient de Lustres, et Flambeaux,
Quatre Poches, et trois Vielles,
Des Sautereaux, et Sauterelles,
Réglaient les Pas, et les Chansons ;
Et quantité de Saucissons,
De Jambons, Pâtés, et Fromages,
Avec des Bachiques Breuvages,
Et maintes Pipes de Tabac,
Des Enfers, le noir Cotignac,
Composaient, aussi, le Régale
De ce beau Bal, qu’aucun n’égale,
Servi, pour les Goinfres Museaux,
Sur le propre cul des Tonneaux.

Mais, d’ailleurs, sur blanches Serviettes,
Etait un grand nombre de Boites
De différents Bonbons sucrés,
Aux belles Nymphes, consacrés,
Avec toutes les Boissons, telles
Qu’il les faut pour leur Gargamelles.

Certain Plaisants, de Qualité,
Ainsi qu’on me l’a rapporté,
Sans m’avoir voulu dire comme
Ce cher Facétieux se nomme,
Donna ce Bal, beau tout à fait :
Et, pour la rareté du Fait,
On y fut, avec grand Liesse,
De tous les Cantons de Lutèce, [Paris.]
Et là, des mieux, l’on s’ébaudit,
C’est, au moins, ce qu’on m’en a dit.

-Le plaisir des jeux ne s'est pas non plus démenti :

Pendant ce Temps de Momeries,
S’étant fait force Loteries,
J’en sais une plaisante, aussi,
Qui doit suivre ce Bal, ici,
N’étant pas, encor, moins risible,
Comme il va vous l’être visible,
Par la Liste de plusieurs Lots.

Le premier était les Sabots
D’un Croquant devenu Messire,
Ce qui soit dit, sans en médire.
Le Second, était le Violon
D’un grand Disciple d’Apollon,
Un Volant faisait le Troisième.
Un Bilboquet, le Quatrième.
Un Demi-ceint, de franc Etain,
Faisait, pareillement, le cinq.
Une Syringue, le Sixième.
Un Bonnet de nuit, le Septième.
Le huit était un Almanac.
Le Neuf, un rouleau de Tabac.
Le dix, une Chaise d’Affaires.
L’onze, deux caducs Despautères.
Le douze, une botte d’Oignon.
Le treize, des Gants d’Avignon.
Le quatorze, un beau cent d’Epingles.
Le quinze, était de quatre Tringles.
Le seizième, un Chapeau pointu.
Le dix-sept, un mince Fétu
Attiré par un gros grain d’Ambre.
Le dix-huitième, un pot de Chambre.
Le dix-neuf, un Paquet de Fard.
Le vingt, une Coine de Lard.
Le vingt-unième, des Lunettes.
Le vingt-et-deux, des Allumettes.
Le vingt-trois, deux Citrons pourris :
Et plusieurs autres, de ce Prix,
Composaient cette Loterie,
Faite, sans nulle tricherie,
En la Parisienne Cité,
Par Dame, aussi, de Qualité.

-Robinet rapporte une anecdote relative à ces loteries :

Mais à propos de Loterie,
Naguères, une Espièglerie
S’est faire à l’un de nos Bourgeois,
Par un sien Ami, fin matois,
Qui mérite bien un Chapitre
Dans la suite de cette Epître.
Le Drôle étant à Saint Germain,
Lorsqu’on tira, du Souverain,
La Loterie, et grande, et belle,
Reçoit les Billets, qu’en icelle,
Ledit Bourgeois devait avoir,
Ouvre la Boite, pour les voir,
Et connaissant qu’en ce Partage,
Il n’avait pas grand avantage,
S’avise d’y mettre un Billet,
Portant un Lot, beau tout à fait,
Et valant des Ecus, dix mille :
Puis, il vient vite, en cette Ville,
Et lui rend le Tout, cacheté,
L’ayant, comme il faut, rajusté.
Ce Bourgeois, dans l’impatience,
Ouvre la Boite, en diligence ;
Et s’y trouvant si fortuné,
Tout à la joie, abandonné,
Traite, l’allégresse au Visage,
Le même jour, son Voisinage,
Pour l’informer de son Bonheur,
Mettant, même, de tout son cœur,
En ce Convive d’importance
Mille livres de sa Finance.

Cela fait, il s’en va, soudain,
Quérir le Lot, à Saint Germain ;
Mais, ô Rabat-joie, en son âme,
Qui, de courroux, son cœur enflamme,
Il apprend là, qu’il est dupé,
Et fort drôlement, attrapé,
Sans pouvoir trouver de ressource,
Pour réparer son flux de Bourse,
Causé par ce tour surprenant,
Vrai tour de Carême-prenant !

-Comme chaque année pour le Carnaval, nombre de prêtres déclament en chaire contre l'immoralité que cette période autorise :

Comme d’une sainte Morale,
En cette Saison Carnavale,
Maints très zélés Prédicateurs
Entretiennent leurs Auditeurs
En déclamant contre les vices,
Les Licences et les Délices,
J’ouis, sur ce, l’Abbé Félix,
En la Grand Paroisse des Lys : [Saint Germain l’Auxerrois]
Et, sans ici, le Docteur faire,
Il me sembla que, pour la Chaire,
Il avait d’assez beaux Talents,
Et comme on les aime en ce Temps.

Ayant entendu cet Oracle,
Je vis le brillant Tabernacle
Que, tous les Ans, fait avec Art,
Au même Lieu, le Sieur Auchart,
Grand Décorateur, et Poète ;
Ayant des Vers dans ma Pochette,
Par lesquels, très obligeamment,
Il m’invitait à voir ce Spectacle charmant.

Lettre de la fin février 1670, par Mayolas.

-Casimir de Pologne, invité à une représentation du "Divertissement royal" à Saint-Germain, s'est déclaré ébloui:

Grand ROI, de qui la complaisance,
Se joint à la magnificence,
Nous donnant un Ballet Royal
Pendant le temps du Carnaval,
Je puis assurer, je puis dire
Que toute la terre l’admire,
Et qu’on y court de tous côtés
Pour voir ces pompeuses beautés,
Dont les surprenantes merveilles
Charment les yeux et les oreilles :
Et même le Roi Casimir
De le voir ayant le désir,
Dit après ce plaisir aimable
Qu’on ne peut rien voir de semblable,
Et que la Cour du Grand LOUIS
Sur toute autre emporte le prix,
Soit en pompe, soit en richesse
En bonne grâce et politesse.

-Nouvelles de la Sorbonne :

Je puis justement avouer,
Qu’on ne saurait assez louer
La Faculté Théologique
De notre Sorbonne authentique ;
De ce que de deux en deux ans,
Avec des travaux éclatants
Elle produit ou bien enfante,
Et forme une troupe savante
De plusieurs Théologiens
Qui procurent de très grands biens
A notre Mère sainte Eglise,
Qui de plus en plus s’autorise.
Le cours en Sorbonne achevé,
Et des Docteurs bien approuvé,
De Bacheliers quatre-vingt quatre
Sans mécompte et sans rien rabattre,
Au Chancelier bien mérité [Curé de S. Jean.]
De la grande Université,
En ce jour où la Vierge Mère [Le Jour de la Purification.]
Présenta son Fils à son Père,
A Loisel furent présentés
En bon ordre et fort bien comptés :
Par un Docteur considérable, [M. le Fèvre.]
Et dans la Salle remarquable
Du magnifique Archevêché,
De quoi je ne suis pas fâché,
Puisque ce fut à juste titre,
Tant en présence du Chapitre,
Que de toute la Faculté,
Dont le nom plus haut est cité,
Pour lui demander la licence
De ces Hommes pleins de science.
Le lendemain un Bachelier [La Noé Jacobin.]
D’un Ordre beaucoup régulier,
Selon la coutume ordinaire,
Par une civile manière,
Fut inviter le Parlement, [Chambre des Comptes, Aides, Châtelet et de la Ville.]
Les autre Cours pareillement,
(Où l’on fait très bien l’exercice ;
Suivant les Lois de la Justice,)
Pour assister, s’il leur plaisait,
Aux Paranymphes qu’on faisait,
Et qu’on fit pendant six journées,
Je prétends dire après-dînées :
Les Docteurs s’étant assemblés,
Sans être d’aucun bruit troublés ;
Après trois pleins jours d’Assemblée,
Fort solennelle et bien réglée,
Le Chancelier que j’ai nommé,
Généralement estimé,
Leur donna d’un air héroïque
(Et je puis dire Apostolique)
Licence et bénédiction
Avec édification,
Ainsi que les rangs nécessaires
Pour pousser à bout leurs affaires.
Ici je dois mettre à présent
Le pieux Abbé de Refuge,
Aussi savant qu’il est bon Juge : [Conseiller au Parlement.]
Or le premier leur fut donné
(Et très justement destiné)
Par tous les fidèles suffrages
De ces habiles personnages,
Sans qu’alors il en manquât un,
Et sans en excepter aucun,
A la capacité parfaite
Du docte Abbé de la Hoguète,
Neveu du Prélat de Paris,
Dont nous connaissons le haut prix,
Cet Archevêque très insigne,
D’une si belle Charge digne,
Pour marquer le contentement
Qu’il recevait en ce moment,
(Mieux qu’on ne voit en mon Epître)
Régala Messieurs du Chapitre,
Qui furent présents à cela,
Et qui lors s’étaient rendus là,
Avec tant de magnificence,
De politesse et d’abondance,
Que ces gens sages et parfaits,
En furent plus que satisfaits.

-L’élection du nouveau pape n'a toujours pas abouti :

L’élite du nouveau Saint Père
Dans le Conclave se diffère.
Nos Cardinaux de grand Renom,
Savoir de Retz et de Bouillon,
Y sont entrés en diligence
Au gré de chacune Eminence ;
Et le Duc de Chaunes aussi
A même temps parti d’ici,
Ambassadeur près du Saint Homme,
Fut fort bien accueilli dans Rome.

-Au détour d’une nouvelle sur Béziers, Mayolas nous apprends qu’il est de Toulouse (paroisse de Saint Etienne) :

L’illustre Evêque de Béziers
Allant proche d’iceux quartiers,
Et les Etats de la Province
Se tenant là pour mon Grand Prince,
Soudain de la part des Etats,
Qui de lui font beaucoup de cas,
Et de la part de l’Assemblée
En icelle Ville assemblée,
On envoya vers ce Prélat,
En diligence, avec éclat,
Deux Evêques et des Personnes
Nobles, éloquentes et bonnes,
Pour lui faire leur compliment
Et l’accueillir civilement ;
De Montauban l’Evêque illustre,
Dont l’éloquence accroît le lustre,
La parole pour tous porta
Et dignement s’en acquitta,
Comme la Ville et le Chapitre ;
Car je puis dire en mon Epître
Que ce Prélat si renommé
Est généralement aimé.
Aussi la Ville de Toulouse,
De son honneur beaucoup jalouse,
Sachant que de cet Evêché
Il passe à son Archevêché,
Deux Nobles Capitouls envoie
Avec promptitude, avec joie,
Pour lui témoigner sur cela
Le plaisir que chacun en a ;
Six Chanoines de Saint Etienne, [Eglise Cathédrale.]
Autrefois la Paroisse mienne,
Furent députés pour aller
Le complimenter, lui parler,
Et lui donner mainte assurance
De leur juste réjouissance :
Toutes ces députations,
Toutes ces acclamations,
Font voir l’estime et bienveillance
Que l’on a pour cette Excellence,
Qui va faire avecque splendeur
La fonction d’Ambassadeur
Près sa Majesté Catholique,
Pour notre Monarque héroïque,
Après avoir officié,
Et tout le peuple édifié,
Pendant la Fête glorieuse,
Pendant l’Octave précieuse
De Madeleine de Pazzi,
Qu’on célébra là, comme ici.

-La reine est revenue à Paris pour consoler deux de ses proches de la mort, le 25 janvier à Nancy, du duc Nicolas-François de Lorraine :

Notre pieuse et belle REINE,
Vint à Paris l’autre semaine,
Pour voir Madame d’Orléans,
Sur des sujets assez dolents,
Ainsi que Madame de Guise ;
Mais puisqu’il faut que [je] le dise
Et vous le dise en bon Français,
C’est sur la mort du Duc François,
Le Frère du Duc de Lorraine,
Dont le décès cause leur peine :
Mais certes je ne doute pas,
Que THERESE pleine d’appas,
Par ses civilités aimables,
Par ses paroles agréables,
Des compliments, de doux propos,
Et de raisons en quatre mots,
N’ait flatté les grandes tristesses
De ces vertueuses Princesses.
L’aspect du objet si charmant,
Sans doute adoucit leur tourment.

-La fille du secrétaire d'état De Lyonne s'est mariée. Récit des épousailles et de leurs témoins :

Mademoiselle de Lyonne,
Aimable, belle, riche et bonne,
De qui les divers agréments
Sont aussi rares que charmants,
Digne de son illustre Père,
Et de sa vertueuse Mère,
A regardé de fort bon œil
Le brave Comte de Nanteuil,
Fils aîné du Marquis de Coeuvres,
Ils feront donc de bonnes œuvres,
Après cet Hymen somptueux,
Qui vient de les unir tous deux :
Cette auguste cérémonie
Se fit en belle compagnie
Dans la Chapelle de l’Hôtel
De ce sage et fameux mortel,
Du fidèle et prudent Lyonne,
Dont j’estime fort la Personne,
Digne Secrétaire d’Etat
De mon triomphant Potentat ;
L’Evêque de Laon très habile,
D’humeur obligeante et civile,
Les fiança joyeusement,
Et le maria gaiement.
Disons que ce fut en présence
D’un parfait Maréchal de France, [D’Estré.]
De force gens de qualité,
De la Cour et de la Cité,
Et de l’éclatant parentage,
Fort contents de ce Mariage ;
Pour m’acquitter de mon emploi,
Mettons que la REINE et le ROI,
A leur ample contrat signèrent
Et leur agrément y donnèrent,
Comme aussi qu’un souper Royal,
Que la Comédie et le Bal
D’une manière sans seconde,
Satisfirent bien tout le monde.

J’ai fait ces Vers en me chauffant,
Au temps de Carême-prenant.

Lettre du 1er mars 1670, par Robinet.

-Une évocation élogieuse de Monsieur et Madame :

Ce second Couple de la Cour,
Dont la Gloire, avecque l’Amour,
Fait l’heureuse et brillante Trame,
A savoir Monsieur, et Madame,
Ce Couple, dis-je, tout Royal,
Lequel Ici, n’a point d’égal,
Après le Monarque, et la Reine,
Dès Lundi, de cette Semaine,
Retourna, Grâce en soit aux Dieux,
De Villers-Cottrêts [sic], auprès d’Eux.

Vous dire, avec quelles Tendresses,
Quels Transports, et quelle Caresses,
Ces deux Couples, en ce moment,
Se revirent, ensemblement [sic],
Ce sont des Choses ineffables,
Et, tout à fait, inénarrables.
Ainsi, simplement, je conclus,
Sans aucun Discours superflus,
En voyant ces augustes Frères,
Les plus grands des deux Hémisphères,
Si bien s’aimer, si bien s’unir,
Que bon Sens ne saurait mentir :
Après quoi, seulement, j’ajoute,
Que, sur ce sujet-là, sans doute,
Et le bon Dieu sait si je mens,
Plus de mil cinq cents Compliments,
Furent faits, durant la Journée,
Si joyeuse, et si fortunée,
Par les plus Grands, et plus Petits,
(Entre les Premiers, moi compris)
A chacune Royale Altesse,
Tant, de leur Retour, la liesse
Leur amassa de Courtisans.

Mais changeons de ton, il est temps
De gazeter [sic] pour l’Héroïne
Et si brillante et si divine,
Qu’avec tant de succès, je sers,
Et qui de tant d’Honneur, paye mes petits Airs.

-Comme de coutume, Robinet relate une petite historiette. Celle-ci, dont la thématique est l'amour, n'est pas sans rappeler les intrigues moliéresques :

Faute de place en ma dernière,
Je ne pus y prendre Carrière
Sur un beau Sujet que voici
Dans ce premier Chapitre-ci.

Un Tapissier, nommé Ferniste,
A la Fille d’un Orangiste,
Qu’on appelle Jeanne Damour,
Ayant, plus d’un an, fait la Cour,
Dans un Dessein de Mariage,
Et celle-ci, de cœur volage,
L’ayant, enfin, berné, joué,
Et, franchement, congédié,
Il fit ajourner l’Infidèle,
Pour avoir des Intérêts d’Elle,
A ces jours gras, ce m’a-t-on dit :
Et l’on régla ce grand Conflit,
Dans la propre Chambre Civile,
Sur deux Plaidoyers du haut style.

L’Avocat du Sieur Demandeur,
Représentait avec ardeur,
Que comme l’adverse Partie
Etait Précieuse, et demie,
Elle avait pris le long détour,
Et, dans les formes, fait l’amour,
Suivant la maxime suspecte,
De toutes celles de la Secte,
Lesquelles, jamais, ce dit-on,
Ne veulent de conclusion :
Qu’ainsi, le malheureux Ferniste,
Afin d’être un peu, Conformiste,
Avait, non pas, sans enrager,
Attendu l’heure du Berger,
Durant, tout au moins, une année :
Mais lors, qu’au lieu de l’Hyménée,
Auquel il avait prétendu,
Elle avait, son espoir tondu,
Par un Congé, rude, et sauvage,
A son amour, tout plein d’outrage :
Ce qu’attendu, pour faire court,
Il disait que Jeanne Damour
Devait lui rendre la Dépense,
(Outre tous les frais de l’Instance)
Qu’il avait fait, pendant ce temps,
Qui montait à quinze cent francs ;
A savoir près de deux cent livres,
Pour un très grand nombre de Livres,
Tant Romans, qu’autre,y compris
Le Tartuffe, des plus chéris.
Item, autant, pour Sérénades,
Collations, et Promenades.
Item, cent, pour plusieurs Bouquets,
Ainsi qu’en donnent les Coquets,
Dans leurs Poursuites amoureuses,
Et deux grands Pots de Tubéreuses.
Item, cent pour un Diamant,
En œuvre, mis, artistement,
Et pour un beau Filet de Perles,
Plus grosses que des yeux de Merles.
Et les neuf cent Livres restants,
Enfin, pour la perte du Temps,
Que lui volait la bonne Pèque,
Perte, ainsi que le dit Sénèque,
Qu’on ne peut trop considérer,
Non plus que jamais, réparer.

Ce fut ce qu’on dit pour Ferniste,
Mais la Damoiselle Organiste,
Protesta, par son Avocat,
Que sa Partie était un Fat ;
Qu’elle n’avait, pour tous Régales,
Reçu de ses mains Libérales,
Que le Tartuffe, et les deux Pots,
Dont les Oignons petits, ou gros,
Se trouvaient, encor, en nature,
Et six Bouquets, pour chose sûre,
Valant, chacun, dix sols, au plus ;
Mais que, sans Discours superflus,
Pour le Temps perdu, c’était Elle
Qui devait lui faire querelle,
Et lui demander des Dépens,
Puisqu’à Femme, un seul de ses ans,
Est plus cher, à le dire, en somme,
Que ne le sont pas dix à l’Homme.

Sur quoi, par juste Jugement,
Il fut ordonné simplement,
Que Jeanne Damour, à Ferniste,
(Lequel en demeura tout triste)
Renaîrait Tartuffe, avec les Pots,
Et les Oignons petits, ou gros ;
Ayant été, je vous proteste,
Prononcé dessus tout le reste,
Sans adjurer dépens, ni faire,
Un Hors de Cour, et de Procès.

-En ces temps de médecine incertaines, les eaux thermales apparaissent comme un remède sûr :

Par un Billet galant, et beau,
J’ai su que c’est le Sieur Monteau,
Intendant des Eaux Bourboniques,
Cela s’entend des Métalliques,
Ou Minérales, autrement,
A seul l’honneur, entièrement,
D’avoir découvert les Carrières
Qui sont, en Marbres si foncières :
Et que, par bon procès verbal,
Fut-ce, même, à quelque Hannibal,
Il ferait tout le long de l’aune,
Voir, touchant cela, le Bec jaune.

Ainsi, donc, le Sieur Ligeard,
N’a pas, ce dit-on, pour un Liard
De part à cette Découverte.
C’est l’Avis qu’on m’en donne, certe [sic],
Et que, sans y prétendre rien,
Je donne en franc Historien.

-Robinet revient sur ses protecteurs, Monsieur et Madame, en termes aussi élogieux que précédemment :

Je vais terminer cette Epître,
Encore, par un beau Chapitre
De l’Héroïne, et du Héros
Dont je parle en l’Avant propos.

De Soissons, l’exemplaire Evêque,
Qui mérite d’être Archevêque,
Apprenant qu’à Villers-Cottrets,
Ils faisaient briller leurs Attraits,
Les y régala des Prières,
Aux derniers jours gras, ordinaires :
Et trois des bons Prêcheurs d’illec,
Qui, dans la Chaire, ont meilleur bec,
Sur le sujet, se signalèrent,
Et leurs grands Talents étalèrent.

J’ai su que le sieur Châteauneuf
Qui, dans le Métier, n’est pas neuf,
Montant, aussi, sur la Tribune,
D’une manière non commune,
Ains en très disert Orateur,
Prêcha ma Maison de Monsieur :
Et que son Altesse Royale,
En toutes choses, si légale,
Le louangea, sur son Sermon,
De fort obligeante façon.

-Il ajoute quelques détails sur le fond de leur séjour à Villers-Cotterêts :

J’ajoute à ces saintes Nouvelles
De Villers-Cottrêts [sic], qui sont belles.
Que la propre veille du jour
Que Monsieur quitta ce séjour,
Madame y reçut trois Layettes,
Ou bien, si vous voulez, Cassettes,
L’une de bois de Fernambouc,
Non, je veux dire Canembouc,
L’autre, de Lapis admirable,
L’autre, à l’odorat délectable,
D’un cuir musqué de Portugal,
Passant les Grands de Marcial :
Chacune féconde en richesses,
Et fort galantes gentillesses,
En Bourses d’or, où des Louis
Rendaient les yeux tout éblouis,
En étuis, garnis de Racines,
Dont les odeurs étaient divines,
Et de très mignons Cure-Dents,
Tout sursemés de Diamants,
En Cocos, à feuilles fleuries
De ces brillantes Pierreries,
En Gants d’Espagne, en quantité,
De la meilleures qualité,
Et Bracelets, Miroirs de poche,
Dont aucun, en beauté, n’approche,
Boucles d’oreille, et cetera.
Or, tout ce charmant Butin-là,
Valant plus de deux cents mil livres,
Y compris, quelques nouveaux Livres,
Etaient le beau Présent d’un ROI,
Qui n’a point son pareil, je crois,
Roi, tout galant, tout magnifique,
Et chacun le connaît, sans qu’ici, je m’explique.

Lettre du 2 mars 1670, par Mayolas.

-Mayolas reste fidèle à son devoir de gazetier en dépit des divers obstacles qu'il rencontre :

Qu’il fasse froid, qu’il fasse chaud,
Qu’il neige bien plus qu’il ne faut,
Qu’il gèle ou dégèle, il n’importe,
Ma flamme est également forte
Pour me conduire à Saint Germain,
En dépit du mauvais chemin ;
Grand ROI, qui seul en valez trente,
Voici ma nouvelle patente !
Et mon ouvrage Historial,
Que sans le vent trop glacial,
Et la saison trop inhumaine
Vous auriez eu l’autre semaine :
Bannissons donc tout le chagrin
Que j’ai quelque fois le matin,
Contre les Maîtres des Voitures,
Où l’on trouve des aventures,
De ce que leur main fréquemment
Prend mon argent sans compliment,
Mais quand je devrais mettre en gage
Mes livres et mon équipages,
D’y courir je ne manque pas,
Et vous porte tout de ce pas
Cette lettre ou cette missive,
Quoi qui coûte et quoi qui m’arrive.

-Monsieur et Madame ont été reçus par moult divertissement lors de leur retour à Paris :

Lundi dernier, Monsieur, Madame,
De qui la belle et pure flamme,
Unit leurs cœurs et leurs esprit
Revinrent dîner à Paris ;
Toutes les personnes d’élite
Allèrent leur rendre visite
D’un air civil et jovial
Dans le sein du Palais Royal ;
Et puis tous deux d’une humeur gaie
Furent à Saint Germain en Laye,
Où nos augustes Majestés
Reçurent leurs civilités,
Témoignant la réjouissance
Que cause leur douce présence.

-Des portraits de cire du roi et de la reine ont été exposés dans quelque foire. Leur ressemblance n'a d'égale que leur magnificence :

Avant de finir mon Histoire
Allons faire un tour à la Foire,
Et voyons du rare Benoît,
(Dont l’adresse chacun connaît)
Ce beau Cercle fait tout de cire,
Où mon incomparable SIRE
Et la REINE pareillement
Avec maint objet très charmant,
Avec des Princes, des Princesses,
Ducs, Duchesses, Comtes, Comtesses ;
Enfin les plus grands de la Cour
Y paraissent dans un beau jour :
On admire dans ces Ouvrages
Si parfaitement leurs Images,
Leur taille et divers agréments
Ornés de riches vêtements,
Qu’après cet aspect agréable,
On ne peut rien voir de semblable.

Fais sous des royaux Etendards
Le second jour du mois de Mars.

Lettre du 8 mars 1670, par Robinet.

-Représentation des Amours de Vénus et d'Adonis :

Adon, pourvu de tant d'Appas, [Adonis.]
Qui reçut, jadis, le Trépas,
Dans l'Eudalien Bocage,
Par un sanglier plein de rage,
Et qui fut changé dans la Fleur
Qui, de son sang, a la couleur,
A savoir, ainsi qu'on le prône,
En la belle Fleur d'Anémone,
Revit, et puis, meurt de nouveau,
Fort loin de son premier Tombeau,
Près les Rivages de la Seine,
Sur une magnifique Scène.

C'est sur la Scène du Marais,
Où Dimanche, je fus exprès,
Pour voir cette Pompe funèbre,
Fort solennelle, et fort célèbre.
Dame Vénus qui le charma,
Et qui, si tendrement, l'aima,
S'y fond, quoiqu'elle soit Déesse,
En larmes pleines de tendresse.
Une Nymphe qui l'adorait,
Sans que, sur sa flamme, il fit droit,
Et qui, pour tirer la vengeance
D'une si vergogneuse Offense,
Avait excité le Dieu Mars,
A faire périr ce beau Gars,
S'y transperse, après, la Poitrine,
Avec la propre Javeline,
De ce trop aimable Chasseur,
Tant par amour, que par fureur.
Enfin, le Démon des Batailles,
Qui n'aime que les Funérailles,
Fait paraître sa Joie ici,
D'avoir pu causer celles-ci,
Par le Sanglier dont sa rage
Avait animé le courage,
Pour perdre ledit bel Adon,
Qui, de la Mère à Cupidon,
Lui ravissait les bonnes grâces.
Par un Prologue des trois Grâces,
Avec l'Amour, Enfant si beau,
Qui vole là, comme un Oiseau,
On donne au Sujet, Ouverture :
Où, certe, jusqu'à la Clôture,
On oit, et voit des Nouveautés
Par qui les Sens sont enchantés.

Les deux Belles Soeurs, Désurlies,
L'une, et l'autre, assez accomplies,
Et Mad'moiselle Loisillon,
Ayant fort, la Gorge, selon
Qu'une Gorge belle, me semble,
Y font ces trois Grâces ensemble.

La pouponne de Champmeslé,
Par qui l'on est tout stimulé,
C'est-à-dire ému, représente
D'une manière très galante,
Et qui charme tant que rien plus,
La belle Déesse Vénus :
Et, dans ce Rôle, cette Actrice,
Est une parfaite Enchantrice [sic].

Mad'moiselle Marotte, aussi,
Y fait, non pas couçi, couçi,
Mais d'une façon sans égale,
La Nymphe, de Vénus, Rivale.
Le Sieur Désurlie est Adon ;
Et de tant de geste, que de ton,
S'acquitte, dessus ma parole,
Pareillement, bien, de ce Rôle.

De Champmeslé, quoiqu'il n'ait pas
L'air affreux du Dieu des Combats,
Et qu'il pût, avec avantage,
Jouer un plus doux Personnage,
Y soutient, toutefois, des mieux,
Son Caractère furieux.

Rosimont y dépeint Mercure,
Qui sert Mars, en cette Aventure.

De verneuil, sur un triste ton,
Raconte le Trépas d'Adon.
Et la Roque, Jupin, désigne,
De Vénus, flatte les douleurs
Mettant Adon au rang des Fleurs.

Au reste, on peut, illec, entendre
Les Vers du style le plus tendre,
Et, pour, de tout, vous informer,
Quiconque ne veut pas aimer,
Ne doit point voir ce beau Spectacle :
Car ce serait presque un miracle,
D'en ouïr les charmants Dictums,
Sans de douces convulsions.

Il faudrait fermer les Oreilles,
Pour voir, seulement, les Merveilles
Et des Machines, et des Vols
Où les Dieux font leur Caracols,
Et, dans lesquels, le Machiniste,
Paraît, vraiment, un grand Artiste.

L'Auteur de l'Amour échappé, [Livre qui se vend au Palais.]
Qui n'a pas l'Esprit constipé,
Ni le coeur, je crois, sans tendresse,
L'est, contre l'instinct des Auteurs,
De leurs Noms, grands Déclinateurs,
Ils ne veut point, par modestie,
Que le sien, ici, se publie.

Les Italiens, si follets,
Qui, par leurs Comiques Rollets,
Excitent, le mieux, le Risible,
Comme il est, tous les jours, visible
Donnent un Divertissement
Inventé tout nouvellement,
Par leur second Acteur, Cinthie,
Où, sans cesse, il faut que l'on rie.

Le Titre est, sans oublier rien,
Arlequin Esprit Aérien,
Familier, et Follet, même :
Et cet Acteur, que chacun aime,
Remplit si bien ce Titre-là,
Que de rire, on se pâme là.

Tous les autres de cette Troupe,
Qui, maintenant ont vent en poupe,
Compris leur nouveau Pantalon,
Rouge, ma foi, jusqu'au talon,
Y font, à l'envi, des merveilles
Qui, par les Yeux, et les Oreilles,
Ebaudissent, il est certain,
Tout cher Microcosme Humain.

On voit, de plus, dans cette Pièce,
Où règne la seule Liesse,
Des Machines, des Vols, des tours,
Qui ne sont pas de tous les Jours,
Mais semblent effets de Magie.

Aussi, (s'il faut que tout je die)
Une Magicienne, on voit là,
Et c'est l'aimable Olaria [sic]
Laquelle y commande à Baguette,
Si bien que toute chose est faite,
Dès qu'elle touche, au dit d'un mot.
Mais c'en est assez : car il faut
Que, dans ma Légende, je cause
Sans doute, de plus d'une chose.

-Retour sur la médecine :

J’ai su, lisant un Imprimé,
En franche Prose, et non rimé,
Contenant une triple page,
Qu’il s’est fait un Rapatriage [sic],
Par Acte, en forme, bien dressé ;
Entre Maître Pierre Cressé,
Docteur, Régent en Médecine,
En laquelle, même, il rafine,
Et Séraphin Grisel, Barbier,
Dont, au mois d’Octobre, dernier,
Je vous fis deux amples Chapitres,
En deux de ces miennes Epîtres.

Dans cet Acte, bien digéré,
Ledit Grisel a déclaré,
En paroles nettes, et claires,
A la barbe de deux Notaires,
Et d’onze notables Témoins,
La plupart bons Bourgeois, du moins,
Qu’il reconnaît, à dire en somme,
Ledit Cressé, pour un brave Homme,
Un Homme de bien, et d’honneur,
Et qui, jamais, n’eût dans le cœur,
D’amoureux Desseins pour sa Femme ;
Si bien que, de toute son Âme,
Il lui demande le Pardon
De son injurieux soupçon,
Ainsi que de la Violence
Que, pour la prétendue Offense,
Il voulut, sans nulle raison,
Lui faire dedans sa Maison.

Je vois, aussi, par le même Acte,
Stipulé de façon exacte,
Que ledit Médecin Cressé,
Qui cesse, ainsi d’être offensé,
A l’Offenseur soumis, pardonne,
Par un sentiment d’Âme bonne :
Et, de la sorte, tout Procès,
Pire que les fiévreux accès,
Entre eux, est éteint, et demeure
Anéanti dès l’heureuse heure,
Qu’ils ont conclu ledit Accord,
Duquel je me réjouis fort.

-Les loteries continuent :

On fait, toujours, des Loteries,
Mais la plupart sont Fourberies,
Et Pièges, aux Bourses, tendus,
Où bien des Gens sont confondus.

Aussi, je ne mets en pas une,
Craignant trop la male Fortune,
Depuis (je m’en souviens encor)
Que je perdis trois Louis d’or,
En une de notre Cour, même,
Dont j’eus après, le teint tout blême.

Pourtant, plusieurs de mes Amis,
Pour peu de chose qu’ils ont mis,
En Lieux d’honneur, en Lieux fidèles,
Ont eu des Nipes assez belles :
Et même, le Prieur Dassy,
De Saint-Germain, m’écrit ici,
Qu’il a reçu, par bonne chance,
Pour trois Livres de sa finance,
Un Flambeau neuf, fort éclatant,
Valant bien seize fois, autant,
A savoir, en la Loterie,
Exempte de supercherie,
De Madame de Montespan,
Par lequel Nom, on sous-entend,
Sans qu’il soit besoin de le dire,
Une Beauté de grand Empire.

-Une historiette à propos de la Loterie :

Pour revenir à mon Sujet,
Il faut vous conter un Effet
Fort étrange, de Loterie,
Et qui passe la raillerie ;
Le voici, donc, en peu de mots.

Une Damoiselle, à Bordeaux,
Ayant, à tirer à ces Blanques,
Epuisé ses petites Banques,
Si qu’il ne lui restait plus rien
Qu’un Fonds d’Appas, pour tout son Bien,
Dans le dépit, et dans la rage,
Jusqu’à cedit Fonds, elle engage,
Et sur sa Virginale Fleur,
Emprunte à un Homme d’Honneur,
Qu’on croit, pourtant, être le Diable,
Une Somme considérable.
Tentant Fortune, derechef,
Pensant réparer son méchef,
Elle met cet Argent encore,
A ce jeu qui tant en dévore.
Mais les Destins trop ennemis,
N’étant pas plus de ses amis,
Lui font perdre tout ce cher reste :
Et, par un désespoir funeste,
Qui, plus loin, ne pouvait aller,
Elle va, soudain, s’étrangler,
Sans aucune miséricorde,
Par ses mains, avec une Corde.

Lettre du 15 mars 1670, par Robinet.

-Ce conclave qui occupe les esprits, n'est-il pas, comme le prétend Robinet, une sorte de loterie, en phase avec les divertissements du temps ? Ainsi :

Plus que jamais, les Loteries,
En cette Cité, sont fleuries.
On en fait de toutes façons,
Hommes, Femmes, Filles, Garçons,
Bourgeois, Prélats, Magistrats, Moines,
De grands Débrideurs d’Antiploines,
Prêtres, Clercs, Nobles, Roturiers,
Riches, enfin, et Safraniers,
En font, chacun à sa manière :
Et la Faculté Sorbonnière,
En a fait une d’un seul Lot
Qui vaut, d’or, un bon gros Lingot,
Qui doit échoir, en Conscience,
Selon que tournera la Chance,
A qui (Docteur, ou Bachelier)
Par un Bonheur particulier,
Viendra le Nom de l’Eminence
Elue à la Sur intendance
De l’Eglise, en Chef Souverain,
Nommé le Pontife Romain,
Ou bien le Pape, ou le Saint Père.
Mais, dit-on, cette grande Affaire
Ira jusqu’à Pâques, du moins,
Si le Ciel n’avance les Soins
De tous Nosseigneurs du Conclave ;
Mais l’Esprit Saint, n’est pas Esclave,
Et dans le Temps qu’il lui plaira,
Le susdit Pontife on aura.

-Où il est question d'une anecdote relative aux loteries :

Revenant à la Loterie,
Fort sujette à Filouterie,
J’en vais conter brièvement,
Un fort plaisant Evénement.

Un Avocat avait eu d’une,
Pour seize Ecus de sa Pécune,
Un Lot, qui, par le Numéro,
Devait, suivant quelque zéro,
Valoir cent quatre vingt Pistoles,
Sans qu’il y manquât deux Oboles.
Mais à l’estime qu’on en fit,
Il ne se trouva, m’a-t-on dit,
Que de quatre-vingt : de manière
Que l’Avocat fut en colère,
De voir ce charbon de rabais,
Et jura, je vous le promets,
Par son Bonnet à triple corne,
Qu’il aurait raison de l’écorne,
Disant qu’un tel manque de Foi,
Se devait punir par la Loi.

Il consulte de ses Confrères
Les plus Savants dans les Mystères
De la Balancière Thémis,
Qui tous lui dirent, en amis,
Qu’il devait, de peur de cas pire,
Garder son Lit, et ne rien dire.

Mais, sa Femme, après consultant,
Des raisons, elle lui dit tant,
Pour lui prouver, tout au contraire,
Qu’il devait pousser cette Affaire,
Qu’il fit la Partie, assigner,
Aux fins de se voir condamner
A lui fournir, pour dire en somme,
Un Lit qui fût de cette Somme,
Ou lui fait, diligemment,
Compter un entier Supplément.
Mais quoi ? Nosseigneurs des Requêtes
Comme de très prudentes Têtes,
(Car l’Ajournement se fit là)
Ordonnèrent dessus cela,
Pour punir la Supercherie
Du Patron de la Loterie,
Que le Lit, en changeant de Lieu,
Serait porté dans l’Hôtel-Dieu,
Et, de plus, ainsi qu’on le prône,
Qu’il serait une belle Aumône,
Des six cents Ecus, en total,
Aux Pauvres du Grand Hôpital,
Sur iceux, pris, au préalable ;
O Sentence bien équitable
Qu’on doit écrire en or ducat !
Les seize Ecus de l’Avocat,
Qui cuida crever dans son Âme,
D’avoir cru Madame sa Femme.

-D'une loterie royale... :

La Loterie, aussi, du Roi,
S’est tirée en très bon arroi,
Et, certe, avec exactitude,
Soin, vigilance, et rectitude :
De sorte que le seul Hasard,
Toute faveur, alors, à part,
Par qui son aveugle conduite,
Put être changée, et séduite,
A distribuée les Billets,
Selon lesquels, les Lots complets,
Se sont distribués, de même,
Avec exactitude extrême.

Ainsi, Maints, par le Billet noir,
Ont vu remplir tout leur espoir,
Recevant de l’Or à poignée :
Et, par contraire Destinée,
Maints autres, par le Billet blanc,
Dont le nombre était bien plus grand,
Ont vu sevrer leur Espérance,
Mais ce sont les coups de la Chance.

-... A une loterie galante... :

Sur une Loterie, encor,
Je vois, enfin, prendre l’essor,
Comme celle où je m’intéresse,
Et que je bénirai, sans cesse.

Les Grâces, seule, et l’Amour,
L’ont, ensemble, faite à leur tour.
Le Fonds de cette Loteries,
Au lieu d’Argent, de Pierrerie,
Ou d’autres Nippes, et Bijoux,
Etait de Vers, de Billets doux,
De Baisers, et faveurs honnêtes,
Qui sont de charmantes Conquêtes :
Et, pour Monnaie, on y mettait,
(Ce qui de plus grand Prix était)
De ces ardeurs, et de ces flammes,
Dont Cupidon brûle les Âmes,
Des Vœux ardents, et des Désirs,
Des Oimés, et des Soupirs,
Bref, des Transports, et des Tendresses,
Comme on en a pour ces Déesses
Dont les victorieux Appas
Mettent notre Franchise à bas.

Or l’Amour, prenant mes Offrandes,
(Que je lui dois des grâces grandes !)
Me les sut ménager si bien ;
Que je n’y perdis, vraiment, rien.
Il m’en revint, tout au contraire,
Par bénéfice d’Inventaire,
Sept Lots, tous précieux, et chers ;
Etant, chacun, de deux Baisers,
A prendre sur les belles Joues,
Clion, il faut que tu l’avoues,
De sept Objets, sans les flatter,
Qui valent bien les décrotter.

Cinq de ces belles Débitrices
Que m’ont fait les Destins propices,
Sont, déjà, quittes envers moi :
Et les autres, comme je crois,
Qui sont à Saint Germain en Laye,
Où notre Cour est, toujours, gaie,
Me satisferont, sans procès,
A deux doigts de leurs rouges Becs,
Sur un Teint de Lys, et de Roses.
Mais parlons, vite, d’autres choses.

Lettre du 22 mars 1670, par Robinet.

-Robinet s'est trouvé refoulé à l'entrée d'un spectacle de cour. L'événement a donné lieu à une querelle qu'il nous rapporte avec facétie :

Voici de Saint Germain en Laye,
Une Historiette assez gaie,
Et que causa, dernièrement,
Le Royal Divertissement,
Mais que je ne pus, vraiment, mettre,
Il saut de place, en ma Lettre.
Certain subalterne Officier,
Rencontrant un Rebours d’Huissier,
Qui, plus mal gracieux qu’un Suisse,
Lequel a chaussé son Caprice
Me refusa l’Entrée, illec,
Se prit, avecque Lui, de bec,
N’osant pas agir d’autre sorte :
Et, comme un mémoire le porte,
L’appela, ce dit-on, Faquin,
Et, mêmement, aussi, Coquin ;
Puis, pour tirer pleine Vengeance,
Lui fit, le lendemain, Instance
Du Siège de la Prévôté,
Disant qu’il l’avait maltraité.

L’Huissier qui craint qu’on le condamne,
Entendant, des mieux, la Chicane,
S’avise, pour jouer au fin,
De dire qu’au lieu de Coquin,
L’Officier, par grande infamie,
Laquelle il ne souffrirait mie,
Avait dit, lui tournant le cul,
Que, tout franc, il était Cocu.

Vous Cocu ? ce dit la Partie,
La chose est fausse, et je le nie.

Non, non, repart-il, c’est un Fait,
Et rien n’est si clair, et si net,
Je le soutiens, et je le jure,
Vous l’avez dit, c’est chose sûre,
Que Cocu je suis, et, vraiment,
Je puis le prouver aisément,
Par Gens qu’on ne peut contredire.

Ce Plaidoyer fit, un peu, rire,
Comme on peut se l’imaginer :
Mais, sans nul des deux condamner,
Le Juge circonspect et sage,
Dit, sans rien ouïr davantage,
Que le Cas était délicat,
Et qu’avant un plus grand éclat,
Il lui semblait très nécessaire
D’examiner, au Fonds, l’Affaire :
Jugement, certe, bel et bon,
Et d’un vrai Juge Salomon.

-Une soudaine moralisation s'empare-t-elle de la cour en cette période de divertissements ? Toujours est-il que , selon notre gazetier, les loteries sont arrêtées : sus aux débordements de tous types ! Ainsi :

Le bruit court que les Loteries,
Pour empêcher les Tricheries
Qui, dans plusieurs, se commettaient,
Ou qui commettre se pouvaient,
Sont, à cette fois, toutes cuites,
Ce qui signifie interdites.

C’est, donc, comme avoir arrêté,
D’un Torrent, la rapidité,
Ou bien, s’il faut que je le die,
D’une Fureur, d’une Manie,
Ou bref, d’un Mal contagieux,
Qu’il se répandant en tous lieux.

J’entends l’ardeur avec laquelle,
Jusqu’au moindre Jean de Nivelle,
Chacun allait, d’un air gaillard,
Porter son argent au Hasard,
Où, plutôt, à la Piperie
De tel Patron de Loterie,
Lequel, n’ayant ni fonds, ni rien,
Se faisait un Homme de Bien,
En s’appliquant cette Pécune
Abandonnée à la Fortune,
Et contentant deux ou trois Sots,
Par quelques misérables Lots :
Ou bien, comme à la Juiverie,
Nommée, autrement, Friperie,
Y pouvait vendre, impunément,
Ses Nippes usurairement.

On dit qu’ainsi de maints, les Bourses,
Ont été d’heureuses ressources,
Où divers petits Safraniers
Ont attrapé de bons deniers,
Et se sont remplumés, sans peines,
Si bien, de semblables aubaines,
Qu’ils en ont pu pourvoir, en bref,
Leurs Filles, à la Saint Joseph,
Fête, comme on sait, d’Hyménée,
Où, par Sacrement, est bornée
Mainte Fleur de Virginité.

-Malgré ces jeux et ces ris, la reine garde de pieuses et sérieuses occupations :

Cette charmante Majesté,
L’auguste, et brillante Thérèse
Dont l’aspect comble les cœurs d’aise
Cette belle Reine des Lys,
Féconde, en Appas accomplis,
Avec qui l’Amour, toujours, marche,
Vint, envers ce grand Patriarche,
Témoigner en notre Cité, [Paris.]
Son éclatante piété
Au Convent de ses Favorites,
Que l’on nomme les Carmélites. [rue du Boulnoy.]

Après un Dîner opulent,
Et friand, comme succulant,
Qu’elle fit servir à ces Nonnes,
Dont plusieurs sont assez mignonnes,
Prenant sa part de ce Repas,
Qui, je crois, ne leur déplut pas,
Elle ouït un Panégyrique
Qu’un Orateur, non de l’Afrique,
Mais de France, fit, ce dit-on,
En très coulante Diction,
Maniant l’Art de l’Eloquence,
Avec assez de suffisance.
Et c’est l’Episcopus d’Amiens
Qui porta, jadis, les Liens
De Saint François le Séraphique,
L’on m’entend, sans que je m’explique.

Madame, la Divinité
Pour qui, maintenant, arrêté,
Notre Clion me fait écrire
Les petits Vers qu’elle doit lire,
Et Mad’moiselle d’Orléans,
Héroïne des premiers Rangs,
Et de maints lieux la Souveraine,
Ayant accompagné la Reine,
Dans son Carrosse, en ce Lieu-là,
(On me l’a dit comme cela)
Entendirent, tout ainsi qu’Elle,
Avec leur brillante Séquelle,
Le Panégyrique susdit,
A qui, beaucoup, on applaudit.

-L'ambassadeur du sultan de Constantinople assiste aux spectacles parisiens :

Le Turc, Ministre de la Porte,
Toujours, d'une très belle sorte,
Se divertit, vraiment, Ici,
Ayant été, tous ces jours-ci,
S'ébaudir à la Comédie
Tant de France que d'Italie :
Savoir à l'Hôtel, au Marais,
Et, puis, dans le Royal Palais,
Non, à ses Dépens, d'assurance,
Mais, grâce à la magnificence
De Messieurs les Comédiens,
Qui, comme généreux Chrétiens,
Et pour donner au grand Monarque,
De leur zèle, une digne marque,
Ont bien voulu le régaler
D'un petit Plat de leur Métier,
Tant lui, que sa longue Séquelle,
Qui, fort peu leste, et fort peu belle,
Donne aux Françaises, plus d'effroi,
Qu'à leurs Maris, comme je crois.

-Et Robinet de nous révéler que toutes les loteries ne sont pas interdites... :

Nonobstant tout ce que j’ai dit,
Ci-devant, dans ce mien Ecrit,
De la Blanque, ou la Loterie,
Qui rime avec Filouterie,
Je donne à tous avis, enfin,
Qu’à l’Enseigne du grand Dauphin,
On en fait une fort fleurie,
Tant en argent, qu’en pierrerie,
Mais c’est sur ce que le Patron,
Qui me paraît sincère, et rond,
M’a juré sur sa Conscience,
Qu’elle était pleine d’innocence,
Et qu’en un mot, il n’y prétend
Aucun Lucre, petit ni grand.

Lettre du 29 mars 1670, par Robinet.

-Après les divertissements, place à la solennité :

Le jour de ladite Action,
Etant l’Annonciation,
Jour solennel, où l’on révère
Un très haut et très grand Mystère,
J’ouïs un Sermon excellent,
Plein de Science, fort brillant,
Et, partout, orné de pensées
Délicates, et bien sensées.
Et qui fit ce beau Sermon-là,
Qui, des Délicats, chatouilla,
Comme il faut, l’Esprit par l’Oreille ?
C’est un qui fait, toujours, merveille,
L’Abbé de Châteauneuf, nommé, [Aumônier de chez Monsieur.]
Dont, par-ci, par-là, j’ai semé
Les Louanges dans les Chapitres
De mes familières Epîtres,
Pour remerciement du plaisir,
Dont l’oyant, je me sens saisir.

Lettre du 12 avril 1670, par Robinet.

-La soeur cadette de Mademoiselle, née en août 1669, a été baptisée ce 12 avril 1670 :

Notre premier, et plus beau Thème
Doit être le brillant Baptême
Qui s’est fait, naguère, au Palais,
Palais Royal, et non de Plaids.

En ce Lieu-là, dans la Chapelle,
La Cadette de Mademoiselle,
Qui montre, en son teint tout frais fait,
Un Amour féminin parfait,
Fut, Mardi, christianisée,
Et, dans les formes, baptisée,
Par l’Episcopus des Vabrois,
Bon Français, et non Calabrais,
Et, chez Monsieur, ayant la Charge,
Qu’ici, vous pouvez lire en marge.
Marque qu’il a des Attributs
Lesquels ne sont pas de bibus,
Car, pour tel Poste, il faut, je pense,
En avoir de belle importance.

Le digne, et charmant Fils Aîné
Du puissant Louis-Dieu-Donné,
Nomma cette jeune Princesse,
Avecque l’Héroïque Altesse,
Mademoiselle d’Orléans,
Princesse, en la Cour de léans,
C’est-à-dire la Cour de France,
Laquelle a plus haute apparence,
Et soutient ses grandes Vertus,
Aussi, des plus grands Revenus.

De Clérembault, la Maréchale,
Qui, pour les vertus qu’elle étale,
Avec tant de doux agrément,
Et sa sagesse, notamment,
Qui paraît la suréminente,
Est Madame la Gouvernante
De ces beaux Enfants de Monsieur,
Emploi plein de gloire, et d’honneur,
Tint, avec une joie extrême,
La Princesse, aux Fonds de Baptême,
Tandis que, solennellement,
On lui donnait ce Sacrement,
Présent le Grand Roi notre Sire,
Digne d’un Monde, pour Empire,
Présent la Reine, en qui l’on voit,
Les Appas dont le Ciel pourvoit
Ses Créatures Favorites,
Qu’il comble de tous les mérites,
Présents, et Madame, et Monsieur,
Dont le brillant Extérieur
Témoignait les douces liesses
De ces deux Royales Altesses,
Présents tous les Princes du Sang,
Et tous les Gens du plus haut Rang,
Présents les Ducs, et les Duchesses,
Présents les Comtes, et Comtesses,
Présents Marquises, et Marquis,
Et, bref, toute la Cour des Lys,
En Conche digne de la Fête,
Depuis les pieds, jusqu’à la Tête,
Depuis les pieds, jusqu’à la Tête,
Portant, alors, d’un air riant,
Tous les Trésors de l’Orient.
Le brillant, Philippes de France,
Ce Magnifique à toute outrance,
Régala les deux Majestés,
Nos visibles Divinités,
Et son charmant petit Compère,
Avec son illustre Commère,
D’une façon, sans en douter,
Où l’on n’eût pu rien ajouter :
L’abondance, la politesse,
Et l’ordre, et la délicatesse,
Régnant, certainement, des mieux,
En ce vrai Convive de Dieux.

D’autre part, sur diverses Tables,
On servit des Mets délectables,
En abondance, et noble arroi,
Pour tout la Maison du Roi :
Qui se loua fort du Baptême,
Voyant cette Chère suprême.

J’aurais, par un plus long Travail,
Mis ici, tout le grand Détail,
De ce Régale si superbe,
Non pas en fête de Malherbe,
Ainsi, en très simple Historien,
Mais, bonne foi, je n’en vis rien :
Certaine complexion tendre
Ne m’ayant pas permis de fendre
La Foule, dans ce beau Lieu-là.
Ainsi, vous n’aurez que cela,
Dont un Officier de Madame, [Maître d’Hôtel.]
Officier de la haute gamme,
A daigné me faire informer,
Pour ce mien Article, en former.

Je ne sais si, pour ce Service,
C’est lui rendre agréable office,
De décliner ici, son Nom :
Mais qu’il le trouve bien, ou non,
C’est Monsieur Sterdin, qu’il s’appelle,
Jeune, bien fait, et d’Âme belle,
Ayant de l’Esprit, et du fin.
Pourquoi ne le pas dire, enfin,
C’est apprendre que ma Princesse,
Auprès de sa Royale Altesse,
A parmi ses Hauts Officiers,
Des Personnages singuliers.

-Une réalisation à la gloire de Louis le Grand :

Dans le Faubourg de Saint Antoine,
Lequel fut un excellent Moine,
Louis alla voir, ce jour-là,
Un Art Triomphal qu’on fait là,
Qui doit conserver la Mémoire
De ce qu’a fait Dame Victoire
En faveur de ce Grand Héros,
Couronnant ses fameux Travaux.

Dans le Faubourg Saint Jacque, encore,
Sa Majesté qui tout restaure,
Principalement, les beaux Arts,
Qui renaissent de toutes parts,
Voit certain nouvel Edifice,
Où, comme un Endroit propice,
Et, tout à fait, bien situé,
Maint Personnage gradué,
Des Disciples, de Ptolémée,
Dont, toujours, vit sa Renommée,
Les Cieux, avec soin, lorgnera,
Lorsque fort serein l’Air sera,
Et lira tout ce qu’on peut lire,
Sur ces brillants Corps qu’on admire,
Pour en faire, après des Discours,
A ceux qui feront là, leur Cours,
Cela s’entend, d’Astrologie,
Dont la Médecine est régie.

Le Roi, par un noble Souci,
Fut dans les Gobelins, aussi,
Visiter ses Manufactures,
Qui sont Merveilles toutes pures :
Puis visita, pour dire tout,
Ses Bâtiments, de bout, en bout,
Qui semblent, plutôt, une Ville,
Que non pas un seul Domicile :
Et, par les Soins du grand Colbert,
Qui, de tous les côtés, le sert,
Comme un universel Génie,
Dont l’étendue est infinie,
Il les trouva, partout, poussés,
(Ce qui signifie avancés)
De sorte que, sans flatterie,
Il crut voir une Enchanterie.

Après cela, toute la Cour
Retourna, vite, en son Séjour
De l’heureux Saint Germain en Laye,
Dont le Bois nourrit mainte Laye :
Et Lutèce, ainsi, vit ses Dieux,
Comme un Eclair qui part des Cieux,
Non sans chagrin, sur ma parole,
Mais il faut qu’elle se console.

Au susdit Lieu de Saint Germain,
Et Souveraine, et Souverain,
Firent voir, la Semaine Sainte,
Une Piété non succincte,
Comme à Pâques, pareillement :
Et notre Auguste, obligeamment,
Toucha jusqu’à neuf cent Malades
De ces Ecrouelles maussades,
Que la main de ce puissant Roi,
Peut, seule, mettre en désarroi.

-La famille royale, de dévotions en dévotions, bientôt suivie par d'autres grands français :

Ici leurs Altesses Royales,
Envers le bon Dieu, si loyales,
(Dont tout bonheur je leur prédis,
Tant Ici-bas, qu’en Paradis)
Firent leur Devoir, tout de même,
En ces derniers jours de Carême,
Et pendant les Fêtes, aussi,
Je puis certifier ceci :
Allant, en divers dévots Temples,
Donner leur illustres Exemples,
Ecoutant maints Prédicateurs
Qui sont fieffés Orateurs,
En mangeant, dedans leur Paroisse,
Assez grande, sans qu’on l’accroisse,
Le véritable Agneau Pascal,
De tout Chrétien, le Saint Régal.

Je ne saurais, vraiment, omettre,
Sans avoir tort, ici, de mettre,
Qu’en ce temps des Dévotions,
On vit aller aux Stations,
A pied, et d’un air humble et sage,
Deux Princes de très haut Lignage,
Et d’un mérite singulier,
L’un Duc, et l’autre Chevalier.

Ce sont les Princes de Vendôme,
Lesquels, de leur Palais, à Dome,
Furent, ainsi, piétonnement [sic.],
Sagement, et modestement,
Pour le Salut de leur belle Âme,
A l’Hôtel Dieu, dans Notre Dame,
Saint Christophe, et la Charité.
Ce qui faisait, par la Cité,
Qu’on tenait de très bons langages
De ces deux beaux, et jeunes Sages.

Pour moi, sans me vanter de rien,
Sois-je bon, ou mauvais Chrétien,
Le Vendredi Saint, et Dimanche,
Où du Carême, on eût revanche,
J’ouïs deux Sermons très pieux,
Délicats, fins, judicieux,
Et des plus beaux qu’on puisse faire,
De mon Orateur ordinaire,
Qui devrait l’être, quelque jour,
De Leurs Majestés, à son tour.

-Au cours de ces célébrations religieuses, une très jolie demoiselle a retenu l'attention de notre gazetier :

Le jour de la Fête Pascale,
Une Mignonne Orientale,
Une jeune et rare Beauté,
Par un Motif de Charité,
Motif le plus beau qu’on connaisse,
Fit, dans la Royale Paroisse, [St Germain l’Auxerrois.]
La Quête, expressément, pour ceux
Qui, de mendier, sont honteux.

Comme elle a, tout à fait, la Mine
D’être d’une noble Origine,
Qu’elle a grand Port, grâce, douceur,
Et tout ce qui peut prendre un cœur,
Fut-ce le cœur du plus Barbare,
Et de tendresse, plus avare,
Etant, pour vous le trancher court,
Un parfait Miracle d’Amour,
Chacun, en mettant dans sa Tasse,
Demandait, quelle est cette Grâce ?
D’où vient cette exquise Beauté,
Où l’on voit tant de nouveauté,
Et si peu de communes choses,
Dont le Teint de Lys, et de Roses,
Est si poli, si naturel,
Que jamais, on en vit un tel ?
Quelle est cette jeune Merveille,
Qui nous semble être sans pareille,
Et fait rayonner, dans ses yeux,
Tant de brillants, et tant de feux ?
N’est-ce point la Déesse Flore,
Ou, plutôt, n’est-ce point l’Aurore ?

Je prévois que les Lecteurs miens,
Ainsi que ces Paroissiens,
Me demanderont, aussi, Quelle
Etait cette belle Mortelle :
Et les prévenant sur ceci,
En un mot, je l’ajoute Ici.

C’est Mad’moiselle La Varenne ;
Fille de l’illustre Syreine,
Qui, cent fois, a ravi la Cour,
Et donné naissance à l’Amour,
Avec sa Voix toute charmante,
Et, sans nul doute, omnipotente :
Qui sait, comme très bien chanter,
Agréablement caqueter,
Et faire, en fort belle Écriture,
Une Lettre comme Voiture.
Sa Fille, joint ces chers Talents,
A tous ses Attraits si brillants,
Et, sans que, par trop, je la loue,
Du Luth, comme un Ange, elle joue,
Et… mais mon Papier est tout plein,
Je ne puis que dater, enfin.

Lettre du mois d’avril 1670, par Mayolas.

-Mayolas aurait-il besoin de subsides ? Toujours est-il qu'il évoque, avec une certaine envie de gains, les loteries dont la cour raffole en cette période de carnaval.

SIRE, dont l’âme grande et bonne,
Mérite plus d’une Couronne,
Certes je ne cèlerai pas
Que j’ai poussé divers Hélas,
N’ayant pas eu, sans flatterie,
Pour mettre à votre Loterie,
Et recevoir plusieurs Billets
Qui valent mieux que des Poulets,
Puisqu’on y trouve en abondance
Des Bijoux et de la Finance ;
Mais possible dans peu de temps
Que par des bienfaits éclatants
Que mon espoir m’ose promettre,
Heureusement j’y pourrai mettre.
Et par bonheur gagnant beaucoup
Je m’enrichirai tout d’un coup.

-L’élection du nouveau pape n’est toujours par faite :

Quoique les fameux Cardinaux
Emploient toujours leurs travaux
Pour faire le choix du Saint Père,
L’élite toujours se diffère,
Et sur ce point et dans ce cas
On voit qu’ils ne s’adorent pas ;
Comme cette importante affaire
Est assez extraordinaire
Et qu’on doit attendre des Cieux
L’effet d’un succès glorieux,
On fait des prières dans Rome
Pour avoir bientôt un Saint-Homme,
Un Pape plein d’intégrité
Pour le bien de la Chrétienté.

-Quelques activités dévotes des grands à Paris :

La REINE bien faite et bien née
De mainte Altesse accompagnée,
Le jour de Saint Joseph ouït
L’Eloge qu’un Evêque fit [d’Amiens.]
Sur ses vertus et ses mérites,
Dans l’Eglise des Carmélites ; [du Bouloy.]
Le Roi Casimir sage et bon
Entendit l’Abbé Gorillon [aux Feuillants.]
Monsieur qu’on chérit et qu’on loue
Ouït le père Bourdaloue
Et moi ce Dimanche j’ouïs
Un mien ami dans Saint Louis,
Paroisse située en l’Île,
Qui prêcha fort bien l’Evangile.

J’ai fait ces vers assez nouveaux,
Quelques jours avant les Rameaux.

Lettre du mois d’avril 1670, par Mayolas.

-Le roi part pour mener la campagne de fortifications dans le nord de la France :

Dès que vous marchez (il me semble)
Grand ROI, que tout le monde tremble,
Et le bruit de votre départ
Aux Flamands fait faire un rempart
De toute leur Cavalerie
De toute leur Infanterie ;
Ils renforcent les garnisons,
Leurs Villes, Châteaux et Maisons,
Et parmi ces vaines alarmes
Ils se mettent tous sous les armes :
Quoique vous n’ayez nul dessein
De prendre un brin de leur terrain,
Mais de visiter vos conquêtes
A vous recevoir toutes prêtes,
Si votre départ leur fait peur,
Il me cause de la douleur,
Et je puis dire par avance
Qu’il cause toute ma souffrance ;
Car de vous seul en peu de mots
Dépend mon bien et mon repos :
Mais pour si loin que mon Auguste
Et mon Monarque grand et Juste
Heureusement porte ses pas,
Mon esprit ne le quitte pas,
Et ma pensée aimable et bonne
Suit sans cesse Votre personne,
Pour vous témoigner près ou loin
Mon respect, mon zèle et mon soin.

-Un historiographe de la cour à la une :

Parlons du savant Sainte Marthe
Qui sait bien l’Histoire et la Carte
Des personnes et des Etats,
De divers pays et Climats,
Puisque d’une belle manière
Il a mis naguère en lumière
Un Etat de la Cour des Rois
Dans l’Europe donnant les Lois,
On y trouve leur alliance
Et leur qualité d’importance,
Leurs armes ainsi que leurs noms,
Leurs postérités et surnoms,
Comme des Princes et Princesses
Tant des Souveraines Altesses
Que des autres qui dans leur rang
Tirent le jour d’un si beau sang,
Et part l’heureuse destinée
Vivent dans la présente année ;
Un état encor plantureux
De nos Ducs et Pairs très fameux,
Et d’autres Ducs qui sont en France
Sortis d’une Illustre naissance :
Item Ducs, Comtes et Marquis,
Grands d’Espagne des plus exquis,
Tant de Gouverneurs des Provinces
Que des Vice-Rois pour leurs Princes,
Ainsi que de grands Officiers
Et des Illustres Chevaliers
Des Royaumes et des Couronnes,
Sans oublier de ces personnes,
Les noms, les armes, parentés,
Les titres et les qualités ;
Item on voit les Archevêques
Et pareillement les Evêques,
Les Abbés et les Généraux, [d’Ordre.]
Patriarches et Cardinaux,
Avec les noms considérables
Des Princes, Empereurs, et Rois,
Régnant dans les plus beaux endroits
Et de l’Asie et de l’Afrique,
Avec un ordre magnifique,
Il suffit donc que le lecteur
Sache le nom de cet auteur
Et lise la première page
Pour juger de ce grand Ouvrage.

-Le roi dans ses activités dévotes pratique les écrouelles :

Le ROI, dont l’âme martiale
En l’Eglise Paroissiale
Communia dans saint Germain,
Sa Majesté le lendemain
(Jetant d’agréables œillades)
Toucha plus de huit cent malades. [Aux Recollets.]

-Les Récollets fêtent Saint Pierre d'Alcantara :

Les Récollets de Saint Germain,
Animés d’un pieux dessein,
Ont fait la fête en leur Eglise,
Avec la pompe plus exquise
De Saint Pierre d’Alcantara,
Que dignement on célébra ;
Six vingt de ces Révérends Pères,
En comptant encore les Frères,
Accompagnés des Augustins,
Aussi bien que des Capucins,
Tous en procession allèrent,
Et jusques au Château marchèrent ;
Fort proprement on tapissa
Les rues par où l’on passa,
On portait (sans que je me trompe)
L’étendard du saint avec pompe,
Son Busque d’or des plus brillants
Environné de douze enfants,
Qui paraissaient en forme d’Anges
Propres à chanter ses louanges ;
Le Nonce de sa Sainteté
Y marchait avec gaieté,
Et vingt et cinq des susdits Pères
Aussi religieux qu’austères,
Pleins de doctrine et de Vertus,
Etaient Saintement revêtus
De Chapes beaucoup précieuses,
Fort riches et fort somptueuses,
Et des plus belles de Paris
De qui l’on admirait le prix,
Notre Monarque incomparable,
La Reine autant belle qu’aimable,
Et Monsieur et Madame aussi
Qu’avec plaisir je mets ici,
Avec plusieurs Princes et Princesses,
Ducs, Duchesses, Comtes, Comtesses,
Avec un zèle saint et beau,
Suivirent depuis le Château
Cette procession exquise
Jusques dans la susdite Eglise,
Qu’on para d’un soin sans égal,
Et la Cour d’un Arc triompha :
Du ROI les Tambours et Trompettes,
Sans mêmes oublier les Musettes,
Durant ce chemin glorieux
Touchaient des airs mélodieux,
D’un son aussi gaillard que grave
Comme chaque jour de l’Octave
Les Prédicateurs plus fameux
Firent l’éloge merveilleux :
Et la REINE qui sert d’exemple
Après dîner fut dans ce Temple
Ouïr le Père Mascaron,
Qui fit un ravissant Sermon,
Et tous les jours de la semaine
Cette pieuse et sage REINE
Dont le Cœur n’a que Dieu pour but,
Assista toujours au salut :
Le Gardien que fort j’estime,
De qui le génie est sublime,
Dans cette belle occasion
Signala sa dévotion,
Et l’on admira sa sagesse
Comme son zèle et son adresse.

-Quelques nouvelles du dauphin :

Notre grand et sage DAUPHIN
Mardi dernier fut le parrain,
Avec une illustre Princesse,
Aimable et généreuse Altesse,
Mademoiselle d’Orléans,
Pour qui j’ai de hauts sentiments,
De Monsieur il nomma la Fille, [Anne.]
Princesse fort belle et gentille,
Et la REINE, comme le ROI
Se trouvèrent en bel arroi
A ladite Cérémonie,
Faite en très bonne compagne ;
N’omettons pas qu’avant cela
MONSIEUR fort bien les régala,
Avec autant de politesse
Que d’abondance et de largesse.

-Le médecin royal prête serment :

Le brave VALLIER a prêté
Le serment de fidélité,
Entre les mains de son Monarque
Pour une charge de remarque.

J’écris d’un style fort civil
Le quatorze du mois d’avril.

Lettre du 19 avril 1670, par Robinet.

-Un présage dans le ciel de la Flandre :

Je ne sais pas bien quel Esclandre
Peut être prévu dans la Flandre,
Mais, de la Crainte, la pâleur,
Comme pour un fâcheux Malheur,
S’y voit, partout, sur les Visages
Des plus Fermes, et des plus Sages.
Chacun y paraît étonné,
Confus, interdit, consterné,
De tout, veut tirer des Augures
Pour les plus tristes Aventures,
Et, comme, alors, il se méprend,
S’il pleut, il croit que c’est du Sang,
S’il aperçoit le moindre Atome,
Il s’en forge un hideux Fantome,
S’il voit voler un Passereau,
C’est un Vautour, c’est un Corbeau,
Si, par hasard, quelque nuage,
Du Soleil, couvre le visage,
C’est une Eclipse à faire peur :
Et, dans sa panique terreur,
Autant de Comètes il compte,
(Ce qu’ici, je dis, n’est point conte)
Qu’il voit, durant la nuit, aux Cieux,
D’astres brillants, et radieux,
Qui sont ardentes, chevelues,
Exprès, en ces lieux apparues,
Afin d’annoncer aux Flamands,
De tragiques Evénements.
Or, sur de pareilles Menaces,
On tâche d’assurer les Places,
On les fortifie, et munit,
Les Garnisons on en grossit :
Et cela montre, si je n’erre,
Que ce qu’on y craint, est la Guerre,
Et ce qui cause tel effroi,
Que c’est le Voyage du Roi.

Comme on sait qu’il est pacifique,
De même, on sait qu’il est bellique,
Et que Mars autant que la Paix,
Partage, en son Cœur, ses souhaits :
Mais on sait qu’aussi, cet Auguste
N’entreprend rien qui ne soit juste,
Et qu’en Flandre, l’on doit ainsi,
Vivre sans peur, et sans souci,
Pourvu… mais, sans que je m’explique,
Jusques chez le Roi Catholique,
On entendra ce Pourvu-là,
Sur ceci, donc, disons holà.

Je dis, en ma seconde Strophe,
Que le Hollandais limitrophe
Du pauvre Flamand ébahi,
Se croit, aussi, voir envahi.

Il tâche, de sa Triple-Ligue,
A se faire, vite, une Digue,
Un Bouclier, enfin, un Rempart,
Qui le couvre, de part, en part.
Mais, hélas ! toujours, la Suède
Lui diffère ce grand Remède,
En différant, incessamment,
De ratifier l’Instrument
De ladite Triple-Alliance :
Faut à l’Espagne, que je pense,
De lui faire son Compte rond,
En lui payant certain Michon,
Pour un Mic-mac de Garantie,
Qui, selon ma Philosophie,
Ne vaut pas un Cloud à Soufflet,
Si… sans m’expliquer tout à fait,
On sait prou, ce que je veux dire,
Et tout puissant est notre Sire.

Lettre du 26 avril 1670, par Robinet.

-Une parution :

Lecteur, je ne puis davantage,
Poursuivre, aujourd’hui, mon ramage,
Un beau Sujet, depuis huit jours,
Me tient, presque, occupé toujours,
Je m’en vois, presque, inséparable ;
Et, par un Charme insurmontable,
Je m’en sens, dedans ce moment,
Certe, attiré si puissamment,
Qu’il faut, pour lui, que tout je quitte.
C’est un Livre de grand mérite,
Un Livre docte, écrit des mieux,
Un Livre, enfin, Saint et pieux,
Où d’une manière énergique,
La Foi divine et Catholique
Qui nous guide à la Vérité,
Et, même, sa Perpétuité
Pour l’adorable Eucharistie,
Est défendue, et garantie,
Contre ce Ministre fameux,
Mais fort Sophiste, et captieux,
Et, dans ce qu’il dit, plein de fraude,
Qu’on nomme le Ministre Claude.

Il se voit serrer le Bouton,
Et rembarrer, mais tout de bon,
De telle sorte, en ce beau Livre,
Dans les Attaques qu’on lui livre,
Qu’il ne sait, à n’en point mentir,
Présentement, que répartir.

Or, son Antagoniste illustre,
Qui s’est couvert d’immortel lustre,
Par ce pénible, et grand Opus,
Qui me ravit tant que rien plus,
Est l’excellent Monsieur le Maire, [Docteur en Théologie,]
Qui, dès qu’il laissa la Grammaire,
Aux Controverses, s’exerça,
Et les Hérétiques poussa,
D’une vigueur, quoique naissante,
Qui, dès lors, était terrassante.

Mais, sans m’étendre en vains propos,
Touchant son mérite, et son los,
Qui brille assez dans son Ouvrage,
Je vais le reprendre à la Page
Où, ce matin, je l’ai quitté,
Aussitôt que j’aurai daté.

Lettre du printemps 1670, par Mayolas.

Quoique mes désirs ni mes vœux
Ne me rendent point envieux
De biens, de charges, de fortunes,
Que des personnes non communes
Peuvent avoir et posséder,
Et que je leur sache céder ;
Grand ROI, dont je chéris la vie,
Certainement je porte envie
A tous ces gens qui vous suivront,
Et qui vous accompagneront :
Ce train si superbe et si leste
Est une preuve manifeste
De la grandeur et de l’éclat
De mon Triomphant Potentat ;
Mais justement je m’imagine
Que votre port et votre mine,
Avec vos attraits fiers et doux,
L’emporteront par-dessus tous :
Pendant qu’on aura l’avantage
De suivre dans ce beau voyage
Le plus grand ROI de l’univers,
Je le décrirai dans mes vers ;
Ma Muse poursuivant son zèle,
Et faisant son emploi fidèle,
Fort exactement parlera
De tout ce qui s’y passera.

-Des nouvelles du Conclave romain :

Allons un peu chez les Romains,
Qui me semblent assez humains,
Et rendons visite au Conclave,
Où maint Cardinal est esclave,
Puisqu’on n’oserait en sortir,
De crainte de ce départir
De la faction, de l’intrigue
Qu’on conserve durant la brigue ;
Plusieurs disent que l’on a mis
Odeschalchi sur le tapis
Pour l’honorer de la Tiare,
Que depuis trois mois on prépare :
Peut-être que tel le sera
Qui nullement n’y pensera,
Et que nullement on ne pense :
Chaunes, Ambassadeur de France,
Par ces soins et par ces discours
Parle, conseille, agit toujours,
Pour faire que le seul mérite
Fasse réussir cette élite.

Ces Vers sont partis de chez moi
La veille du départ du Roi.

Lettre du 3 mai 1670, par Robinet.

-La Cour :

Son Chef brillant, son Chef auguste,
Cent et cent fois plus grand qu’Auguste,
La conduit, tout doucettement,
Comme par divertissement,
Vers le Pays, ou la Victoire,
L’a, si souvent, couvert de gloire.

Je crois qu’on y sera charmé,
Et même, d’amour enflammé,
D’y voir, primo, ce grand Monarque
Qui, des Dieux, porte mainte marque ;
Secundo, la Reine où les Cieux
Ont mis tant de Dons précieux,
Qui font qu’elle est si belle, et bonne,
Et si digne de sa Couronne :
Tertio, leur Dauphin charmant,
Qui, de tous les cœurs, est l’Aimant,
Et, pour qui, déjà, maint soupire,
Qui souffre, en secret, son martyre :
Quarto, Monsieur, digne Puîné
De notre Héros Couronné,
Et, de tous les Cadets de France,
Celui de plus haute apparence :
Quinto, Madame, dont les Yeux
Peuvent, tous seuls, charmer les Dieux,
Sans parler de ses autres Grâces,
Que tant je prône en mes Préfaces :
Sexto, cet autre auguste Objet,
D’Eloges un si grand Sujet,
C’est à savoir, Mademoiselle
Que d’Orléans, on sur appelle :
Enfin, tant de jeunes Beautés
Qui se découvrent aux côtés
Desdites Royales Personnes,
Tant, dis-je, de nobles Mignonnes,
Qui semblent d’Anges incarnés,
Dont les Yeux, les Bouches, les nez,
Les Bras, les Gorges, et le reste,
Ont l’air d’une Forme céleste.

-Un Turc a été baptisé à Paris. Il vient de Candie d'après ce qu'en dit Robinet :

Un jeune Turc, noir comme Ebène,
Fut baptisé l’autre Semaine,
En l’Eglise de Saint Germain,
Par le Curé, très brave Humain,
Duquel, partout, fort bien, l’on parle ?
Et nommé, je crois, Joseph Charle,
Par un Parrain de Qualité,
Voire, même, à Principauté,
Ainsi que par une Marraine,
Illustre, aussi, mais peu mondaine.

Ce que je dis est sans seul dol,
Car c’est le Comte de Saint Paul,
Et Madame de Longueville,
La Sainte Propagation,
Avait (ô très digne Action !
Ô très digne Soin que j’admire !)
Fait exprès ledit Turc instruire.

Ce Comte qu’on voit si bien né,
L’avait de Candie, amené,
Où le Général de Venise,
Qu’en grand Mortel, on préconise,
L’en régala, sur son retour,
D’icelui Candiot Séjour,
Où sa Bravoure nonpareille,
S’était signalé à merveille.

-Une parution :

Plusieurs s’étant enquis de moi,
A dessein de l’avoir, je crois,
En quelle Boutique on délivre [La Défense de la Foi, et de la perpétuité,]
Ce beau Volume, et charmant Livre [touchant l’Eucharistie,]
Dont je parlai dernièrement, [se vend chez Pierre le Mercier,]
J’ai cru devoir chrétiennement, [rue Frémontel au petit Conseil,]
En finissant, le mettre au large, [près le Puis certain.]
Du moins en la prochaine Marge,
En faveur de tous les Pieux
Lesquels en seront curieux.

Lettre du 10 mai 1670, par Robinet.

-La cour :

Notre Cour, poussant son Voyage,
En recevant, par tous, hommage,
Et divers Régales friands,
Qu’avec des visages riants,
L’Echevinage lui présente,
Lorsque nos Dieux, il complimente,
Y compris notre cher Dauphin,
Arriva, Dimanche matin,
En la Cité de Landrecie,
Nonobstant la supercherie
D’un petit aquatique Dieu,
Qui, proche voisin de ce Lieu,
Ayant fait déborder son Onde,
Qu’enflait la pluie, assez féconde,
Arrêta, ce dit-on, tout court,
Cette auguste et brillante Cour,
Pensant, le soir, en cette Ville,
Aller élire Domicile :
Si bien qu’alors, il lui fallut
Gîter tout du mieux qu’elle put,
Tandis que, la nuit, on fit faire
Le Pont, à passer, nécessaire.

-nouvelles des théâtres parisiens :

Tous nos Théâtres font flores,
Primo, sur celui du Marais,
Séminaire de nos Délices,
Par les Acteurs, et les Actrices
Qu'aux autres, dont on le bénit,
Dedans leur besoin, il fournit,
On joue une Pièce, fleurie
En incidents de Loterie,
Fort divertissants, et jolis,
Du fécond Auteur d'Adonis,
Où se fait le concours extrême,
Qu'on voyait chez Bertelot même,
Lorsque jusqu'au plus indigent,
Pour rien, y portait son argent.

Sur le fameux et grand Théâtre
De l'Hôtel que l'on idolâtre,
Où, de plaisir, l'on est comblé,
De voir, depuis peu, Champmeslé,
Et sa Moitié, toute charmante,
Qui les yeux, et l'oreille enchante,
On joue un Crispin Médecin,
Qui peut guérir le plus malsain,
Par ses bouffonnes ignorances
Et ses plaisantes ordonnances.
De Hauteroche, habile Acteur,
Et, per omnes casus, Auteur,
L'est de ladite Comédie :
Où, vraiment, il faut que l'on rie,
Non pas du bout des Lèvres, mais
A pleine Gorge, ou bien jamais.
Quant au Théâtre de Molières [sic.]
Si propre aux choses singulières,
Et pour les plaisirs de la Cour,
On y doit voir, au premier jour,
Encor un beau Fruit de ses Veilles,
Qui fourmillera de merveilles.
Cependant, le jeune Baron,
Second Comédien, du Nom,
Fait une Nouveauté charmante
Dans cette Troupe florissante.

Pour Messieurs les Ausoniens,
Ces très facétieux Chrétiens,
Ils inspirent toujours, la joie,
Pour peu, seulement, qu'on les voie.

Lettre du 17 mai 1670, par Robinet.

-La Cour, en Flandres :

Notre Cour, toujours, Flandrière,
Va s’avançant dans sa Carrière,
Non pas sans un peu d’embarras ;
Et le douzième, dans Arras, [de Mai.]
Elle arriva, quittant Bapaume,
Qui n’a, je crois, nul Jeu de Paume.

Force Peuple des Pays-Bas,
Désirant lorgner ses appas,
Vient, sur la Route, à sa rencontre,
Et, de la voir, tout gai se montre.

Mais des Cavaliers Espagnols
Font, cependant, des caracol[e]s,
A d’autres Desseins que, je pense,
Que Desseins de pure Vaillance :
Et deux d’iceux, dernièrement,
Attaquèrent, effrontément,
Près de la Forêt de Mormale,
(Ô belle Action martiale !)
Un Écuyer, allant seulet. [Le Sr de Grangemont Ecuyer]
L’un lui lâchant le Pistolet, [du Marquis de Rodes, Grand Maître des Cérémonies.]
Perça son chapeau de deux balles,
A sa Perruque, un peu, fatales.
L’autre, avec toute sa vigueur,
Lui poussa, tout proche du cœur,
Un véhément coup d’estocade,
Qui demeura, néanmoins, fade,
Et vain, trouvant son Baudrier.
Mais lui, ferme dans l’Etrier,
Sans prendre, aucunement, l’alarme,
Leur dit, en jouant de son Arme,
Quoique seul contre deux, je vous ferai sentir,
Qu’on ne s’attaque à moi, que pour s’en repentir.
De fait il en mit un par Terre,
Et fit courir l’autre belle erre :
De quoi, notre équitable Roi
Le loua fort, en bonne foi.

Lettre du 18 mai 1670, par Mayolas.

Grand ROI, dont les soins magnifiques,
Et les Qualités héroïques
Nous marquent que vous portez bien
Le titre de ROI très-Chrétien,
Puisque chacun sait que la France,
Par votre ordre et votre puissance,
A pris avec sincérité
L’intérêt de la Chrétienté
Dans mainte notable entreprise ;
Comme Fils aîné de l’Église,
Vous en soutenez la splendeur
Et vous augmentez sa candeur :
Aussi votre Crédit sublime
Et votre Zèle qu’on estime
A porté tous les Cardinaux
A redoubler leurs saints travaux,
Pour faire engin la juste élite
D’un Pontife de grand mérite,
Dont avec vénération
On a fait l’exaltation ;
Votre joie en est sans seconde,
Et sert d’exemple à tout le monde.

-Marie-Thérèse d'Autriche, reine de France, a fait parvenir à son pays de naissance un présent des plus somptueux :

Notre Ambassadeur à Madrid,
De qui la prudence et l’esprit
Tiennent partout fort belle place,
A présenté de bonne grâce,
Faisant dignement son Emploi,
Au jeune et Catholique Roi,
Une excellente et riche épée
De gros diamants parsemée,
Dont on estime fort le prix,
Que THERESE, REINE des Lys,
Libéralement, avec joie,
A cet aimable Prince envoie ;
Certes il ne faut point douter
Qu’il ne l’a voulut accepter,
Il l’a gaiement acceptée,
Et peut-être qu’il l’a portée ;
Sa richesse et sa rareté,
Sa bonté, comme sa beauté,
La main de l’Auguste personne
Qui Royalement la lui donne,
Offerte encor [sic.] par un Prélat
Dont les Princes font grand état,
Rend ce présent autant aimable
Qu’il est riche et considérable.

-Le Conclave a enfin élu un successeur à Clément IX :

AEMILIUS ALTIERI,
Cardinal de tous bien chéri,
Natif de la Ville de Rome,
Fut élu pour notre Saint Homme,
Par les Cardinaux plus fameux
Aussi prudents que généreux,
Et ses Vertus et son Mérite
Sont bien dignes de cette Élite ;
Dans le moment qu’il l’eut appris
Son cœur fut tellement surpris
Qu’il demandait (comme par grâce)
Qu’on en mit un autre à sa place,
Et cela le confirma mieux
Dans un poste si glorieux,
Dont il paraît tout à fait digne
Par sa piété très insigne :
Pour bien l’approuver je vous dis
Qu’il prétend le nom de Clément X,
Et ce titre est une Évidence
De sa débonnaire clémence,
Le vingt-neuf d’Avril en effet
Enfin ce Pontife fut fait.
Chaunes, Ambassadeur de France,
Avec zèle, esprit et prudence,
Faisant dignement son emploi,
Pour la gloire de notre ROI,
A bien contribué sans doute
Dans ce beau champ, dans cette route,
A calmer la division
Et faire cette Élection,
A la Chrétienté favorable,
Et pour Rome très honorable.

-Le Duc François-Annibal d’Estrées, maréchal et pair de France, est passé entre les mains de la mort :

Ce sont des choses assurées
Que le Maréchal Duc d’Estrées
Ces jours passés quitta ses lieux,
Pour prendre place dans les Cieux ;
Avec une pompe célèbre,
Aussi brillante que funèbre,
A Saint Jean son Corps on porta,
D’où à Soissons on l’emporta :
Il a vécu cent deux années
Par les heureuses destinées :
Sitôt que les Illustre Fils
Cette nouvelle eurent appris,
Ils firent voir pour ce cher Père
Les traits d’une douleur amère ;
Mais ses Vertus et ses Exploits
Dont furent témoins plusieurs Rois,
Et son zèle pour la Couronne
Revivront bien en leur personne,
Car ils servent avec éclat
Notre Triomphant Potentat.

-Saint Catherine de Sienne est célébrée par les religieux du faubourg Saint-Germain :

Comme les Père Jacobins [Faubourgs Saint Germain.]
Sont pleins de sentiments divins,
Et pour Catherine de Sienne
Récitent souvent mainte Antienne,
Leur zèle et leur dévotion
Font une Congrégation
De Dames pieuses, bien nées,
A la Sainte affectionnées,
Qui vont dedans ce sacré Lien
L’honorer et prier bien Dieu ;
Ces jours passés par les suffrages
De ces Dames bonnes et sages,
On élut unanimement
Et l’on choisit très dignement
Pour la Supérieure ou Mère
Mademoiselle la Rivière,
De qui l’esprit et les vertus
Sont généralement connus :
Le Directeur plein de mérite
Par ses soins fort bien s’en acquitte,
Et pour mettre tout à mon tour,
Le Père LACRAMPE, en ce jour,
Par un Sermon scientifique,
Y fit un beau Panégyrique.

-Un Cardinal proche de la cour de France est nommé par le nouveau Pape pour figurer dans son entourage :

Sans délai je vous marque ici
Que le Cardinal Palluzzi
Est nommé par Notre Saint-Père,
Qu’on estime, on aime, on révère,
Pour être Cardinal Neveu,
Ce qui ne l’honore pas peu ;
Et l’on m’a fait aussi comprendre
Que ce Cardinal pourra prendre
Le fameux nom d’Altieri,
Qui des Romains est fort chéri.
Clément Dix que l’on considère
Donne la Charge de Dataire
Au Sieur Carpegna, grand Prélat
De qui l’on fait beaucoup d’éclat.

-Mayolas nous donne ensuite des nouvelles du roi qui séjourne toujours en Flandre :

Partout où passe notre SIRE,
On le suit, on l’aime, on l’admire,
Comme la REINE et le DAUPHIN,
Avec toute sa Cour enfin,
Car les Flamands quittent leur place
Pour l’aller voir alors qu’il passe :
On tire de bonne façon
Mousquet, Couleuvrine, Canon,
Pour le saluer d’importance,
Aussitôt qu’on voit sa présence ;
Mêmes je vous assurerai
Que le Gouverneur de Cambrai
Par plus de deux cents canonnades
Continua ses saluades [sic.]
Lorsque le ROI, juste et bienfait,
Fut entré dans le C[h]atelet :
Et j’écris d’un fidèle style
Qu’il a déjà visité l’Île.

[…]
Ceci fut fait d’un esprit gai
Le dix-huitième de Mai.

Lettre du 24 mai 1670, par Robinet.

-Robinet, à son tour, nous donne des nouvelles du roi et de la cour :

Notre Cour si brillante, et leste,
Qu’elle semble une Cour Céleste,
Vû, même, que son Souverain,
Laissant à part tout son grand Train,
Semble Jupiter, en Personne,
A cet éclat qui l’environne :
Cette belle Cour, dis-je, donc,
Merveilleuse, s’il en fut, onc,
En pas un terrestre Royaume,
A, de la Cité de Papaume,
Passé dans celle de Douai,
Et de celle-ci, dans Tournai :
D’où je pense qu’elle a, dans l’Île,
Été prendre, aussi, Domicile.

Il n’est rien, certe, en cette Cour,
Que l’on n’admire, tour-à-tour,
Et qu’en un mot, on ne remarque,
Mais, surtout, le cher Fils Aîné
De cet auguste, Dieu Donné,
Ce Dauphin si charmant, si sage,
Qui répond à son haut Lignage,
Par tant de rares Qualités,
Qu’il tient de nos deux Majestés,
Ces deux francs Recueils de Merveilles,
Ravit les Yeux, et les Oreilles,
Par ses Appas, et ses Discours,
Qui ne sont point de tous les jours,
Répondant à maintes Harangues
Que lui font de disertes Langues,
Ainsi qu’un Amour orateur
Qui charme l’Esprit, et le Cœur.

Monsieur le Duc d’Anjou, son Frère,
Autre jeune et belle Lumière,
Dont l’aspect ravit Saint Germain, [en Laye]
En l’absence du Souverain,
A posé la première pierre, [d’Alcantara]
En l’Eglise des Récolets,
Que l’on y doit bâtir aux frais
De cet incomparable Auguste,
Dont tout est grand, pieux, et juste.
Madame, ce brillant Objet,
Accompagnait son beau Cadet :
Et qui put les lorgner en face,
Vit un Amour, vit une Grâce,
Ou deux vrais Anges incarnés,
De cent jeunes Attraits, cernés.

Leur merveilleuse Gouvernante, [Madame la Maréchale de la Mothe.]
En toutes Vertus, éminente,
Fut présente à cette Action,
Et, même, à la Collation
Qu’avecque beaucoup de liesse,
A ce Prince, et cette Princesse,
Donnèrent ces bons Pères-là,
Dont elle les remercia,
Pour eux, de manière obligeante,
Etant, partout, leur Répondante.

Lettre de la fin mai 1670, par Mayolas.

-Mayolas est heureux que le roi ait reçu si bon accueil dans le nord de la France :

Je suis ravi que tout le monde
D’une allégresse sans seconde
Grand ROI, vous ait complimenté,
Accueilli, reçu, visité,
En chaque endroit, en chaque Ville,
Et singulièrement dans Lille,
Pendant trois jours consécutifs,
Avec de grands préparatifs,
On a fait plusieurs feux de joie
Des plus agréables qu’on voie ;
Les Cloches par leur carillon
Répondaient aux coups de Canon
Comme aux cris de la populace
Et des plus grands de cette place,
Qui criaient tous en bonne foi
VIVE LE ROI, VIVE LE ROI :
Mais votre main très libérale
Qui marque votre Âme Royale
A confirmé ce grand renom,
Qui porte partout votre Nom ;
On admirait votre prestance,
Votre adresse et magnificence,
Votre éclat, et votre fierté,
Votre pouvoir, votre bonté :
Lorsque vous faisiez l’exercice
De votre superbe Milice,
Les Peuples étaient éblouis
Des divers attraits de LOUIS.
La REINE aussi belle qu’aimable
Accrut leur joie incomparable
Par son aspect doux et charmant,
Et le DAUPHIN pareillement
Par sa grâce, et par son langage
Fut admiré dans ce voyage.
Chacun porte envie aux Français
De ce qu’ils vivent sous les Lois
Et sous le triomphant Empire
D’un si recommandable SIRE ;
Je prétends bientôt à mon tour,
Ayant su votre heureux retour,
Après qui cent fois je soupire
Admirer ce que l’on admire
Et vous assurer par ces Vers
Qui courent partout l’Univers
Que ma joie et mon espérance
N’ait de votre Auguste présence.

-Des épousailles d'un grand capitaine :

D’Anjou plein de cœur et de foi
Et qui du Régiment du ROI
Est le digne Capitaine,
S’est uni d’une forte chaîne
S’est marié fort gaiement
Avec un objet très charmant,
Avec une aimable personne,
Fort riche, jeune, belle, et bonne,
Et pour vous la nommer enfin
C’est Mademoiselle Morin ;
Aussi l’Illustre parentage,
Satisfait de ce mariage,
Fait légitimement des vœux
Afin que le destin heureux
Avant la fin d’un ample année,
Leur donne après cet Hyménée,
Quelque fruit et quelque beau fils,
Digne de ce brave Marquis.

-Monsieur et Madame se sont déplacés récemment aux Récollets. Récit de la réception qui leur y fut faite :

Le Duc d’ANJOU avec MADAME,
Dont les beaux yeux sont plein de flamme,
Alla l’autre jour pour certain
Aux Récollets de Saint Germain,
La Maréchale Gouvernante [De la Mothe.]
Vertueuse, aimable, prudente,
Qui prend toujours un grand soin d’eux
Les accompagna dans ces lieux ;
Le Duc qui mille attraits enserré
Y posa la première pierre
Du fondement, du bâtiment,
Et du notable accroissement
De leur Église propre et belle,
Où l’on bâtit une Chapelle
Dont l’Autel se dédiera
A Saint Pierre d’Alcantara,
Qu’on y célébra d’importance
Avec grande magnificence :
Et le premier Définiteur [Hyacinthe Le Fèvre.]
Rempli de savoir, de douceur,
Accueillit avec révérence
Ces Illustres Enfants de France.
Après cette belle action
On servit la collation,
Par les soins extraordinaires
Des pieux et Révérends Pères.

-Suleyman Aga vient de quitter la cour pour retourner à Istanbul :

Je m’en vais mettre sous la Presse
Que l’envoyé de sa Hautesse
Est parti de ce beau séjour
Fort satisfait de notre Cour,
De notre grand PORTE-COURONNE,
Et du sage et prudent Lyonne
Digne Secrétaire d’État,
De mon triomphant Potentat ;
Cet Envoyé voguant sur l’onde
S’en va presque dans l’autre monde,
Puisqu’il va chez les Ottomans
Qui sont d’étranges garnements :
Il va porter à cet Empire
Les dépêches de notre SIRE.

-Conséquence directe de sa réception et de son séjour à la cour de France, Nointel marchera bientôt dans ses pas. L'homme en effet a été nommé ambassadeur auprès du sultan Mehmet IV. Il sera chargé de renouer une alliance mise à mal durant ces dix dernières années.

L’Illustre et généreux Nointel,
Dont l’esprit est universel
Et de notre ROI qu’on révère
Envoyé extraordinaire,
Vers l’Empereur des Turcs s’en va
Et dans peu de temps partira ;
Son zèle et sa magnificence
Pour la gloire de notre France
Et pour les intérêts du ROI
Feront dignement cet emploi.

-L’élection du nouveau Pape donne lieu à de fastueuses festivités à Rome :

Dès qu’on eut élu le Saint Père,
Que la Chrétienté considère,
De même qu’à Rome, à Paris
Pour notre Pape Clément Dix,
On fit des feux par excellence,
Qui marquaient la réjouissance,
La joie et satisfaction
Que cause son élection ;
Et chacun vit dans cette Ville,
Aussi Chrétienne que civile,
Que bien elle s’en acquitta
Et son respect manifesta :
Tous les Bourgeois devant leur porte
Faisant des feux de bonne sorte,
Les fusées et les pétards
Retentissaient de toutes parts :
Le Nonce que chacun estime,
Et dont le génie est sublime,
Signala son contentement
Et le fit luire clairement
A l’entour de son domicile,
Où l’on accourait fils à file
Pour être fidèle témoin
Et de sa pompe et de son soin.

-La maladie rôde toujours en ces temps de médecine incertaine et inquiète jusqu'à Mayolas lorsqu'elle touche les Grands d'Europe :

J’appris hier à la campagne
Que le Courrier venant d’Espagne,
Ici pour nouvelle contait
Que son Prince mal se portait,
Et reposait sur son estrade ;
Mais comme il est souvent malade,
On croit que ce ne sera rien,
Et peut-être il se porte bien :
Pour moi de bon cœur je souhaite
Qu’il ait une santé parfaite.

-En Hongrie, Charles de Lorraine :

On fait ce qu’on peut en Hongrie
Pour apaiser la brouillerie,
Et quantité de Régiments,
(Dont la plupart sont Allemands)
Y vont courir la prétentaine ;
Le Prince Charles de Lorraine
Ira dans les susdits quartiers
Pour commander les Cavaliers,
Je veux dire Cavalerie
Et quelque autre, l’Infanterie.

-Le roi d’Angleterre est arrivé à Douvres. Madame, sa sœur, l'y rejoint depuis Calais :

Le Roi d’Angleterre ravi,
Et du cher Duc d’York suivi,
Ainsi que de quelque autre Prince,
De maint Gouverneur de Province,
En poste à Douvres se rendit,
Où peu de temps il attendit,
Car MADAME sa Sœur charmante,
Mit bientôt fin à son attente ;
Cette Princesse arrivant là,
Il l’a reçu, la régala
Avec un cœur tendre et sincère
D’un grand Monarque et d’un cher Frère ;
Mais la Duchesse d’Orléans
Dont les attraits sont éclatants,
Cette aimable et rare merveille
Lui rendit aussi la pareille.

-Un Grand proche de Mayolas a été honoré par le roi :

Le Duc d’Aumont que je connais
Fut au devant de mon grand ROI
Avec quatre cent Gentilshommes,
Des mieux faits du temps où nous sommes,
Près Marquise le recevoir,
Par cette action il fit voir
Une éclatante et belle marque
De son zèle pour ce Monarque.

-Un autre Grand a accueilli ce même roi lors de son entrée dans Calais, ultime étape de son voyage en Flandre :

Le brave Marquis de Charot
S’acquittant bien de ce qu’il faut,
A Calais de fort bonne grâce,
Présenta les clefs de la place
A notre Auguste Majesté
Lorsqu’elle entra dans la Cité.

Fait le jour que mon Alexandre
Revient de faire un tour en Flandre.

Lettre du 31 mai 1670, par Robinet.

-Suleyman Aga retourne dans l'Empire ottoman :

Finalement, Muta-Férague,
A sa ceinture, portant, dague,
Et, dans l’Alcoran, graudé,
Extraordinaire Envoyé,
Du Grand Seigneur, et de la Porte,
Avecque sa leste Cohorte,
Et son magnifique, et beau Train,
S’en retourne, non sans chagrin,
D’abandonner le Domicile
Qu’il occupait en cette ville,
Ainsi que plusieurs autres Lieux
Si charmants, et délicieux,
Qui servaient à ses Promenades,
Où les Naïades, et Dryades
Donnent des embellissements,
Et font de doux enchantements
Qui ne sont point, ailleurs, qu’en France,
Et pas un Palais de plaisance,
Non pas même, en tout le Pays
Des Janissaires, et Spahis,
Où l’on ne voit nuls Domiciles,
Soit dans les plus célèbres Villes,
Soit aux plus beaux endroits des champs,
Qui soient des nôtres approchant.

Le sage Monsieur de Lyonne,
Grand Serviteur de la Couronne,
Et l’un des quatre (avec éclat)
Evangélistes de l’Etat,
Plein de lumière, et de prudence,
Donna le Congé, l’Audience,
L’autre jour, à cet Envoyé,
Qui fut, de joie, extasié
De se voir, dans les mains, remettre
La charmante Dépêche, ou Lettre
De notre Auguste, au Grand Seigneur,
Ne pouvant, avec plus d’honneur,
Et plus heureuse destinée,
Voir sa Mission terminée.

Il en témoigna hautement
Son aise, et son ravissement,
Ainsi que de la Fête, et Chère
Que l’on avait daigné lui faire
En cette florissante Cour,
Dont il voulait, à son retour,
Entretenir de bonne sorte,
Ce disait-il, sa grande Porte :
Ajoutant même, et protestant,
Qu’on en serait là, tout autant,
Au Sieur Olier, qui de Lutèce, [de Nointel Conseiller au Parlement de Paris.]
Son zèle, et sa bonne conduite,
Quoi le rendent d’un grand mérite,
Lui feront, certe, soutenir,
D’une manière à l’en bénir,
A l’en louer, et, dans l’Histoire,
En éterniser la mémoire.

Depuis, lesdits deux Envoyés,
Se sont visités, festoyés,
Fait civilités, et caresses,
Témoigné de grandes tendresses,
Par des Compliments bien stylés,
Et mêmes, entre régalés
De Parfums, Boissons, Confitures,
Et d’autres friandes Pâtures ;
N’oubliant pas, dans leurs Discours,
De mêler quelques Traits, toujours,
De la Grandeur des deux Monarques,
Dont, par de glorieuses marques,
Ils ont été choisis exprès,
Pour soutenir leurs Intérêts.

Comme ledit Muta-Ferague,
Lequel n’est pas natif de Prague,
Prenait, en ce riant Séjour,
Tous doux Ebats, tour-à-tour,
Dont plus que pas un Lieu du Monde,
La Ville de Paris abonde,
Il eût, encor, dernièrement,
Le Royal Divertissement
D’un belle Partie de Paume,
Des premiers Joueurs du Royaume,
Où Gens de haute Qualité
Se trouvèrent en quantité,
Et, mêmement, de ce beau Sexe
Par qui Cupidon, l’autre Sexe
Par qui Cupidon, l’autre vexe :
Si qu’on louait des Chaises là,
(Homme d’honneur m’a dit cela,
Je ne sais s’il fichait la cole)
L’Ecu blanc, et demi-Pistole,
Pour ne recevoir que des coups
Dont plusieurs n’étaient point trop doux,
Soit de Balle, ou de la Prunelle
De quelque dangereuse Belle,
Coups qui, loin de faire du bien
Le plus souvent, ne valent rien.

Or le Ministre de la Porte,
Encor qu’un cœur de Turc, il porte,
Vit là des Yeux plus Turcs que lui,
Qui lui causèrent moult ennuis,
Et lui firent, en Conscience,
Perdre sa grave contenance.

Ces Yeux qui lui firent la Loi
Sont à Madame du Fresnoy,
De maintes Grâces, départie,
Que, durant toute la Partie,
Il ne fit plus rien que lorgner,
S’amusant même, à dandiner
Autour de sa belle Coiffure,
Et de sa très blanche Encolure ;
Où, des Fleurettes lui contant,
En hésitant, et marmottant,
Il prenait, parfois, la licence,
Non sans quelque concupiscence,
De porter le bout de ses doigts,
S’en excusant, en beau patois,
Sur ce qu’on pouvait, de la sorte,
Toucher les Belles de la Porte,
Sans qu’elles pussent nullement,
S’en offenser civilement.

Souffrez, donc, Mesdames Françaises,
Dames de Cour, Dames Bourgeoises,
Suivant ces beau Modèles-là,
Qu’on vous touche comme cela,
Plusieurs en aimeraient la Mode,
Et je la trouve fort commode.

Des Turcs, encor, un mot je dis,
C’est qu’ils sont, de Jeudi, partis,
Et qu’à présent, leurs nids son vides.
Vous, donc, de les voir, Gens avides,
Qui souliez, le matin, et soir,
Les visiter en leur Manoir,
Faites que leur charmante Idée,
En votre Esprit, soit bien gardée.
Car c’est, sur elle, seulement,
Que vous pourrez, si plaisamment,
Les voir manger à leur manière,
Et, surtout, faire leur Prière,
En roulant, sans cesse, les Yeux
En constipés, devers les Cieux,
En se couchant le ventre à Terre,
En se levant, après, belle erre,
En se croisant, aussi, les bras,
En marmonant haut, et puis bas,
Et faisant, dans ce dévôt Rôle,
Encor, encor mainte autre chose drôle,
Qui plaisait, bien autant, enfin,
Que l’un des Rôles d’Arlequin,
Quoiqu’en tout, il nous fasse rire
Autant, certes [sic], qu’on puisse dire.

-Le voyage de Madame à Douvres (pour y rencontrer notamment son frère, le roi d'Angleterre) et qui a été évoqué par Mayolas à la lettre précédente se trouve ici rapporté par Robinet :

Les derniers Avis de la Cour,
Nous apprennent que son séjour
Était le vingt-sept, à Béthune, [Mai.]
Étant là, sans mal, ni fortune,
Arrivée, ainsi qu’autre part,
D’un air piaffant et gaillard :
Et que mon illustre Patronne,
Que la belle Gloire environne,
À Douvre [sic], allait, avec grand Train,
Afin d’y voir le Souverain
D’Angleterre, Irlande, et d’Écosse.
Dieu sait s’il seront à la Noce,
Et s’ils auront liesse au cœur,
Comme bon Frère, et bonne Sœur,
De pouvoir converser ensemble ;
C’est là, du moins, ce qui m’en a semblé.

-Un sermon :

Fait, sans me fouler nulle côte,
Six jours après la Pentecôte.
Jour auquel j’ouis un Sermon, [En l’Église de S. Louis, en l’Île Notre-Dame.]
Il ne faut point dire, c’est mon,
Si rempli de belle pensées,
Et, partout, si bien enchassées,
Dans un style si pur, si beau,
Que je dis ici, de nouveau, [L’Abbé Château Neuf, Aumônier de chez Monsieur.]
Que Château-Neuf, qui dit la pièce,
Certe, à présent, entend finesse.

Lettre du 7 juin 1670, par Robinet.

-Robinet évoque la parution de deux ouvrages. Il s'agit de La Mort d'Hannibal de Thomas Corneille et une traduction des Métamorphoses d'Ovide.

Charmé des dernières Merveilles
Du Cadet des deux grands Corneilles
Dont il m'a fait un cher Présent,
Et que je lis, certe [sic.], à présent,
D'un doux plaisir, l'Âme saisie,
Qui me ravit, et m'extasie :
À savoir son grand Hannibal,
Sujet tragique, et théâtral,
Où l'Art d'un Maître, partout, règne,
Et le beau Dramatique enseigne
À maints Novices de ce temps,
Qui sont Messieurs les Transcendants.
Item, (dont je suis fort avide),
Les Métamorphoses d'Ovide,
Qu'il fait parler si galamment,
Si nettement, si coulamment [sic.],
Et, bref, avec tant de justesse,
De force, et de délicatesse,
En la langue des Dieux François,
Qu'il est plus charmant mille fois,
Et je crois dire chose juste,
Qu'il n'était lors, que, sous Auguste,
Il parlait, dans ses Vers si fins,
En la langue des Dieux Latins :
Charmé, dis-je, de ces Ouvrages,
Qui ne sauraient craindre d'outrages,
Que de gens peu judicieux,
Ignares, ou bien envieux,
Je vais travailler à ma Lettre,
Non pas en ce genre de mètre,
Héroïque, noble, élevé,
Par qui l’esprit est enlevé,
Mais en petit mètre Lyrique,
Familier, simple, historique,
Et forgé, sans rien de pointu,
Véritablement, in promptu,
Puisqu’en moins de demi-journée,
Ma Légende est, souvent, tournée.

-Quelques nouvelles de la cour :

On ne discourt, en cette Ville,
Que du Régale fait dans Lille, [M. le Maréchal d’Humières.]
Par son illustre Gouverneur,
Qui s’en est acquis grand honneur,
À nos Majesté nonpareilles.
On n’y vit rien que des merveilles,
Des prodiges, des raretés,
Des Mets, de grand coût, apprêtés :
Et la Maréchale d’Humières,
Qui ne manque pas de lumières,
Fit, mêmes si bien le honneurs,
Que les Dames, et les Seigneur,
Qui furent témoins oculaires,
Et, mêmement, auriculaires,
Ont dit, comme nous, après eux,
Qu’il ne se pouvait rien de mieux.

Ces Majestés, sans nul esclandre,
Ayant voyagé par la Flandre,
Et reçu, partout, à l’envi,
Les respects du Peuple ravi,
Tant de la France, que d’Espagne,
Qui couvrait toute la Campagne,
Où paraissaient ces Souverains,
Dont les Aspects sont surhumains :
Ces Majestés, dis-je, adorables,
Et leur Dauphin, des plus aimables,
Ayant reçu les Compliments,
Très honorables, et charmants,
Au nom des Puissances Voisines,
Qui n’ont pu, sans être chagrines,
Et sans grand tintoin dans l’esprit,
Comme d’Illec, on nous l’écrit,
Voir proche à Elles, notre Sire,
Dont la Majesté l’on admire :
Ces Majestés, vous dis-je, enfin,
Retournent, sans faute, demain,
Au Château S. Germain en Laye,
Avec leur Cour brillante, et gaie.

Ce serait ma félicité,
Mais hélas ! ma Divinité,
L’un des plus grandes du Louvre,
Est, dit-on, demeurée à Douvre,
Pour y faire quelque séjour,
Avec toute l’Anglaise Cour :
Où chacun reçut Son Altesse,
Avec une extrême allégresse,
Ainsi qu’avec tout l’honneur dû
À sa Naissance, à sa Vertu,
Et l’admiration, au reste,
Que produit sa grâce céleste,
Et ce beau cortège d’Appas
Qu’ailleurs, qu’en Elle, on ne voit pas.

Monsieur, qui dans tous ses Travaux,
A suivi notre grand Héros,
Aimant fort sa belle Famille,
Qui d’un si parfait lustre brille,
Arriva dès hier ici,
Pressé par le charmant souci
De la voir, et Mademoiselle,
Qui, pour lui, n’a pas moins de Zèle,
D’aise, bien des fois, l’accolas,
Je ne doute point de cela.

Lettre du 14 juin 1670, par Robinet.

-Madame est à Douvres avec son frère, le roi d'Angleterre. À cette occasion, tous ont été régalés d'une représentation, par les comédiens de la duchesse d'York, d'une sorte de pot-pourri (en anglais) des pièces de Molière :

J’ai su de Douvres, des Nouvelles
Tout à fait, charmantes, et belles,
De la Princesse que je sers,
Le premier Objet de mes Vers ;
Et, sur cette grande Matière,
Je vais d’abord, prendre Carrière,
Interpelant, dans ce Discours,
Maître Apollon à mon secours,
Afin de donner une forme
A cette matière, conforme,
Id est, digne d’un tel Sujet.

Sitôt que ce divin Objet
Se fut embarqué dessus l’Onde,
Avec son nombreux, et beau Monde,
Dans plusieurs Barques, et Vaisseaux,
Le Calme se saisit des Flots ;
Et, suivant ses ordres d’Eole,
Tous les Vents rentrant dans leurs Geôle,
Il ne resta que les Zéphyrs,
Qui réunissant leurs Soûpirs,
Et leurs haleines à la Poupe.
Conduisaient, doucement, la Troupe.
Alors, dessus les Flots unis,
Les Alcions firent leurs Nids.
Les Tritons, et les Néréides,
Et toutes Déités fluides
Du Neptunien Élément,
Voulurent, tous ensemblement,
Y signaler leur allégresse,
En faveur de sa belle Altesse.
On y vit, aussi, les Amours
Accompagnant son Bord, toujours,
Qui, du Vent de leurs Ailes, mêmes,
Avec des liesses extrêmes,
Aidaient à pousser ce Vaisseau,
Bâtiment fort superbe, et beau :
Et, jamais, leur aimable Mère,
Abordant l’Île de Cythère,
Ne parut en plus digne arroi,
Pour ranger les Cœurs sous sa Loi.

Aussi, Son Altesse Royale,
Qui n’est pas moins aux Cœurs, fatale,
A Douvres, pour Elle, parut,
Et chacun, tout ravi, la crut
Cette Déesse Cythérée,
Sortant de son Vaisseau, parée
D’une Robe de Toile d’Or,
Qui la rendait plus belle, encor,
Avec une Guimpe traînante
De crêpe, et toute transparente :
Ayant, d’ailleurs, à ses côtés,
Maintes florissantes Beautés,
Valant bien, de Vénus, les Grâces
Qui marchent sur toutes ses traces.
Dès qu’à la Rade, on l’aperçut,
Le Roi, son Frère l’y reçut
De la manière la plus tendre,
Et lui fit tous les honneurs rendre,
Dus aux Personnes de son Sang,
De son Mérite, et de son Rang.

La Reine, sa Moitié charmante,
Princesse, en Vertus, éclatante,
Et toute pleine de douceur,
À cette illustre Belle-Sœur,
Bientôt, après, rendit Visite,
Avec une Escorte d’élite.
La belle Duchesse d'York,
Ayant peu de rimes en ork,
Mais des Attraits en abondance,
En était, aussi, d'assurance,
Avec le Prince son Epoux :
Qui, se signalant, entre tous,
A régaler notre Princesse,
Que l'on festoyait là, sans cesse,
Lui donna, les deux premiers jours,
En présence d'un grand Concours,
Le plaisir de la Comédie,
Par sa Troupe, non d'Italie,
Ou de France, mais bien d'Illec,
Laquelle Troupe, ayant bon bec,
Fit, en son anglicane Langue,
À l'Héroïne, une Harangue,
En laquelle, fort à propos,
Le Harangueur mêla le lot,
Ce dit-on, du Sieur de Molière,
Gloire, pour lui, bien singulière,
D'autant plus que c'est lui qu'ils jouaient,
Et qu'à ravir, ils imitaient
Dans ses Médecins, ses Ecoles,
Et dans ses autres plus beaux Rôles.
La superbe Collation
Augmenta l’exultation ;
Et les friandes Créatures
Y trouvaient d’exquises Pâtures,
Telles qu’il les faut pour leur Goût
Dont les Douceurs font le ragoût.

Monsieur l’Ambassadeur de France
Signalant sa magnificence,
Et sa grande profusion,
En cette belle Occasion,
Ensuite, aussi, traité Madame
Qu’accompagnait mainte grand Dame,
Et, sans aucun égard aux Frais,
Fit, ce m’a-t-on juré, florès,
De manière que ce Régale
Fut, pleinement, à la Royale.

Sa Britannique Majesté
N’oublia rien, de son côté,
Pour lui faire angélique Chère,
Et lui marquer, à un digne Frère,
Les charmants, et justes Transports,
C’est, sur de fidèles rapports,
Ce qu’en l’honneur du brave Sire,
A qui tout bonheur je désire,
Le méritant, pour ses Vertus,
J’en puis dire, voire, encor, plus.
Ce grand Parangon des Altesses,
Après toutes ces Allégresses,
Et cet Accueil si tendre, et cher,
Partit de Douvre, avant hier,
Et reprit devers nous, sa route :
Si bien qu’on ne fait point de doute
Qu’elle ne soit, après demain,
Dans Lutèce, ou dans Saint-Germain.

Alors je saurai tout le reste,
Et, puis, ailleurs, je vous proteste,
J’en ferai part à mon Lecteur,
Foi d’Historien point menteur.

-Mademoiselle :

L’un de ces jours, Mademoiselle
Qui semble une jeune Immortelle,
Et qui, dans son bel Orient,
Outre son air doux, et riant,
Montre des grâces, et des charmes
Qui menacent maints cœurs, d’alarmes,
Fut au beau Manoir des Feuillants ;
Qui, joyeusement, l’accueillant,
Comme un Astre de augure
Pour leur monacale clôture,
La laissèrent entrer partout,
De l’un jusques à l’autre bout,
Avec son ample Compagnie,
Qui se trouva presque infinie :
Force Beau Sexe Féminin,
Qui ne fait pas sa jeune Altesse,
Avec un excès de liesse
De pouvoir visiter ce lieu,
Où l’on sert si bien le bon DIEU.

Mais de certaines Fourageuses
Et, mêmement, un peu rieuses,
Firent rafle dans le Dortoir
De ce religieux Manoir,
Des Disciplines sanguinaires
De quelques-uns desdits bons Pères,
Pour, disaient-elles, s’en fesser,
Et voir si cela peut blesser :
De quoi je pourrais leur répondre,
(Ou le Ciel veuille me confondre)
Si les Belles de cœur si gai,
Sur elles, m’en souffraient l’essai.
Mais, en finissant cette glose,
Discourons un peu d’autre chose.

-Nouvelles du Roi :

L’Octave de la FÊTE DIEU,
S’est ici, passée en maint lieu,
D’une manière sans égale,
Et digne de la Capitale
Des Etats d’un ROI Très-Chrétien,
Qui soutient ce Titre très bien.
De çà, de là, dedans la Chaire,
Nos Orateurs, sur le Mystère,
Firent, aussi, tout de leur mieux ;
Et des Gens fort judicieux
M’ont dit qu’à Saint Louis, en l’Île, [Notre Dame.]
L’abbé Châteauneuf, par son style, [Aumônier de chez Monsieur.]
À son tour, sa morale, et ses Plans,
A fait admirer ses Talents.

D’autres, par un bref mémoire,
Font savoir à notre Ecritoire,
Qu’aux Filles du St Sacrement,
Un Récollet, certainement, [Le Père Archange Engheran Gardié des Récollets de S. Denis.]
Avait prêché comme un Archange,
Sans trop lui donner de louange.

Lettre du 21 juin 1670, par Robinet.

-Nouvelles de Douvres :

Ayant, pendant tout son séjour,
À Douvres, en l’Anglicane Cour,
Reçu tous les Honneurs possibles,
Et les marques les plus sensibles,
De tendresse, et d’affection,
Y compris un très beau Poinçon,
Avecque des Bagues d’Oreille,
Qui, dit-on, brillant à merveille,
Rendent les yeux tout éblouis,
Et valent dix mille Louis,
Dont à son Altesse Royale,
La Reine fit un cher Régale :
Après, dis-je, qu’elle eut, aussi,
(Ce qu’il faut bien noter ici)
Fait là, mainte, et mainte largesse
Digne d’une grande Princesse,
De qui la Libéralité
Est la première Qualité :
Après, en un mot, les Caresses
Des Adieux, remplis de tendresses,
De Frères, et de Belles-Sœurs,
Où chacun répandit des pleurs,
Elle partit, sur un Navire,
Où, des Anglais, l’illustre Sire,
Si digne d’être Souverain,
Et le Duc d’York, son Germain,
Jusques bien loin, l’accompagnèrent,
Puis, à regret, se séparèrent,
Au tintamarre du Canon,
Qui chanta dessus le haut ton.
Alors, Madame, avec sa Flore,
Et sa noble et belle Pelote,
Consistant en plusieurs Beautés,
Qui sont, toujours, à ses côtés,
Et d’autres Personnes de marque,
Qu’à la marge, ici, je remarque, [Elle avait dans son Bord Milord Sandvic, le Comte]
Son petit trajet, acheva, [St Albans, le Comte d’Albon, son Chevalier d’Honneur,]
Et dedans Calais, arriva, [le Sieur de Rocheplate Lieutenance des Gardes de Monsieur,]
Ayant les Vents, et Flots propices, [et les Comtesses du Plessis, d’Albon, de Grammont,]
Sous les favorables Auspices [et d’Hamilton, avec festilles d’Honneur :]
Des Marines Divinités, [et était suivie en un autre Vaisseau, par le Maréchal du Plessis ;]
Que charmaient ses rares beautés, [l’Évêque de Tournai son Frère,]
Et qui rendaient à l’entour d’Elle, [et d’autres Personnes de Qualité.]
L’Élément qu’on nomme infidèle,
Calme, doux, sans rides, et bref,
Tels qu’on n’en craignait nul grief.

De Calais, où l’on l’a reçue
Tout ainsi que la Bienvenue,
Aux Chansonnettes des Clairons,
Remplissant l’air des environs,
Comme au bruit de l’Artillerie,
Et cil de l’Escopèterie,
Elle poursuivit son chemin,
En tirant droit, vers Saint Germain,
Où la célèbre Cour de France,
Avec bien de l’impatience,
Attendait son charmant Retour ;
Lequel a, dans ce beau Séjour,
Répandu la plus pure joie
Qui, dans les cœurs, se fasse voie.

Aussi, l’Héroïne, vraiment,
En fait-elle un rare ornement,
Et comme d’Elle, on y voit naître,
Sitôt qu’elle y vient à paraître,
Mille charmes, et mille appas
Que, sans elle, l’on n’y voit pas,
On les trouve, illec, à redire,
Aussitôt qu’elle s’en retire.

Lettre du mois de juin 1670, par Mayolas.

-Mayolas se réjouit du retour de son monarque parmi les siens :

Après la peine et le tourment
Que j’avais dans l’éloignement
Du PRINCE à qui je rends hommage,
Dans la joie à présent je nage ;
SIRE, mes déplaisirs passés
Par votre aspect son effacés :
Encore que mon espérance
M’en eût assuré par avance
Et m’en eût très bien averti,
Certainement j’ai ressenti
Plus de plaisir qu’on ne peut dire
Et plus qu’on n’en saurait écrire,
Lorsque je vous vis frais et sain,
Ces jours passés à Saint-Germain,
Vous donnant ma Lettre agréable
Avec un soin infatigable.
Cet effet si doux, si charmant
Ne peut venir assurément
Que de votre Auguste présence,
Source de la réjouissance,
Qu’en moi comme dans votre État
Vous produisez avec éclat.

-Retour sur l'élection du nouveau Pape :

Vous n’ignorez pas que dans Rome
On a Couronné le Saint Homme,
Et que ce saint Couronnement
Se fit très solennellement ;
Tous les Cardinaux s’y trouvèrent,
Les Ambassadeurs y marchèrent,
Avec les gens de qualité
De cette Romaine Cité :
Ce que je trouve de louable,
De pieux et de remarquable
Est qu’auprès de sa Sainteté
Qui ce titre a bien mérité,
En présence d’icelle Troupe
On brûla quelque peu d’étoupe,
En lui disant d’un ton hardi
Sie transit gloria mundi ;
Cela veut dire (sans préface)
Que la gloire du monde passe
Aussi vite, aussi promptement
Et s’évanouit doucement.
Ensuite il monta dans sa loge
Qu’à chaque Pontife on surroge,
Donnant sa Bénédiction
Avec beaucoup d’affection
Aux Grands comme a la populace,
Qui remplissaient toute la place
Et lui donnaient fort à propos
Le Salut ad multos annos.

-Un conseiller du roi est passé dans l’autre monde :

Quoique les extrêmes douleurs
Ne s’expliquent que par des pleurs,
La mienne enfin n’est plus muette,
Disant que beaucoup je regrette
Le savant et prudent Annat, [Conseiller du Roi pendant 16 ans.]
Très zélé pour servir l’État ;
Sa conduite et sa vigilance
Parurent hors et dans la France
Procurant par affection
Le bien de la Religion :
Ses Vertus furent admirables
Et ses œuvres très remarquables.
Les Jésuites qui l’aimaient
Et fort justement l’estimaient,
A sa mort leurs regrets montrèrent
Et Samedi soir l’enterrèrent [14 juin.]
Avec le lugubre appareil,
Dont on se sert en cas pareil,
Après cette fâcheuse perte
Que sa Compagnie a soufferte,
Je puis mettre sur ce papier
Que le docte et sage Ferrier
Qui remplit dignement sa place :
Adoucit bien cette disgrâce.

-D’un mort à l’autre : un haut magistrat a également rejoint ses ancêtres. Ainsi

Le Lieutenant Civil est mort,
Et tout le monde le plaint fort,
AUBRAY faisant bien l’exercice
De ce considérable Office
Qu’il occupait de Père en Fils
Dans le Châtelet de Paris ;
Son Épouse en est bien touchée,
Et la Parenté très fâchée ;
Car selon l’ordinaire temps,
Il pouvait vivre encore trente ans.

-Retour sur l’envoi de Nointel en qualité d’ambassadeur auprès de sa Hautesse précédemment annoncé.

Le ROI connaissant la prudence
Aussi bien que l’intelligence
Du Noble, du Discret NOINTEL,
Et qui partout passe pour tel,
Le choisit avec allégresse
Pour l’envoyer vers sa Hautesse,
En qualité d’Ambassadeur,
Dont il soutient bien la splendeur,
Tant par son Illustre naissance
Que par sa pompeuse dépense ;
Ce Monarque Auguste et charmant
Ayant fait ce choix justement,
C’est une marque belle et bonne
Du cas qu’il fait de sa Personne ;
Je suis sûr que ses bons amis
En sont tout à fait réjouis,
Comme ses Parents et Parentes,
Soit Présidents, soit Présidentes,
Dont les pieuses Actions
Couronnent les perfections :
Je souhaite dans cet Ouvrage
Qu’il fasse un très heureux voyage,
Et que les ondes et les vents
Lui soient propices en tout temps.

-Madame a quitté le roi d’Angleterre à Douvres et elle est de retour à Saint-Germain :

Le Roi de la grande Bretagne
Avec la Reine sa Compagne
A reçu fort civilement
Et traité magnifiquement
A Douvres, l’Illustre MADAME,
De qui l’humeur et la belle Âme
A répondu de tous côtés
A leurs tendres civilités ;
Car ces Personnes libérales
De leurs mains riches et Royales
Se firent plusieurs beaux présents
Aussi précieux que luisants :
Ce Roi témoignant sa tendresse
Accompagna cette Princesse,
(Loin ou proche le bord de l’eau)
Jusques dans son rare vaisseau,
Ou de plusieurs gens escortée
A Calais elle fut portée :
Ensuite prenant le chemin
Pour revenir à Saint-Germain,
MONSIEUR ayant su la nouvelle,
Fut gaiement au devant d’Elle,
Et nos Augustes Majestés
Qui montrent toujours leurs Bontés,
La reçurent et l’accueillirent,
La complimentèrent, la virent
Avec la démonstration
D’une sincère affection.

J’achevai de remplir ma liste
La veille de Saint Jean Baptiste.

Lettre du 28 juin 1670, par Robinet.

LOUIS, le Phœnix des Monarques,
Que l’on connaît à mille marques,
Pour le vrai Fils des Immortels,
Digne d’Encens, digne d’Autels,
Signalant ses vertus Royales
Par d’incomparables Régales,
Ces jours passés, en a fait un
Qui, bonne foi, n’est point commun :
Et, certe, il n’est que ce grand Sire,
Qu’en toutes choses, l’on admire,
(Unique, comme le Soleil)
Lequel puisse en faire un pareil.

L’Objet de sa Magnificence,
Pour en parler en conscience,
N’est, aussi, commun, nullement :
Et l’on y voit tout l’Ornement
Que le Ciel, avec la Nature,
Peut mettre en une Créature.
Vertus, Esprit, Grâce, Beauté,
S’y trouvent en société,
Et l’on peut, sans que l’on s’abuse,
L’ériger en galante Muse.

Pour en mieux tracer le Portrait,
Il y faut ajouter ce Trait
Que cette Muse dont je parle,
Sans, du tout faire, ici, le Charle,
A, pour Ascendant glorieux,
Un Astre des plus radieux,
Qui, comblant d’heur, ses destinées,
L’a fait, des Têtes Couronnées,
Estimer, et considérer,
Et, de leurs beaux Dons, honorer.
Témoin en est cette Héroïne
Du Nord, la fameuse Christine,
Qui lui laissa, partant d’ici,
Par un noble, et digne souci,
Une marque de son estime,
Brillante autant que légitime.

Madame, à tout ce que je dis,
Vous jugez bien que c’est Brégi,
Cette merveilleuse Comtesse,
Si bien auprès de votre Altesse,
Dont je parle dans ce Discours :
À qui, l’un de ces derniers jours,
Le Roi donna trois cent mil livres,
Qui seront couchés sur les Livres
De l’Épargne, où, sans nul délai,
On les aura comptés, je crois.

Sur cela, je puis, encore, dire,
Sans qu’on vienne, en faux, s’en inscrire,
Que si la plupart des Humains,
Comme le disent maints, et maints,
Par un de leurs communs Adages,
Sont, souvent, plus heureux que Sages,
Et d’autres, en nombre nombreux,
Sont, aussi, plus Sages qu’heureux,
Cette Comtesse a l’avantage
D’être, à la fois, Heureuse, et Sage.

Je pourrais ajouter aussi,
Épiloguant ce discours-ci,
Qu’on voit, par là, que notre Auguste,
Que d’adorer, il est si juste,
Sait mieux que celui des Romains,
Ouvrir ses bienfaisantes Mains
Sur le are, et brillant Mérite,
Et, bref, sur les Vertus d’élite.

Que si quelque Gloseur, glosant
Sur la grandeur de ce Présent,
Chef-d’œuvre de Magnificence,
En tirait cette Conséquence,
Que, pour trop souvent, en user,
L’Épargne pourrait s’épuiser,
Un bel Esprit de qui la Muse [M. Mori.]
A carmer, noblement s’amuse,
Soit en Français, soit en Latin,
Lui répond en style très fin,
Par un Madrigal, que je pense,
Qu’il est peu de Bregis en France.

-Des affrontements, en Flandre :

On nous écrit des Pays-Bas,
Où l’on craint Sièges, et Combats,
Et toute Guerrière Aventure,
Qu’à peine, encore, on s’y rassure,
De la Marche qu’en noble arroi,
A fait en Flandre, notre Roi :
Et que, de son retour en doute,
On va, partout, voir sur la Route,
Pour en être mieux averti,
S’il est bien vrai qu’il soit parti.

Mêmement, Messieurs de la Haye,
Font tenir leurs Soldats en haie,
Et travailler de toutes parts,
À leurs Écluses, et Remparts :
Et, qui plus est, ont donné l’ordre,
De peur qu’on ne les aille mordre,
De redoubler leurs Bastions,
Et leur Fortifications.

Il faut, par charité, leur dire
Qu’il est certain que ledit Sire,
Qu’ils redoutent bien justement,
A quitté le Pays Flamant,
Et qu’avec sa belle Famille,
Et toute sa Cour qui fourmille
En quantité de Courtisans
Des plus lestes, et plus luisants,
Ainsi, qu’en grand nombre de Dames,
Plus éclatantes qu’Oriflammes,
Est, à présent, dans son Château
De Versailles, qu’il rend si beau,
Par ses Bâtiments qu’on augmente
D’une façon qui, certe, enchante,
Et qui charmera tous les Sens,
En Hiver, ainsi qu’au Printemps,
Que ce vrai Jupin de la Terre,
Sera, je le dis sans que j’erre,
Logé tout aussi bien, et mieux
Que le Tonnant Jupin des Cieux.

A partir de cette date qui consacre la mort d'Henriette d'Angleterre, les épîtres de Robinet prennent le nom de Lettres en vers à l'Ombre de Madame

Lettre du 5 juillet 1670, par Robinet.

-Madame, épouse de Monsieur, est passée de vie à trépas. Notre gazetier, dont elle fut avec son mari, la protectrice, est terriblement affligé. Ainsi :

Abattu dessous ces Douleurs
Qui ne parlent que par des pleurs,
Sous ces douleurs qui sont muettes,
Sans les Soupirs, leurs interprètes,
Lecteur, aujourd’hui, n’attends pas,
De moi, des Vers semés d’appas,
Ni fort grand nombre de Nouvelles
Qui soient curieuses et belles :
Je n’en ai qu’une à t’annoncer,
Qui (je le dis sans finesser,
Dans les noirs chagrins où j’abonde)
Est la plus funeste du Monde,
Et qui ne saurait nullement,
Souffrir la pompe, et l’ornement.

C’est qu’Henriette d’Angleterre,
Qui remplissait toute la Terre,
De sa Gloire, et de ses Vertus,
Peux-tu le croire ? ne vit plus.
Cette Princesse sans égale,
Cette grande Altesse Royale,
Fille, Nièce, et Sœur, à la fois,
Des plus grands et puissants Rois,
Et l’Épouse d’un Prince illustre,
Est morte avecque tout ce lustre !

Cette Héroïne qui, des Cieux,
Reçut les Dons plus précieux,
Et, du côté de la Nature,
Tout ce que, dans une Peinture,
Au-dessus d’elle, enrichissant,
On peut voir de plus ravissant,
Au Monument, vient de descendre,
Et s’en va se réduire en cendre.

Madame, de qui les Amours,
Les Jeux, les Ris filaient les Jours,
Ses Appas, dans sa Cour si belle,
les tenants, sans cesse, auprès d’Elle,
A subi les commune Loi,
Et des Parques, senti l’effroi.

Elle, dis-je, pour qui les Vierges
Qui, du Parnasse, sont Concierge,
Ne songeant pas à ce revers,
Je vous la dépegnais naguère,
Comme la Reine de Cythère,
Triomphant d’un air si charmant,
Sur le maritime Élément,
Et dans les Lieux de sa Naissance,
Avec tant de réjouissance,
A payé Tribut au Trépas,
En l’âge où l’on n’y pense pas.

-De la même manière que Bossuet dans son oraison, Robinet rappelle qu'elle pourtant toujours été rayonnante de et entouré par la beauté. Quelle injustice du sort que cette mort aussi soudaine ! Ainsi :

En ses printanières Journées,
N’ayant que, deux fois, treize année,
Elle sentit trancher son Sort,
Par cette inexorable Mort,
Et d’une manière imprévue,
Qui bien plus terriblement, tue.

Elle était, l’illustre Beauté,
Dans un vrai Palais enchanté,
Où tout, à ses Vœux, semblait rire,
Où l’on ne connaissait d’Empire
Que celui de tous les Plaisirs
Qui flattent les jeunes Désirs ;
Elle tenait son Cercle, même,
Où, dans une liesse extrême,
Elle voyait, à ses côtés,
Je ne sais combien de Beautés,
Qui, de leurs plus grands avantages,
À ses Charmes, rendaient hommages :
Les Grâces, les Jeux, et les Ris,
Qu’on donne à la belle Cypris,
Étaient, enfin, à l’entour d’Elle,
Et l’on l’eût crue une Immortelle,
A voir, lors, ses propres Attraits,
Quand Cloton, de l’un de ses Traits,
Portant mille Trépas ensemble,
(Ah ! de ce coup, encor, je tremble)
La vint frapper traîtreusement,
Autant comme cruellement.

Car ce Coup pire que Ciguë,
Causant une douleur aiguë
En tous les lieux de son beau Corps,
Lui fit ressentir mille Morts,
Pour venir à bout de sa Vie,
Qui, dans dix heures, fut ravie.

En vain, ses Appas éclatants,
En vain la Fleur de son Printemps,
En vain, sa Gloire, et sa Naissace,
En vain, toute la Cour de France,
Avec deux grandes Majestés,
Qui valent deux Divinités,
Et, bref, un Époux tout en larmes,
Expirant, presque, en ses alarmes,
Qui, des Listrigons, toucheraient,
Grâce, à la Parque, demandaient,
Elle qui, jamais ne la donne,
Et ne fait quartier à Personne,
Sans yeux, sans oreilles, sans cœur,
Conforma sa dure rigueur ;
Et cette Assassine d’Orphée
Voulut se dresser un Trophée,
Le plus beau qu’elle eût emporté,
En détruisant cette Beauté,
Dont les Charmes auraient fait honte
À la Déesse d’Amatonte.

La Médecine, et ses Agents,
Plus fameux, plus intelligents,
Et qui, des Têtes Couronnées,
Conservent les grandes Journées,
Employèrent tous leurs Secrets,
En vain, aussi, contre les Traits
De la félonne Meurtrière,
Pour lui faire perdre carrière.

Comme ils sont ses Dupes, souvent,
Dans leurs Art, un peu, décevant,
Et que, par leurs Remèdes mêmes,
Notamment, lorsqu’ils sont extrêmes,
Et si précipitamment, faits,
Elle accélère ses Progrès,
En dépit d’eux, elle eût la gloire
D’établir sa pleine Victoire,
Et peut-être plus promptement,
Selon ce mien raisonnement.

Mais, pendant ce Conflit terrible
Entre eux, et la Parque inflexible,
Et, de part et d’autre, entrepris
Pour un inestimable Prix,
Mon Héroïne magnanime,
Ce Prix qui passe toute estime,
Fit voir un Cœur si grand, si haut,
Qu’il n’y parut aucun Défaut :
Et qu’on admira la constance.
Et cette intrépide assurance,
Avec laquelle elle affrontait
Ce que, pour Elle, on redoutait,
Cette Mort si dessaisonnée,
En sa vingt-et-sixième année,
Parmi les Plaisirs, les Honneurs,
Et tout ce qui plaît aux grands Cœurs.

Comme l’on voit, par un Orage,
Arrivé sans aucun présage,
Changer la Face, en un moment,
De tout le pompeux Firmament,
Et son plus grand, et plus bel Astre,
Prendre le Deuil en ce Désastre,
Ainsi, Lecteur, l’on aurait vu,
Par cet Accident imprévu,
Changer, d’un Palais de Plaisance,
La brillante magnificence,
En un triste, et sombre Appareil,
Et dans la Pompe d’un Cercueil :
Où les Jeux, les Ris, et les Grâces,
Qui marchaient sur toutes ses Traces,
Et, même, une Troupe d’Amours,
Entrèrent, aussi, pour toujours.

Les Vertus de cette Héroïne,
Les unes de Source divine,
Les autres dignes de son Sang,
Et de sa Gloire, et de son Rang,
Chacune toute désolée,
Entourèrent le Mausolée,
Avec plusieurs Psalmodiants,
Qui chantèrent les sombres Chants,
Jusqu’au Jour du Convoi Funèbre,
Dedans ce Temple si célèbre, [St Denis.]
Pour les Cendres, et les Débris
De tant de Potentats des Lys,
Qui, là, par commune Aventure,
Ont leur Royale Sépulture.

Lettre du 6 juillet 1670, par Mayolas.

-Mayolas communie dans la déploration générale qui embrase la cour en cette période de deuil :

Dans cette occasion, SIRE,
Je ne sais ce que je puis dire,
Si je dois me taire ou parler,
M’affliger ou vous consoler
De la perte d’une Princesse
Qui plonge la Cour en tristesse ;
Mais Grand, Auguste et Sage ROI,
Vous savez cent fois mieux que moi
Tout ce qu’il faut dire et faut faire
Sur ce sujet, dans cette affaire :
Et puisque vous le savez bien,
A présent je n’en dis plus rien,
Car sur la fin de mon Épître
J’en prétends faire un long chapitre :
Heureux ; si je puis seulement
Adoucir ce ressentiment,
En une saison ou moi-même,
Je sens une douleur extrême.

-Puis il évoque une cérémonie religieuse aux Récollets :

Avec plaisir je vous écris
Que les Récollets de Paris
Dans la pompe la plus exquise
Firent la Fête en leur Église
De Saint Pierre d’Alcantara,
Pendant huit jours on la para
De plus belles tapisseries
Où l’on voyait des broderies,
L’Autel de même était paré
Et de Cristaux tout entouré
D’une manière surprenante
Et d’une façon éclatante ;
Pour vous dire le tout en bref,
On y voyait en grand relief
Du Saint la figure pieuse
Et d’une gloire ingénieuse
Elle était dans ce lieu charmant
Accompagnée augustement ;
Le Portrait du Sain faisait face
Dans le Chœur, en la bonne place,
A l’aspect d’un Arc Triomphal
Qui nous paraissait sans égal.
Pour vous en dire davantage,
L’Abbé Du Plessis docte et sage [Grand Vicaire de M. l’Archevêque de Paris.]
En fit l’ouverture amplement
Et dit la Messe hautement.
Sur les onze heures ces bons Pères
Précédés sans doute des Frères,
Étant six vingt sans fiction
Allèrent en Procession
En l’Église de Notre Dame,
Où va prier mainte bonne âme,
Hommes, femmes, filles, garçons,
Les Bannières et les Guidons,
Et du Saint un buste admirable,
D’un air pieux et remarquable
Étaient dévotement portés ;
On admirait de tous côtés
La modestie et le bon ordre
Des Religieux de cet Ordre ;
Les Trompettes et les Hautbois [du Roi.]
Précédant jouaient à la fois
Et semblaient chanter ses louanges,
Des flambeaux, des enfants en Anges
Environnaient cet étendard
Que l’on suivait de toute part,
Le peuple et les Grands de la Ville
Les accompagnaient file à file.
Le docte Curé Gobillon [Curé de S. Laurent.]
Après midi fit le Sermon
Prononçant le Panégyrique,
Avec un discours énergique
Le savant Abbé Coquelin
Fit admirablement la fin.
De Soissons le Prélat Illustre,
Donnant la Bénédiction
Pour faire la conclusion.
Quantité de feux d’artifice
Y firent bien leur exercice,
Et les boites pareillement
Achevèrent pompeusement.
Le Gardien de cette Ville
Côme Duboc, pieux, habile,
De qui les bonnes actions
Et belles Prédications
Brillent d’une façon fort ample
Aux spectateurs servait d’exemple,
Et son soin et sa piété
Ont parfaitement éclaté.

-...Et en revient à Madame, pour communier encore et toujours et rendre hommage à cette princesse :

MADAME si pleine de Charmes,
Pour qui l’on verse tant de larmes,
À Saint-Cloud le jour de Saint Paul
Vers le Ciel prit vite le vol,
Et cette Princesse Héroïque
D’un abcès et d’une colique
Sentant les assauts douloureux
Eut des transports si généreux
Qui font qu’à ces rimes j’agrafe
Un Sonnet pour son Épitaphe :

PASSANT arrêt ici tes pas,
Vois HENRIETTE D’ANGLETERRE
Dont on admirait les appas,
Qui repose sous cette pierre ;

La nouvelle de son Trépas
Nous parut un coup de tonnerre,
Et l’on ne s’en contrôle pas
À Londres, ni sur notre Terre :

Hymen lui fit donner sa foi
À PHILIPPES Frère du ROI,
Qui sent cette perte cruelle ;

Chacun porte envie à son sort,
Car sa constante et belle mort
Lui donne une vie immortelle.

Auparavant qu’elle mourut
Et que sa maladie accrut,
Avec dévotion bien grande
Elle-même fit la demande
Et voulut recevoir son Dieu
De la main du Curé du lieu ;
Elle montra tant de courage
Dans la belle fleur de son âge
Qu’en mourant chacun l’admirait,
Et tout le monde la pleurait :
MONSIEUR, faisant voir sa tendresse
Plus que tout, plaint cette Princesse,
Leurs MAJESTÉS le furent voir
Pour avec lui se condoloir,
Et le consoler sur la perte
Que toute la France a soufferte ;
Le DAUPHIN que je mets ici
Avec elle était aussi
Et PHILIPPES que chacun aime,
(Pendant cette douleur extrême)
Au Palais Royal tour à tour
Reçoit des plus grands de la Cour
Compliments de condoléance [sic.]
Dans une si triste occurrence.
L’Illustre Abbé de Montaigu,
Dont le regret est fort aigu,
Rempli d’une grande tristesse,
Porta le Cœur de la Princesse.
Que l’on chérit comme un Trésor,
En une riche boite d’or,
Dans le Couvent du Val de Grâce,
Où, selon ses Vœux, on le place,
Du Prélat de Vabre assisté,
Suivi de gens de qualité,
De plusieurs Illustres Princesses,
De Duchesses et de Comtesses :
À même temps l’Abbé Testu
Plein de science et de Vertu
Montrant une douleur profonde,
Accompagné de fort beau monde,
Le même jour et sur le tard
Aux Célestins porta leur part.
Mais afin que je vous console
Je vous dis en une parole
Qu’elle a laissé deux beaux Portraits
Remplis de grâces et d’attraits,
Et que leur beauté naturelle
Fera revivre le Modèle.

J’ai fait ces Vers le six juillet
Sur le rapport de maint billet.

Lettre du 12 juillet 1670, par Robinet.

-Robinet poursuit son évocation des suites de la mort de sa protectrice : ici la narration de la chambre de deuil dans laquelle elle fut exposée et des cérémonies qui ont suivi. Ainsi :

Quand on eut exposé ce Corps,
Ce Trésor de mille Trésors,
Sur le Lit où la Parque noire
L’avait soumis à sa Victoire,
Et qu’on l’eût jusqu’au lendemain,
Vu dedans ce Revers soudain,
Les Suppôts de la Médecine,
Voulant voir comment l’Assassine
Avait, malgré leur puissant Art,
Rendu victorieux son Dard,
Dans ce Chef d’œuvre de Nature,
En vinrent faire l’ouverture,
Et reconnurent que la Mort
Avait, ainsi, tranché son Sort,
Et dressé son cruel Trophée,
Par la Bile trop échauffée.

Ensuite, on en tira le Cœur,
Ce Cœur où régnait la Douceur,
Et toutes les Vertus divines,
Dignes des grandes Héroïnes,
Pour le porter en ce Saint Val,
Si magnifique, et si royal,
Où repose le grand Cœur d’Anne, [La Reine-Mère.]
Qui, jamais, n’eut rien de profane.

On en tira, pareillement,
(Démembrant ce Tour si charmant)
D’un bout, à l’autre, les Entrailles,
Pour en faire les Funérailles
Dans le Temple des Célestins,
Qui, par de glorieux Destins,
Gardent, avec des soins bien tendres,
Les illustres, et chères Cendres
De nos Princes, Ducs d’Orléans,
En des Tombeaux, pompeux, et grands,
Et dans une riche Chapelle
Qui, même, de leur Nom, s’appelle.

Montaigu, Premier Aumônier, [de Madame.]
Avec un Regret singulier,
Et plein d’une douleur cuisante,
Fit la Fonction peu plaisante,
De présenter le Cœur susdit,
Par un touchant Discours qu’il fit
À l’Abbesse du Val-de-Grâce :
Laquelle, avec beaucoup de grâce,
Lui répondit, en soupirant,
Et même, je pense, en pleurant.
Testu, l’Aumônier ordinaire, [de Madame.]
Qui n’est pas un Esprit vulgaire,
Mais d’un ordre fort élevé,
Par un Discours très achevé,
Digne de la Cérémonie,
Autant que de son beau Génie,
Présenta ces chers Instestins
Au Prieur desdits Célestins :
Qui, de façon, respectueuse,
Et, tout à fait, judicieuse,
Lui répondit, aussi, vraiment,
Et je le sais, certainement.

Comme d’eux, je ne parle guère,
Sans faire mention d’un Père [le Père Carneau.]
Qui, certe, est un Trésor chez eux,
Y vivant, comme dans les Cieux,
(Je le dis sans trop de louanges)
Vivent, auprès de Dieu, les Anges,
Je m’étendais dessus son Los,
Ici, par un plus long propos,
Et j’en ferais un grand Exemple
(Bien digne que l’on le contemple)
De Chrétienne Perfection :
Mais évitant digression,
Je suis le fil de mon Histoire,
Que j’ai, toujours peine de croire.

Le Corps étant dans le Cercueil,
(L’Objet de notre éternel Deuil)
Fut, pour Alcôve, et pour Ruelle,
Mis sous une ardente Chapelle,
De Duchesses, accompagné,
Et, pour beau Cercle, environné
De la triste et sombre Cohorte
Qui, parmi les Morts, nous transporte.

En ce morne et lugubre Atout,
Pendant trois jours, toute la Cour
Vint lui donner de l’Eau bénite,
Fort désolée, et déconfite,
De voir, sitôt, au Monument,
Presque, son plus bel Ornement.

Nos augustes Porte-Couronne,
Qui, pour cette rare Personne,
Avaient une si tendre amour,
Servirent d’exemple à la Cour :
Ces deux Divinités visibles,
À sa perte, les plus sensibles,
Ayant, les premières, fait voir
Leur piété, dans ce Devoir,
Non sans avoir pensé, peut-être,
À la fragilité de l’Être.

Vendredi, quand l’affreuse Nuit,
Eut l’Air, de tous côtés, enduit
De ses plus épaisses Ténèbres,
Plus propres aux Pompes funèbres,
Ce Corps, enclos dans le Cercueil,
Fut sur un Chariot de Deuil,
Conduit, avec un noir silence,
En sa dernière Résidence.

Un Train nombreux l’accompagnait,
Mais qu’avec effroi, l’on prenait,
A des lueurs mornes, et sombres,
Pour un Amas de pâles Ombres.

Des Carrosses, en quantité,
De toutes Gens de Qualité,
Formaient, aussi, très grand Cortège :
Mais ce n’était que le Manège,
Et le Triomphe de la Mort,
Qui, par l’effet d’un félon Sort,
Dépouillait l’Amour de ses Charmes :
Spectacle, hélas ! digne des Larmes
Éternelles des plus beau Yeux,
Et, mêmes, de celles des Cieux,
Qui coulent depuis ce Désastre,
Pour lequel, on voit leur grand Astre,
Qui nous paraissait si serein,
Aussi, tout pâle, et tout chagrin.

La Communauté Cénobite,
Qui, dedans l’Abbaye habite, [l’Abbaye S. Denis.]
Accoutumée à faire accueil
A de pareils Convois de Deuil,
Dont il se fait un Séminaire
De Corps Royaux, dans leur Repaire,
Reçut, mais prématurément,
Ce beau Corps-ci, semblablement,
Répondant, avec énergie,
À la Harangue, ou l’Élégie,
Qu’encor, l’Abbé Montaigu, fit,
Dans sa douleur, tous interdit.

Après quelques Préliminaires
Ou Prières préambulaires,
Du Service, grand, et pompeux,
Que l’on prépare en divers Lieux,
Pour cette défunte Héroïne,
Le Corps, couvert de blanche Hermine,
Avec tout le digne Appareil
Qui brille sur un grand Cercueil.
Fut posé dans une Chapelle,
En attendant qu’un Soin fidèle,
Selon l’intention du Roi,
Ait tout mis dans un noble arroi,
Pour ce grand Service funèbre,
Qui sera, sans doute, célèbre.

Cependant, chacun à l’envi,
Dont je suis, tristement, ravi,
Désirant primer dans la gloire
De rendre honneur à sa Mémoire,
Les Filles de la Passion, [les Capucines.]
Ayant, pour Elle, affection,
Ont satisfait à ce beau zèle,
D’une façon anguille et belle,
Et qui mérite bien qu’au loin,
On sache leur louable Soin.

L’Abbé de Saint-Mesmin, encore,
(Dont il est digne qu’on l’honore)
A fait merveille, en vérité,
Et signalé sa piété,
En cette Occasion funèbre,
Par un Service très célèbre,
Qu’il a fait faire à ses Dépens
En présence d’illustre Gens :
Y prononçant l’Oraison même,
Avec une Éloquence extrême.

Ainsi, dans cet Extérieur
Des secrets hommages du Cœur,
Il a fait tout ce qu’on peut faire ;
Ayant, dans ce preux Mystère,
Employé de tous ses Talents,
Et, même, des plus excellents.

Madame Armande de Lorraine,
D’un beau Couvent, la Souveraine,
Savoir l’Abbesse de Soissons,
Qui peut y faire des Leçons
Des plus belles Vertus morales,
À ses ravissantes Vestales,
Comme des Chrétiennes, aussi,
A, par un semblable Souci,
Fait faire, chez elle, un Service,
Et présenter le Sacrifice,
Pour la Princesse, à l’Éternel,
Avec Appareil solennel,
Et toute la pompe possible :
Témoignant sa douleur sensible
Pour le Trépas, de nous, pleuré,
D’un air, dont je lui sais bon gré,
Aimant quiconque s’intéresse
En la perte de cette Altesse.

Ainsi, le célèbre Maury,
Sera, de moi, toujours, chéri,
D’avoir, à sa Muse Latine,
Fait pleurer la Grande Héroïne,
Et chanter, mêmes, ses Vertus,
Si divinement, que rien plus.
C’est en cette grande Élégie,
Pleine d’une belle énergie,
Que l’on voit un rare Portrait,
Tiré, noblement, trait pour trait,
Tant du beau Corps de la Princesse,
Qui de l’Âme, sa digne Hôtesse :
Et l’on en peut, à son Tombeau,
Faire l’Épitaphe plus beau,
Comme en ses Services célèbres,
Ses plus beaux Éloges funèbres.

C’est, grand Ombre, ce que j’avais
A publier, pour cette fois,
Touchant mon auguste PRINCESSE,
Pour qui je soupire, sans cesse :
Retourne vers son Monument,
Et souffre que, dans ce moment,
Je passe à quelque autre Chapitre,
Qui doit terminer son Épître.

Lettre du 19 juillet 1670, par Robinet.

-Aucune lettre de Robinet de cette période ne fait l'impasse sur ce tragique coup du sort qui le frappe tout autant qu'un membre de la famille de Madame elle-même :

La Nouvelle de ce Désastre,
De l’Éclipse de ce bel Astre,
L’un des plus grand de notre Cour,
Laquelle va, faisant le tour
Tant de la Terre, que de l’Onde,
Jeter le Deuil par tout le Monde,
A, de telle, sorte surpris,
Comme je l’ai, de maints appris,
La Cour d’Angleterre et tout Londres,
Qu’ils avaient eu, voyant confondre
Pêle-mêle, les Éléments,
De bien moindre Étonnements.

Entre tous, le Roi Britannique,
Accusant le Sort tyranique,
D’avoir, avec tant de rigueur,
Moissonné sa charmante Sœur,
Dans sa plus riantes Jeunesse,
Nommant la Mort, aussi, Tigresse,
Déclamant, criant, soupirant,
Et, très abondamment, pleurant,
Fit voir une douleur amère,
Et des plus dignes d’un bon Frère,
Jusque là, qu’il s’évanouit,
Et fut six heures, m’a-t-on dit,
Portant la pâle, et sombre Image
De la Parque, sur le Visage.

Le Duc d’York, son cher Puîné,
N’en parut pas moins consterné,
Et leurs Épouses, par leurs larmes,
Firent connaître leurs alarmes :
En un mot, et Grands, et Petits,
Par leurs Gestes, et par leurs dits,
Leurs grand Désespoir en montrèrent,
Et, par leurs Transports, témoignèrent
À quel point ils considéraient,
Estimaient, aimaient, adoraient
Notre incomparable Henriette,
Notre Héroïne si complète.

Mais quoi ! qui dessus son Trépas,
Ne soupire, et ne gémit pas ?
Qui, d’un œil sec, peut voir la Tombre,
Où cette Héroïne succombe ?
Qui peut, enfin, sans s’empêcher,
Et sans quereller Jupiter,
Tous les Dieux et les Destinées,
Voir, ainsi, borner ses Années ?

Chacun, de douleur vive, atteint,
Sanglote, murmure, se plaint,
Et si l’on pouvait, par les larmes,
Par les soupirs, par les vacarmes,
Les cris et les imprécations,
Et par les lamentations,
Ramener les Morts à la Vie,
Nous reverrions, l’âme ravie,
Ce Miracle sur le Cercueil
Du grand Objet de notre Deuil.

Mais, depuis des six milles années,
Que nos incertaines Journées
Se terminent au Monument,
Tel Miracle, certainement,
Ne s’est, encor, fait pour Personne :
Et, jamais, la Parque gloutonne,
Qui va nous giboyant, sans fin,
N’a restitué son Butin.

Notre auguste, et si digne Sire,
Qui, des plus tendrement, soupire,
Pour la perte que nous pleurons,
A, par Monsieur de Bellefons,
Fait expliquer en Angleterre,
La douleur qui son grand Cœur serre,
Ainsi que par Monsieur Colbert,
Celui, s’entend, que, là, le sert
Comme Ambassadeur ordinaire,
Dont il soutient le Caractère
Avec tant de capacité,
De zèle, et de fidélité.
Monsieur, du Roi, le Frère Unique,
Qui, d’un extrême Deuil, se pique,
Et tel qu’il doit le ressentir,
Puisqu’il perd, à n’en point mentir,
Une Princesse incomparable,
Dont la Perte est irréparable,
A, dans Londres, pareillement,
Fait savoir son ressentiment,
Lequel, de plus, en plus, s’irrite,
Par un Envoyé de mérite :
Et le susdit Roi des Bretons,
Aussi sage que les Carons,
A prêté paisible audience
Aux Discours de Condoléance
De ces funèbres Harangueurs,
Et malgré ses vives douleurs,
Fait à tous, un Accueil affable,
Civil, honnête, et favorable.

Le fameux Chapitre Chartrain,
Prenant part dans notre Chagrin,
L’a, par des Députés idoines,
De ses Dignités et Chanoines,
Tous, en un sombre Extérieur,
Témoigné, naguère, à Monsieur,
L’illustre et célèbre le Maire,
Qui, par ses Pièces de la Chaire,
Et ses beaux Écrits, est connu
Pour Homme, d’esprit bien pourvu,
Portant, dans ce lugubre Rôle,
Pour tous ces Messieurs, la Parole,
En termes si beaux, si touchant,
Qu’il ravit tous les Écoutants.

Pareillement, en très bon Style,
Les Députés d’icelle Ville,
Et du Présidial, aussi,
Sont venus flatter le Souci
De sadite Altesse Royale :
Mais las ! comme rien ne l’égale,
Ces Harangues, et Compliments,
Sur ses douloureux Sentiments,
Se sont trouvés sans force aucune,
Et, toujours, dans son Infortune,
On le voit plaindre, soupirer,
La Solitude respirer,
Et faire tout ce que fait faire,
Le Deuil plus grand, et plus sévère.

Par son ordre, les Capucins,
Qui sont Religieux fort saints,
Ont fait chez eux, un grand Service,
Et des mieux célébré l’Office
Qu’on appelle des Trépassés :
Auquel, en leur ordre, plcez,
Maints hauts Officiers assistèrent, [de Madame.]
Qui, parmi les pleurs qu’ils versèrent,
Avecque beaucoup de raison,
Y firent ardente Oraison.

Là, fut, aussi, Mademoiselle,
Qui va faire revivre en Elle,
L’Esprit, la grâce, et les appas,
Que nous a ravis le Trépas,
En nous ravissant la Princesse
Mère de cette jeune Altesse :
Qui, lors, étant près du Cercueil,
Parmi, parmi le sombre Deuil,
Comme un clair Astre qui rayonne
Dedans la Nuit qui l’environne.

Sur le même Sujet de pleurs,
Le Nonce, les Ambassadeurs,
Et tous les Ministres des Princes,
Tant les plus grands que les plus minces,
Ont fait, à nos deux Majestés,
Des Compliments bien concertés,
Selon le plaintif Caractère,
Et bien dignes de la Matière.

Ainsi toutes les Nations
Des plus lointaines Régions,
Par leurs Ministres, font connaître
Leur douleur de notre Bicêtre.

Lettre de la mi-juillet 1670, par Mayolas.

-Quant à Mayolas, il revient sur la fête donnée aux Récollets et dont il a précédemment parlé :

Grand ROI d’un chacun bien chéri,
Comme la Ville de Vitry
Est de votre vaste Domaine,
Et n’épargne deniers ni peine
Pour tout son embellissement,
Je pense qu’agréablement
Vous verrez après ma Préface
Ce qui s’est fait en cette place.

J’appris hier chez Monsieur Guitry,
Que les Récollets de Vitry,
Avec un magnifique lustre
Ont célébré la Fête illustre
De Saint Pierre d’Alcantara,
Comme au long ici l’on verra :
Leur Église était enrichie
De fort belle tapisserie,
Et l’Autel était bien paré
Avec un ordre préparé,
Les fleurs, les tableaux, et les glaces
Y faisaient d’agréable faces,
Et deux grottes pareillement
Dans un parfait ajustement,
Servaient à l’Autel de Crédences,
Rehaussant ses Magnificences ;
Dans le charmant et Sacré Lieu
Où l’on exposa notre Dieu,
On voyait diverses nuées
Adroitement représentées,
Qui faisaient voir lors à nos yeux
Mille aspects des plus gracieux :
On fit le matin dans les rues
De tapisseries tendues,
La célèbre Procession
Avec grande dévotion,
Au travers de la Bourgeoisie
Des meilleures armes saisie ;
Cinq ou six cent braves Garçons
Dont on admirait les façons,
Et la grâce et la gentillesse,
La parure avec la justesse,
Précédaient six vingts beau enfants,
Des plus lestes et piaffants,
Étant tous revêtus en Anges,
Et du Saint chantaient les louanges ;
Chacun portait bien dans son rang
Un Guidon de taffetas blanc,
Où son Image belle et sainte,
Était parfaitement bien peinte :
Deux Bannière prenaient l’essor
Où du Saint la Figure encor
Était fort bien représentée,
Dont la Croix était devancée,
Et deux Religieux de plus
De blanches aubes revêtus,
Portaient de Saint Pierre le Buste
D’une manière sainte et juste
Que quatre enfants, et des plus beaux,
Escortaient avec des Flambeaux,
Mais des flambeaux de cire blanche
Propres à brûler le Dimanche :
Ensuite les bons Récollets
Qui disent bien leurs Chapelets,
Pour la gloire de tout leur Ordre
En bon nombre comme en bon ordre
Marchèrent fort dévotement,
Justement et modestement
Aussi bien que de bonne grâce
Au tour de la fameuse place ;
Puis les autres Religieux
Venaient sur leurs pas précieux
Ainsi que Messieurs du Chapitre :
N’omettons pas dans cette Épître
Que d’Aulonne le grand Prélat
Y cheminait en bon état :
Mais le Présidial encore
Que pour sa justice on honore
L’Élection semblablement
Le Corps de Ville ensemblement [sic.]
Suivaient d’un air fort agréable
Cette Procession aimable.
Les Garçons comme les Bourgeois
Firent retentir à la fois
Les coups de la Mousqueterie
Préparés par leur industrie.
Mais pour accroître la splendeur
Et pour augmenter cet honneur,
Sachez que de Châlons l’Évêque
(Qui mérite d’être Archevêque)
La Procession attendit,
Près Notre-Dame s’y joignit
Et vint ainsi dans notre Église
Dans la Fête qu’on solennise :
Le Révérend Père Gardien, [Yves de Gaulne.]
Qu’on estime et qu’on aime bien,
Avec toute sa Compagnie
Le reçut en Cérémonie,
Et lui fit un beau compliment
Qu’il reçut agréablement.
Ce Prélat rempli de Sagesse
Étant entré y dit la Messe
Et la Célébra hautement,
Vêtu Pontificalement ;
Une Musique ravissante
Charmait l’Assemblée éclatante
Par ces accents et doux accords,
N’omettons pas que le dehors
Et que la porte de l’Église
Par une louable entreprise
Étaient parés pompeusement
De maint, rare et riche ornement,
Et que deux jets d’eau à toute heure
Devant cette sainte demeure
Rafraîchissait bien les passants,
Donnant à boire aux assistants.
Disons maintenant que les Pères,
Accompagnés aussi des Frères,
Conduisirent en appareil
Et dans un ordre nonpareil
Messieurs du Chapitre en leur Temple,
En donnant à tous bon exemple,
Et que l’habille Gardien
Fit un compliment au Doyen
D’une merveilleuse manière,
En lui présentant la Bannière ;
Ils revinrent après cela,
Le monde étant par-ci, par-là,
Passant au milieu des Gens d’armes,
Et de ces Bourgeois sous les armes,
De tous les Corps accompagnés
Qui ont un peu plus haut nommés.
Chantant de la Reine des Anges
Les Litanies et louanges,
Ainsi ces bons Religieux
Retournèrent enfin chez eux :
Disons que l’Évêque d’Aulonne
Dont nous honorons la Personne,
Le quinze Juin, après midi,
D’un ton grave et d’un ton hardi
Prononça le Panégyrique
Aussi beau que scientifique ;
L’Évêque de Châlons l’ouït
Et publiquement l’applaudit,
Ayant donné à tout le monde
Par sa piété sans seconde
(Qui fait voir qu’il a Dieu pour but,)
Bénédiction au Salut ;
Pour leur marquer sa bienveillance
Très digne de reconnaissance
Il vint souper le même soir
Avec iceux au Réfectoire.
Le lendemain il dit la Messe
Avec sa pieuse tendresse,
Il nous assura franchement,
Et témoigna sincèrement
Que pendant cette Octave Auguste,
Aussi solennelle que juste,
Il eût voulu là demeurer,
Et de tous ses soins l’honorer ;
Mais que sa Charge non petite
L’obligeait à faire visite
Dans le Pays Diocésain,
Ce qu’il assurait pour certain.
Pendant le cours de la semaine,
Je veux dire de la huitaine,
Ces célèbres Prédicateurs
Prêchèrent en Saints Orateurs,
Tous les jours la Musique même
Avec une allégresse extrême
Y chantait quelque beau motet,
Et faisait un fort bel effet.
Pour la dernière après-dînée,
Que l’Octave fut terminée,
Tout le Chapitre franc et net
Vint ouïr le docte Franquet,
D’une manière aussi pompeuse
Cette Troupe Religieuse
Termina la dévotion
Faisant une Procession ;
Et le jour de cette clôture,
Notre Muse ici vous assure
Qu’on porta le Saint Sacrement
Tout à fait solennellement.
Un merveilleux feu d’artifice
Y fit fort bien son exercice
Et transporta de ces bas lieux
La Solennité jusqu’aux Cieux :
Le Gardien, dont la prudence
Répond à son intelligence,
Fit voir dans cette occasion
Son soin et sa dévotion.

-Puis, de nouveau, il relate également les suites de la procession funéraire d'Henriette d'Angleterre :

MADAME, partout regrettée,
À Saint Denis fut emportée
Sur un Char avec l’appareil,
Dont on se sert en cas pareil ;
Cent Carrosses de gens d’élite
Se trouvèrent lors à sa suite,
Avec cent Pages à cheval [Du Roi.]
Tenant un flambeau pour fanal :
Les Religieux la reçurent
Le plus civilement qu’ils purent
À deux heures après minuit,
Dans une Chapelle on la mit,
Attendant pour ce deuil funèbre
Qu’on fasse un Service célèbre.

L’Illustre Abbé de Saint-Mesmin,
Qui de ce trépas est chagrin,
Et témoigne grande tristesse
De la mort de cette Princesse,
Fit faire naguères de temps
Et même à ses propres dépens
Un fameux Service pour Elle, [A la Salpêtrière.]
Avec une pompe fort belle,
Et lui-même avecque raison
Porta la funèbre Oraison,
Pour marquer sa reconnaissance
Dont on admira l’Éloquence :
Le Duc Mazarin l’entendit,
Et loua beaucoup ce récit,
Ainsi que toute l’Assemblée
Qui dans ces lieux était allée.

-Retour sur l'ambassade de Nointel dans l'Empire ottoman :

L’Excellent Nointel est parti,
Et de notre Ville sorti
Pour s’en aller en Ambassade,
Et sans crainte d’être malade
Sur le plus fragile élément
Il s’est embarqué gaiement
Au gré des vents, au gré de l’onde,
Et suivi de beaucoup de monde.

J’ai fait ces Vers étant assis
Deux jours après Saint Alexis.

Lettres en vers à Monsieur, par Robinet.

Lettre du 26 juillet 1670, par Robinet.

-Robinet rapporte les cérémonies de deuil organisées par les Feuillants en souvenir de Madame :

Cette Semaine, les Feuillants,
Fort civils, et fort accueillants,
Ont fait, d’une façon célèbre,
À leur tour, la Pompe funèbre
De la ravissante Beauté,
Qu’avec tant de naïveté,
Tu me représentes, belle Ombre.
Cette Pompe brillante, et sombre,
Fut digne du Zèle pieux
De ces rares Religieux :
Et leur triste magnificence
Montrait bien leur reconnaissance
Des bontés que, toujours, pour eux,
L’Héroïne, au cœur généreux,
Fit, singulièrement, paraître.
Leur Prieur, en Chaire, un grand Maître
Et, tout à fait, Homme excellent,
Employa, des mieux, son talnt,
À faire son Panégyrique,
Qui me sembla fort pathétique,
Et rempli de grands Sentiments,
De figures, et d’ornements :
Et j’eusse eu plaisir de l’entendre,
Sur sa louange, ainsi, s’étendre,
Dedans une autre Occasion.
Sa charmante déduction
M’aurait, dis-je, pu beaucoup plaire.
Le Voyage de l’Angleterre,
À MADAME, si glorieux,
Ce beau Don qu’elle avait des Cieux
Pour les Mystères plus suprêmes,
Et réunir les Diadèmes,
Le Triomphe de ses Vertus,
Enfin tous ses grands Attributs,
Si bien déduits dedans la Chaire,
Par ce brave, et bien disant Père,
M’aurait, sans doute, pu charmer :
Mais tout cela m’était amer,
Voyant que le Panégyrique
De cette Princesse Héroïque,
N’était, pour orner son Tombeau,
Rien qu’un Épitaphe fort beau.
Sa belle et charmante Orpheline, [Mademoiselle.]
De qui la gracieuse mine
Paraît celle d’un jeune Amour,
Fut assistante, avec sa Cour,
Et très nombreuse Compagnie,
À la sainte Cérémonie,
Où je ne vis que tristes Gens,
Que des fâchés, et mal contents.

Monsieur, naguère, en cette Ville,
Dedans son Royal Domicile,
Entendit, aussi, les Discours,
(Dont les meilleurs étaient les courts)
Des Ambassadeurs authentiques
Des Potentats, et Républiques,
Le complimentant sur son Deuil,
Qui ravit, toujours, son accueil
À tous les Objets de plaisance,
Tant ce cher Philippe de France,
Est maîtrisé par la Douleur
Qui règne, à présent, dans son cœur,
Sentant, de plus, en plus la Perte
Qu’en son Épouse, il a soufferte.
Si qu’il change de Lieu, sans fin,
Pour divertir son noir chagrin,
Sans qu’il puisse, ni veuille, même,
Surmonter ce chagrin extrême.

Des Députés de très bon sens,
Au nom du Chapitre de Sens,
Lui sont venus faire harangue,
Par une très diserte Langue,
Sur ce Sujet, pareillement ;
Et le Prince, à leur compliment,
Comme il a l’Âme bien accorte,
Répondit d’obligeante sorte,
Mais, par des soupirs, toutefois,
Autant que de distincte voix.

Le Grand Charles, Roi d’Angleterre,
Ainsi que d’un coup de Tonnerre,
Accablé dessous la douleur
Que lui cause notre malheur,
Négligeant, et Sceptre, et Couronne,
Et tout l’éclat qui l’environne,
S’est retiré dans Hamptoncour [sic.]
Avecque peu de Gens de Cour ;
Et veut, dans cette Solitude,
De soupirer, faire habitude,
Prenant, de plus, en plus, à cœur,
La Mort de son illustre Sœur.

Je plains d’autant plus ce bon Sire,
Qu’avec notre Auguste, il désire
Vivre, toujours, en amitié,
Comme notre cher Allié :
Et que, par son ordre, on avance
Ce Traité de grande importance,
Qui doit, en toutes Régions,
Enrichir les deux Nations,
En s’entr’aidant pour le Commerce,
Qu’aujourd’hui, tout le Monde exerce,
Faisant, en icelui, florès,
Sous auspices de la Paix.

Le Duc d’York, pas moins, bon Frère,
Sent, notre Perte, à tous, si chère,
Tout aussi douloureusement :
Et, mêmes, son Tempérament,
En est déconcerté de sorte,
Qu’assez mal, dit-on, il se porte.
Mais, hélas ! de tous les côtés,
Comme pour les Calamités
Universelles, et publiques,
Et, mêmement, les plus tragiques,
Chacun témoigne être affligé,
Et, cruellement, outragé
De la perte d’une Princesse
Qui semblait faire la liesse,
La gloire, et le bonheur commun
De cette Cour, et d’un chacun.

Lettre de juillet-août 1670, par Mayolas.

-Le roi est loué par le gazetier, notamment pour ses qualités militaires. Le lustre de ses glorieuses armes repose sur l'attention toute particulière qu'il leur porte à travers parades et entraînements divers :

Charmant ROI, dont la bonne mine
Passe tout ce qu’on s’imagine
Des Héros les plus accomplis
Qui cèdent au Prince des Lys ;
On voit que votre intelligence,
Votre valeur, votre prudence
Répondent parfaitement bien
Aux traites de ce Royal maintien
Qui de tous attire la vue,
Lorsque vous faites la revue,
Des troupes de votre Maison
On trouve sans comparaison,
Et du reste de la milice
Que vous tenez en exercice,
Dans la posture et dans l’état
Pour vous servir avec éclat :
Si l’on admira leur justesse,
On admira plus votre adresse
Qui brillent dans vos actions
En cent belles occasions.
Pendant que ces braves Gens d’armes
Tiennent leurs épées et leurs armes
Prêtes à bien servir mon ROI,
Selon leur zèle et leur emploi ;
Suivant notre bonne coutume
Pour vous plaire je prends la plume.

-Cet entraînement se tient au fort de Saint-Sébastien :

Au Fort de Saint-Sébastien
Les Troupes s’exercent très bien,
Et sont à l’ombre dans leurs tentes
Comme en des maisons importantes ;
Les Officiers, les Commandants
Y paraissent des plus ardents
Pour faire que leur Compagnie
Soit vigilante et bien fournie,
Ce qui nous fait clairement voir
Qu’ils s’appliquent à leur devoir :
Mais CRÉQUI tient la table ouverte, [M. de France.]
Des meilleurs mets toujours couverte,
Et l’on y trouve à tous moments
Les plus doux rafraîchissements.
Lorsqu’on y prend la promenade
On y boit de la limonade
Et mainte agréable liqueur
Pour y tempérer la chaleur,
Les Citrons doux et les Oranges
Qu’on a conservé dans des granges,
Les prunes, poires, abricots,
S’y rencontrent fort à propos ;
Outre le bruit des mousquetades,
Et des petites canonnades
Comme de fifres, de tambours,
Les violons jouent leurs tours
Y touchant des chansons nouvelles
Des plus gaies et des plus belles :
Mais l’aspect de mon Grand LOUIS,
(Dont les peuples sont réjouis)
Par sa visite et sa présence,
Excite, anime leur vaillance,
Et d’un seul regard de ses yeux
Charme leurs soins officieux.

-Adraste, tragédie, a été donnée à voir sur la scène du collège de Clermont :

Dans le Collège de Clermont
En toutes Sciences fécond,
ADRASTE, rare Tragédie
Parut en belle compagnie ;
Le Révérend Père JOBERT
En Vers, en Prose fort expert,
Pieux et savant Personnage,
A composé ce bel Ouvrage :
Mais le Ballet bien inventé
Fait sur la curiosité
Ne se trouva pas moins aimable,
Que la pièce était remarquable,
Car Beauchamp, qui l’entend fort bien,
En cela n’avait omis rien,
Tous ceux qui la représentèrent
Parfaitement s’en acquittèrent,
Des Acteurs les beaux vêtements
En augmentait les agréments ;
De même tous ceux qui dansèrent
Tant de gentillesse montrèrent
Que leurs gestes, et que leurs pas
Semblaient être faits au compas ;
Aussi l’Assemblée éclatante
Témoignait être fort contente.
Ensuite l’on donna les prix
Aux plus jolis et beaux esprits,
Qui par leurs soins et par leurs veilles
En Classe avaient fait des merveilles,
Et cela finit galamment
Ce noble divertissement.
La FERTÉ, qui dans son jeune âge [Duc et Mar. de France.]
Est du Père la vive Image,
S’acquitta bien de tous les deux,
Et charma l’oreille et les yeux.
Les autres du long et du large [De la Croix, Prou du Martray, De Gesvres,]
Se rencontreront à la marge, [Lambert de Thorigny, etc.]
Car dans ces Vers pour bien rimer
Je ne saurais tous les nommer.

Écrit en un temps où tout brûle,
Par l’ardeur de la Canicule.

À partir de début août, les épîtres de Robinet s'intitulent Lettres en vers à Monsieur

Lettre du 2 août 1670, par Robinet.

-L’entraînement au Camp de Saint-Sébastien se poursuit :

Comme, dans le sein de la Paix,
Il aime les belliqueux Faits,
Et les Images de la Guerre,
Il fut voir, encore, naguère,
Au Camp de Saint-Sébastien,
Ses Troupes, qui, d’un fier maintien,
Jouèrent d’estoc, et de taille,
Dedans une feinte Bataille,
Et firent, en ce noble Jeu,
Quoiqu’il fasse assez chaud, grand Feu.

Lettre du 9 août 1670, par Robinet.

-Le gazetier a écouté un panégyrique dont il rend ici compte. La chose a eu lieu au couvent dominicain des Filles de Saint Thomas :

Par un juste, et charmant souci,
J’ai griffonné ces Discours-ci,
Cinq jours après Saint Dominique,
Dont j’ouis le Panégyrique, [Aux Filles de Saint Thomas.]
Docte, poli, pompeux, complet
Fait par un rare Récollet,
Dont le nom, portant sa louange,
Est le Père Engheran, Archange.

Lettre du 16 août 1670, par Robinet.

-En cette mi-août, les honneurs rendus à la Reine-Mère sont rejoints par ceux dus à Madame, plus récemment décédée :

Je dois commencer mon Épître
Encor, par un triste Chapitre
Que je ne saurais oublier,
Et, dans Icelui, publier
Que Lundi, dans le Val-de-Grâce,
Où l’on conserve, en peu d’espace,
Deux des plus grands Cœurs qui, jamais,
Par la Nature, aient été faits,
L’on rendit les Honneurs Funèbres,
D’une façon des plus célèbres,
Au Grand Objet que le Cercueil
Rend le sujet de votre Deuil.

Notre Prélat, si vénérable,
Et qui fait d’un air admirable,
Sans que du tout ; nous le flattions,
Ses Pastorales Fonctions,
Officia la Myrte en tête,
En cette mortuaire Fête,
Et, pompeusement, assisté
De mainte autre Episcopauté.

Nombreuse, aussi, fut l’Assemblée,
Et, de Gens de haut rang, comblée,
Car, outre douze, Épiscopaux,
Du grand Clergé, les principaux,
On y vit Princes, et Princesses,
Comtesses, Comtes, Ducs, et Duchesses,
Et d’autre pareil Monde exquis,
Comme Marquises, et Marquis,
En manteaux, et robes plus sombres
Que ne sont les plus noires Ombres,
Mais moins que n’était la douleur
Qui régnait là, dans chaque cœur,
Et dont se peignait une image,
Au naturel, sur le Visage,
Qui convainquait, au dernier point,
Que l’on ne se console point
De la Perte d’une Princesse
Que l’on doit regretter sans cesse,
Malgré la mode de la Cour,
Dont le Deuil est, toujours fort court.

Quant à votre Altesse Royale,
Comme à rien, le sien ne s’égale,
En remarquant qu’Elle était là,
Je n’en dirai que ce mot-là,
Par lequel mot, je prétends dire
Tout ce que j’en pourrais écrire.

Ainsi, j’achève, en ajoutant
(Ce qui n’est pas moins, important)
Que votre illustre Fille aînée,
Déjà, de tant de grâce ornée,
Qu’Amour, sur ses futurs Attraits,
Compte mille, et mille Progrès,
Primait, à la Cérémonie,
Après vous, dans la Compagnie :
Et que le Père Mascaron,
Disert comme feu Cicéron,
Prononça le Panégyrique
D’une façon toute héroïque,
Et pleine de Traits délicats,
Dont chacun fit un si grand cas,
Que partout, sa louange en sonne,
Jusqu’en ces Vers que je lui donne,
Pour témoigner, de bonne foi,
Ce qu’on en dit, et que je crois.

Le lendemain, à notre Dame,
Au gré de toute pieuse Âme,
Autant qu’on pût, l’on expia
Le Sacrilège commis là,
Par Procession générale
Qu’on fit de cette Cathédrale,
Dedans tout le Quartier voisin,
Dont l’on avait, à cette fin,
Pompeusement, paré les rues,
Avec le même soin, tendues,
Qu’aux Fêtes du S. Sacrement,
Lors, porté, très augustement,
Par le Prélat, lequel, en Chape,
Avait la mine d’un grand Pape.

Il soutenait ce Sacré Fait
Sous un fort riche, et fort beau Dais,
Ayant, pour Aides nécessaires,
Deux bons Abbés auxiliaires,
Dont, ici, l’on voit, à côté,
Et le nom, et la qualité.
Notre Sénat, Chambre des Compten
Où l’on compte, même, des Comtes,
Item, aussi, ces deux grand Cours
Qui, dans le monde, ont tant de cours,
Savoir les Aides et Monnaies,
Sources de chagrins, et de joies,
Selon qu’on les possède, ou non,
Assistaient à cette Action,
Avecque tout le Corps de Ville,
Et, du Peuple, une longue File,
Lequel avait, précédemment,
Jeûné trois jours, soigneusement,
Pendant lesquels jours faméliques,
On fit des Prières publiques,
Et, même, des Processions,
Pour, par ces saintes actions,
Comme par des Préliminaires,
En ces grands Devoirs, ordinaires,
Se préparer plus dignement,
Et, bref, plus méritoirement,
A l’expiation du crime.

Ainsi, dans ma simplette rime,
Je puis, à tous, notifier,
Assurer, et certifier
Qu’elle fut solennelle, auguste,
Et pieuse, autant comme juste.

Le jour suivant, en noble arroi,
Par l’ordre, et, même, aux Frais du Roi,
Qui, sans cesse, s’immortalise,
On fit, en la susdite Eglise,
Le Service de ce Héros
Dont, partout, l’on chante le los,
De ce Duc rare, et magnanime,
Que le Zèle public ranime,
Et retire du monument,
Depuis un An, incessamment,
De Beaufort, enfin, dont la Vie
Et la Mort sont dignes d’envie.

Jamais, on ne vit un Tombeau
Plus Mystérieux, ni plus beau,
Que celui qu’on avait fait faire,
Ici, pour ce grand Militaire :
Et Jessé, docte Ingénieur,
Avait surpassé, pour le sûr,
En dressant un tel Mausolée,
Ce que la Muse plus enflée,
Pourrait dire sur ce sujet.
Sans, donc, former le vain projet
De décrire cette Machine
D’invention nouvelle, et fine,
Je dirai que notre Prélat,
Dedans ces Obsèques d’éclat,
Offrit, encor, le Sacrifice,
Et fit, fort dignement, l’Office :
Que, du grand Défunt, les Neveux
Qui font si bien, revivre en eux,
Les hautes Vertus qu’on révère,
Et de leur Oncle, et de leur Père,
Firent les Honneurs du Cercueil,
Ou, si l’on veut, Honneurs du Deuil :
Que le brillant Clergé de France,
Où l’on voit Richesse, et Science,
Le Parlement, et tous les Corps,
Chacun d’eux, revêtu, pour lors,
Des Habits de Cérémonie,
Y composaient la Compagnie :
Et que l’illustre Mascaron,
Sans nommer Parque, ni Caron,
Qui ne sont pas termes de Chaire,
Fit, encor, tout ce qu’on peut faire,
En détruisant bien, chaque Chef,
Pour mettre l’Éloge, en relief,
De ce Héros, de ce grand Homme,
À qui, dans Venise, et dans Rome,
On avait rendu, comme ici,
Les Honneurs funèbres, aussi,
D’un air qui témoignait l’estime
Qu’on a, là, de ce Magnanime.
On voit par ces Devoirs rendus,
Je vois, donc, las ! qu’il ne vit plus,
Je connais qu’il le faut conclure,
Et qu’en vain, l’Horoscope assure,
Qu’il doit, encor, être vivant,
En quelque Canton du Levant.

Mais je sais, aussi, que sa Gloire
Ne peut s’éteindre en la Mémoire,
Et qu’ainsi, le fameux Beaufort
Vivra, toujours, malgré la Mort.

-La lettre se termine par l'évocation rapide de pièces représentées pendant le deuil pour la mort de Madame.

Apostille.

Ayant accoutumé de mettre
Quelque petit mot dans ma Lettre,
De tout ce qu'au Théâtre on fait,
Où bonnement, on me permet
D'aller, quand je veux, prendre place,
Dont, aux trois Troupes, je rends grâce,
J'aurais, sans le Deuil d'à présent,
Fait un Chapitre bien disant,
Sur le Gentilhomme de Beauce,
Qui de beaucoup, encor, rehausse
Le mérite de son Auteur,
Et dont j'aime, de tout mon cœur,
La Scène admirable, et si fine,
De Néron avec Agrippine,
Et celle, aussi, des faux Abbés,
Que j'y trouve des mieux daubés.
Ah ! j'en connais d'un caractère
Qui pourraient, encor, bien mieux plaire !
J'eusse, pareillement, fait voir,
Comme il était de mon devoir,
Quelque Vers sur une autre Pièce,
Ecrite avec délicatesse,
Et d'un style très élégant,
Le Désespoir extravagant.

Mais quoi, pour la raison susdite
Qui ne peut être contredite,
Je n'ai pu, ni je n'ose encor,
Sur ces sujets prendre l'essor,
Et, par ces Vers, la mienne Muse,
En demande humblement, excuse.

Lettre du 23 août 1670, par Robinet.

-Le Duc de Buckingham est reçu en audience par le Roi :

On dit qu’un Duc, pourvu d’Appas,
Et dont vous faites très grand cas,
Ainsi que le Roi, notre Sire,
C’est Buckingham que je veux dire,
Hôte, depuis peu, de la Cour,
Fut ouï, de vous, l’autre jour,
Ou bien, de vous, eut Audience,
(C’est parler plus net que je pense)
Comme, avecque solennité,
De l’une et l’autre Majesté,
Il l’avait, pareillement, eue,
Pour n’en avoir d’aucun Humain,
Reçu l’Avis de Saint Germain.

-Un homme de sa suite (?) est également reçu :

On dit, de plus, qu’un Gentilhomme, [Frère du Comte d’Herby.]
Lequel Monsieur Stanley, se nomme,
Et de beau Talents est doué,
Sous la Qualité d’Envoyé
De sa Majesté Britannique,
Tout à fait sage, et politique,
Eut semblable Audience, aussi :
Ce que, donc, je remarque ici,
Et que lesdites Audiences
Furent sur les Condoléances,
Que, depuis deux mois, tour à tour,
Chacun vient faire, chaque jour.

-Des nouvelles de l'activité militaire déployée autour du fort de Saint Sébastien, précédemment évoqué :

On dit Que ce charmant Guerrier,
Le pied, sans cesse, à l’Etrier,
Voit, souvent, ses Troupes si belles,
Tant les Vieilles que les Nouvelles,
Au Camp de Saint-Sébastien,
Etant, lors, d’un grave maintien,
Avec un grand Buffe, et la Botte,
La Genouillère large et haute,
Monté comme un franc Général,
Sur un superbe Bucéphale.

Vous, Monsieur, son unique Frère,
Qui montrer mine si guerrière,
En vertu, d’un Cœur sans défaut,
Lorsque, dans la rencontre, il faut
Coucher de belliqueux courage,
Vous joignez, en même équipage,
Cet autre Alexandre le Grand :
Et le cher Duc de Buckingham,
Qu’ici, l’on estime, l’on aime,
Et qu’on loge, et traite de même,
Que notre auguste Majesté,
Aussi, là, marche à son côté,
Montrant, la chose est bien certaine,
Tout l’air d’un vaillant Capitaine.

LOUIS, en sachant le Métier,
Ainsi que le plus vieux Routier,
Fait, aussi, faire l’Exercice,
A merveilles, à sa Milice :
Et, par des Combats simulés,
Rend ses Soldats des mieux stylés.
Dans ces fatigues glorieuses,
Qui sont, pour lui, délicieuses,
Il sait, des Hauteurs, se saisir,
Selon qu’il les convient choisir,
Ranger, après, le mieux du monde,
Sa Ligne première et seconde,
Couvrir celle qu’il faut, des deux,
Poster d’un air judicieux,
Sa florissante Infanterie,
Descendre en Plaine, et dans Prairie,
Quand il faut quitter la Hauteur,
Avec prudence, avec vigueur,
Reconnaître, attaquer, combattre :
Et lorsqu’il ne fait que s’ébattre,
Avec grâce, et facilité,
Sa merveilleuse Majesté
Fait voir, en un mot, que Personne
Ne sait pas mieux l’Art de Belonne.

Créqui qui commande le Camp, [Le Maréchal.]
Et qui, comme l’on sait, l’entend,
Range les Troupes en Bataille,
(Sans qu’il s’emporte ni piaille)
Toujours, en diverse façon,
Tantôt, en cercle, en Limaçon :
Et, puis, comme en Amphithéâtre,
Il fait qu’on voit, prêts à combattre,
Dix-huit mille Hommes, d’un coup d’œil,
Bref, dans ce guerrier appareil,
Il fait tout ce que l’on peut faire,
En très habile Militaire.

C’est quel est, ordinairement,
Du Roi, le Divertissement,
Qui, cependant, tient en alarmes,
Et dans la frayeur de ses Armes,
Nos Voisins, de tous le côtés,
Craignant, dans leurs perplexités,
Qu’enfin, la trop rapide Gloire,
Et la trop flatteuse Victoire,
Ne l’arrachent, par leurs Attraits,
De l’aimable Sein de la Paix.

-La nièce de Monsieur, Marie-Thérèse de France, est malade. Les médecins lui ont prescrit une convalescence hors du séjour habituel de la cour :

Madame, votre illustre Nièce,
(Ce que votre Royale Altesse
Sait aussi bien, et mieux que moi,
Mais qu’au Lecteur, marquer je dois)
A Rueil, à présent, demeure,
Dans la Cardinale Demeure,
De feu Monsieur de Richelieu.
Pour, respirant l’air de ce Lieu,
Devenir plus saine, et plus gaie,
Qu’au Château Saint Germain en Laye,
Qui n’est point, du tout, l’Elément,
De son individu charmant.
Du moins, c’est l’Avis authentique
De notre Secte Hypocratique,
Dont six ont, sur ce, consulté,
Mêmes, devant sa Majesté,
Qui, sur tout, ayant des lumières,
Voulut d’eux, des raisons pleinière,
Aux Objections qu’elle fit,
Dont, beaucoup, Elle les surprit.

Or, comme ils sont tous des Illustres,
Et des Médecins à Ballustres,
En marge, ici, je mets leur Nom, [XXX.]
Qui fait voir si je mens, ou non.

-Robinet loue, au passage, l'éloquence d'un père jésuite :

Comme la belle Compagnie
Laquelle, à Jésus, s’associe,
A de grands Pères, en tous Lieux,
En science, prodigieux,
Et, voire même, en toute Langue,
D’un Monsieur qui fort bien harangue,
J’ai su, par un Billet poli,
Que le Père Mathioli,
Qui sait le Droit, l’Astrologie,
La Mathématique, et Chimie,
Fit Dimanche, un charmant Sermon,
En italique Diction,
Ledit Père étant de Bologne :
Ce qu’à tous, ici, je témoigne,
Pour dire que notre Cité,
Féconde en mainte rareté,
A, de plus, à présent, chez elle,
Cette autre-ci, toute nouvelle.

-... Puis il en revient au deuil qui occupe alors la cour de France :

Mais passons, non sans soupirer,
Et, contre le Sort, murmurer,
A la Pompe, des plus funèbres,
Aussi bien que des plus célèbres,
De MADAME, dans Saint Denis.

Pour Rois, ni pour Reines, des Lys,
Jamais, on n’en vit une telle,
Ni si brillante, ni si belle.

Le Mausolée y surpassait
Tout autre qui le devançait,
Par ses merveilleuses Structures,
Ses Dorures, et ses Figures,
Ses Urnes, Pentes, et Festons,
Ses Emblèmes, Inscriptions,
Et d’autres choses magnifiques,
Également, allégoriques,
Où notre admirable Iissé,
S’était lui-même, surpassé.

On y remarquait la Noblesse,
On y découvrait la Jeunesse,
Et plusieurs autres Déités,
Dont les charmantes Qualités
Étaient celles de l’Héroïne
Qui nous parut, toujours, Divine.
Un illustre et rare Prélat [M. le Coadjuteur de l’Archevêque de Reims.]
Fit l’Office, avec grand éclat.

Tout le brillant Clergé de France,
En ce Lieu, fut prendre Séance,
Et ce Corps nombreux et complet,
Certe [sic.], y faisait du feu violet :
Toutes les Cours, le Corps de Ville,
L’Université très habile,
Et du beau Monde, en quantité,
Avec plus d’une Majesté,
Y formèrent la Compagnie,
L’Abbé Bossuet, de grand Génie,
À qui le Monarque a fait Don
Du bel Evêché de Condom,
Fit une Eloge d’importance,
Qui ravit toute l’Assitance.
Mais las ! ô trop funeste Sort !
Tout cela regardait la Mort,
Tout cela rehaussait sa Gloire,
Tout cela, montrait sa Victoire :
Et des Squelets [sic.], de tous côtés,
Qu’on avait, aussi, là, postés,
Montraient, dans l’ombre, et la lumière,
Cette victoire toute entière.

Aussi, vit-on dessus la fin,
Qu’on lui livra son cher Butin,
Mettant le Corps de la Princesse,
Abattu par cette Tigresse,
Dans l’affreux et sombre Caveau :
Où, chacun, se fondant en eau,
Jugea, donc, comme, en peu d’espace,
La Gloire de ce Monde, passe,
Et que tout n’est que vanité,
Au dire d’une Majesté
Qui porta le Titre de Sage,
Ce qu’avait pris pour son Passage,
Ou, pour son Texte, en l’Oraison,
Ledit Evêque de Condom
Texte à fournir une Morale,
Tout à fait ample et cathédrale.

Or, sur le même Texte, aussi,
J’ai fait cet Epitaphe-ci,
Que de cœur triste, et d’esprit sombre
Pour jamais, je consacre à mon adorable Ombre.

Passant, regardant ce Tombeau,
Apprend, de lui, combien est vaine
Toute Pompe, et Grandeur Mondaine,
Malgré son éclat le plus beau.
Il renferme un Objet, dont la parfaite Trame
Assemblait un beau Corps avec une belle Âme,
Et que suivaient, partout, les Grâces, et l’Amour.
Un Objet plus brillant des rayons de la Gloire,
Que n’est un Conquérant, après une Victoire,
Ou le Soleil, dedans le plus beau Jour.
Mais, pour te dire plus, je te dis qu’il enserre
HENRIETTE ANNE D’ANGLETERRE.

Cette jeune Divinité,
(Car, hélas ! elle semblait telle !)
Un Jour qu’on la voyait plus belle
Qu’elle n’avait, jamais, été :
Que tout, à son retour d’un glorieux Voyage,
Riait à ses Désirs, et rendait humble hommage
A ses impérieux, et triomphants Appas,
Au milieu de sa Cour, en tous Lieux, si vantée,
Presque, en un instant, elle fut emportée
Par un rapide et violant Trépas.
Passant, juge, par-là, juge combien est vaine
Toute Pompe, et Grandeur Mondaine.

Lettre du 26 août 1670, par Mayolas.

-Comme il est d'usage, le prologue de Mayolas loue le roi, notamment pour les divertissements qui furent donnés à Versailles tout récemment :

Sire Votre Magnificence
Paraît avec tant d’abondance
Qu’à Versailles, ces derniers jours,
Ballet, Comédie ayant cours
Comme une chère sans égale
Marquaient votre Fête Royale ;
On voit vos généreux transports
Briller même en faveur des morts,
Comme dans ma Lettre Historique
Plus au long bientôt je l’explique,
Puisque dans l’article suivant
Je m’en vais le mettre en avant.

-Un service religieux a été rendu à la mémoire d'Henriette d’Angleterre. Son souvenir est encore vif :

Pour HENRIETTE d’ANGLETERRE,
Qu’on plaint beaucoup sur notre terre,
Dont on connaissait le haut prix,
Jeudi l’on fit à Saint Denis
Un Service considérable,
Avec une Pompe admirable,
Digne de cet objet charmant
Qu’on aime jusqu’au monument.
La REINE aussi Sage que Belle,
Digne d’une gloire immortelle,
Incognito, vit tout ceci,
Et le Roi de Pologne aussi,
Des Princes du Sang et Princesses
Étaient suivis d’autres Altesses
Le Clergé, tout le Parlement,
Les autres Corps pareillement,
Les Ambassadeurs file à file,
Grands de la Cour et de la Ville
Y marchèrent suivant leur pas,
En bon ordre et sans embarras
Par le soin du Marquis de Rhodes
Qui sait bien toutes ces méthodes.
Le grand Coadjuteur de Reims
Animé de pieux desseins
Célébra dignement l’Office
A ce Temple et Royal Service ;
Fait dans la forme et l’appareil
Dont on use en un cas pareil,
Bossuet rempli d'Éloquence
D’esprit, de vertu, de science
Porta la funèbre Oraison,
Et je puis dire avec raison
Que ce beau discours eut la gloire
De ravir tout cet Auditoire.

-Le duc de Beaufort, mort l’année dernière à Candie, est à son tour célébré religieusement :

En notre Église Cathédrale,
Église Archiépiscopale,
On fit un Service en ces lieux
Aussi lugubre que pompeux,
Digne d’être mis dans l’Histoire,
Afin d’honorer la mémoire
Du merveilleux Duc de Beaufort
Que toute la France plaint fort
Et qui finit dans la Candie
Fort glorieusement sa vie,
Faisant dignement son Emploi,
En servant son Dieu et son Roi :
Toute la Nef était tendue
(Je puis dire à perte de vue)
Du haut en bas d’un beau drap noir,
Où le velours se faisait voir,
Avec les Armes Héroïques
Et les Écussons magnifiques ;
On voyait de belle hauteur
Un Mausolée dans le Chœur,
D’une grandeur prodigieuse
Et d’une forme ingénieuse ;
Quatre Figures éclataient
Et leur poids fort bien supportaient.
La Justice et la Tempérance
Comme la Force et la Prudence,
Plusieurs Trophées à la foi
Marquaient sa valeur, ses exploits.
Têtes de mort, urnes et larmes
Offraient aux yeux leurs tristes charmes,
Et près de ce rare Cercueil
Représentaient bien notre deuil :
Avec les Cierges, dont le nombre
Faisaient un jour parmi cette ombre,
A la faveur de leurs rayons
On lisait les Inscriptions :
L’Archevêque de cette Ville
En science et vertu fertile,
Officia dévotement
Vêtu Pontificalement [sic.] ;
La Musique pendant la Messe,
Semblait flatter cette tristesse,
D’un air charmant et nonpareil
Elle rehaussait l’appareil ;
Disons que le Duc de Vendôme
Fort estimé dans ce Royaume,
Et dont les talents précieux
Secondent ceux de ses Aïeux,
Avec le Chevalier son Frère
Animé d’une âme guerrière,
Faisaient le Deuil avec splendeur
Et tenaient là le rang d’honneur :
Du Clergé l’Auguste assemblée
De s’y trouver étant priée
Par Rhodes illustre Marquis
Elle se rendit à Paris
Et dans ce magnifique Temple
Servait à tous de bon exemple ;
Et force gens de qualité
De la Cour et de la Cité
Virent cette Cérémonie
Formant une ample Compagnie.
L'Éloquent Père Mascaron
Dont l’esprit est savant et bon
De qui le renom est célèbre,
Prononça l’Oraison funèbre
Avec cet applaudissement
Qu’il remporte ordinairement
N’omettons pas enfin de dire
Que par l’ordre de notre SIRE
Pompeusement cela fut fait
Et qu’en foule on voyait le monde
Dont chacun resta satisfait,
D’une allégresse sans seconde
Aller voir cette rareté,
Louant la libéralité
De ce Monarque incomparable
Qui n’est pas moins brave qu’aimable ;
Et pour ce Duc tout de ce pas
Je mets un Épitaphe au bas :

FRANCOIS DE VENDOSME est ici,
Ce Mausolée ou cette pierre
A notre grand regret l’enserre,
Et sa Mort fait notre souci ;

Ce Prince a fort bien réussi
Pendant que l’on faisait la guerre,
Tant sur la Mer, que sur la Terre,
Tout le monde l’avoue aussi.

Mieux que le Marbre ni le cuivre
Ses Neveux le feront revivre,
Servant fidèlement le ROI.

BEAUFORT, étant mort en Candie,
Son bras combattant pour la Foi,
Pouvait-il mieux finir sa vie ?

Messieurs de Chanlatte et Amy
Qui tout le monde ont pour ami,
Pleins de vertu, pleins de mérite,
Par une juste et bonne élite
Sont faits Échevins de Paris,
Et déjà leur rang ils ont pris,
Étant allés d’un humeur gaie
Lundi, à Saint Germain en Laye,
Ils ont pour leur charge prêté
Le serment de fidélité
Entre les mains du ROI suprême
Qui fait honneur au Diadème ;
Et ce Prince auguste et charmant
Les reçut favorablement.

-Un prince anglais à la cour et dont il a déjà été question plus haut : le duc de Buckingham. Mais l'orthographe de Mayolas est hésitante :

Le Duc de Boukingen [sic.] Illustre,
Dont la naissance a tant de lustre,
Dont les qualités et le nom
Répondent bien à son renom,
Ces jours passés eut Audience
Du Puissant Monarque de France,
Et ce Duc Superbe et Poli
En fut dignement accueilli ;
Étant venu sur notre Terre
Envoyé du Roi d’Angleterre,
Pour faire avec beaucoup d’éclat
Compliment à mon Potentat.

-Quelques nouvelles de la petite Madame, fille de Louis le Grand (Marie-Thérèse) : dans deux ans, la maladie l'emportera à son tour...

Je sais de certaine science
Que MADAME, Fille de France,
Objet digne d’être immortel,
Prend l’air au Château de Ruel,
Et de tout mon cœur je souhaite
Qu’elle ait une santé parfaite,
Car sa blanche et royale main
Prend bien ma Lettre à S. Germain :
La Maréchale Gouvernante [Mme de la Mothe, Gouvernante des Enfants de France.]
Judicieuse et vigilante
Qui ne manque pas au besoin
En aura tout à fait grand soin.

-Le fils du Maréchal Duc d’Estrées bien qu'attristé par la mort de son père annoncée précédemment peut trouver une consolation dans sa nomination en tant qu'ambassadeur auprès du Saint-Siège :

Le Duc d’Estrée, renommé,
Et du ROI beaucoup estimé
Va de sa part près du Saint-Homme,
Pour être Ambassadeur à Rome.

-Une religieuse est élevée à une dignité supérieure :

Je vous déclare ici sans fard,
Que Madame de Mortemart, [Religieuse]
Pour ses Vertus et sa Sagesse,
De Fontevraud est fait Abbesse.

Ces Vers furent épanouis
Le lendemain de la Saint Louis.

Lettre du 30 août 1670, par Robinet.

-Le Duc de Buckingham continue sa visite :

J’ai su d’un qui s’appelle Argam,
Que le beau Duc de Buckingham,
A qui, comme au Roi, dans le Louvre,
Chaque jour, une Table on couvre,
Et qu’on voiture, en noble arroi,
En Carrosses, aussi, du Roi,
Avec les plus beau Attelages
Et je ne sais combien de Pages,
Fut à Versailles, Samedi,
Où son œil fut, certe, ébaudi,
De voir toutes les rares choses,
En ce petit Eden, encloses.
Comme, Avecques Leurs Majestés,
(Qui, lors, avaient à leurs côtés,
Votre Royale et belle Altesse,
Pour qui je fais rouler la Presse)
Il était allé dans ce Lieu,
Louis, notre visible Dieu,
Le prit, d’abord, dans sa Calèche,
Dont la beauté les Yeux allèche ;
Et dans les Jardins de léans,
Qui sont si gais, et si riants,
Par le commerce des Dryades
Avecque Flore, les Naïades,
Et les Zéphirs, et le Printemps,
Il lui fit prendre, quelque temps,
Le plaisir de la Promenade ;
Puis sur la liquide Esplanade
Du Canal si vaste, et si clair,
Il lui fit entendre un Concert
Qui semblait un Concert céleste :
Et, pour dire au Lecteur, le reste,
Dans la Grotte, ensuite, on alla,
Où ledit Duc, on régala
D’une Collation si belle,
Qu’on n’en vit, jamais, une telle.
Qui plus est, tous les agréments,
Tous les mignards arrangements
De ce délicieux régale,
Les charmes que la Grotte étale,
Et d’avantage que cela,
Tant de beautés qu’on voyait là,
Accompagnant l’auguste Reine,
Cette adorable Souveraine,
Tout cela, dis-je, en vérité,
Ainsi qu’on me l’a récité,
En raccourci, dans un Mémoire,
Au Duc susdit, dut faire croire,
Comme il crut, vraisemblablement,
Que c’était un Enchantement.

Ah ! quand de telles Allégresses,
Le grand Parangon des Altesses,
Madame, était. Quel lustre, encor !
Ô Parques que vous avez tort
De nous avoir si tôt, fait dire
Ces deux mots dont chacun soupire,
Madame était : ces tristes morts,
Dont Bensérade, avec grand lot,
Ainsi qu’avec toute la grâce
Que saurait fournir le Parnasse,
A mis dans un plaintif Rondeau,
Qu’on a trouvé, partout, si beau.

Au retour d’une Maladie,
Ou bien d’une Fièvre étourdie,
Qui, par son effort trop félon,
Menaçait ce franc Apollon,
Il a fait ce Rondeau qui charme,
Et, dans un plus sérieux Carme,
Un Epitaphe, et deux Sonnets,
Egalement, touchant, et nets,
Et d’un Style aussi magnifique
Que le Sujet est héroïque :
Si qu’en rien, cela ne se sent
De l’était d’un Convalescent.

Le célèbre Clergé de France,
Avec grande magnificence,
A, dans Pontoise, aussi, rendu
L’Honneur funèbre, partout, dû,
A l’Héroïne décédée,
Dont toujours la charmante Idée
Me fait prononcer maints hélas !
Et l’un des mieux disants Prélats, [l’Évêque de Montauban.]
Faisant son Eloge à merveilles,
Ravit les plus fines oreilles.

J’apprends, avec bien du plaisir,
Que, suivant le commun désir,
Madame, votre illustre Nièce,
Pour combler la Cour, de liesse,
Profite, à Rueil, à vue d’œil :
Et que ce jeune et beau Recueil
D’Amour, de Charmes, et de Grâces,
(Dont, au Ciel, déjà, je rends grâces)
Fait, par un tel amendement,
Espérer qu’un Destin charmant,
Répondant aux Vœux de la France,
En fera l’Objet d’importance,
Des Feux des plus grands Potentats,
Contemporains de ses Appas.

Dieu sait combien la Maréchale
Et si sage, et si magistrale,
Qui les gouverne, en sent au cœur,
Et d’allégresse, et de douceur,
Avec tous ceux, qui sont, sous Elle,
Auprès de cette illustre Belle.

Sa jeune Cousine, Jeudi,
C’est Mad’moiselle que je dis,
De vos deux Infantes, l’Aînée,
Si bien apprise, et si bien née,
Et qui, déjà, montre un cœur haut,
Dont Madame de Clérambaut,
Maréchale de grand mérite,
A très dignement, la conduite,
Donna, de ses Doigts délicats,
A la sage et belle Découas, [Qui est femme de Chambre de feue Madame.]
L’Habit, dedans les Carmélites,
De la Reine, les Favorites ;
Sur lequel Sujet, tout de bon,
Le futur Prélat de Condom,
D’un accent de Vierge, et fort tendre,
Fit sa belle Morale entendre.

L’auguste Souveraine d’Eu,
Si pleine d’esprit, et de feu,
Ayant des saines Eaux de Forge,
Fort humecté sa blanche gorge,
Retourna, naguère, à la Cour :
Où Grands, et Petits, tour à tour,
Lui témoignèrent l’allégresse
Qu’on sent d’y voir sa grande Altesse,
Laquelle, aussi, certainement,
En est un très rare ornement.

Avant-hier, Madame de Guise
Se délivra de belle guise,
Après, pourtant, quelque tourment,
D’un Prince, tout à fait, charmant,
Ayant, en cette Conjoncture,
Eut son recours à la Ceinture, [Il furent portés par Dom Bertrand de S. Jean,]
Et même, au Chef de grand renom, [Feuillant, accompagné de Frère Simon.]
De la Sainte qui, d’un Dragon,
Fit crever la sale Bedaine :
Mais ma Légende est plus que pleine,
Ainsi, Grand Prince, à qui j’écris,
Pas d’avantage, je n’en dis.

Lettre du mois de septembre 1670, par Mayolas.

-Mayolas loue le roi pour sa puissance militaire et sa rapidité à la mettre en oeuvre en cas de besoin. A l'origine, des rumeurs de batailles qui, semble-t-il, viennent de l'est de la France, où le 26 août l'armée de Louis XIV a envahi Nancy tenu par le duc Charles IV de Lorraine (dont certaines des précédentes gazettes font mention).

Image vivante de Mars,
Plus fameux que tous les Césars,
Puissant ROI, votre Vigilance,
Votre Valeur, votre Prudence
Sont dans un degré Souverain,
Avoir du soir au lendemain,
Dans le temps de paix où nous sommes,
Dix, douze, quinze et vingt mille hommes ;
Fort lestes et bien aguerris,
Auprès de vous et de Paris,
Pour les envoyer où mon SIRE
Le juge à propos et désire ?
C’est prévoir les choses de loin,
Pour s’en servir dans le besoin :
Je pense que cette semaine
Ils visiteront la Lorraine.

-Des nouvelles du dauphin qui a été malade :

Je suis ravi que le DAUPHIN,
Aux bonnes choses fort enclin,
Dont l’esprit et la bonne grâce
Tous les autres Princes surpasse,
A présent se porte fort bien,
Et son visage et son maintien
Sont une marque signalée
Que la fièvre s’en est allée,
Mon âme forme ses souhaits
Qu’elle n’y revienne jamais ;
Et que son ardeur trop fatale
Laisse en paix la Maison Royale :
La Cour est dans la gaité
Le voyant en bonne santé.

-Viennent ensuite de conséquentes mentions sur quelques grandes dames de ce temps. La princesse palatine d'abord, à savoir Elisabeth Charlotte de Bavière qui épousera, un peu plus d'un ans après cette lettre, Monsieur, le frère de Louis le Grand :

Parlons d’une Illustre Héroïne,
De la Princesse Palatine
Que chacun s’efforce en tous lieux
De recevoir de mieux en mieux,
D’Hannoir, le Duc et Duchesse
Sentirent beaucoup d’allégresse
Sachant qu’elle venait les voir,
Et faisant fort bien leur devoir
Ils mandèrent au devant d’Elle
Une Troupe fort grande et belle
De Soldats et de Cavaliers
A deux lieues de ces quartiers ;
Ils y furent même en personne,
(Dont nullement je ne m’étonne)
Beaucoup de Carrosses aussi
Faits comme ceux qu’on voit ici,
Agréablement y roulèrent,
Et les Grands la complimentèrent :
Cette Altesse de grande renom
Entra là, au bruit du Canon,
Avec son Beau-fils et sa Fille
Sortis d’une Illustre Famille,
On la conduisit au Palais,
Rempli d’ornements et d’attraits,
Et l’on fait grande et bonne chère
A cette Princesse si chère,
A qui l’on donne incessamment
Quelque beau divertissement,
Mais je suis dans l’impatience
Qu’elle vienne bientôt en France,
Puisqu’elle voit de fort bon oeil,
Et fait un agréable accueil
A mon Historique Patente,
Quand ma Muse la lui présente.

-Puis il est question d'Anne Marie Louise d'Orléans, la "grande mademoiselle", qui revient de cure thermale :

Mademoiselle D’ORLEANS
Dont les yeux sont beaux et brillants,
De qui les qualité aimables
La rendent des plus admirables,
Est heureusement de retour
Dans notre florissante Cour,
Ayant bu des eaux salutaires,
Et pour la santé nécessaires,
Qu’à forges en cette saison
Plusieurs boivent avec raison ;
De notre Roi, de notre REINE
Elle reçut l’autre semaine
Des caresses, des compliments
Des plus doux et des plus charmants
Et des autres Princes encore :
Cette Princesse que j’honore
A même temps à Saint Germain
Reçut ma Lettre de sa main,
Avec cet air fort agréable,
Et qui m’est beaucoup favorable.

-Le siège de Candie, qui s'est terminé un an auparavant dans le fiasco que l'on sait, est toujours dans les esprits. Comment en serait-il autrement avec le retour, même tardif, des traîneurs de sabre du roi de France :

Un Marquis brave et non commun,
Marquis de Saint André Monbrun,
Qui dans le Siège de Candie
A cent fois exposé sa vie,
Et témoigné pour son honneur
Tant de conduite et de valeur,
Est arrivé dans cette Ville,
Où son humeur bonne et civile
Reçoit fort agréablement
Tous ceux qui lui font compliment.

-Un accouchement, à la cour, et la noblesse française de s'agrandir :

Il faut ici je vous déduise
Comme la Duchesse de Guise
Accoucha fort heureusement
D’un Prince agréable et charmant,
Et que les plus Grands de la France
Sur son heureuse délivrance
Envoient la complimenter,
L’assurer et lui protester
Qu’ils sont ravis d’une nouvelle
Si douce, si bonne, et si belle ;
Ma Muse qui l’estime fort
S’en réjouit aussi d’abord,
Et par ces rimes que j’expose
Lui témoigne la même chose.

-Où l'on revient sur le voyage de retour de Suleyman Aga vers la Sublime Porte, accompagné par l'ambassadeur de France, Nointel :

Notre Ambassadeur en Turquie,
Dont la Personne est accomplie,
Nointel, plein d’esprit et d’honneur,
Et l’Envoyé du Grand Seigneur,
Sur quatre Vaisseaux d’importance
Ont fait voile des bords de France.

-Le précepteur du dauphin vient de mourir :

Avec un regret infini
J’ai su la mort de Périgny,
Président rempli de Sagesse,
De Doctrine et de Politesse ;
Pour tout dire, je dis enfin
Qu’il faut Précepteur du DAUPHIN.

Ecrit dans un coin de ma chambre
Au commencement de Septembre.

Lettre du 6 septembre 1670, par Robinet.

-Le Dauphin est malade :

La Fièvre Tierce, et Double Tierce,
Depuis dix-huit Jours, a commerce
Avec le Sang du grand Dauphin,
Mais son Règne arrive à sa fin,
Par les Soins d’un Maître Hypocrate
Dont le Renom, qui fort éclate,
L’a fait appeler par LOUIS,
Auprès de ce précieux Fils,
De qui la Perte serait, certes,
La plus sensible de nos pertes.
Car ce Prince est tout élevé,
Et c’est le Chef d’œuvre achevé,
Des chastes amours conjugales,
De ces deux Personnes Royales,
Qui sont, par mille Qualités,
Nos Terrestres Divinités :
Lesquelles, aussi, le chérissent,
Et, pour lui, leurs Soins réunissent,
Comme pour leur premier Portrait,
Au Naturel, le plus parfait.
C’est, pareillement, après Elles,
Le charmant Objet de nos zèles,
De nos Hommages, de nos Vœux,
Et c’est, à parler, encor, mieux,
La seconde et belle Espérance,
En un mot, de toute la France.

-La nouvelle de la mort du précepteur du Dauphin fait le tour des gazetiers :

Le Sieur Président Périgny,
Qui, pour son mérite infini,
Et son Savoir, nullement, mince,
Etait Précepteur de ce Prince,
Et cultivait si noblement,
Et, même, si fortunément,
Son jeune et merveilleux Génie,
(Ah ! que la Parque en soit honnie)
Est Lundi dernier, décédé,
Ayant, à son effort, cédé,
Quoiqu’il n’eût qu’environ neuf Lustres.
Hélas ! faut-il que les Illustres,
Que les beaux Esprits, les Savants,
Ne vivent que si peu de temps,
Et que l’on voie tant d’Ignares,
Par l’ordre des Destins barbares,
Durer des Siècles tous entiers,
Au grand regret des Héritiers !

Notre rare et charmant Auguste,
En tous ses Dits, et Faits, si juste,
En a témoigné des Regrets,
Dignes des visibles progrès,
Que, dessous sa conduite prude,
Le Prince faisait à l’Etude :
Et les regrets d’un si grand Roi,
Peuvent valoir, en bonne foi,
Tout ce qu’on pourrait dire, et faire,
Pour son Eloge mortuaire.

Au reste, il était grand Chrétien,
Et, tout à fait, Homme de bien,
Pieusement, donc, l’on peut croire
Que son Âme, droit en la Gloire,
Prit son vol, en quittant son Corps.
Mais, quoi ? si prier pour les Morts,
Est, toujours, chose bonne, et sainte,
Par Oraison longue, ou succincte,
Liberas, ou De Profundis,
Tu peux, Lecteur, du Paradis,
Lui frayer, à toute aventure,
Le Chemin qu’on tien en droiture.

-Le problème avec les médecins :

Le Premier Médecin du Roi,
S’est vu, presques, au Désarroi,
Où la félonne, et laide Parque
A mis, ainsi que je vous marque,
Le Seigneur Président susdit,
Car hélas ! sans aucun crédit,
Sont les Suppôts de Médecine,
A l’endroit de cette Assassine,
De même (le cas est certain)
Qu’est le reste du Genre Humain.
Mais Valot, s’armant de courage ;
Pour surmonter l’Antropophage,
Et se souvenant de Dictum,
Medice cura te ipsum,
S’est bravement, tiré d’Affaire,
Par l’Emetique, en un Clystère,
Lequel, attaquant, chaudement,
En leur secret retranchement,
Les Humeurs les plus contumaces ;
Plus rebelles, et plus tenaces,
Les força de se déclarer,
Et, promptement, se retirer,
Si qu’étant demeuré sans fièvre,
Qui, par elles, faisait la mièvre,
Et l’allait livrer à Cloton,
Il s’en est échappé, dit-on ;
Et les Prétendants à son Poste,
Où de la Faveur on s’accoste,
Soient-ils des plus beaux Dons ornés,
N’ont, donc, qu’à s’en torcher le nez.

Le Grand Monarque en est bien aise,
Car, je le dis sans parenthèse,
Il était touché vivement,
De le voir près du Monument.
Aussi, supposé la créance
Qu’un Médecin a la puissance,
De nous restaurer, et guérir,
Tout chacun doit le Sien chérir :
Et Sénèque, en son beau Langage,
En parle avec tant d’avantage,
Qu’il doute qu’on puisse, jamais,
(C’est en son Livre des Bienfaits
Qu’il en discours de la manière)
Rendre, à ces Messieurs, grâce entière,
Quand d’Affaire, ils nous ont tirés,
Et comme, enfin, régénérés :
Ce que présupposant, encore,
Il faut, de faire, qu’on les honore,
Et qu’on les honore très bien,
C’est quel est le Sentiment mien.
Mais cherchons quelque autre matière
A notre Epître Gazetière.

-Une thèse de l’Abbé Berrier :

L’Abbé Berrier me la fournit,
Par la belle Action qu’il fit
Mercredi, soutenant sa Thèse
(N’ayant pas, encor, des ans seizeà
Sur grand nombre de Questions,
D’Arguments, de Conclusions,
Tant dans la Logique, et Physique ;
Qu’en Morale, et Métaphysique,
Avec une facilité,
Présence d’Esprit, netteté,
Et vigueur toute singulière,
Qui surprit l’Assemblée entière :
Où, de France, tout le Clergé
Se trouva presques, agrégé,
Avec Gens de Robe, et d’Espade,
Cela s’entend, tu plus haut grade,
En si nombreuse quantité,
Que, pour dire la vérité,
On ne peut voir de Compagnie
Plus illustre, ni mieux fournie.

Colbert, le célèbre Colbert,
En toute belle chose, expert,
Et qu’on peut dire, de la France,
Une seconde Intelligence,
Qui, sous le Roi, meut ce grande Corps,
Par ses admirables ressorts,
Assistait, assis à son aise,
A la susdite belle Thèse,
Qu’en grand volume, et sur satin,
Pour avoir un heureux Destin,
L’aimable et jeune Philosophe
Lui dédiait par Apostrophe,
Conçue en Latin fort disert :
Où, de ce merveilleux Colbert,
Est peinte l’Âme grande, et Sage,
Comme, des Traits de son Visage,
Au Frontispice, est le Recueil
Dans un Portrait fait par Nanteuil,
Où je ne trouve rien à dire,
Sinon qu’il l’y fait un peu rire.

-Où l'on reparle de Scaramouche :

Depuis peu, l'ancien Scaramouche,
Qui paraît une fine Mouche,
Est, dans sa Troupe, de retour,
Et divertit, des mieux, la Cour,
Et le bon Bourgeois de Lutèce, [Marge : Paris]
Qui, pour incaguer [sic.] la Tristesse,
N'a de recours qu'à l'entretien
De ce facétieux Chrétien.

Celui qu'on voyait en sa place,
En changeant d'habit, et de face,
S'est, en Capitan, érigé :
Et, dans ce Rôle, ainsi, changé,
Fait autant bien qu'on puisse faire,
Et j'en suis Témoin oculaire.

Lettre de l'automne 1670, par Mayolas

-Comme de coutume, Mayolas débute son épître par des louanges au roi et revient sur la réception donnée par Louis le Grand en l'honneur du duc de Buckingham :

Grand Monarque, votre richesse,
Votre pouvoir, votre largesse,
Votre incomparable Bonté,
Et votre Générosité,
Sont une source inépuisable,
D’une profusion aimable,
Comblant le monde de présents
Des plus beau et des plus luisants ;
Tous les Étrangers qu’on envoie
Dans votre Royaume avec joie,
Chargés de vos rares bienfaits
S’en retournent fort satisfaits :
Le Duc de Buckingham peut dire
Ce que ma Muse vient d’écrire,
A Versailles ayant été
Très magnifiquement traité
Par votre Ordonnance Royale,
Et par votre humeur libérale ;
Mais disons qu’outre tout cela
Votre estime le régala
D’une riche et fort bonne épée
Des plus beaux diamants ornée,
D’un baudrier pareillement
Que l’on estime infiniment.
Votre fameuse renommée
Dans ce vaste Univers semée,
Par des actes si glorieux
Va de la terre jusqu’aux Cieux,
Elle est juste, elle est éclatante
Et par vos hauts faits elle augmente,
Qui font voir (comme le Soleil)
Que mon ROI n’a point de pareil.

-Au cours de sa visite, ledit duc a été ébloui par une tapisserie en provenance du lointain Orient que le maréchal de Créqui arborait chez lui. En grand seigneur, le maréchal a offert cette oeuvre d'art au duc anglais :

J’appris hier d’un nommé Cauqui,
Que le Maréchal de Créqui,
Ayant sa Tente bien garnie
D’une rare Tapisserie,
Faite de la main des Chinois,
Dont fort délicats sont les doigts,
Sa mignardise et politesse,
Son beau travail et sa richesse
Attirait l’estime et les yeux
Des spectateurs plus curieux.
L’Envoyé du Roi d’Angleterre
Qu’on prise fort sur notre terre,
Le Duc de Buckingham la vit,
Elle lui plut et le ravit.
Ledit Maréchal Héroïque,
Aussi brave que magnifique,
La faisant plier proprement
L'envoya chez lui promptement :
Ce qui marque bien qu’on estime
Ce Duc éclatant et sublime,
Et que ce vaillant Maréchal
Est aussi beaucoup libéral.

-Alors qu'en Lorraine les troubles avait conduit le roi à faire donner la troupe, le même maréchal s'est distingué par sa "civilité" à l'encontre des rebelles :

Un de nos Maréchaux de France
Créqui, de qui l'expérience
Éclate de belle façon,
Étant près de Pont-à-Mousson
Avec les Troupes qu'il commande
De qui la troupe est assez grande,
Ne voulut pas entrer dedans,
Quoiqu'il le pût avec ses gens,
Sans envoyer dire en beau style,
Et d'une manière civile
Les Ordres de mon ROI vainqueur
Aux Magistrats, au Gouverneur,
De la susdite Ville et place ;
Tout aussitôt, de bonne grâce,
Ils dirent à un air ingénu
Qu'il y serait le bien venu,
Témoignant grade déférence
Aux Lois du MONARQUE de France :
Le Maréchal n'y manqua pas
D'y porter promptement ses pas,
Menant son Armée en bataille :
Pour abattre avec gaieté
Les murailles de la Cité ;
Ayant trouvé le Capitaine
Des Gardes du Duc de Lorraine,
Prisonnier de guerre il le fit,
Et dans Metz on le conduisit :
Le Gouverneur du lieu, brave Homme,
Que nullement on ne me nomme,
La veille s'en était allé,
Et voilà tout le démêlé.

-Comme la nouvelle de la mort du précepteur du dauphine, la désignation de Bossuet à ce poste est à son tour relayé dans toutes les bonnes gazettes :

Bossuet, de Condom Évêque,
(Qu’un jour nous verrons Archevêque)
Pour sa doctrine et sa candeur
Du DAUPHIN est le Précepteur ;
Le ROI par cette juste élite
Persuade bien son mérite ;
Ce jeune Prince l’aimera
Puisque fort bien il l’instruira.

-Des nouvelles de Madame de France :

J’écris avec réjouissance
Que MADAME Fille de France
De Ruel vint à Saint Germain
Avec un visage plus sain ;
La Maréchale Gouvernante [M. de la Motte.]
Fort soigneuse de cette Infante,
Duc D’ANJOU semblablement
Les conserve fort chèrement.

Adroitement ces vers je range,
Le tiers du mois où l’on vendange.

Lettre du 13 septembre 1670, par Robinet.

-En séjour à Versailles, la Cour est régalée d'une fête somptueuse :

Je n’ois, en quelque endroit que j’aille,
Parler que de ce qu’à Versailles,
On a fait, Samedi dernier,
De ce Cadeau tout singulier,
Dont notre Monarque Héroïque,
Brillant, galant, et magnifique,
A régalé cet heureux Duc,
Plus glorieux qu’un Archiduc,
Buckingham, qui, comme ses Pères,
Par des Vertus particulières,
Qui gagnent l’Esprit, et le Cœur,
Captive, des Rois, la Faveurs.

Or, comme à ce charmant Régale,
Votre belle Altesse Royale
N’a comparu ni prou, ni peu,
N’assistant à Fête, ni Jeu,
Dans le grand Deuil qui la pénètre,
J’en vais quelque chose, ici, mettre,
Tant pour Elle, que les Lecteurs
Qui, de mes Ves, sont Amateurs.

Après que l’on eut, des Allées,
Si belles, et bien égalées, [dans le petit Parc.]
Fait le tour, par diverses fois,
Visité Parterres, et Bois,
Et vu les Eaux, et les Fontaines,
Qu’à la fin, par d’heureuses peines.
Et par des Miracles de l’Art,
On a fait venir d’autre part,
Après, dis-je, ces Promenades,
En traversant les Palissades,
On se rendit au grand Canal,
Dont le liquide, et beau Crystal
Semble une Glace bien unie :
Et la Royale Compagnie
S’étant là, promenée, encor,
En Gondoles d’azur, et d’or,
Tant au bruit de l’Artillerie,
Lors, un bruit de galanterie,
Qu’aux doux Fanfares des Clairons,
Avec Concert de Violons,
S’avança vers une grand’ Île,
Verdoyante, et d’accès facile,
Où, certe [sic.], une Collation,
D’admirable construction,
Ravit les Intestins avides,
Par ses charmantes Pyramides,
De Confitures, et de Fruits,
Qui furent, bientôt, déconfits,
Dans la Saccade vigoureuse
De la Troupe, illustre, et nombreuse,
Qui, de la Main, et de la Dent,
Donna dessus, tout en riant.

Après cette Déconfiture,
Où Chacun, de bien faire, eut cure,
On prit gaiement, et soudain,
Nouvel Essor dans le Jardin,
Où deçà, delà, les Oreilles
Furent surprises des Merveilles
Que produisaient d’autres Concerts,
Cachés sous des Feuillages verts,
Pour régaler la Compagnie,
De par la Déesse Uranie :

Puis, on passe dedans un Bois,
Où (le Jour étant aux abois)
On devait, de la Comédie,
Avec Concert, et Mélodie,
Avoir le Divertissement,
Dessus un Théâtre charmant,
Coûtant grand nombre de Pistoles,
Ornés de Lustres, Girandoles,
Festons de feuillage, et de Fleurs,
Des plus éclatantes Couleurs
De Vases d'or, de Porcelaines,
Et, bref, d'argentines Fontaines,
Dont l'eau tombait, sans aucun bruit,
Dans un Bassin, exprès, construit,
Où, tout au moins, rempli de mousse,
Qui rendait sa chute si douce,
Que l'oreille elle chatouillait,
De l'air dont elle gazouillait,
Sans qu'elle interrompît l'ouïe,
Dans le cours de la Comédie.
À ce Théâtre si riant,
Dressé, je pense, à l'Orient,
On se rendait, par une Allée,
D'un bout à l'autre, bien sablée,
Que trente Arcades partageaient,
Et trente Lustres éclairaient,
Répandant, tous, une Lumière
Qui plaisait plus à la Visière,
Que la Lumière que produit
L'Astre du jour, ou de la Nuit :
Tout cela, pour conclure en somme,
Disposé par un galant Homme, [Le Sieur Vigarani]
Et, comme par Enchantement,
En deux, ou trois jours seulement.

Après ladite Comédie, [C'était le Gentilhomme de Beauce par la Troupe de l'Hôtel.]
(Car il faut que, de tout je die
Deux ou trois historiques mots)
On fut en l’Allée où les Eaux
Font des Cascades ravissantes,
Et, tout à fait, divertissantes,
Par le murmure qu’elles font ;
Et l’on aperçut dans le fond,
Une Machine ingénieuse,
Ou bien Terrasse merveilleuse,
Dont Iyssey, grand Desseignateur,
Etait l’admirable Inventeur.

Or l’on crut que le Dieu de Thrace
Avait, dans ladite Terrasse,
Fait entrer tout son Arsenal,
Et son Attirail martial,
Tant on ouït craquer de poudres,
Et, de là, s’élancer de Foudres,
De Feux différents, et d’Eclairs,
Dans le plus haut vague des Airs.
Mais ce n’était, à le vrai dire,
Que pour divertir notre Sire,
(Que l’on peut bien prendre pour Mars)
Par leurs brillants Effets épars,
Leurs Serpenteaux, et leurs Etoiles,
Qui perçant les nocturnes Toiles,
Produisaient un aimable jour
Qui chassait la Nuit d’alentour.

Ensuite de ce beau Spectacle,
Qui fit, à tous, crier miracle,
On fut, enfin, dans le Château,
Trouver un Repas grand et beau,
Id Est, un Souper si superbe,
Que l’habile défunt Malherbe
Aurait eu peine, en ses beaux Vers,
De placer tant de Mets divers :
Et c’est pourquoi, sans entreprendre
Une chose qui l’eût fait rendre,
J’ajouterai, finalement,
Qu’après ce Convive charmant,
Qui dura, tout au moins, trois heures,
Les Banquetants, dans leurs Demeures,
Allèrent, en ayant besoin,
De faire dodo, prendre soin ;

Depuis, ce Duc heureux, et sage, [Le Duc de Buckingham.]
Autant que pourvu de courage,
A, de plusieurs de notre Cour,
Eté festiné, tour, à tour :
Et Jeudi, dans les Tuileries,
Si brillantes, et si fleuries,
Il le fut, sans doute, à plein fonds,
Par le Maréchal de Belfons,
Qui, tranchant là, du Magnifique,
Lui fit une Chère angélique,
Et le jour, encore, d’après,
Sans avoir nul égard aux Frais.

Après tant d’Honneurs, et de Chères,
Qui font bien porter les Viscères,
De peur de ruiner la Cour,
S’il y faisait plus long séjour,
Il en a pris congé, belle erre,
Pour retourner en Angleterre.
Notre splendide Potentat,
Pour confirmer le grand état
Qu’il fait de sa Personne rare
Où l’on ne voit pas une tare,
L’ayant, encor, régalé
D’un Donc par nul autre égalé,
Savoir d’une si riche Epée,
Qu’Alexandre, César, Pompée,
N’en ont, jamais, en vérité,
Porté de telle à leur côté.

Lettre de la mi-septembre 1670, par Mayolas

-Mayolas dévoile, derrière les usuelles louanges, son dévouement au roi :

Hiver, Été, Printemps, Automne,
Tous sont témoins comme je donne
Que je porte et que j’ai porté
(Grand PRINCE) à votre Majesté
Jusques à Saint Germain en Laye
Ma Lettre sérieuse et gaie,
Que chaque semaine j’écris
Dans votre Ville de Paris ;
Si durant le froid le plus rude
Je sortais vite de l’étude
Afin d’aller vous l’apporter
Et moi-même la présenter ;
Si durant la chaleur extrême
J’en usais encore de même,
Je dois à plus forte raison
La plus douce et plus modérée,
En un mot la plus tempérée,
M’acquitter bien de ce devoir
Et sans délai vous faire voir
Qu’en tout temps notre Muse est prête,
Que ni froid ni chaud ne l’arrête
Lorsqu’elle peut vous divertir,
Et me voilà prêt à partir.

-Où l'on reparle de Bossuet :

De Condom l’Illustre Prélat
Dont toute la Cour fait état
En présence de maint Évêque
Fut Sacré par un Archevêque, [Le Coadjuteur de Reims.]
Assisté du Prélat d’Autun
Comme de celui de Verdun
En présence de l’Assemblée,
Qui dans Pontoise est convoquée,
C’est le Coadjuteur de Reims,
Animé de pieux desseins,
Les Vertus de ce Personnage
En dirait plus que mon langage ;
Plusieurs gens m’ont certifié
Que chacun fut édifié
Durant cette Cérémonie
(Faite en très belle Compagnie)
De sa sincère Piété
Comme de sa Civilité :
Aussi tout le monde confesse
Que Bossuet, (plein de sagesse)
Mérite sans faire le fin
D’être Précepteur du DAUPHIN.
Après cet acte remarquable
Ce Coadjuteur considérable,
D’un très magnifique repas
Il régala tous ces Prélats.

-La reine, dans ses pieuses activités :

La REINE aimable et précieuse,
Aussi charmante que pieuse,
Aux Carmélites du Bouloir,
Où l’on est ravi de la voir
Comme une favorable Étoile,
Ces jours passés donna le voile
À l’illustre de Saint Gelayez, [Fille d’Honneur de la Reine.]
Qui dans ce lieu des lus réglés
Forme le dessein et l’envie
De passer le cours de sa vie :
Le Nonce du Pape y pria,
Ou pour mieux dire Officia ;
De Montauban l’Évêque insigne,
De la Prélature très digne,
Y prêcha fort éloquemment
Comme il fait coutumièrement,
Et son éloquence féconde
Toucha le cœur de tout le monde.

-Le duc de Bukingham sur le point de quitter son séjour français a reçu maints présents de la part de Louis XIV :

Le ROI qui de chaque côté
Montre sa libéralité,
Au Duc de Buckingham encore
Que j’estime autant que j’honore,
Avant son départ lui fit don,
Et d’une obligeante façon
De deux beaux chevaux, beaux à peindre,
Et je puis dire sans rien feindre
Qu’il en a fait beaucoup d’état
Puisqu’il sont propres au combat :
De sorte que je puis bien dire
Qu’après le présent de mon SIRE,
Ce Duc aimable et martial
Est parfaitement à cheval :
Je souhaite qu’il ait la gloire
D’emporter toujours la victoire.

-Comme précédemment, la guerre de Crète se rappelle au bon souvenir des ex-belligérants. Mayolas rapporte le voyage à Istanbul d'un chevalier vénitien venu présenter les salutations de ses maîtres au sultan :

J’appris du Sieur Bernardino
Que le Chevalier Molino
Est entré dans Constantinople
Et qu’il s’en va vers Andrinople,
Pour faire avec beaucoup d’honneur
Son compliment au grand Seigneur
Au nom du Sénat de Venise ;
Il nous déclare avec franchise
Que la paix cause en ces quartiers
Aux Turcs des plaisirs singuliers
Et que leur âme est provoquée
De faire une grande Mosquée
À la gloire de cette paix
Qu’ils garderont bien désormais.

J’achève de ranger ces lignes
Au temps où l’on court dans les Vignes.

Lettre du 20 septembre 1670, par Robinet.

-Le Roi et la Reine sont parrain et marraine de la conversion d’un Turc :

Le dernier jour, à Saint Germain [en Laye.]
Notre Grand ROI fut le Parrain,
Et notre ravissante REINE,
De mêmes, aussi, la Marraines,
D’un Turc, vêtu de blanc Tabi,
Qui, lors, ayant nom Chélébi,
Eut celui de ce PRINCE auguste,
Digne Fils de LOUIS-le-Juste.
Mais ce fut le Duc de Coâlin,
De qui le mérite est si plein,
Et la Maréchale la Mothe,
Dont la vertu paraît si haute,
Qui, pour la Reine, et pour le Roi,
Lui donnèrent, en noble arroi,
Ce Nom, sur les Fonds de Baptême,
Qu’il reçut avec joie extrême,
Abjurant, de bon cœur, dit-on,
La Créance de feu Mahom.

-Le Dauphin est encore malade :

La Double-Tierce gîte, encore,
Chez notre Dauphin qu’on adore
Mais, après trente-deux Accès,
On la croit près de son Recès,
C’est-à-dire sa Départie,
Tant on la trouve ralentie :
Et pour la Princesse sa Sœur,
Ce jeune Ange plein de douceur,
Qu’on nomme, uniquement, Madame,
Dont maint cœur sentira la Flamme,
Elle reprend une Santé,
Dont l’on a bien de la gaieté.

-La Reine présente lors de la prise de voile de l’un de ses Filles d’honneur :

La Reine, dans les Carmélites
Qui sont ses chères Favorites,
Dimanche, de ses mains, voila,
Ô quelle faveur que voilà !
Saint Gelais, l’une de ses Filles, [d’honneur.]
Qui sort des plus nobles Familles :
Laquelle, à l’Hymen, renonçant,
Encore (soit dit en passant)
A voulu, dans ce Monastère,
Portant ses Amours en haut Lieu,
Prendre, pour son Epoux, un DIEU ;
A qui, l’excellente Pucelle
Donne, en Dot, une Âme fort belle.

De Montauban, le grand Prélat,
Qui prêche, avec beaucoup d’éclat,
Sur le sujet, dit des merveilles,
A, presque, enchanter les oreilles,
Dont il eut, pour Admirateurs,
Nombre d’illustres Auditeurs.

Lettre du 27 septembre 1670, par Robinet.

-Où il est de nouveau question des contacts établis entre le Sénat de Venise et le Turc :

L’Ambassadeur Extraordinaire [Le Chevalier Molino.]
Du Républicain militaire,
Dont Saint Marc est le grand Patron,
Et arrivé, ce mande-t-on,
Avec grand éclat, à Byzance :
Et, même, avec magnificence,
A fait son Entrée en ce Lieu,
Accompagné, ma foi, de Dieu,
Tout au moins, de mille Personnes,
Dont n’étaient aucunes Mignonnes,
Mais force gros Turc mauricauts,
Ayant la mine de Gens cauts.

Plusieurs Chrétiens, avec ces Hères,
Marchaient, alors, comme des Frères ;
Des Cousins, et des bons Amis,
Tant bien, ensemble, les amis,
La paix conclue, après la Guerre,
Qui les fait boire en même verre,
Et commencer, d’ore-en-avant,
De belle importance, au Levant,
Et dans tous les Lieux, sans réserve,
(Dieu, dans cet état, les conserve)
Dépendant des Deux Nations,
Sans rixes, ni contentions,
C’est ce que chacun se propose,
Mais Ciel ! la difficile chose !

Or, le susdit Ambassadeur,
Désirant, avecque splendeur,
Et de magnifique manière,
Soutenir là, son Caractère,
Voulut, après son bel Engrès,
Se mette, comme on dit, en Frais,
Pour régaler cette grand Suite,
Qui n’ayant point vu Pâte cuite,
Du Matin, jusques à Midi,
N’eut pas l’Appétit engourdi,
Et joua là, de la Mâchoire,
A merveille, l’on le peut croire.

Depuis, ce Ministre est parti,
Avec un Train bien assorti,
Pour aller, de Constantinople,
Droit en la Ville d’Andrinople,
Prendre Audience du Sultan,
Qu’impatiemment, l’on attend,
De Nuit, et de Jour, à la Porte :
Mais où, comme on nous le rapporte,
Il ne se rend que lentement,
Et, même, avec grand Armement,
Craignant que les Sieurs Janissaires
Ne vous lui taillent des croupières,
En faveur d’un jeune Frater,
Qu’il a voulu, ter, et quater,
Faire serrer à la Luete,
Par Strangulation étrette,
Et que la Sultane défend
De la Fureur de ce Tyran :
Ce qui fait craindre en cette Ville,
Enfin, une Guerre civile.

-L'affaire de Lorraine occupe l'actualité :

Créqui, comme un Guerrier habile,
A, jà, soumis la Basse-Vile
D'Epinal, assiégé par lui :
Et, peut-être, avant qu'aujourd'hui,
J'ai fermé mon Ecritoire,
Qu'on saura, qu'aussi, sa Victoire,
Sans tant tourner autour du pot,
Aura fait le Château capot.

Cependant, le Duc de Lorraine,
Qui sent, au Chef, forte migraine,
Et, dans le coeur, profond Souci,
De voir prendre, et raser, ainsi,
Toutes ses Places d'importance,
Crie, aux Voisins, avec instance,
Protection, Protection,
Ou, du moins, Méditation !
Mais, et ce n'est pas grand merveille,
Tout chacun fait la sourde Oreille,
Pour de bonne raisons, qu'ailleurs,
J'ai fait remarquer aux Lecteurs.

-Bossuet est sacré évêque de Condom :

L’Abbé Bossuet, fut Dimanche,
Ayant pris Chemise très blanche,
Evêque de Condom, sacré,
Si bien qu’il est Prélat myrté.

Comme un Bonheur, un autre attire,
Il s’est, aussi, tout d’une tire,
Vu nommer, quel heureux Destin !
Précepteur de notre Dauphin,
De cet Amour, de ce jeune Ange,
Quel sujet, pour lui, de louange !

Car cela fait juger, et voir
Qu’il a du Mérite, et Savoir,
Non pas seulement, pour la Chaire,
Où l’on sait bien ce qu’il sait faire,
Mais, encor, pour l’Episcopat,
Et pour la Préceptoriat.
Néanmoins, notre sage Sire,
A ce que l’on m’a dit, désire
Qu’en cet Emploi dernier, il ait
Pour l’aider, le docte, Huet,
Qui possédant Science pleine,
A traduit le grand Origène.

-Un remède bien particulier a guéri le dauphin :

La Fièvre est dénichée, enfin,
Du Sang de ce rare Dauphin.
Un certain Bois qui vient des Indes,
Et dont l’on compose des Brindes,
Appelé, je crois, Quiquina,
Ses longs Accès, Jeudi, borna,
Et lui fit, d’un tel Domicile,
Pour toujours, dit-on, faire gille.

-Où il est question de Molière :

Ainsi, le ROI, va, dans Chambord,
Joyeusement, prendre l'Essor,
Avec sa Cour, si florissante,
Pendant des Jours, ou quinze, ou trente ;
Et la Chasse des Cailleteaux,
Ou, notamment, des Perdreaux [sic],
Qui, vraiment, est d'un grand délice,
Fera là, tout son Exercice.

D'ailleurs, la Comédie, aussi,
Y pourra charmer son Souci,
Avec toute sa petite Oie,
Laquelle inspire pleine joie.

Molière, Privilégié,
Comme seul, des Talents, doué,
Pour y divertir ce cher Sire,
En prend, ce vient-on de me dire,
La Route, sans doute, Lundi,
Le matin, ou l'après-midi,
Avec sa ravissante Troupe,
Qui si fort, a le vent en poupe ;
Et même, où, par l'ordre Royal,
On voit, depuis peu, la Beauval,
Actrice d'un rare mérite,
Qui, de bonne grâce, récite,
Ainsi qu'avecque jugement,
Et qui, bref, est un Ornement
Des plus attrayants qu'ait la Scène,
C'est une vérité certaine.

-Robinet rend grâce à Philippe de France d'avoir accueilli son monarque en grand arroi lors d'une de ces réceptions dont la vie de cour a le secret :

PHILIPPES, mon Héros charmant,
Qui traitâtes si galamment,
Jeudi dernier, notre Monarque, [à Colombes.]
Ce qui, certe, à tout chacun, marque
Que vous êtes, des mieux, unis,
Par ce bel endroit, je finis.

Lettre du début octobre 1670, par Mayolas

-L'affaire de Lorraine, bien que terminée, occupe encore l'esprit de Mayolas qui y voit l'effet de la puissance militaire de son monarque ;

Sire, les marques glorieuses
De vos Armes victorieuses
Éclatent de tous les côtés
Par leurs grandes prospérités ;
Mais cet appareil militaire
Dans les États si nécessaire
Pour leur juste affermissement,
Qu’on emploie ordinairement
À faire avec raison la guerre,
Tant sur la mer que sur la terre,
Ne sert chez vous que pour la paix
De vos voisins, de vos sujets :
Et pour le confirmer sans peine
Je prends à témoin la Lorraine ;
Le seul nom du Royal LOUIS
Rend les Peuples si réjouis
Qu’il n’en est point qui ne désire
Vivre sous votre aimable Empire,
Et s’ils ne le désiraient pas,
Ils paraîtraient fort délicats,
Puisqu’on ne trouve point au monde
Un Monarque qui vous seconde,
Qui soit si Juste et si Puissant,
Si charmant et si florissant :
Pour moi volontiers je proteste,
Et dans ces Vers je manifeste,
(Écrivant en fort bon Français)
Qu’on est plus heureux sous vos Lois
Que sous le Règne d’aucun autre,
Aussi mon ROI, je suis tout vôtre.

-Le duc de Buckingham, qui a quitté son séjour français quelques lettres plus haut, a retrouvé les rivages anglais :

Le Duc de Buckingham arrive
Sur la Tamise et sur la Rive
Qui mouille par plusieurs endroits
La capitale des Anglais ;
Et son Prince qui considère
Son mérite extraordinaire
L’accueillit agréablement
Et tout à fait obligeamment,
Ayant bien appris que son zèle
Comme sa conduite fidèle
A fait dignement son Emploi
Auprès de mon Auguste ROI :
Il gagne aussi la bienveillance
Tant d’Angleterre que de France
Ce Duc, des plus grands, des mieux faits
Trouva dans le Port de Calais
Une frégate toute prête
(À l’épreuve de la tempête)
Pour à Douvres le transporter
Et superbement le porter
Par l’ordre de son Roi Suprême
Qui l’estime fort et qui l’aime.

-La vie de la cour, joyeuse, ne saurait être ternie par la mauvaise santé du dauphin : celle-ci s'améliore de jour en jour. Ainsi :

Notre Cour nage dans la joie,
Par conséquent il faut qu’on croie
Que l’incomparable DAUPHIN
Ne sent aucun effet malin
De la cruelle fièvre tierce
Qui souvent la santé traverse ;
Il se porte de mieux en mieux
Selon nos désirs et nos voeux,
Et pour assurer la nouvelle
Que l’on trouvera la plus bell,
C’est que le ROI s’en va d’abord
Se promener jusqu’à Chambord,
Avec notre REINE admirable
En cette saison agréable.

-Et Candie de persister dans l'actualité de cette année 1670 :

Le premier Vizir (quoi qu’on dise)
A quitté l’Île de Candie
Et se tient près du Grand Seigneur,
Qui le reçut avec douceur,
Et pour cet effet manifeste
Lui donna son Sabre et sa Veste.

Écrit le jour de Saint François
Pour le plus grand de tous les Rois.

Lettre du 4 octobre 1670, par Robinet.

-La santé du dauphin doit beaucoup, semble-t-il, à un remède bien particulier :

Enfin, depuis le Quinquina
Qu’au charmant Dauphin l’on donna,
Cette trop opiniâtre Fièvre
Qui, dans son Sang, faisait la mièvre,
Et qu’on n’en pouvait dénicher,
Sachant, des mieux, s’y retrancher,
Est, certe, à revenir, encore,
Tant ce rare Bois, elle abhorre.
Mais tant mieux, et qu’à tout jamais,
Elle laisse ce Prince, en paix,
Ce jeune Amour rempli de charmes,
Qui doit, un jour, par d’autres Armes,
Que les Flèches, et le Carquois,
La donner à beaucoup de Rois.

Lettre du 11 octobre 1670, par Robinet.

-Divertissements à Chambord :

Quoiqu'à Chambord, lieu de plaisance,
Où mieux qu'en tout autre de France,
De la Chasse, on prend le plaisir,
Vous n'ayez guère, le loisir,
Ô brillant Héros de ma Muse,
De voir ces Vers qu’en vrai recluse,
Comme l’est Chartreuse, et Chartreux
Elle a produits en songeant creux,
Et rêvant de façon profonde,
Pour votre Altesse, sans seconde,
Quoi, dis-je, que tous les Plaisirs
Remplissent là, vos gais désirs,
Et qu'outre celui de la Chasse,
Où l’on tire, avec efficace,
Sa poudre, non, certe, aux Moineaux,
Mais d’importance, aux Perdreaux,
Le Bal, Ballet, et Comédie,
Les Fêtes, et la Mélodie,
Vous occupent si pleinement,
Que vous n'ayez pas le moment,
Non plus que le Roi, notre Sire,
Pour y rien lire, ou faire lire,
Pourtant, comme, en toute Saison,
À telle fin que de raison,
Je vous dois, désormais, l'Adresse
Des Vers que je mets sous la Presse,
Contenant les Avis divers
De tous les Lieux de l’Univers,
Et, parfois, des Historiettes,
Quand j’en trouve sur mes Tablettes,
Je vous la continue, encor,
Dans ledit Séjour de Chambord.

Lettre du 18 octobre 1670, par Robinet.

-Une historiette vient enrichir l'actualité d'un peu d'humour... :

A propos d’Aventure, hier,
Un brave et gentil Cavalier,
M’en apprit une assez plaisante,
Qui fera la Strophe suivante.

Un Bénéficier décrépit,
Qui semblait devoir, sans répit,
Aller, de plein pied, dans la Bière,
Etant, en l’âge octogénaire,
Hydropique, gouteux, pierreux,
Et, bref, Homme, très catharreux,
Fut cru, pour Trépassé, naguière :
Si bien que la Gent créancière,
(Car, jamais, les Bénéficiers,
Ne se trouvent sans Créanciers)
Voulut faire, selon le style,
Tout sceller en son Domicile.

Or ses Gens se barricadant,
A merveille, par le Dedans,
Dirent au Seigneur Commissaire,
Qu’il n’était point là, nécessaire,
Que leur Maître n’était point mort,
Et qu’il avait, certe, grand tort,
Tant lui que toute sa Cohorte,
De vouloir sceller, de la sorte,
Chez un Homme, encore, vivant,
Et que s’il passait plus avant,
Il verrait, par leur fois, bien rire.

Le Commissaire rempli d’Ire,
Et le Créancier, même, aussi,
Que l’Intérêt rend sans merci,
Menace de faire rupture,
Et conduire, en sombre clôture,
Tout le monde de la Maison,
S’il ne se met à la raison.

Lors, tout à coup, avec des plaintes,
Qui n’étaient que de pures feintes,
Des soupirs, des pleurs, et des cris,
Qui n’étaient que ris travestis,
Pour mieux couvrir tout le mystère,
Ils ouvrent audit Commissaire,
En lui disant qu’il peut entrer,
Que leur Maître vient d’expirer,
Et qu’il veuille excuser leur zèle
Envers le Défunt, si fidèle.

Mais Commissaire, et Créanciers,
Plus ardents que des Eperviers,
Tout prêts de fondre sur la Proie,
Eurent, bonne foi, courte joie :
Car ledit Défunt prétendu,
Bien loin d’être, en Mort, étendu,
Et ni, même, beaucoup, malade,
Se trouva, dehors son Estrade,
A Table, avec de ses Voisins,
Ayant, tous, les Armes aux mains,
A savoir du Vin dans un verre,
Dont ils saluèrent belle-erre,
Tant Commissaire qu’Assistants,
Lesquels sommés, en même temps,
De prendre des Armes pareilles,
De boire, aussi, firent merveilles,
Accordant, volontiers, répit
A ce jovial Décrépit,
Comme avait fait la Parque noire,
Ainsi finit la belle Histoire.

-Où l'on reparle de la cour :

Par un Billet de bonne main,
J’ai su que proche Saint Mesmin,
La Cour, passant, fort éveillée,
Par les Feuillants, fut régalée,
De quantité de Fruits, très beaux,
Qu’ils cueillent là, dans leur grand Clos,
Bien arrangés en ces Corbeilles,
Toutes pleines de nonpareilles.
Si que Maint dit que les Feuillants
Etaient des Pères bien galants,
Et sachant le Ciel, et le Monde,
D’une manière sans seconde.

Le ROI reçut, civilement,
Leur petit Rafraîchissement,
La Reine, Monsieur, Mad’moiselle,
Et toute la noble Sequelle,
Leur en firent des Compliments,
Pour plus de cinq cent mille francs,
Et, qui plus est, la Renommée,
En est, en tous les Lieux, semée.

Les deux Majestés, à Chambord,
Ont reçu, tout de plein abord,
Harangues, mauvaises, ou bonnes,
Des plus magistrales Personnes :
Et, depuis ce jour, profitant,
Tant qu’elles peuvent, du beau temps,
S’y sont, comme il faut, diverties,
Notamment, en plusieurs Parties
De Chasse, Illec, en bonne foi,
Plus qu’ailleurs, un Plaisir de Roi.

Mardi, Ballet, et Comédie, [Intitulé Le Bourgeois gentilhomme.]
Avec très bonne Mélodie,
Aux autres Ebats succéda,
Où, tout, dit-on, des mieux alla,
Par les Soins des deux grand Baptistes, [Les Sieurs Molière et Lully.]
Originaux, et non Copistes,
Comme on sait, dans leur noble Emploi,
Pour divertir notre Grand Roi,
L'un, par sa belle Comédie,
Et l'autre, par son Harmonie.

Mais le Plaisir de cette Cour,
Fut beaucoup troublé l’autre jour,
Par le rapport de la Nouvelle,
Tout à fait, fâcheuse et cruelle,
Du Trépas (par un coup félon)
Du chef Chevalier de Bouillon,
En son An, le vingt-quatrième,
Ce Prince de mérite extrême,
Civil, galant, vaillant, adroit,
Qui, dans maint et maint bel Exploit,
Fit voir cette Vertu Guerrière,
A sa Maison, si familière.

Le ROI, sensible à ce malheur,
Dans le même temps, fit l’honneur
Au Duc, de lui rendre visite, [de Bouillon.]
Avec une nombreuse Suite,
Pour lui témoigner son regret
De la perte d’un tel Sujet :
Et la REINE, en cette détresse,
Alla consoler la Duchesse,
Qui, par ses rares Qualités,
Se conserve, des Majestés,
Et de toute la Cour entière,
Une estime particulière.

Lettre du 25 octobre 1670, par Robinet.

-En fin de lettre, on apprend que ce jour, la cour est revenue de Chambord :

La présente est du propre jour [le 25 Octobre.]
Que de Chambord, revint la Cour.

Lettre du 1er novembre 1670, par Robinet.

-À nouveau des spectacles pour la Cour de retour de Chambord et la mort de Melle Desœillets :

Cependant, notre belle Cour,
De Chambord, vers nous, de retour,
Se prépare à diverses Fêtes
Qu'on doit, pour l'Hiver, tenir prêtes,
Tant en magnifiques Ballets,
Demi-sérieux, et follets,
Qu'en ravissantes Mélodies,
Et, tout au moins, sept Comédies,
À quoi nosseigneurs les Auteurs,
Tant les grands que petits Docteurs,
Travaillent de toute leur force,
Gloire, ou gain, leur servant d'amorce.

Mais quoi : la Scène de l'Hôtel,
Se voit, par un Destin cruel,
Dont elle est toute désolée,
De la Desœillets, dépouillée,
Cette Actrice qui, constamment,
Jouait, si naturellement,
Et d'une façon si divine,
Dans ses grands Rôles d'Héroïne,
Que tout chacun qu'elle y charmait,
Sans pareille, l'en estimait.

La Passion était poussée,
Par cette Actrice bien sensée,
Avecque tant de Jugement,
Et l'Art, d'ailleurs, si finement,
Secondait la Nature, en elle,
Qu'encore, un coup, sans parallèle,
On la croyait, avec raison.
Néanmoins, même, hors de saison,
N'ayant pas quarante-neuf années,
Bien complètes, et terminées,
Samedi dernier, dans son Lit,
Sa dernière Scène, elle fit,
Mais de manière si chrétienne,
Que l'illustre Comédienne,
N'avait point, encore, joué mieux,
Pour gagner la Gloire des Cieux.

La Royale Troupe, éplorée,
Et, de sa perte, très outrée,
Dimanche, accompagna son Corps,
Jusqu'en son gîte, chez les Morts :
Où la douleur tira des larmes,
Qui semblaient de liquides charmes,
De plusieurs, et plusieurs beaux yeux,
Entre lesquels je compte ceux
De cette autre charmante Actrice,
Par ses Appas, si tentatrice,
Mademoiselle Dennebaut,
Que son Papa fit comme il faut, [Le sieur de Montfleury.]
Pour, sur la Scène, beaucoup plaire,
Ce qu'elle sait, vraiment, bien faire,
Ainsi que son aimable Sœur,
Qu'estime fort le Spectateur,
Parmi la Troupe entretenue,
Dans le Marais, si bien connue,
Qui travaille à de grands Apprêts,
Pour, cet Hiver, faire Flores.

Lettre du 8 novembre 1670, par Robinet.

-Robinet nous donne des nouvelles de la Cour :

J’annonce ici, tout à la tête,
Que le jour que l’on fait la Fête
De tous célestes Citadins,
Protecteurs des pauvres Mondains,
Notre grand Prélat Péréfixe,
Rendit, à la fin, son droit fixe,
Touchant la Juridiction
De la Paroisse de renom,
Du Bourg de Saint-Germain en Laye,
Où notre Cour, encor, s’égaye,
Droit qui, par maints Prélats Chartrains,
Depuis, des Ans, trois cent six-vingts,
Et quelques mois, et jours, je pense,
Avait été mis en Balance,
Et contesté jusqu’aujourd’hui,
Tant à ses Devanciers, qu’à Lui ;
Mais qui, par Arrêt authentique,
De date frais, et non antique,
Emané du Conseil d’Etat,
Est remis au susdit Prélat.
Suivant cela, de belle sorte,
Avecque la nombreuse Escorte
De ses Officiers, et sa Croix,
Qu’on portait devant, que je crois,
Il prit (ce qu’il faut qui paraisse)
Possession de la Paroisse :
Ayant, condignement, été
Reçu, voires, complimenté
Par le propre Curé d’icelle,
Accompagné de sa Sequelle,
C’est-à-dire de son Clergé,
Qu’il avait, exprès, agrégé.

Ensuite, avec une Démarche,
Et la mine d’un Patriarche,
Ce Prélat de grande Vertu,
Pontificalement vêtu,
Célébra dans l’Eglise même,
Montrant une ferveur extrême,
La Messe, où nos deux Majestés,
Avec maintes Principautés,
En bon Paroissiens, allèrent,
Et leur piété signalèrent.

L’après-dînée, en leur Château,
Avec un Concours grand et beau,
Vêpres, encor, Elle ouïrent,
Où les Chantres, miracles firent,
Et, puis, la Prédication,
Qu’en si charmante Diction,
Et d’une si forte manière,
Fit, durant près d’une heure entière,
Ce Père rare, et merveilleux,
Que les Jésuites ont chez eux,
Savoir le Père Bourdaloue,
Que chacun l’applaudit, et loue.

PHILIPPE, mon cher Protecteur,
Qui, dans son royal et grand cœur,
(Dont il est bien digne d’Eloge)
Pas moins la Piété ne loge,
Que les autres belles Vertus,
Dont les Héros sont revêtus,
Fit, ici, dedans sa Paroisse,
L’une de grandes qu’on connaisse,
Aussi, son Devoir, ce jour-là,
Si bien, l’on peut dire cela,
S’y trouvant, nonobstant la Presse,
A Vêpres, Sermon, et Grand Messe,
Qu’enfin, tous les Paroissiens
Disent de lui, cent mille biens.

Il ne faut pas qu’aussi, j’oublie,
Ainsi il faut que je le publie,
Que le Curé qui, dans tout Lieu,
Passe pour un Homme de DIEU,
Reçut son Altesse Royale,
Son Ouaille la principale,
La complimentant de bon cœur :
Et, bref, que le Prédicateur,
Grand Orateur, et Philosophe,
Lui fit une belle Apostrophe.

Le jour suivant, après Dîner,
On vit ce Prince retourner
Vers notre Cour, qui toute gaie,
Alla, de Saint Germain en Laye,
A Versailles, Lieu, toujours, vert,
Fêter le Chasseur Saint Hubert.
La REINE, d’Attraits si pourvue,
Etant, en Diane, vêtue,
Et plus charmante, en son Atour,
Que cette Sœur du Dieu du Jour,
Ayant pour ses Nymphes très dignes,
Les Beautés de Cour, plus insignes,
Toutes, en un Ajustement,
A plaire, certe, infiniment.

Au reste, on a passé la Fête,
A chasser mainte pauvre Bête
De celles à qui force Gens,
Par le Front, sont proches Parents :
Et, de l’Hôtel, la Troupe illustre,
Etant là, dans son plus beau lustre,
A joint, à ce Plaisir de Roi,
La Comédie, en noble arroi.

D’ailleurs, la Musique, et la Chère,
Qui, de la Cour, est l’ordinaire,
De ces Ebats furent, aussi.
Ô cher Lecteur, jugez donc, si
Quelque Fête, en nulle Contrée,
Pourrait mieux être célébrée ?

Lettre du mois de novembre 1670, par Mayolas

-Le mois précédent a vu Mayolas se languir de son prince durant le (long) séjour de celui-ci à Chambord. Le gazetier s'en ouvre à son lecteur en ces termes :

Grand PRINCE, pendant votre absence,
Qui m’a causé tant de souffrance,
Que je m’en ressens bien encor,
Pendant le voyage à Chambord,
Où la saison plus délectable
Offrait un plaisir agréable
À toute votre Illustre Cour,
Je prenais campos à mon tour
Dans un coin de la Normandie
Frontière de la Picardie
Dans un magnifique Château
Situé sur le bord de l’eau ;
Néanmoins dans cette demeure
Je soupirais presque à toute heure,
Quoique les gens, quoique les lieux
Parussent des plus gracieux,
Et que l’on m’y fit bonne chère,
J’étais rêveur et solitaire :
Puissant ROI, votre éloignement
Troublait mon divertissement,
Et je serais tombé malade
En dépit de la promenade,
Du lieu, des gens et des plaisirs
Qui flattaient mes justes désirs,
Si ma Muse bien inspirée
Allant contre vent et marée
N’était vite venue ici
Pour mettre fin à mon souci.
Par cet effet j’éprouve, SIRE,
Que l’air que mon esprit respire
Lorsque je suis auprès de vous
Est cent fois meilleur et plus doux
Que celui qu’aux champs on peut prendre,
Aussi, vite je me viens rendre
Auprès de Votre MAJESTÉ
Pour fortifier ma santé
Et pour redonner à moi-même
La satisfaction extrême
Dont on jouit en vous voyant,
En vous suivant, en vous oyant,
Et par serment, en mon Ouvrage
Authentiquement je m’engage
De courir après vos attraits
Et de ne les quitter jamais.

-Où il est de nouveau question de la Turquie :

On nous écrit que sa Hautesse
(Soit par caprice ou par sagesse)
A fait saisir un beau matin
À Constantinople le vin
Avec encor l’eau de vie,
Quoique les Turcs eussent envie
D’en tâter assez sobrement,
Ou peut-être indiscrètement,
Comme ces peuples sont rebelles,
Et qu’ils ne sont pas trop fidèles,
Il a cru que cette chaleur
Pourrait augmenter leur aigreur
En échauffant leur fantaisie
Des traits dont leur âme est saisie :
Mais s’il est vrai ce bruit qui court
Il les arrêtera tout court
Ayant fait expresse défense
Suivant les lois de sa puissance
Que ces liqueurs en ce pays
N’eussent nullement leurs débits :
Je n’ai donc nullement envie
D’aller maintenant en Turquie
Pour célébrer la Saint Martin,
Puisque l’on y défend le vin,
Bien que ma Muse à tasse pleine
Ne boive que l’eau d’Hypocrène.

-Retour sur le voyage de Nointel vers l’Empire ottoman :

Du Port Louis ici l’on mande
Avec une joie assez grande
Que plusieurs de nos bons vaisseaux
Vont heureusement sur les eaux
Vers l’Orient, dont je présage
Qu’ils feront un fort bon voyage.

Je fis ces Vers hier au matin,
En célébrant la Saint-Martin.

Lettre du 15 novembre 1670, par Robinet.

-Le Maréchal d’Albret à la recherche d’un remède contre la goutte :

C’est que le Maréchal d’Albret,
Qui cherchait, partout, un Secret,
Pour se délivrer de la Goutte,
Où nul Médecin ne voit goutte,
Etant, depuis maint, et maint jour,
Empêché d’aller à la Cour,
Par ledit Mal si tyrannique,
Qui les nerfs, enragement, pique,
En reçut, naguère, un, du ROI,
Miraculeux, en bonne foi,
Et qui, non seulement, sans peine,
Le fera, la chose est certaine,
Aller, désormais, à la Cour,
Mais bien plus loin, au premier jour.

Ce Secret de si grand’ puissance,
Est la charmante Lieutenance
Qu’on peut, ici, voir à côté, [La Lieutenance générale de Guyenne.]
De laquelle, Sa Majesté
L’envoya, par belle Ecriture,
Sans qu’il y pensât, je vous jure,
Régaler, gisant dans son Lit :
Ce qui, certe [sic], du bien lui fit,
Mille fois plus qu’aucun Topique,
Qu’à cette Goutte, l’on applique,
Et de tels Remèdes, je crois,
Feraient bondir, en bel arroi,
Les plus grands Goutteux de la France,
C’est là, du moins, ce que j’en pense.

-Représentation du Bourgeois gentilhomme :

J'ajoute, encore, pour la fin,
Qu'à Versaille [sic], et qu'à Saint Germain,
La Cour s'est, des mieux, divertie,
Ma Muse étant bien avertie,
Par un officieux Mortel,
Que les grands Acteurs de l'Hôtel,
Audit Versaille [sic], ont fait merveilles,
Charmant les yeux, et les oreilles,
Et que ceux du Palais-Royal,
Chez qui Molière est sans égal,
Ont fait, à Saint-Germain, de mêmes,
Au gré des Porte-Diadèmes,
Dans le Régale de Chambord,
Qui plut, alors, beaucoup, encor,
Et qu'ici, nous aurons, en somme,
Savoir le Bourgeois Gentilhomme,
Lequel est un sujet follet
De Comédie, et de Ballet.

Un Amour, et l'une des Grâces,
Tenant là, d'assez bonnes Places,
Auprès de nos deux Majestés,
Et c'est-à-dire, à leurs côtés,
Comme étant de haute volée,
Etaient, aussi, de l'Assemblée.

Or, cette Grâce, et cet Amour
Qu'admirait, sans cesse, la Cour,
Etaient (pour qui j'ai très grand zèle)
Le Dauphin, et Mademoiselle.
Que ce Prince leste et brillant,
Et, déjà, tout à fait, galant,
Conduisit là, d’une manière
Qui ravit l’Assemblée entière.

Lettre du 22 novembre 1670, par Robinet.

-Corneille vient de donner à entendre Tite et Bérénice à un auditoire dont Robinet faisait partie :

Grand Prince, je fais conscience,
De vous demander Audience,
En faveur de mes Impromptu,
Sans flamme, brillant, ni vertu,
Lorsqu’encor, vous aurez l’Oreille
Pleine des beaux Vers de Corneille :
De ces Vers enthousiasmants,
Elevés, pompeux, et charmants,
Dont, Dimanche, il vous fit lecture ;
Où je fus, par bonne Aventure,
Du nombre de maints Auditeurs
Qui furent ses Admirateurs,
Avec votre Altesse Royale,
Qui goûta ce charmant Régale,
Mieux qu’on ne goûte, dans les Cieux,
Le ravissant Nectar des Dieux.

Tous les Discours vont être fades,
Au prix de ces rares Tirades,
Dont, à tous coups, à tous instants,
Il enlevait les Ecoutants,
Au prix, dis-je, de ces Saillies,
De son plus beau Feu, rejaillies,
De ces rapides mouvements,
De ces fins et grands Sentiments,
Et, bref, de tous ces Traits de Maître,
Qu’il fait, divinement, paraître,
En son Poème merveilleux,
Et je dirais miraculeux,
Sur qui, sans fin, se récrièrent,
Les Délicats qui l’écoutèrent,
Disant, dans leur étonnement,
Et leur juste ravissement,
C’est Corneille, le grand Corneille,
Ainsi que jadis, par merveille,
On disait, c’est Lope, à Madrit [sic],
Selon que l’Histoire l’écrit,
Lorsqu’on oyait sur le Théâtre,
Ses Vers qu’encor, on idolâtre.

Sans rien, aussi, dire en flatteur,
Jamais, notre excellent Auteur
Ne chaussa mieux le grand Cothurne,
Et j’en puis jurer, par Saturne,
Qu’en ce dernier Ouvrage-ci,
Où, loin de paraître transi
Par un Âge septuagénaire,
Dans lequel l’Esprit dégénère,
Avec le Feu même, il écrit
Que lorsqu’il composa son Cid.

Cette Comtesse qui compose,
Tant en beaux Vers, qu’en belle Prose,
Savoir l’illustre de Brégy,
Confirmerait ce que je dis,
Elle qui, lors de l’Auditoire,
En Muse brillante de gloire,
Et d’esprit si judicieux,
Marquait les beaux Endroits, des mieux.

Mais quoique après ce bel Ouvrage,
Encor un coup, notre ramage
Doive sembler, grandement, plat,
Et sans le moindre, brin d’éclat,
Quoiqu’il doive passer pour rude,
Je vais en cessant le Prélude,
Pourtant, vous dire, en icelui,
Et malgré, même, quelque ennui,
Tout ce que je sais de Nouvelles,
Des plus fraîches, et des plus belles.

-Le Gazetier continue sur le même sujet :

La première, en forme d'avis,
Dont maints et maints seront ravis,
Est que ce poème de Corneille
Sa Bérénice nonpareille
Se donnera, pour le certain,
Le jour de Vendredi prochain,
Sur le Théâtre de Molière
Et que, par grâce singulière
Mardi, l'on y donne au Public
De bout en bout et ric à ric,
Son charmant Bourgeois gentilhomme
C'est-à-dire, presque tout comme
A Chambord, et dans Saint Germain,
L'a vu notre grand Souverain,
Mêmes, avecques des Entrées
De Ballet, des mieux préparées,
D'harmonieux et grands Concerts,
Et tous les Ornements divers
Qui firent de ce gai Régale [sic]
La petite Oie, à la Royale.
J'ajoute encore brièvement
Qu'on doit, alternativement,
Jouer la grande Bérénice,
Qu'on loue avec tant de justice,
Et le Gentilhomme bourgeois:
L'on pourra, donc, comme je crois,
Beaucoup, ainsi, se satisfaire.
Mais parlons de quelque autre Affaire.

-Suite des nouvelles sur la Goutte :

L’Emplâtre qu’envoya le ROI,
Pour soudain, mettre en désarroi,
Et très pleinement, en déroute,
Du Maréchal d’Albret, la Goutte,
Est bien, certe [sic], d’un autre prix
Qu’en ma Lettre, je ne l’ai mis.
Ce n’est pas, en ma conscience,
La simple et seule Lieutenance
De Guyenne, non, non, vraiment,
C’est l’absolu Gouvernement,
Qui produit, comme il est notoire,
Bien plus de profit, et de gloire.

On m’avait dit la chose, aussi,
Comme je la corrige ici :
Mais à Quelqu’un, l’ayant redite,
Elle fut, par lui, contredite.
Or, moi, le croyant mieux instruit,
De son raisonnement, séduit,
Je pris le change de la sorte,
Et (de quoi j’eus douleur très forte)
Je diminuai, bonne foi,
De la moitié, le Don du ROI,
Et la gloire du Donataire :
Ce qu’ici, par ce Corollaire,
Très volontiers, j’ai réparé,
L’ayant, toujours, fort honoré,
Pour son seul, et propre mérite,
Sur ce point, donc, me voilà quitte.

-Une célébration religieuse :

Samedi, les Frères Prêcheurs,
Qui remontent bien aux Pêcheurs,
Etant des Pères pleins de zèle,
Qu’autrement, encor, on appelle
Dominicains, ou Jacobins,
Maints d’eux plus doctes que Rabbins,
De la belle sorte, fêtèrent,
Et, comme il faut, solennisèrent,
Le Bien-heureux Albert le Grand,
Qui, dans leur Ordre, eut un haut rang,
Qui fut Prélat de Ratisbonne,
Et, comme savante Personne,
Précepteur de Thomas d’Aquin,
L’un des plus grands Docteurs, enfin,
De la Faculté de Lutèce, [Paris.]
Et qu’en l’Eglise, l’on connaisse.

Par toute l’Université,
A dessein qu’il fût mieux fêté,
On ferma, je le certifie,
Les Classes de Théologie :
Et tout le Clergé séculier,
De même que le régulier,
Avec le Croix, et la Bannière,
Fila, cette Journée entière,
En l’Eglise du grand Couvent.

Mais, comme je vais plus souvent,
Prier DIEU, soit dit sans reproche,
En l’autre, de moi, bien plus proche,
Et qu’illec, aussi j’assistai
A ladite Solennité,
Je puis, en Témoin oculaire,
Et, mêmement, auriculaire,
Mieux dire ce qui s’y passa,
Et qui, tout exprès, se plaça,
Au fin milieu de ma Mémoire,
Pour être mis dans mon Histoire.

Dans ce Lieu, donc, de bout, en bout,
La Hautelisse était partout.
Le Grand Autel, et les Crédences,
Par de saintes magnificences,
Mille Richesses étalaient,
Qui, de tous les côtés, brillaient,
Y compris maints Miroirs, et Lustres,
Dans l’enceinte de leurs Balustres.

La Musique, à deux ou trois Choeurs,
Y charma tous les Auditeurs,
Par ses Voix, Théorbes, et Violes,
Ce ne sont point des Hyperboles,
Conduits par l’habile Cambert,
Qui, de nom, rime au Grand Albert.

Ce Général si plein de Gloire,
Du grand Ordre de l’Oratoire,
Le Révérend Père Senault,
Lequel a su porter si haut,
Le divin Style de la Chaire,
Fit l’Eloge, à son ordinaire,
C’est-à-dire, disertement,
Doctement, et pompeusement,
Si qu’il ravit son Auditoire,
Comme il est aisé de le croire.

Enfin notre rare Prélat,
Qui fait tout, avec tant d’éclat,
Bénit, après, la Compagnie,
Si bien qu’à la Cérémonie,
Tout, certe [sic], à merveilles, alla,
Hors que des Dames vinrent là,
Une très longue kyrielle,
Tout justement, dans la Chapelle,
Où l’on m’avait posté des mieux,
Et, par un contre temps fâcheux,
Jusques sur mon nez, s’accolèrent,
Se baisèrent, se cajolèrent,
Et firent un bruit de Démon,
Presque durant tout le Sermon.

Ah ! ce Sexe que DIEU confonde,
Est bien fait pour troubler le Monde,
Et pour nous faire tous damner !
Mais c’est, sur ce, trop raisonner.

Lettre du 29 novembre 1670, par Robinet.

-Le roi et la reine sont de retour à Paris pour la plus grande joie de ses habitants :

Mais laissons les Nouvelletés [sic]
Venant d’étrangères Cités,
Et parlons de celles des nôtres,
Qui valent bien, je crois, les autres.

Par exemple, le cher Retour
Ici, de notre belle Cour,
Lecteur, n’en est-elle pas une,
Qui n’est, aucunement, commune ?

Voir, dans la Perle des Cités,
La Perle, aussi, des Majestés,
LOUIS, le plus grand des Monarques,
Qui, d’un Dieu, montre tant de marques,
THERESE, féconde en Appas,
Qui, de Pareille, aussi, n’a pas,
Et la merveilleuse Lignée
De leur si charmant Hyménée,
Consistant en ce grand DAUPHIN,
De qui le mérite est si plein,
En son Puîné, son Frère unique,
Le DUC D’ANJOU, Prince Angélique,
Et, bref, en MADAME, leur Soeur,
Par qui l’Amour sera vainqueur
Des plus grands Coeurs qu’on imagine,
Que charmera cette Héroïne,
Voir PHILIPPE, jeune Héros,
Si digne d’encens, et de los,
Et ses deux jeunettes INFANTES,
Si belles, et si triomphantes.
Voir, dis-je, ces Divinités,
Et tant d’Anges à leurs côtés,
A tresse chataigne, ou blondine,
Et de si gracieuse mine.
Voir tout ce Gros de Courtisans,
Et si bien faits, et si luisants,
Faisant le Foule sur les Traces
De ces Amours, et de ces Grâces.
Voir tout cela dedans Paris,
Avecque les Jeux, et les Ris,
Après une si longue absence,
C’est bien, ainsi que je le pense,
Une agréable Nouveauté
A dire de cette Cité.

Aujourd’hui, cette Cour illustre,
Qui paraît, toujours, dans son lustre,
Est arrivée en ce Château
Que l’on voit, en tout temps, si beau,
Et qu’on nomme les Tuileries,
Plus que jamais, certe [sic], fleuries,
Passant les plus charmants Logis,
Qu’ait, par son Art, produit Maugis,
Ou la Magicienne Alcine,
Avec sa puissante Houssine :
Lieu, bref, où les rares Pinceaux
D’Appelés, et Xeuxis nouveaux,
Font voir des choses admirables
Des Métamorphoses, et Fables :
Nocret que l’on connaît si bien,
Ayant là, signalé le sien,
En l’Appartement de la REINE,
Où l’admiration entraînt
Les regards, de tous les côtés,
Par ses vrai Chefs-d’oeuvre, enchantés.

Tous les Habitants de Lutèce,
Comblés de joie, et d’allégresse,
De revoir, à présent, leurs Dieux,
Dont, depuis des Ans, près de deux,
Ils demandaient tant la Présence,
Courent, illec, en affluence :
Et, par un digne empressement,
Assiègent amoureusement,
Ladite royale Demeure,
Poussant, sans cesse, ou que je meure,
Mille cris de Vive le Roi,
Qui marquent leur Zèle, et leur Foi,
Envers notre adorable Sire,
Qu’on craint, qu’on aime, et qu’on admire.

J’irais, aussi, de très bon coeur,
Rendre hommage à ce grand Vainqueur,
Ainsi qu’à sa belle Famille :
Hélas ! je bous, et je pétille,
D’aller repaître mes deux yeux,
De l’Aspect si délicieux,
De ces Créatures augustes,
A qui nos Encens sont si justes.
Mais ce Souhait, à rien, ne sert,
Car, ma Foi, je suis pris sans vert,
Et je ne puis sortir la Porte,
Pour une raison assez forte.

-Le Tite et Bérénice de Corneille est toujours au centre des louanges de Robinet :

Sans cela, par un beau souci,
J'eusse été dès hier, aussi,
Voir le Chef d'œuvre de Corneille,
Lequel parut, une Merveille,
A la foule qui se trouva,
A ce divin Poème-là,
Que Bérénice, l'on appelle,
D'un bout, à l'autre, toute belle,
Et qu'enfin la Troupe du Roi,
Joue à miracle, en bonne foi,
Se signalant dans l'Héroïque,
Aussi bien que dans le Comique.

Au grand Théâtre de l'Hôtel,
Ce m'a dit un sage Mortel,
Une autre Bérénice, on joue,
Que de grande Tendresse on loue :
Mais n'ayant été l'Auditeur,
Ni peu, ni prou, le Spectateur,
De ce Poème Dramatique,
Point d'en parler, je ne me pique,
Et je dirai, tout simplement,
Sans que je flatte nullement,
Que la belle Troupe Royale,
En cette Occasion, étale
Grâce, richesse, pompe, éclat,
Et d'y bien faire, un soin exact.
Chacun me le jure, et proteste
Et puis, je sais cela de reste.

-Une thèse soutenue par l’Abbé de Lyonne :

L’admirable Abbé de Lyonne,
Encor, toute jeune Personne,
Mais, aussi docte qu’un Barbon,
S’est fait, naguère, encor, dit-on,
Sur-admirer dans une Thèse.
O j’en suis, je jure, bien aise,
Et ma Muse a, toujours, pris soin,
D’aller préconiser au loin,
Et son mérite, et sa science,
Tellement que ma conscience,
Sur ce, ne me reproche rien.
J’ai dit, aussi, toujours, du bien,
De l’illustre Monsieur son Père,
De l’Etat, digne Secrétaire,
Admirant tout, en bonne foi,
Dans ce grand Serviteur du ROI.

Lettre de fin novembre-début décembre 1670, par Mayolas

-Après Robinet, le retour du roi réjouit Mayolas au plus haut point :

Charmant ROI, votre heureux retour
A causé dans ce beau séjour,
Dans votre Ville capitale,
Une allégresse sans égale ;
Les Bourgeois et les Habitants
Paraissent tellement contents
De votre Royale présence,
Que leur juste réjouissance
Eclate par des cris joyeux,
Par les festins et par les jeux,
De même que par les Harangues
Que les plus éloquentes langues
De tous les Corps de la Cité
Ont fait à votre Majesté :
À mon tour je vous fais la mienne,
Et je prétends qu’elle contienne
Que votre Aspect aimable et doux
Me réjouit par-dessus tous :
Quoique j’eusse chaque semaine
Le plaisir et non pas la peine
D’aller trouver à Saint Germain
Mon invincible Souverain,
Maintenant dans les Tuileries
(Par sa présence refleuries)
Je pourrai plus commodément
Le voir en son appartement
De ce grand Louvre (où tout abonde)
Qui n’a point de pareil au monde,
Dont la richesse et les attraits
Surpassent les plus beaux Palais,
Ainsi que mon Prince Suprême
(Qui fait honneur au Diadème)
Surpasse par ses traits divers
Les plus grands Rois de l’Univers ;
Sans délai donc par cet ouvrage
J’y vais vous rendre mon hommage
Vous offrant mes Vers et mes Vœux
En tout temps ainsi qu’en tous lieux,
Souhaitant que votre oeil aimable
Soit également favorable.

-Après avoir évoqué le danger ottoman planant désormais sur l'Est de l'Europe, Mayolas revient sur ce retour du souverain dans sa capitale, tant attendu par ses sujets :

Le ROI, la REINE, et le DAUPHIN,
Samedi prirent le chemin
De la Capitale de France
Où l’on aime fort leur présence,
Et dans ce lieu qui leur est cher
Sans doute ils passeront l’Hiver.

-A peine arrivée à Paris, les occupations officielles de la cour ont repris, comme cette fastueuse réception donnée pour le plénipotentiaire des Provinces-Unies :

Publions dans notre légende
Que l’Ambassadeur de Hollande
A fait son Entrée en ces lieux
Avec un appareil pompeux,
A Rambouillet on le fut prendre
Dans un Char de mon Alexandre ;
Et le Maréchal de Belfons,
Dont les mérites sont profonds,
Avec l’Introducteur Berlize
Seconda bien son entreprise,
Et fit dignement son Emploi
Pour la gloire de notre ROI ;
Beaucoup de carrosses suivirent,
En son Hôtel le conduisirent,
Et chacun le complimenta,
Grotius fort bien écouta ;
Le Marquis de Sessac Illustre [Grand Maître de la Garderobe.]
Dont la naissance a bien du lustre
Dignement l’a complimenté
De la part de Sa Majesté ;
Villasserre au nom de la REINE
Lui fit son compliment sans peine,
Et les autres pareillement
S’en acquittèrent galamment ;
Le lendemain son Excellence
À Saint Germain eut Audience,
Et mon ROI sublime et charmant
L’y reçut admirablement :
(De MONSIEUR que beaucoup j’honore)
A son Palais il l’eut encore,
De Saint Laurens Introducteur,
Homme d’esprit, homme d’honneur,
Le conduisit avec adresse
Près de cette Royale Altesse,
Qui reçut fort civilement
Sa visite et son compliment.

-L'éloquence de l'Abbé de Lyonne, évoquée à la lettre précédente, a touché Mayolas de même que Robinet :

Le savant Abbé de Lyonne
Soutint l’autre jour en Sorbonne
Des Thèses avec tant d’esprit,
Que les plus doctes il surprit
De la Compagnie Authentique,
Par cet Acte de Sorbonique ;
Deux Cardinaux de grand renom
De Maldachini, de Bouillon,
(Dont le savoir et la naissance
Sont dans une haute Éminence)
Et plus de quarante Prélats
Y portèrent vite leurs pas ;
Sans oublier d’autres personnes
Non moins éclatantes que bonnes :
Depuis le matin jusqu’au soir
Sa capacité se fit voir
Répondant d’un air très facile
À l’argument plus difficile ;
De sorte que cette action
Attira l’admiration.

Deux jours après je vous écris
Que le ROI revint à Paris.

Lettre du 6 décembre 1670, par Robinet.

-La Duchesse d’Enghien vient de donner le jour à une petite fille dont le parrain n'est autre que le roi de Pologne :

La belle Duchesse d’Enghien,
Mit, naguère, au jour, et très bien,
Encor, une mignarde Altesse
Qui cause beaucoup de liesse,
Dans l’Hôtel du Grand de Condé,
Dont l’Honneur est si bien fondé.

Je pense, pourtant, que la joie,
Qu’illec, par là, le Ciel envoie,
Aurait été toute autre, si
L’Accouchée eût mieux réussi,
En produisant de sa Grossesse,
Un Prince, au lieu d’une Princesse.
Mais, si le Ciel entend ma voix,
Le Prince viendra dans neuf mois,
Souhaitant qu’en cette Famille,
Où la Gloire si pure brille,
Il naisse, longtemps, tour-à-tour,
Une Grâce, et puis un Amour.

Cependant, la Nouvelle-Née,
Par une illustre Destinée,
A reçu, sur les Sacrés Fonts,
Les augustes et propres Noms
Qu’on nomme les Noms de Baptême,
Par un grand Prince à Diadème,
D’autant plus digne d’icelui,
Qu’il a su le mettre sous lui,
Par une Vertu magnifique,
Toute grande, et toute héroïque,
Et l’on entend, assez, je crois,
Que Casimir, est ce grand Roi.

En cette Fonction divine,
Pour Commère, il eut l’Héroïne,
Dont si brillant est le Destin,
C’est la Princesse Palatin,
En qui le Ciel, et la Nature
Ont fait une aimable Enchaînure [sic.]
De leurs plus précieux Trésors,
Soit pour l’Âme, soit pour le Corps.

D’ailleurs, on sait que son Altesse,
Que cette admirable Princesse
Est, dudit Roi, la Belle-Sœur,
Jugez, donc, ô mon cher Lecteur,
Si l’on peut voir un Compérage
Qui soit assorti davantage ?

-A la suite de ce baptême, un régal d'importance fut donné par Louis de Bourbon :

Le fameux Louis de Bourbon,
Héros, certe [sic], d’un grand Renom,
Autrement dit, Monsieur le Prince,
Fit, ensuite, Chère non mince,
Mais opulente au dernier point,
De cela, je ne doute point,
A tout le Parentage illustre,
Parentage à Daiz, et Ballustre.
Or la Princesse de Conti,
D’un Cœur, des Vertus, si nanti,
Et Madame de Longueville,
Princesse affable, bien civile,
Et, bref, ayant des Attributs
Qui surpassent tout mon Phoebus,
En étaient, là, des principales :
Et, dans mes Rimes triviales,
Je le remarque expressément,
Ayant, pour Elles, sûrement,
Une respectueuse estime,
Comme très juste, et légitime.

-Ces gazettes, nous le savons, ne rapportent pas que les naissances. Ainsi est-il normal que l'annonce du décès d'un grand Cardinal y soit mentionné :

Monsieur le Cardinal Nerly
Est mort en un âge accompli, [73 ans.]
Laissant le Sacré Collège,
Où je n’ai Droit, ni Privilège,
Un troisième Lieu de Vaquant ;
Et j’ai su, même, quand, et quand,
Qu’on a fait sa Pompe funèbre,
D’une manière fort célèbre.
Cloton, par un venin infect,
Ennemi du Teint plus parfait,
Que petite Vérole on nomme,
Vien, pour dire la chose en somme,
De mettre une Dame au Tombeau [La Duchesse de S. Simon.]
Qui méritait un Lieu plus beau :
Car elle était une Personne
De Qualité, très belle, et bonne.
Mais l’inexorable Cloton
Traite chacun sur même ton.

-Et d'un cardinal à une actrice (Madame de Devilliers), tous sont promis au même sort :

J'apprends, aussi, que la Cruelle,
Dans la Charonesque Nacelle,
Une Damoiselle a fait choir,
Que jadis, il faisait beau voir,
Pour sa grâce, et sa haute mine,
Dans les grands Rôles d'Héroine,
Qu'elle a faits, longtemps, à l'Hôtel,
Charmant tout Auditeur mortel.

Cette illustre Comédienne,
Et non moins illustre Chrétienne,
Par son décès des plus pieux,
Qui fait croire que dans les Cieux,
On aura colloqué son Âme,
De Devilliers, était la Femme,
Qui fut, aussi, tout singulier,
Dedans le Comique Métier,
Composant même, en Vers, et Prose.
Mais, maintenant, il se repose,
Faisant, je crois, tout ce qu'il faut,
Pour monter, à son tour, là-Haut.

Lettre de décembre 1670, par Mayolas

-Mayolas rend grâces au roi d'être de retour à Paris :

Depuis que vous êtes ici,
Paris a banni son souci,
Et la Ville est dix fois plus plaine ;
Même la rivière de Scène
Superbe des traits de votre oeil,
Enfle son courage d’orgueil,
Car le plaisir qui la transporte
Hors de son lit natal l’emporte.
Grand ROI, l’on trouve à chaque pas
Un aimable et noble embarras,
Lorsqu’on chemine dans les rues
Plus étroites, plus étendues,
On voit partout en quantité
Nombre de gens de qualité,
Carrosses et Chaises roulantes
Et d’autres machines luisantes :
Mais quoi ! faut-il s’en étonner,
Ni songer à le deviner,
Puis que votre magnificence
Peuple les Villes de la France,
Tant par le monde qui vous suit
Que par votre train qui reluit,
Et que votre Auguste Perosnne
Par le splendeur qui l’environne,
Comme par vos charmes divers
Pourrais bien peupler les déserts,
Et moi je vais publier ma Lettre
Par ces rimes que j’y vais mettre.

-Puis notre gazetier relate l'accouchement de la duchesse d'Enghien, évoqué par son confrère à la lettre précédente :

D’Enghien la parfaite Duchesse
Ayant produit une Princesse
Par un heureux accouchement
Et précieux enfantement,
Le Baptême fut magnifique
Et la Compagnie authentique,
Puisqu’on choisit un Souverain,
Le Roi CASIMIR pour Parrain,
Et la Princesse PALATINE
Pour être avec lui la Marraine,
Ces deux objets de grand Renom
D’ANNE, lui donnèrent le Nom ;
Et le Curé, de Saint Sulpice
(Qui fait fort bien son exercice)
En la Chapelle de l’Hôtel [de Condé.]
Fit ce Baptême solennel :
Plusieurs grands Princes et Princesses,
Plusieurs remarquables Altesses
Furent avec affection
Les témoins de cette action ;
De CONDÉ, Prince brave et sage,
(Des plus grands Héros de notre âge)
Très splendidement régala
La Compagnie après cela,
Et cette Assemblée éclatante
En resta tout à fait contente.

-La dernière épître de Mayolas pour l'année 1670 se poursuit -- naturellement en cette période de fêtes ? -- par des nouvelles relatives au clergé et à la religion. L'arrivée à Paris d'un grand prélat sicilien est d'abord le sujet de ses rimes :

Le Révérend Père RHINI [Général de tout l’Ordre Saint François.]
Dont le mérite est infini,
Natif de Police, en Sicile,
Est arrivé dans cette Ville,
Et par ses rares qualités
Eut les plus belles dignités
Que dans cet Ordre très austère
Aux plus Illustres on confère ;
Ce Général des Cordeliers
De qui les talents singuliers
Éclatent avec abondance,
Ces jours passés eut Audience
De notre Auguste Majesté
Dont il fut fort bien écouté :
Car ce Monarque incomparable
Lui fit un accueil agréable
De même que toute la Cour
Qu’il a salué tour à tour
Si la renommée est empreinte
Aux confins de la Terre Sainte,
Aux Indes, en Jérusalem,
J’assure dans cet entretien
Qu’en France, cet Homme sublime
Ne remporte pas moins d’estime,
Puisque ainsi qu’à Rome, à Paris,
On sait sa naissance et son prix :
Il faut mettre encor à sa gloire
Un acte digne de mémoire ;
En venant passant à Bordeaux,
Par des soins aussi bons que beaux,
Par son esprit et son adresse,
Par son crédit et sa sagesse,
Il ajusta les différends
(Quoique difficiles et grands)
De deux Couvents d’icelle [Des Récollets.]
Fort satisfaits de cette grâce ;
Il fit en deux heures de temps
Ce qu’on n’eût pu faire en deux ans.
Cette action est si louable
Et cette accord si remarquable,
Que de Bordeaux le Parlement
Le fut remercier amplement.
Cet article ou petit chapitre
Que j’insère dans mon Épître,
Je le tiens d’un Homme de bien,
Le tenant du Père Gardien, [Le R. Père Domar.]
Qui fait sa Charge d’importance
Par son zèle et par sa prudence,
Il reçut ce grand Général
Avec un plaisir sans égale,
Et fit bien chanter sans remise
Le TE DEUM, dans son Église.

-De religion, il en est ensuite question lorsqu'il s'agit d'évoquer la reine, dans ses pieuses activités :

Vous trouverez sur ce papier
Comme le jour de Saint Xavier,
THÉRÈSE, ma grande Princesse,
Au Noviciat ouït la Messe, [Des Jésuites.]
Après midi Sa Majesté
Continuant sa piété
(Qui dans le Louvre et dans le Temple)
Sert à chacun de bon exemple,
À la Maison Professe alla,
Où bien du monde s’assembla
Pour ouïr le Panégyrique
(Accompagné de la Musique)
Que le Coadjuteur d’Arles fit,
Et l’Auditoire satisfit.

-Et de Sicile à Paris, l'on en revient à Rome, toujours sur le même sujet :

Au Noviciat des Jésuites,
Dont les Vertus sont sans limites,
On fit l’ouverture amplement
À Rome solennellement
De leur Église grande et belle,
Toute neuve et toute nouvelle,
Placée auprès du Quirinal,
Ce qui ne lui fera pas mal ;
Pamphilio, Prince notable,
Leur a fait ce don remarquable ;
Le lendemain n’omettons pas
Qu’on y fêta Saint Stanislas,
Leur Général grand personnage
Oliva, très savant et sage,
Y fit un Sermon des plus beaux,
En présence des Cardinaux
Et d’autres gens qui s’y rendirent,
À qui tous d’abord applaudirent,
Ainsi qu’au Louvre on applaudit
À Bourdaloue qui ravit.

-Comme au théâtre, un mariage conclut cette relation rimée :

L’Illustre et la jeune TIANGE,
Donzelle belle comme un Ange,
Par l’éclat de ses traits divers
A charmé le Duc de NEVERS ;
Mancini sentant dans son âme
Le feu d’une parfaite flamme
Pour une si rare beauté
Lui jura sa fidélité,
Et par un sacré Mariage
Avec elle aujourd’hui s’engage :
De Noyon l’éloquent Prélat
Les Mariant avec éclat,
Leurs volontés furent unies
Dans le Palais des Tuileries :
Cet Hymen si bien ordonné
Dimanche fut accompagné
De toute la magnificence,
De toute la réjouissance,
De tous les divertissements
Dont on peut flatter les Amants :
Notre Monarque Magnanime
Qui chérit autant qu’il estime,
Ce Duc dont on fait grand état,
Et MONSIEUR signa au Contrat ;
Tous les parents et les parentes,
Personnes beaucoup importances,
Satisfaits de bonne façon
Y mirent aussi leur beau nom :
Je souhaite en cette journée
Qu’avant la fin d’une ample année,
Il naisse de leurs chastes feux
Quelques fils digne de tous deux.

Fait vers le temps de Sainte Luce,
Où le jour croît d’un saut de puce.

Lettre du 13 décembre 1670, par Robinet.

-Robinet a-t-il eu maille à partir avec certains courtisans ? Sa muse a-t-elle frôlé de peu le silence éternel ? Aurait-il été défendu par quelques Grands ? C'est ce qui semble ressortir de la lecture de ce long extrait :

Clion, enfin, te voilà libre,
Et de la Seine, jusqu’au Tibre,
Tu pourrais aller prendre essor,
Sans redouter nul fâcheux Sort,
Si tu ne préférais, à Rome,
Où l’on adore le Saint Homme,
Paris, la célèbre Paris,
Pour y consacrer tes Ecrits
Au plus charmant Prince du Monde,
De qui la bonté sans seconde,
Vient de joindre, à d’autres Bienfaits,
Que sa grande Altesse t’a faits,
Celui-ci, de t’avoir remise
Dans ta pleine, et chère Franchise.
Sus, donc, sus, par tout l’Univers,
Sur l’Aile de tes petits Vers,
Fais retentir, de bonne grâce,
Une si singulière Grâce,
Et, de cet admirable Héros,
Mieux que jamais, sonner le Lot.

Mais las ! le moyen qu’on étale,
De sa belle Altesse Royale,
Les obligeants Soins pris pour Toi,
Tant auprès de notre Grand Roi,
Qu’auprès d’une illustre Princesse
Que tu dois honorer, sans cesse,
Pour obtenir, par leur moyen,
Qu’on tranchât le Nœud Gordien
Qui t’arrêtait pour quatre Rimes,
Dont on te faisait quatre Crimes,
Quoiqu’au dire de maintes Gens
Qui ne manquent point de bon sens,
Elles n’eussent, en conscience,
Qu’un petit Jeu plein d’innocence ?

Comment, dis-je, pouvoir narrer
Ce qu’on ne saurait qu’admirer,
Ces bontés, ces charmants offices,
Si favorables, si propices,
De ce Philippe merveilleux,
Qui font que, pour Lui, tu ne peux,
Dedans tes historiques Pages,
Jamais, avoir assez d’Hommages,
De Respect, de Soumissions,
Et ni, bref, d’Adorations ?

Non, non, tu ne dois pas prétendre,
De pouvoir, là-dessus, t’étendre,
Mêmes, tant soit peu, dignement,
Passe, donc, outre, promptement :
Et dis que ton auguste Sire,
Digne d’un Monde, pour Empire,
N’ayant point voulu faire voir,
A t’absoudre, son plein pouvoir,
Quoiqu’il soit rempli de Clémence,
Pour ce que ta légère Offense
Touchait un autre Potentat,
Dont ici, l’on fait grand état,
A savoir celui du Sarmate,
Que, maintenant, plus rien ne mate,
Ni n’empêche de s’affermir,
Son Prédécesseur, Casimir,
Grand dessus, et dehors le Trône,
Et dont, par tout, la Gloire on prône,
A pris, dessus sa Majesté,
Par un rare excès de bonté,
Le soin de ta pleine Amnistie,
Et t’a d’Affaire, ainsi, sortie,
Coupant, presques [sic], en moins de rien,
Ledit fâcheux Nœud Gordien.
De quoi non content, le cher Sire
Daigna, courtoisement, te dire,
Quand, l’en remercier, tu fus,
De ses bontés, l’Esprit confus,
Qu’il avait une joie extrême,
(Ô qu’il est bien digne qu’on l’aime !)
De t’avoir pu faire plaisir,
En satisfaisant au Désir
De ton Protecteur Débonnaire,
Du Grand LOUIS, l’unique Frère.

Mais, Musette, n’oublions point,
De marquer, aussi, sur ce point,
Que la Princesse Palatine,
Qui sort d’une haute Origine,
Cette illustre ANNE DE NEVERS,
Laquelle a tant chéri tes Vers,
T’a (dont le bon Dieu la bénie)
De sa faveur, très bien servie,
Auprès de ce Roi Généreux,
Qui prend pitié des Malheureux,
Lequel bon Roi, que je révère,
De cette Héroïne, est Beau-Frère.

Par un Chapitre séparé,
Tu dois, aussi, témoigner gré
A tant de Monde de haut Grade,
De Dais, de Ballustre, et d’Estrade,
A tant de Monde à grand Eclat,
Quelques-uns à Cardinalat,
Et Principauté, tout ensemble,
Et plusieurs qu’ici, je rassemble,
Pour éviter prolixité,
Seigneurs, et Dames à Comté,
Duché, Marquisat, Baronie,
Qui, par une grâce infinie,
Ont, les uns, harangué pour Toi,
Les autres, plaint ton désarroi,
Et maints, t’ont envoyé, je pense,
Témoigner leur Condoléance.

Mais, sur tous, petite Clion,
Fais honorable mention
De cette Comtesse admirable,
Ou, pour mieux dire, incomparable,
Savoir Madame de Brégi,
Cette Comtesse a, certe [sic], agi
D’une peu commune manière,
Et je la crois si singulière,
Qu’on ne peut la mettre en Pluriel.
Hé quoi ! sans s’en faire prier,
Employer auprès des Puissances,
Son Crédit, ses Intelligences,
Et n’avoir, jamais, de repos,
Que, par ses éloquents propos,
Elle n’ait couronné l’Ouvrage !
Ah ! sans en dire davantage,
Elle est unique, en vérité,
Dans le Talent de Charité,
Comme en maint Attribut illustre,
Qui lui donne un immortel lustre.

La plupart des Gens de la Cour,
Gens, comme on dit ; a peu d’amour,
Ont le cœur si rempli d’eux-mêmes,
Et de leurs fortunes suprêmes,
Qu’il n’y reste, pour l’Indigent,
Aucun petit vide obligeant,
Où puisse entrer quelque tendresse,
Qui, dans ses maux, les intéresse.

Enfin, Muse, rend Grâce, aussi,
Par un reconnaissant souci,
Aux Amis qui, dans ta disgrâce,
Sont venus, en foule, à la trace,
Et plus que tu n’en peux compter,
Te consoler, te visiter,
Mêmes, de chez la Grande Altesse,
A qui ton Epître s’adresse,
Car tu leur dois assurément,
Un ample et beau Remerciement.
Comme, aussi, (tu le peux bien dire,
Et cordialement, l’écrire)
Aux Officiers du noble Roi,
Lequel a répondu pour Toi :
Chacun d’eux, près d’un si bon Maître,
T’ayant leur zèle fait paraître.

Quant à ceux qui, des faux Amis,
En oubliette, nous ont mis,
Et, lâchement, ont fait la canne,
Ne leur en fais nulle chicane,
Chacun agit à sa façon,
Et selon qu’il a le cœur bon.

Mais c’est assez prendre carrière,
Sur si peu charmante Matière,
Et ce n’est pas, certainement,
Pour les Lecteurs, contentement,
Mais qu’ils excusent notre Plume,
Pour une fois, n’est pas coutume,
Et tel cas, sans plus long de cours,
N’arrive pas tous les huit jours.
De moins, n’est-ce pas notre envie,
Est-il vrai, Muse, m’amie ?

-L'arrivée à Paris du Père Rhini évoquée par Mayolas à la lettre précédente est relayée par Robinet :

Le Général de ce grand Ordre, [Le Père François Maria Rhini de Polizi.]
Où l’on ne trouve rien à mordre,
Institué par Saint Francez,
Qui n’aima Balustre, ni Dais,
Est arrivé dans cette Ville :
Où l’on l’a reçu du haut style,
Au grand Convent des Cordeliers,
Coenobites très réguliers,
Ainsi que dans les Louvres mêmes,
Chez nos chers Porte Diadèmes,
Chez leur admirable Dauphin,
Et chez son beau Cadet, enfin,
Comme, au Palais Royal, encore,
Chez Monsieur que ma Muse adore,
Mais où, ce m’a-t-on rapporté,
Il fut, par digne humilité,
Comme on dit, à beau pied sans lance :
Sa Paternelle Révérence.
Ayant refusé, bonne foi,
D’aller, faisant du Quant à soi,
En Carrosses de Roi, ni Reine,
Dans lesquels ses pareils on mène.

-L'homme de Dieu est suivi de près par l'un de ses homologues qui, sur le chemin de Portugal, s'arrête aussi à Paris pour saluer Louis le Grand :

Le Prélat de Sidonia, [Le Sieur Ravizza Archevêque.]
En qui nul défaut il n’y a,
Lequel soit de ma connaissance,
Et qui va, faisant diligence,
Faire le Nonce en Portugal,
En vertu de l’ordre Papal,
A vu, non sans grande liesse,
Notre Monarque, dans Lutèce, [Paris.]
Comme, aussi, son charmant Puîné,
De tant de vertu couronné ;
Et leur a, de noble manière,
Remis, même, un Bref du Saint-Père
Qui, d’eux, est certe [sic], très chéri,
Et des Lettres d’Altieri,
Cardinal, de qui l’Eminence
Est, je crois, bien vengée en France.

-...Puis par un autre, cardinal de son état :

Maldachin, Cardinal, aussi,
Que l’on estime assez ici,
A Monsieur, et Mademoiselle,
Si pouponne, et spirituelle,
Naguère, a fait pareillement,
La Révérence, et Compliment ;
Conduit, ainsi que les deux autres,
Ci-dessus, mis, dans les Vers nôtre,
Par l’Introducteur Saint Laurens [Introducteur des Ambassadeurs chez Monsieur.]
Lequel tient l’un des plus beaux Rangs,
Dans les Cercles, et les Ruelles,
Par maintes Qualités très belles.

-Que fait la cour durant cette période qui précède les fêtes de Noël ? Elle est tout ouïe pour l'abbé Bourdaloue qui fait montre de son éloquence :

Notre Cour, pendant les Avents,
Ecoute les Discours savants
Et pleins de Morale qu’on loue,
Du rare Orateur, Bourdaloue, [Jésuite.]
Qui fronde le Péché, dit-on,
D’un tonnant et terrible ton.

Lettre du 20 décembre 1670, par Robinet.

-Robinet évoque les épousailles du duc de Nevers et de Mademoiselle de Thiange déjà relaté par Mayolas. Robinet précise tout de même que la fête a vu la représentation de Bérénice de Racine :

Dimanche, le Duc de Nevers,
Qu’on connaît, partout l’Univers,
Pour le Neveu de l’Eminence,
Qui gouvernait si bien la France,
A savoir Jules Mazarin,
Qui mit, à notre Guerre, fin,
Devint l’Epoux d’une Pucelle,
Tout à fait, gracieuse, belle,
Et d’une ancienne Maison, [Daman, et Rochechouard.]
Que l’on estime avec raison.

C’est Mad’moiselle de Thiange,
Qui vaut, du Pactole, et du Gange,
Tous les éblouissants Trésors,
Par ceux de son aimable Corps,
Tout pétri de Lys, et de Neige,
Et, par un rare Privilège,
Pourvu de grâces, et d’attraits,
Qui n’ont que quinze ans, à peu près.

D’ailleurs, cette jeune Épousée,
Se trouvait, alors, baptisée
Depuis quelques jours, seulement,
Si qu’elle était, assurément,
D’Âme, et de Corps, en ce Dimanche,
Comme une Hermine, pure et blanche.

Ah ! que d’heur ! ah ! que de plaisir
Vient, le cœur d’un Amant, saisir,
Tout près de joindre à sa Personne,
Une si charmante Pouponne !

Hymen, Amours, Témoins discrets,
De ses Contentements secrets,
Vous sauriez beaucoup mieux le dire,
Que je ne le saurais écrire !

Ce Duc, aussi, sans le flatter,
A des Qualités à compter,
Qui le rendent Epoux aimable,
Et, bref, à sa Moitié, sortable.

Il est jeune, galant, adroit,
En un mot, il a tout le Droit
Qu’il faut avoir, pour être digne
D’un Heur, comme le sien, insigne :
Et de la sorte, tous les deux
Ont, certe, à se louer des Dieux,
De leur soin de les mettre ensemble :
Voilà, du moins, ce qu’il m’en semble.
L'excellent Prélat de Noyon,
Fit cette charmante Union,
Dans le Palais des Tuileries,
Maintenant, en Grâces fleuries,
Présents le Monarque et Monsieur,
De ce, bien ravis dans leur cœur,
Avec tout le beau Parentage
De ce Couple de haut Etage.
Or, pour le Divertissement
Qui précéda le Sacrement,
Et toute Chère nuptiale,
L'excellente Troupe Royale
Joua miraculeusement,
C'est-à-dire, admirablement,
Son amoureuse Bérénice
Et chacun, en rendant Justice,
Tant aux Actrices qu'aux Acteurs,
Les traita de vrais Enchanteurs,
Surtout, Floridor, cet illustre,
Que son Métier couvre de lustre,
Et la charmante Champmeslé,
Dont j'ai, déjà, souvent parlé.

-Il ne faudrait cependant pas oublier le Tite et Bérénice de Corneille, pièce rivale et dont le succès est également notable :

La Bérénice de Corneille,
Qu'on peut, sans qu'on s'en émerveille,
Dire un vrai chef-d'œuvre de l'Art,
Sans aucun "Mais", ni "Si", ni "Car",
Est fort suivie, et fort louée,
Et, même, à merveille, jouée,
Par la digne Troupe du Roi,
Sur son Théâtre, en noble arroi.
Mademoiselle de Molière,
Des mieux, soutient le Caractère
De cette Reine, dont le cœur
Témoigne un Amour plein d'honneur.
Cette autre admirable Chrétienne,
Cette rare Comédienne,
Mademoiselle de Beauval,
Savante dans l'Art Théâtral,
Fait bien la fière Domitie :
Et Mademoiselle de Brie
Qui tout joue agréablement,
Comme judicieusement,
Y pare grandement la Scène,
Parlant avec cette Romaine,
Qui l'entretient confidemment,
Dessus l'incommode Tourment
Que lui cause au fonds de son Âme,
Son Ambition et sa Flamme.
La Thorillière fait Titus,
Empereur orné de Vertus,
Et remplit, dessus ma parole,
Dignement, cet auguste Rôle.

De même, le jeune Baron
Héritier, ainsi que du Nom,
De tous les charmes de sa Mère,
Et des beaux talents qu'eut son Père,
Y représente, en son air doux,
Domitien, au gré de tous,
Dans l'amour tendre autant qu'extrême,
Dont ladite Romaine, il aime.

Enfin, leurs Confidents, aussi,
Dont à côté, les Noms voici Les Sieurs Hubert, du Croisy, et La Grange
Y font très bien leur Personnage,
Et dans un brillant Equipage,
Ainsi que tous, pareillement,
Dont l'on ne doute nullement,
Font dans le Bourgeois gentilhomme,
Où La Grange, en fort galant Homme,
Fait le Rôle qui lui sied mieux,
Savoir celui d'un Amoureux.
Ayant vu l'une, et l'autre Pièce,
Avec extase, avec liesse,
J'en puis, ceci, mettre en avant,
Et j'en parle comme savant.

-L'éloquence de Bourdaloue a ému notre gazetier :

Passant du Théâtre à la Chaire,
Il m’est impossible de taire
Que j’ouis, Dimanche, un Sermon,
Que fit, contre l’Ambition,
Ce grand Jésuite, Bourdaloue :
Et qu’ici, franchement, j’avoue
Que jamais, jusques à ce jour,
On ne prêcha mieux, pour la Cour.

À propos, aussi de la Chaire,
L’illustre, et docte Abbé le Maire [Prédicateur ordinaire de la Reine.]
A présenté, l’un de ces jours,
A mon Héros, un long Discours,
Eloquent autant que funèbre,
Que, devant un Congrès célèbre,
Il prononça, dernièrement,
Pour honorer le Monument
De l’auguste et grande Princesse,
A qui je faisais mon Adresse. [Il se débite au premier pilier]
Ce digne Eloge que j’ai lu, [de la grand’salle du Palais, au Soleil d’or.]
Par sa Forme, m’a beaucoup plu :
Mais, hélas ! quant à sa Matière,
Nul n’y saurait penser, sans humide paupière,
Ah ! que j’en sens, de douleur, ma Clion aux abois,
Et la Plume me choir des doigts.

Lettre du 27 décembre 1670, par Robinet.

-Un ambassadeur venu d'Afrique noire fait sensation à la cour :

Parlons de Dom Mathieu-Lopez,
Homme des plus grands, des mieux faits,
Et des mieux teints de la Guinée,
Et, par heureuse Destinée,
Choisi de l’un des Rois de là,
A savoir de Celui d’Arda,
Pour venir, en noble Ambassade,
Comme Individu de haut grade,
Vers le premier des Potentats,
LOUIS, qui, par tous les Etats,
Qu’enferme la Machine ronde,
Porte sa Gloire sans seconde,
Et par son grand Renom, enfin,
Fait bien plus de bruit que Jupin
N’en vient faire ici bas, en terre,
Par son Foudre, et par son Tonnerre.

Ce fut par là, que débuta
Ledit Ambassadeur d’Arda,
En faisant sa belle Harangue,
Je pense, en Arabesque Langue,
Disant que le Renom fameux
De ce Monarque si pompeux,
Qui, partout, se faisait connaître,
Avait porté le Roi, son Maître,
A l’envoyer, ainsi, vers lui,
Pour l’assurer que dès mes-hui,
Il consacrait à sa Personne,
Sans en excepter sa Couronne,
Ses Terres, ses Ports, ses Sujets,
Et voulait, dans tous ses Projets,
Entretenir, avec la France,
Une étroite Correspondance.

Au reste, ledit Dom Mathieu,
Devant notre Visible Dieu,
Tout ébloui de sa Lumière,
Cligna l’une et l’autre Paupière,
Se mit les mains dessus les yeux,
Et d’un air tout respectueux,
De son Corps, mesura la Terre,
Se prosternant, trois fois, belle-erre.

Ainsi, sans regarder le ROI,
Ne l’osant pas, en bonne foi,
Par vénération discrète,
Il apostropha l’Interprète,
Au lieu de notre Majesté
Plus brillante que la Clarté :
Puis, au grand Sire, fit remettre
Une Missive de son Maître,
Par ce Secrétaire d’Etat
Dont chacun fait si grand état,
Savoir l’illustre de Lionne,
Que j’honore plus que personne,
Pour son mérite si brillant,
Soutenu de maint beau Talent.

L’Ambassadeur était, au reste,
En longue et rubiconde Veste,
Et suivi de trois de ses Fils,
Ayant, aussi, rouges Habits,
Et comme lui, la Trogne nègre,
Mais la Taille bien plus allègre.

Le lendemain, il fut ainsi,
Voir la charmante Reine, aussi,
Son Train augmenté de trois Grâces,
A merveille, rondes et grasses,
Mais de plus sombre Coloris,
Que les trois Grâces de Cypris,
Qu’on nous peint en si blanches Dames.
C’étaient, Lecteur, trois de ses Femmes,
Qui sont, du moins, soixante-et-dix,
Car les Hommes de son Pays,
Peuvent tous être Polygames,
Et les Epoux d’autant de Femmes,
Qu’ils en peuvent, non contenter,
Mais tant seulement sustenter.

-Bien des années plus tard, l'anecdote sera reprise dans le troisième tome de l'ouvrage historique global de Simon de Riencourt, Histoire de la Monarchie française sous le règne de Louis le Grand (1692). Cependant, seul Robinet semble avoir retenu un fait important : à cet ambassadeur, on a donné à voir le Bourgeois gentilhomme. Ainsi :

Ajoutons, fermant ce Chapitre,
Et, par icelui, notre Epître,
Qu’on traite cet Ambassadeur
Avecque beaucoup de splendeur :
Et tant lui, que sa Famille,
Laquelle, en Gens, point ne fourmille,
Sont régalés et divertis,
Par les Comédiens, gratis,
L'ayant, l'autre jour, chez Molière,
Été de façon singulière,
Par son Gentilhomme Bourgeois,
Demi Turc, et demi Français,
Et par de bonnes Confitures,
Pour moi d'agréables Pâtures.

J'en fus Témoin, et j'en vaux dix,
Lorsque j'ai vu ce que je dis.

(Textes sélectionnés, saisis, réunis et commentés - sauf mention contraire - par David Chataignier à partir des gazettes composées par Charles Robinet et La Gravette de Mayolas au cours de l'année 1670. Les gazettes de Robinet (Lettres en vers à Madame du 4 janvier au 28 juin, Lettres en vers à l'ombre royale de Madame du 5 au 26 juillet, et Lettres en vers à Monsieur du 2 août au 27 décembre) sont réunies à la fin du volume conservé sous la cote FOL- LC2- 22 à la Bibliothèque nationale de France. Les épîtres de Mayolas (Lettres en vers et en prose au roi) sont conservées à la Bibliothèque de l'Arsenal sous la cote RESERVE FOL- BL- 1126.)




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