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Les spectacles et la vie de cour dans les Continuateurs de Loret en 1672


Cette page constitue une des composantes de la documentation sur LES SPECTACLES ET LA VIE DE COUR SELON LES GAZETIERS (1659-1674)

Lettre du 2 janvier 1672, par Robinet.

-En ce début d'année, Robinet se rue sur son matériel pour conter les nouvelles de la période :

Ça, vite, encore, papier, et plume,
Et qu’en, bref, suivant ma coutume,
Aux premiers jours de l’An nouveau,
Tirant des Vers de mon Cerveau,
Je passe par mon Étamine,
Ou, pour mieux dire, j’examine
Tous les Peuples que l’Univers
Enferme sen ses Climats divers.

Ô Toi, la Déesse emplumée,
Que l’on appelle Renommée,
Et qui prends, partout, ton essor,
Avec tes riches ailes d’or.
Toi, qui, de l’un, à l’autre Pôle,
Dis les Nouvelles de l’École,
Et, tant des Hommes, que des Dieux,
Parcourant la Terre, et les Cieux,
Mets tous les Secrets en lumière ;
En un mot, grande Gazetière,
Daigne me découvrir l’état
De chaque Peuple, et chaque État,
Afin qu’en cette Lettre mienne,
Mes chers Lecteurs, j’en entretienne,
C’est là, de Toi, ce que je veux.

Ah ! tu viens répondre à mes vœux,
Et tu causes comme une Pie,
Laquelle n’a point la pépie.

Je vais tâcher de t’imiter,
Et, comme toi, de caqueter,
Sans qu’en tes Avis, rien j’innove,
On [sic] que mon Chef devienne chauve.

-Vient ensuite, comme en chaque début d'année, une revue des nations, de l'Orient le plus lointain à l'occident le plus voisin. La chose se termine ainsi par l'évocation de la Belgique (en fait la Hollande) où des troubles vont bientôt ouvrir la voie à un conflit et à un engagement français, avec le succès que l'on sait :

Le Belge, ou bien le Hollandais,
Se croit mal couvert du Pavois
De la forte Triple-Alliance :
Et, toujours, même, en défiance
De Ceux qui sont de ce Traité,
Il est, de troubles, agité.

Sans cesse, il se précautionne,
La Nuit, le Jour, il actionne,
Et, sur la Terre, et sur les Flots,
Qui, plus que lui, sont en repos
De grands Armements il projette.
Mais lorsqu’il calcule, et qu’il geste,
Pour savoir le Fonds qu’il lui faut,
Il trouve qu’il monte si haut,
Que, pour lui, c’est une Rémore
Qui, beaucoup, l’embarrasse, encore.

Elle arrête tous ses Vaisseaux,
Avant qu’ils soient dessus les Eaux,
Et retient sa Flotte nouvelle
Dans le Projet qu’il fait d’icelle.
D’ailleurs, il sent un certain mal,
Dont il craint quelque Effet fatal,
On le nomme Mal de Cologne.
Et le Danois, contre lui, grogne,
Pour des Subsides prétendus,
Et qui, depuis longtemps, sont dûs,
Encor un autre Mal de Bourse,
Où l’on voit qu’il faut qu’il débourse,
L’Orange, un si cordial Fruit,
À plusieurs, chez lui, pourtant, nuit,
Et leur Goût, contre Elle, se hausse,
Et n’en veut point dedans sa sauce :
Mais d’autres en sont fort friands.
Voilà, de lui, ce que j’apprends,
Sans qu’aux Nouvelles, rien j’innove,
Ou que mon Chef devienne Chauve.

-Quant à la France, il en question un peu plus bas :

Pour la France, où je vais finir,
DIEU ne cessant de la bénir,
En sauver de son grand Monarque,
Lequel conduit si bien, sa Barque,
C’est un État, toujours, puissant,
Toujours, heureux, et florissant,
Et qu’il faut qu’on aime, on redoute,
Comme Personne, aussi, n’en doute,

Oui, chacun en tient ce Discours,
Qui, partout l’Univers a cours,
Et plutôt qu’en rien je l’innove,
Que le Chef me devienne chauve.

Lettre du 16 janvier 1672, par Robinet. (document manuscrit - en cours de dépouillement).

Lettre du 23 janvier 1672, par Robinet. (document manuscrit - en cours de dépouillement).

Lettre du 30 janvier 1672, par Robinet. (document manuscrit - en cours de dépouillement).

Lettre du 6 février 1672, par Robinet. (document manuscrit - en cours de dépouillement).

Lettre du 13 février 1672, par Robinet. (document manuscrit - en cours de dépouillement).

Lettre du 20 février 1672, par Robinet. (document manuscrit - en cours de dépouillement).

Lettre du 27 février 1672, par Robinet. (document manuscrit - en cours de dépouillement).

Lettre du 5 mars 1672, par Robinet. (document manuscrit - en cours de dépouillement).

Lettre du 18 juin 1672, par Robinet.

-En ce début d'été 1672, les armes lui étant favorables dans la guerre de Hollande, Louis XIV est célébré par notre gazetier :

Brillant Monarque du Parnasse,
Grand Dieu du Jour, et des Saisons,
Qui décore nos Horizons,
Avecque tant de pompe, et de gloire, et de grâce.
Apollon, Phœbus, ou Soleil,
Qui, dans ces Attributs, es, toujours, nonpareil,
Accorde-moi ton assistance,
Pour chanter les hauts Faits d’un Roi,
Dans ses Vertus, et sa Puissance,
Aujourd’hui, sans égal, tout de même que Toi.

Que de Lauriers, dessus la Tête,
La Victoire met, à la fois !
Pour le Début de ses Exploits,
On lui voit entasser Conquête sur Conquête,
S’il va, toujours, un si beau train,
Il n’est si diligent, et si prompt Écrivain,
Dont la Plume, bien loin, ne demeure derrière,
Clion, sans, donc, nous amuser,
Entrons, vitement, en matière.
Ah ! nous avons, ma foi, de quoi, des mieux, jaser.

-Les développements suivants viennent confirmer cet air de victoire qui flotte dans la France d'alors :

Quand je parlai des quatre Sièges,
Que, par grâces, et privilèges,
Burich, Vésel, Rhimberg, Orsoy,
Voyaient faire, de par le Roi,
Des premiers, devant leurs Murailles,
Je parlais de vrais Feux de pailles.
Car, en quatre, ou cinq jours, au plus,
Tous ces Postes s’étaient rendus,
Et tous avaient ouvert leurs Portes,
Quoi qu’avec leurs Garnisons fortes,
Leurs Remparts, et leurs Bastions,
Et de bonne Munitions,
Ils pussent, longtemps, se défendre ;
Auparavant que de se rendre,
Tant les Hollandais sont poltrons,
Bien qu’ils fassent les Fanfarons.

-Et puis encore :

Las ! à peine, dans Vésel, même,
Poste qu’on sait de force extrême,
Et lequel soutint, autre fois,
Un Siège, tout au moins, d’un mois,
On leur eut donné sur la lippe,
J’en puis jurer par Saint Philippe,
Qu’ils furent tous, plus consternés,
Plus camus, et plus étonnés
Que ne l’est un Fondeur de Cloches,
Regardant, les mains dans leurs poches,
Tout, par les Nôtres, préparer,
Pour, de leur Ville, s’emparer.

Mais que dis-je ? ô ma chère Muse,
Mal à propos, je les accuse,
Hélas ! hélas ! qu’auraient-ils fait,
Que montrer un cœur stupéfait,
Devant un Roi tout magnanime,
Que la Gloire accompagne, anime,
Et que la Victoire, partout,
Veut couronner, de bout, en bout ?

Ils ont mieux fait, en conscience,
D’ainsi, négliger leur Défense,
Que s’être exposés, autrement,
À quelque piteux traitement :
Et Rhimberg a donné l’exemple
Qu’il faut que tout autre contemple.

C’est que la Ville, et Garnison,
Avec sens, prudence, et raison,
Sans dire Car, Mais, Si, ni Votre,
Se sont offerts à la Victoire
De notre auguste Majesté,
Pour en mériter la bonté.

En effet, ils la ressentirent,
Gouverneur, et Soldats sortirent,
D’un air, tout à fait, éclatant
C’est-à-dire, Tambour battant,
Avec leurs Armes, et Bagages,
Et tous les autres Avantages
Qu’on obtient, lorsqu’en pieux arroi,
Le Vaincu peut donner la Loi,
Au Vainqueur, lequel la lui donne,
Lorsque sa fermeté l’étonne,
Et qu’en un mot, par trop longtemps,
Il tient sa Victoire en suspens.

Or, la Garnison dessus dite,
De quinze cent Hommes d’élite,
Tous bien buvant, tous bien mangeants [sic],
Sûrement, conduits, par nos Gens,
Fut, à Maastricht, au plus vite,
Chercher son Souper, et son Gîte.
Si l’on en fut content, ou non,
Nul ne me l’a dit, tout de bon,
Mais, bien aisément, je devine,
Que l’on en fit fort grise mine,
Et qu’on se fût bien passé là,
De tous ces nouveaux Hôtes-là.

-Quant à Monsieur, protecteur de notre gazetier, il est également longuement évoqué :

Monsieur, qui partage les Veilles,
Et la Gloire, aussi, des Merveilles
De notre adorable Héros,
Agissant, presque, sans repos,
Et sans, presque, quitter la Botte,
Dont on le loue en haute Note,
De telle sorte Orsoy pressa,
Que ledit Poste acquiesça,
Avant que pas un des trois autres
Eût dit ses pauvres Patenôtres.

Mais d’autant (ce dit un Abbé)
Qu’avant que venir à Jubé,
Sa Garnison fit la mâtine,
Ou si vous voulez la mutine,
Le Roi, pour l’Exemple, en donna,
Et, sans grâce, en abandonna
La Dépouille à notre Milice,
Qu’elle avait mise en exercice,
Pour la débeller [sic], et dompter :
Et pour, tout du long, l’ajuster,
Cette Garnison, donc, si fière,
Demeura toute Prisonnière,
Au nombre de huit cent Humains,
Étrangement, je crois, chagrins.

-Robinet passe ensuite en revue les garnisons dont le sort à été réglé. Ainsi, d'abord, Vésel :

Celle de Vésel, tout de même,
Qui, pas moins, aussi, ne s’en chême,
Est, illec, captive, exceptés
Huit, ou neuf que l’on m’a comptés,
De quinze cent faisant la Troupe
Qui, là dedans, mangeait sa Soupe.

-Puis Orsoy et Burich :

Enfin, celle, aussi, de Burich,
Laquelle, après Orsoy, fit clic,
Est, au même état, demeurée,
Id est, de liberté, sevrée :
Étant d’environ sept cent Gars
Qui paraissent, un peu, hagards.

-Le gazetier éprouve tout de même le besoin de montrer à quel point Louis, grand par les armes, peut l'être également par le cœur, en citant les libéralités qu'il accorde aux vaincus :

Mais les Bourgeois des quatre Places,
De Louis, éprouvant les Grâces,
Conserveront, en ces Cités,
Leurs Franchises, Immunités,
Et Privilèges ordinaires :
Ce Vainqueur des plus débonnaires,
Leur ayant, en outre, accordé,
Et, très volontiers, concédé,
La Liberté de Conscience,
Dont il laisse la jouissance
À ses Sujets, dans ses États,
Pour autant qu’il n’ignore pas,
Ce que tout chacun doit connaître,
Que Dieu, d’icelles, est le Maître.

-En dignes féaux de leur roi, les capitaines français se sont également montré "bons" avec l'ennemi désormais soumis. Ainsi, Condé a donné un spectacle équestre, dans Vésel justement :

Pour ce Chapitre terminer,
Et, comme je le dois, borner,
Il faut, vraiment, qu’encor [sic], j’ajoute,
Quoi qu’à notre Veine, il en coûte,
Que Monsieur le Prince, à Vésel,
Fit, comme il faut, son Carrousel,
J’entends tout ce qu’il fallait faire
Pour ce bel Exploit militaire :
Et que, même, Monsieur le Duc,
Qui vaut, certes, un Archiduc,
Agit là, d’Esprit, et de Tête,
Pour avancer cette Conquête,
Et fit, galamment, ce dit-on,
Tout venir à conclusion.

-Quant à Turenne, c'est dans la place qu'il a prise que sa sagesse s'est exercée :

Le grand Vicomte de Turenne,
Digne, aussi, de notre Hypocreine,
À Burich, de même, exploita,
Et, de son Devoir, s’acquitta
En sage et brave Capitaine,
Et, bref, en Monsieur de Turenne.

-Fidélité oblige, il est du devoir du gazetier de remercier officiellement ses "informateurs", surtout quand ceux-ci appartiennent à la maison de son protecteur :

Un Officier officieux,
Lequel sait s’acquitter, des mieux,
Chez Monsieur, de la belle Charge
Qu’ici, vous pouvez voir en marge,
Le Sieur Regnier, qui sait, de plus, [Maréchal des Logis de SAR]
Bien écrire en l’Art de Phoebus,
Et, tranchant son Éloge en somme,
Tenir Parole, en honnête Homme,
M’a, de tout ce Détail, instruit,
En une Lettre, bien déduit,
Dont, bien fort, je le remercie,
Et, par-dessus, je le supplie
De me continuer ce soin,
De qui j’avais très grand besoin.

-Mais il ne se prive pas non plus, sans les citer nommément ceci dit, de critiquer ceux qui n'ont pas tenu leur promesse de lui envoyer des nouvelles de cette guerre -- gageons que les fautifs se reconnaîtrons :

D’autres Gens d’Épée, et Soutane,
Selon la mode Courtisane,
De moult promettre, et peu tenir,
(Dieu, pourtant, les veuille bénir)
M’avaient, aussi, promis d’écrire ;
Mais, oui-da, bon, c’était pour rire.
M’ont-ils fait part du moindre mot,
Voire, tarare, ô diable-zot [sic].
Ah ! que c’est un pénible Rôle
Que de bien tenir sa parole !

-Puis il est question des célébrations de la victoire :

Dans la Cathédrale, Mardi,
Quelques heures après midi,
On rendit grâces, en Musique,
Et de façon très authentique,
De ces admirables Progrès,
Par lesquels nous cassons du grès
A nos Seigneurs de la Hollande,
Grands Chefs de la Troupe Marchande.

-Et encore :

Bien trente-sept de leurs Drapeaux
Qui n’étaient que de vains Appeaux,
À leur égard, pour la Victoire :
Et (ce que doit marquer l’Histoire)
Qu’on pouvait regarder, chez eux,
Comme ce qu’on nomme, en tous Lieux,
Marchandises de Contrebande :
Ces Drapeaux, dis-je, de Hollande,
Furent portés en ce Saint Lieu,
Comme un Trophée offert à Dieu,
En très humble Reconnaissance
De ce qu’il prête sa Puissance,
À notre auguste Couronné,
À notre rare Dieu Donné,
Pour confondre une ingrate Race
Qui lui doit mainte, et mainte Grâce.

-Ces mêmes étendards de la fortune des armes françaises avaient été présentés à la reine, peu de temps avant cette cérémonie - événement qui a permis à ladite reine d'accoucher plus vite que prévu !

Le jour précédent, les Drapeaux
Qui sont clinquant neufs, et fort beaux,
Furent apportés à la Reine :
Et l’excellente Souveraine,
Voyant, à ces Enseignes là,
Comment Louis triomphait là,
Ce Là veut dire, en la Hollande,
Sa joie en fut, certes, si grande,
Cela l’émut si puissamment,
Qu’Elle en accoucha noblement,
D’un si beau Fils, la Nuit suivante,
Qu’on le regarde, et qu’on le vante,
Comme un charmant, et digne Fils
De la Victoire, et de Louis.

-Accouchement qui a donné lieu à des réjouissances encore plus éclatantes :

On en rendit Grâces nouvelles,
Et des plus, encor, solennelles,
Dès le beau jour du lendemain :
Et chacun, ici, pour certain,
En témoigna sa grande joie,
Par la belle et brillante voie
Des Bûchers, des Feux, des Clartés,
Si qu’on en vit, de tous côtés.
Même, infinité de Fusée,
Prenant, vers le Ciel, leurs visée,
Y semèrent cent Feux nouveau,
Qui parurent, presque aussi beaux,
À travers des nocturnes Toiles,
Que les plus brillantes Étoiles.

-Et pour conclure :

Mais, parlant d’Astres, et de Feux,
Une Belle, en ses deux beaux Yeux, [Mlle D. R.]
Venant me surprendre, en ma Salle,
Des plus aimables, m’en étale,
Sans parler des brillants d’Esprit,
Qu’en icelle, chacun chérit :
Et j’aperçois, avec liesse,
Sur ses pas, sa mignonne Nièce,
Laquelle, à deux Lustres qu’elle a,
Montre maintes grâces, déjà,
Et, surtout, comme Père, et Mère, [M. et Mlle M.]
De qui l’Amitié m’est bien chère,
Maints spirituels Attributs,
Car ils en ont et tant, et plus.

Disons, donc, en deux mots, de grâce,
Que Louis, ce vrai Dieu de Thrace,
A pris, poursuivant ses Progrès,
Encore Emmerich, et Reez,
Que, depuis, on a bloqué Grôle,
Qui ne fera, qu’en vain, le Drôle,
Et que les Hollandais, sur Mer,
N’ont pas eu le Sort moins amer,
Dans le Combat donné, belle-erre,
Qu’ils l’éprouvent dessus la Terre,
Comme, peut-être, dans huit jours,
On l’apprendra dans nos Discours.
Pour le présent, adieu Musette,
C’est trop travailler en Gazette.

Lettre du 30 juillet 1672, par Robinet.

-L'extrait de cette lettre se trouve uniquement dans le second tome de l'ouvrage manuscrit de Thomas-Simon Gueullette, Histoire du théâtre italien (voir http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b531009823/f22.image) :

Les Comédiens Italiques
Qui ne sont point mélancoliques
S'appliquant à nous divertir
Dont je les aime sans mentir
Nous offrent le nouveau régale
D'une aventure joviale
Ayant pour titre Le Collier.
Ce Sujet est tout singulier,
Et du bout à l'autre comique
De plus une bonne musique
Et de très beaux pas de ballet
De cet événement follet
Font l'agréable petite oie
Si bien qu'on a la pleine joie.

Lettre du 13 août 1672, par Robinet.

-Cet autre extrait n'est également présent que sous la plume de Gueullette, dans l'ouvrage que nous venons de citer, à la même page que les vers précédents (voir http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b531009823/f22.image) :

Les Italiens d'Italie
Grands chasseurs de Mélancolie
Continuent de jouer [sic]
Leur aventure du Collier
Sujet mêlé de mainte entrée
Qui beaucoup (je vous jure) agrée
Voire même aussi de concerts
Et par-ci par-là de beaux airs
Dont les paroles sont françaises
Qui font les oreilles bien aises
Le tout venant d'un bel esprit [M. Girardin]
Qui délicatement écrit
Et d'une manière facile,
Selon notre moderne style.

Lettre du 17 septembre 1672, par Robinet.

-Il est parfois difficile, même pour un grand rimeur, de se mettre à la tâche un samedi. Ainsi :

DIEUX ! que j’ai l’Esprit engourdi,
Hé quoi, n’est-il pas Samedi,
Jour où seulet, en mon Étude,
Avec ma Clion, assez prude,
Je narre gazétiquement,
C’est-à-dire, historiquement,
Ce que, de Dame Renommée,
A nous instruire, accoûtumée,
J’ai, soigneusement, colligé,
Ainsi que j’y suis obligé,
Pour en faire un nouveau Régale
A sa belle Altesse Royale ?

D’où vient, donc, que, mal à propos,
J’ai l’intellect si peu dispos,
Et si pesant, et si landore,
Qu’on dirait qu’il soit tout pécore ?

Ah ! Phoebus, Messire Phoebus !
J’appelle à Vous, comme d’abus,
De cette pesanteur extrême,
Qui me chagrine, et qui me chême,
Veuillez détruire, prestement,
Ce fâcheux engourdissement,
Dissipez cette Léthargie,
O Dieu Poète, je vous prie.

Bon, j’entends votre Violon,
O mon cher Seigneur Apollon,
J’en sens l’effet, j’en tressaut [sic] d’aise,
Et m’assisant [sic] dedans ma chaise,
Je m’en vais, du moins, je le crois,
Rimer en assez bel arroi.

-Après avoir passé en revue les démêlés des Danois avec leur roi, puis les événements qui se produisent en Ukraine et en Pologne (derrière lesquels se trouvent visiblement les Turcs), Robinet évoque l'Empire et le Rhin. Vient alors pour lui l'occasion de mentionner les menées diplomatiques de Louis le Grand à Vienne pour faire cesser dans cette cour-là l'inquiétude que les victoires françaises en Hollande ont fait naître. Ainsi :

À l’égard du Rhin, néanmoins,
Très chimériques sont ses soins,
Et, tant de fois, notre Monarque,
Qui dignement, conduit sa Barque,
A fait, dans Vienne, protester,
Qu’il ne veut point inquiéter,
Peu, ni prou, la Paix de l’Empire,
Qu’il me semble que c’est tout dire,
Et qu’il doit bien ajouter foi
À la Parole d’un tel Roi.

Quittant, donc, là, tout vain prétexte,
Qu’il change de Thème, et de Texte,
Et laisse, en toute liberté,
Notre charmante Majesté
Mortifier le Belge rogue,
Pire que Juive Synagogue,
Qui n’a plus, maintenant, je crois,
De Chef, ni de Foi, ni de Loi,
Et dont la licence effrénée,
Ne saurait plus être bornée.

Ce Peuple des plus scélérats,
Chasse, partout, ses Magistrats,
Partout, rogne, taille, maîtrise,
Avec une pleine franchise.

On m’a dit qu’à Monsieur Ruyter,
Quoi qu’il aime, des plus, Luther,
Il désire, aussi, niche faire,
N’est-ce pas une étrange affaire ?
Car c’est pour ce qu’il écrivit
En faveur du feu Sieur de Vuich, [Grand Bailly,]
Pour cela le voilà coupable,
Vit-on, jamais, rien de semblable ?

Tout de même, Van Beverning,
(À la fin, gare Van Beuning,
Ce Régnard, cette fine Mouche,
Plus, cent fois, que n’est Scaramouche)
Est au Livre rouge, marqué,
Et court risque d’être attaqué
Et mis en funeste posture,
S’il faut que, par Malaventure,
Il vienne à tomber dans les mains
De ces Factieux inhumains,
Dont l’on rapporte un trait de rage,
Qui passe tout selon courage.

-Où il est fait brièvement mention du massacre des Frère de Witt :

Ayant trouvé, vers le Cercueil
Dudit de Vuith, son Fils en deuil,
Qui n’est qu’un jeune Enfant, encore,
Ces détestables qu’on abhorre,
L’apostrophèrent rudement,
Et l’ayant mis nu, mêmement,
Cruellement, le fustigèrent,
Et, par après, le renvoyèrent,
À sa Mère, en cet état là :
Ah ! je ne comprend pas cela ;
Et les Tigres, et les Panthères
Ont prêté leur cœur à ces Hères.

C’est en trop parler, laissons-les,
Et passons à d’autres Sujets.

-Ces tragédies ne sauraient obscurcir les nouvelles mondaines usuelles de nos gazettes, comme celle-ci par exemple :

D’York, la féconde Duchesse,
(Dont à Londre [sic], est grande liesse)
Est accouchée heureusement,
Naguère, d’un Fils fort charmant,
Après tant soit peu de Tranchée,
Dont elle ne fut point fâchée,
Ayant, après ce peu de mal,
Vu, de son Amour conjugal,
Naître un Fruit de cette importance
Et l’on m’a dit en conscience,
Que la Reine, sa Belle-Sœur,
Protesta-là, de tout son cœur,
Qu’elle aurait voulu, Foi de Reine,
Pour le Prix, être en même peine.

-Après une évocation des dissensions ottomanes, Robinet en revient à une nouvelle du cœur - un cœur triste comme on le constatera :

La princesse de Palestrine,
À Rome, bien fort, se chagrine,
Comme on vient de me le conter,
De ne pouvoir se rajuster
Avec son Époux, qui dans l’âme,
N’ayant plus, pour Elle, de flamme,
Ne lui montre que de l’aigreur,
Par ceci, jugez-en, Lecteur.

Naguère, elle lui fit transmettre
Dedans les mains, un mot de Lettre
Écrite assez civilement,
Pour en obtenir seulement,
Son premier, et second Carrosse,
Pour aller, non pas à la Noce,
Mais rendre, par civilité,
Visite à Gens de Qualité.

Mais plus outré qu’on ne peut dire,
Ne sans l’ouvrir, ni sans la lire,
Ladite Lettre il renvoya :
Et la Princesse, tant y a,
Demeura, sans faire Visite,
À songer creux, dedans son Gîte,
Chez son cher Oncle Barberin,
Du brillant Ordre Purpurin,
Où, depuis un si long Grabuge,
Elle trouve Asile, et Refuge.

-Mais tous les mariages ne sont pas tristes dans le monde des Grands, comme le montre cette anecdote qui concerne Lorenzo-Onofrio Colonna, d'illustre descendance (George L. Williams, Papal Genealogy: The Families and Descendants of the Popes, MacFarland, Jefferson, North Carolina and London, 2015 (original ed. 1998) p.113). Ainsi :

Le Connétable Colonna,
(Mais quoi, chacun sa raison a)
Agit de façon plus accorte,
Envers sa charmante Consorte ;
Et, naguère, en ayant reçu
Un Écrit sagement conçu,
Afin d’avoir ses Demoiselles,
Que (soient-elles laides, ou belles,)
Dans son Palais elle laissa
Quand Elle en partit pour Deçà,
Il les fit partir, ou je meure,
Sans hésiter, et tout à l’heure,
Avec des Bijoux, de l’Argent,
Et même un Billet obligeant,
Pour cette Moitié belle et bonne,
Dont j’honore fort la Personne,
Cette Maria Mancini,
Étant de mérite infini.

Lettre du 24 septembre 1672, par Robinet.

-De cette lettre nous ne possédons que ce très court extrait, issu du second volume du manuscrit de Gueullette (http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b531009823/f239.image) et que ce dernier explique qu'il "donne à peu près la date de la comédie des Fripiers. Ainsi :

Ils y jouèrent les Fripiers
À tromper assez coutumiers.

Lettre du 1er octobre 1672, par Robinet.

-L'éloge, ou du roi ou du protecteur de l'auteur, qui débute chaque gazette est toujours intéressant dans la mesure où il dévoile, malgré sa présence obligatoire, l'enthousiasme du gazetier pour sa tâche. Ainsi, le nôtre en piaffe-t-il (de joie) :

PRINCE, très puissant, et très haut,
Ma Clion n’est point en défaut :
Qu’elle ait, ou non, le vent en poupe,
Sur la Montagne à double croupe,
Elle grimpe tous les huit jours,
Pour vous forger nouveaux Discours.

Quoi qu’elle aime besogne bien fait,
Et semble toute stupéfaite,
En recommençant le Travail
De son historique Détail,
Néanmoins, si tôt qu’elle pense
Que c’est pour PHILIPPES DE France,
Elle est alerte, et de bon cœur,
Elle reprend ce sien Labeur.

Ce n’est pas, Altesse Royale,
En bien des Vertus, sans égale,
Ce n’est pas, dis-je, Héros charmant,
De ma Muse, le noble Aimant,
Pour vous faire valoir la chose,
Que je fais une telle glose,
Mais c’est pour témoigner à tous,
Combien il m’est cher, et m’est doux,
D’être votre Historiographe.

Car je triomphe, et je piaffe,
Dessus ce Titre glorieux :
Et je vais, encor, de mon mieux,
Caqueter dessus les Nouvelles,
Les plus fraîches, et plus nouvelles.

-Après avoir évoqué les Turcs, puis les Russes, Robinet n'oublie pas la Hollande théâtre de troubles civils, comme on disait alors :

Les Hollandais, toujours, chez eux,
Veramente [sic], sont mal chanceux.
Les Peuples, toujours, y régentent
Et des Pasquinades y chantent,
Contre le Tiers, contre le Quart,
Sans nulle crainte de la Hart,
Ou bien ils usent de mainmise,
Tant ils ont l’âme mal soumise,
Sur les premiers qui leur font peur,
Et qui réveillent leurs Fureur :
Si bien, donc, par un cas étrange,
Que même le Prince d’Orange,
Ne trouve point ses sûretés,
Parmi ces Peuples révoltés.

-La tension est à son comble comme en témoigne cette rumeur de la mort du Prince d'Orange qui a conduit à une émeute :

Naguère, pendant la Nuit sombre,
Où bien des Bêtes sont à l’ombre,
Le bruit se répandit, soudain,
Que d’une meurtrière Main,
Sa Trame avait été coupée,
A coups de Dague, ou bien d’Épée,
Allant, par un bois, disait-on,
Dedans sa rurale Maison.

Sur cette rumeur répandue,
Sortit la Bourgeoise Cohue,
Qui, tant à pied, comme à Cheval,
Fut s’informer par Mont et Val,
De cette subite Aventure,
Nonobstant cette nuit obscure.
Mais ce n’était rien qu’un faux bruit,
Par qui le susdit Prince instruit
À se garer d’un tel désastre
Qui ne viendrait pas d’un bon Astre,
Il va prendre des Halbardiers [sic],
Ou, je crois, des Pertuisaniers,
Avec nombre de Mousquetaires,
Puissants comme des Janissaires,
Qui, d’un militaire circuit,
L’environneront, jour ; et nuit,
Soit à l’Armée, ou dans la Ville,
Et jusques dans son Domicile.

Les États, par affection,
Veulent cette Précaution,
L’ayant conjuré de la prendre :
Et lui n’ayant pu s’en défendre,
À leur bon vouloir, a souscrit.
Voilà ce que l’on nous écrit,
Des Affaires de la Hollande,
Qui, de Calvin, suit la Légende.

-L'évocation de Calvin permet à Robinet d'évoquer l'abjuration publique du baron Desadret. Il a suivi, en somme, le même chemin que son bisaïeul, plus de 100 ans après lui... Ainsi :

Monsieur le Baron Desadrets,
Des mieux faits, et des plus adrets,
Lui fit, l’autre jour, banqueroute,
Prenant, de l’Église, la route,
Avec quatre de ses Enfants,
De ce beau Calvin, triomphants.

Conjointement, ils le quittèrent,
Et, publiquement protestèrent,
Qui lui baisaient, pour tout jamais,
Les Mains, sans aucun Si, ni Mais,
Ce qui veut dire sans réserve.

Ce cher Baron que Dieu conserve,
Est Petit Fils de ce Baron,
Si fameux, et de même Nom,
Qui se fit craindre d’importance,
Dans le Dauphiné, la Provence,
Et le Comtat Avignonnais,
Pendant les Guerres d’autrefois : [Les Guerres de la Religion.]
Où, tout ainsi qu’il est notoire,
Dessus le rapport de l’Histoire,
Les meilleurs Postes il soumit,
Et, dedans son Parti, les mit.

Or l’abjuration susdite,
Qui, beaucoup, Calvin décrédite,
S’est faite entre les Mains, dit-on,
De notre Éminent de Bouillon,
Qui, sans cesse, s’immortalise
Dans le Service de l’Église,
Lui procurant, de tous côtés
De nouvelles Prospérités,
Nouveaux Autels, et Sacrifices,
Par ses soins, et par ses offices,
Comme, par un sort glorieux,
Il vient de faire en tous les Lieux,
Où notre incomparable Sire,
Vient d’étendre son juste Empire.

Mais sans, par un plus long propos,
M’étendre, ici, dessus le Los
De ce grand Aumônier de France,
Traité d’Altesse, et d’Éminence,
Qu’on ne saurait assez louer,
Je veux, le Lecteur, renvoyer
A qui, de manière authentique,
A fait son beau Panégyrique.

-Des nouvelles littéraires : un Feuillant, le père Antoine, a publié une traduction des Œuvres de Saint Bernard. Ainsi :

C’est à cet illustre Feuillant,
Lequel, sans cesse, travaillant
Dessus les Œuvres admirables,
Ou, parlant mieux, incomparables,
De son Saint Père, Saint Bernard,
Vient, au Public, de faire part,
D’un premier Livre de ses Lettres, [On trouve cette première Partie,]
Qu’en riche Prose, et non en Mètres, [chez les Sieurs de Brèche,]
Il a traduites en Français, [Libraires rue S Jacques,]
D’une façon, je vous promets, [devant saint Benoît, à l’Image S. Joseph.]
Qui me semble toute angélique,
Tant, en cet Ouvrage, il s’explique,
Avecque la grâce, et l’ardeur
De son Saint Père, et Saint Auteur.

Or ledit Traducteur illustre,
Sans le flatter digne du lustre
Qu’une belle Mitre répand
Sur ceux de l’Épiscopal Rang,
Et qu’on appelle Dom Antoine, [De S. Gabriel.]
Aux plus grandes choses, idoines,
A fait, de ce jeune Éminent,
De qui je parle maintenant,
L’Éloge, de telle manière
En son Épître Liminaire,
Que l’on peut le voir, trait, pour trait,
Dedans cet éloquent Portrait,
Avec lequel, son juste zèle,
Sur ce Sujet, tire l’Échelle,
Et montre que nul, aujourd’hui,
Ne le peut mieux louer que Lui.

-Un nouvelle venue d'Allemagne :

Dans une lettre de Cologne,
Ville qui n’est pas en Pologne,
J’ai lu que Monsieur de Puysieux, [Le Marquis.]
A réussi, certe, des mieux,
Dans une affaire d’importance,
Dont, à son zèle, esprit, prudence,
On avait remis pleinement,
A faire le ménagement,
Près du Magistrat de la Ville,
Qu’il harangua d’un si beau style,
Et, même, un quart d’heure durant,
Que chacun allait admirant
Cet Orateur, presque, sans barbe,
Et qui, de plus, par Sainte Barbe,
Avait fait raire, ce dit-ont,
Le poil naissant de son menton.
Quoi qu’il en soit, en cette Affaire,
Il fit voir qu’en son Caractère,
Il entre intelligence, et cœur ;
Car on sait de quelle valeur
Il a paru devant Nimègue,
Et le Renom qui n’est pas bègue,
A tant fait de bruit là-dessus,
Qu’ici, je l’en dirai pas plus.

-Suivent pour finir des nouvelles de la cour de France :

La Cour est toujours, à Versaille [sic]
Où je n’ai valant sou, ni maille :
Et nos augustes Majestés
Y sont en parfaites Santés :
Et, notamment, notre cher Sire,
Dont le tempérament fait dire
Qu’il remplira, du moins, le temps
De tous les Septante et six ans
Que l’interprète, d’importance,
Du grand Prophète de la France
Savoir le Chevalier de Iant
Lui vient d’annoncer fraîchement,
D’heureux Règne et d’heureuse vie.
Le Ciel, à deux mains, je l’en prie,
Lui fasse dire vérité,
Car cette rare Majesté,
De vivre un siècle entier, mérite :
Après ce beau souhait sus, Clion, datons vite.

Lettre du 8 octobre 1672, par Robinet.

-À défaut d'éloge, notre gazetier nous fait part de sa fatigue dans le paragraphe liminaire de sa missive. Celui-ci n'en est pas moins intéressant puisque Robinet y révèle ne pas être dédié uniquement à la rédaction de ses nouvelles rimées. Ainsi :

Quoi que, d’autres Travaux, je sorte,
Fatigué d’une étrange sorte,
Ayant composé six Cahiers
De franche Prose, tous entiers,
Comme je fais, chaque Semaine,
Si faut-il que j’ouvre ma Veine,
Sans nul relâche, en ce moment,
Et qu’en demi-jour, seulement,
Près de trois cent Vers je compose.

Sachant cela, je présuppose,
Sans croire faire trop le vain,
Que tout Lecteur juste et bénin,
En me donnant louange, admire
Comme en ces deux Genres d’écrire,
Si contraires, si différents,
Et, mêmes, en si peu de temps,
Je puis vaquer, ainsi, sans cesse.

Mais je vois que l’heure me presse,
Sans davantage, préluder,
À tous, je laisse à décider
Du contenu de cet Exorde,
Et vais toucher une autre Corde.

-Après les narrations usuelles sur les malheurs de la Hongrie, les Turcs, le mouvement fait par les armées impériales pour contrer ces derniers, et la chasse donnée aux bandits dans Naples, il est de nouveau question des troubles civils dans la Hollande. Ainsi :

On croit qu’Anglais, et Hollandais,
Vont retirer, à cette fois,
Pour tout l’Hiver, chez eux, leurs Flottes,
Hors que, pour la garde des Côtes,
Ils laisseront quelques Vaisseaux
Des plus liges, et des moins gros.

Mais je dirai, sans parenthèse,
Qu’à la Haye, on n’est pas fort aise
De la retraite de la leur ;
D’autant qu’ils ont très grande peur
Que d’icelle, les Équipages
N’émeuvent de nouveaux Orages,
Et ne veuillent, ce m’a-t-on dit,
Venger la Mort des Sieurs de Vvith,
Dont Ruitler, entre tous, fulmine,
Et fait une funeste mine.

-L'autorité du Prince étant bafouée, Robinet ne présage rien de bon de ces révoltes. Ainsi :

Toujours là, les Peuples hagards
Se mutinent de toutes parts,
Et ne veulent plus reconnaître
Ni les États, ni d’autre Maître.
Le Prince d’Orange, pourtant,
D’être le Souverain, prétend,
Et, selon que chacun en glose,
Très fortement, se le propose :
Ayant, déjà, dessus ce cas,
Pressenti, dit-on, ses États,
Par une assez longue Harangue
Qu’il leur fit de sa propre Langue.

Je ne sais ce que ces Gens-là,
Auront répondu sur cela :
Mais, en bonne foi, je devine,
Qu’ils lui firent piteuse mine,
Et demeurèrent bien camus :
Car, sans dire, ici, rien de plus,
S’il a la Puissance absolue,
Ces États, ou j’ai la berlue,
Ne seront, désormais, plus rien,
Hé, vraiment, cela s’entend bien.

-Mais les capitaines français ne sont pas loin, pour faire cesser les troubles :

Turenne, Prince habile en Guerre,
(Je puis le dire, sans que j’erre)
Avance, ce dit-on, toujours,
Du côté que vient le Secours
Que ces États, sans cesse, attendent,
Et par qui, mêmes, ils prétendent
Se relever de leur Malheur,
Et rendre leur Destin meilleur.

Mais je crains que cette ressource,
Pour laquelle, ils vident leur Bourse,
Comme chacun sait, en faveur
De l’Espagne, et de l’Empereur,
Ne soit une ressource vaine :
Je vois la chose assez certaine,
Et que, de tous côtés, ainsi,
Ils feront les Dupes, aussi.

-La contestation du pouvoir en Hollande fait-elle craindre à Robinet des soucis du même ordre en Angleterre entre Charles II et son Parlement ? Après tout, cette nation a aussi connu des troubles importants au milieu du siècle... Ainsi :

Charles, Roi de la Grand’ Bretagne,
Puissant sur l’humide Campagne,
Et des plus absolus chez lui,
Que l’on ait vu jusqu’aujourd’hui,
A, pour des raisons, et des causes,
Qui, quant à Moi, sont Lettres closes,
Déclaré que son Parlement,
Lequel devait, prochainement,
S’assembler au mois de Novembre,
Le proche voisin de Décembre,
Ne paraîtra qu’en Février,
Froid Successeur du froid Janvier.

-Robinet est beau joueur : il annonce la publication du Mercure Galant, dont la naissance date du mois de janvier de cette année 1672. Donneau de Visé est pourtant son rival dans le domaine du récit d'information. Ainsi :

Mais ce n’est que trop de Nouvelles,
Et qui sont toutes assez belles.
Si ce n’en est assez, pourtant,
Voyez le Mercure Galant,
Il pourra vous en conter, certes,
Des plus mûres, et des plus vertes,
Écrites avec netteté,
Et, voire, en bonne quantité.
Chez Barbin, le fameux Libraire. [au second Perron de la Ste Chapelle.]
Il viendra, je crois, d’ordinaire,
Vous exposer les Nouveautés
Qu’il apprendra de tous côtés.
Ainsi qu’il nous le fait entendre.
C’est, sur mon Métier, entreprendre,
Mais n’importe, je suis de tous,
Le moins envieux, et jaloux.

Lettre du 5 novembre 1672, par Robinet.

-En cette période de Toussaint, le gazetier a une pensée pour les défunts, quels qu'ils fussent. Mais peu importe, sa tâche sera faite, quoi qu'il arrive :

Quoi que les lugubres Accord,
Du triste Carillon des Morts
Qu’encore, j’ai dans les Oreilles,
Loin de m’inspirer des merveilles,
Ait augmenté ce chagrin noir,
De qui mon Cœur est le Manoir,
Depuis, déjà, plus de Quinzaine,
Et pire que Fièvre Quartaine,
Je vais, toutefois, essayer,
Sans, un seul moment, délayer,
À rimer, sur le ton Lyrique,
La mienne Missive historique.

Car, à mon Lecteur, il m’en chaut,
Que j’aie froid, que j’aie chaud,
Que j’aie chagrin, ou liesse,
Que j’aie bonheur, ou détresse,
Que je sois ou Défunt, ou Vif,
Il faut, sans faire le rétif,
Qu’enfin, pour lui, je prenne cure
De vaquer à mon Écriture.
D’ailleurs, à l’Unique Monsieur,
Le Mobile Supérieur,
Et de ma Plume, et de ma Muse,
Je dois, sans apporter d’excuse,
A chaque huitaine de jours,
Un Tribut de nouveaux Discours,
Sur les Bruits, et sur les Nouvelles
Des champs, des Villes, et Ruelles.

Voici, donc, sans plus prologuer [sic],
Comment je m’en vais haranguer,
Sous les ordinaires Auspices
Si glorieux, et si propices,
De ce jeune et brillant Héros
Si digne d’Encens, et de Los.

-À propos de Monsieur, justement :

Clion, je ne dois pas omettre,
Dans mes beaux premiers Vers, de mettre
Que le grand Prince dessus dit,
En qui l’on voit, sans contredit,
Toutes les Qualités reluire,
Dignes du Frères d’un grand Sire,
Qui n’a point d’attributs succincts,
Signala, le jour de Toussaints [sic],
Sa Piété dans sa Paroisse, [Eustache]
La plus grande qui m’apparaisse :
Et que, chez nos Voisins, si blancs,
Que l’on appelle les Feuillants,
Sa charmante Altesse Royale,
Envers le Seigneur, si loyale,
Vint ouïr prêcher le beau Los
De tous ces célestes Héros.

Ce fut leur Père Dom Hiérôme,
Qui, comme en un bel Épitomé,
Leurs grands Éloges renferma
Dans les deux Points qu’il en forma :
Faisant voir qu’il nous faut les suivre,
Dedans leur manière de vivre,
Pour arriver à leur Bonheur,
Dont, il fit, certe [sic], avec honneur,
Le Crayon tout théologique,
Et d’une façon énergique.

Pour appuyer ces Vérités,
Par ce Dom, furent rapportés
Quantité des plus beaux Passages,
Et de nos Docteurs les plus sages,
Notamment de Tertullien
Que, des fois, je ne sais combien
Il cota, comme d’ordinaire,
Font nos Orateurs de la Chaire,
Pour beaucoup paraître, en citant
Ce Père qu’on estime tant.

Monsieur, dans un profond silence,
Lui donna, vraiment, Audience,
Et, mêmes, à ce qu’on m’a dit,
Avecque sa Cour, applaudit
À son beau Discours Oratoire,
Ainsi que tout son Auditoire,
Dont j’étais, et fort bien posté
Tout joignant certaine Beauté
Qui dit de sa bouche vermille,
Que ce Dom avait fait merveille.

L’illustre Épouse de Monsieur,
De si brillant Extérieur,
Était, lors, aussi, dans Lutèce : [Paris]
Mais à cause de sa Grossesse,
Qui réjouit, beaucoup, la Cour,
Elle passa ledit bon Jour,
Dans son Palais, close, et couverte.
Or, d’Homme à Garniture verte,
J’ai su qu’en son Cercle pompeux,
Où brillaient, entre autres beaux yeux,
Les beaux Yeux de Mademoiselle,
Qui semble une jeune Immortelle,
Elle reçut, dernièrement,
Et, tout à fait, obligeamment,
L’Ambassadrice de Venise,
Dame sage, et que fort on prise.
De Saint Laurent, l’Introducteur,
Qui fait tout de belle hauteur,
Comme un Homme qui sait l’entendre,
L’alla, jusques chez Elle, prendre,
Dans le Carrosse, mêmement,
Où l’on voit, personnellement,
Voiturer sa Royale Altesse,
Dont Dieu bénisse la Grossesse.

-Vient ensuite le récit des festivités :

Le même bon Jour de Toussaints,
Fort mal imités des Mondains,
Mains Pains-bénis, de rondeur ample,
Furent rendus dans le Saint-Temple
Où le grand Roch est réclamé,
Quand l’Air, de Fête, est enflammé.

De magnifiques Tavoyoles,
Et de nombres de Banderoles,
Les susdits larges Pains-bénis,
Jaunes comme Or, étaient garnis,
Et conduits au bruit des Trompettes,
Des Tambours, Fifres, et Musettes.

La Rendeuse était, en ce jour,
La Duchesse de Luxembourg,
Sage et pieuse, autant que belle,
Qui sait signaler son saint zèle,
Ainsi que le Duc son Époux,
Pour très vaillant, connu de tous,
Sait, dans le belliqueux Orage,
Signaler, aussi, son Courage.

Le Sieur Varange, Homme d’honneur,
De Ligny, mêmes, Gouverneur,
Et l’Écuyer de la Duchesse,
Présenta sa belle Largesse,
Du Sieur de Lorge, accompagné,
Par qui, des mieux, est ordonné,
Comme Maître d’Hôtel capable,
Le plus beau Service de Table.

-Puis le jour suivant :

Le jour suivant, Fête des Morts,
Dont nous serons tous, les Consorts,
De Monsieur, la Royale Altesse,
Ouït, dévotement, la Messe,
En l’Église de Jacobins, [rue S. Honoré]
Dont le Prieur des plus bénins, [le Père Penon]
La reçut de la belle sorte,
Et lui fit harangue à la Porte.

-À ce sujet, le récit de la cérémonie dans cette église :

À propos, lesdits bons Patres,
Pour Pie V, ayant fait flores,
Dans leur belle et riante Église,
Ornée alors, de riche guise,
Ont conclu ce Devoir pieux,
Dimanche, par de brillants Feux,
Dont plusieurs jusqu’au Ciel, volèrent,
Où je pense qu’ils annoncèrent,
Par leur assez bruyant Caquet,
Ce que ces Pères avait fait,
En faveur dudit Pape Pie,
Que, par une ardeur infinie,
Ils avaient, sur leur Maître Autels,
Érigé comme un Immortel,
Au milieu d’une vaste Gloire.
Sur cela, j’oserais bien croire,
Qu’en revanche, il prendra souci
De les placer au Ciel, aussi.

Je vous ai dit que la Musique
Y fut, tout à fait, harmonique,
Et nul n’en saurait douter, quand
Il saura que c’est Ferdinand,
En cet Art, un Homme d’élite,
Qui la compose, et conduite.

Les Éloges du Bienheureux,
Par des Préconiseurs fameux,
Furent, aussi, durant Huitaine,
Prononcés, la chose est certaine.

Entre eux, l’illustre Abbé Bizot,
Le paranympha [sic], comme il faut :
Et du Castel, de l’Oratoire,
Du Pontife, étalant la Gloire,
La sienne, des mieux, établit,
Ainsi que plusieurs me l’ont dit.

Dom Hiérôme y fit des Merveilles,
Et je l’ai su par mes Oreilles.

Enfin, l’Abbé de Besançon,
S’acquitta de bonne façon,
Et comme un vrai Scientifique,
De ce pieux Panégyrique.

-Où il est question d'un abbé toulousain loué pour ses vertus oratoires :

De Toulouse, on m’a fait savoir
Qu’un jeune Abbé de grand Savoir,
Ayant les Talents pour la Chaise, [Le Sr de Bettier,]
Y fit, le jour Sainte Thérèse,
Un Sermon si beau, si poli,
Et de traits d’Esprit si rempli,
Qu’il charma toute l’Assemblée,
De force beau Monde, comblée :
Où se trouvèrent, mêmement,
Les Principaux du Parlement,
Et l’Archevêque de la Ville,
Que l’on sait être très habile,
Et porter des plus dignement,
Le rubicond Accoutrement.

-Et d'un autre, parisien :

Monsieur l’Abbé de Fromentières,
Qui, dessus les Saintes Matières,
Triomphe, coutumièrement,
Jeta dans le ravissement,
Toute l’august [sic] Cour de France,
Par sa vigoureuse Éloquence,
Dont ses beaux Sermons sont tous pleins,
Le jour, aussi, de Tous les Saints.
Si bien, comme j’ai pu l’entendre,
Que chacun fut charmé d’apprendre
Qu’il prêcherait, encor, l’Avent,
À la Cour, comme ci-devant :
Ce qui, pour lui, sera la route
À l’Évêché, sans aucun doute.

-Les esprits brillants et l'éloquence évoqués ci-avant sont l'occasion pour Robinet de rappeler les prix décernés par l'académie :

Notre Académie a deux Prix
Qu’elle propose aux beaux Esprits.

L’un est Celui de l’Éloquence,
Dont le Sujet de conséquence ;
Si rien de conséquence, fut,
Est la Science du Salut,
Opposée aux Sciences vaines,
Et curieuses, et mondaines,
Selon le Dessein très pieux,
Qu’eut Balzac, maintenant, aux Cieux,
Fondant ce Prix, à sa Mémoire,
Ce me semble, tout plein de gloire,
Et bien digne du grand Patron,
De l’Éloquence, tout de bon.

L’autre Prix, qui moins ne vaut mie,
Est Celui de la Poésie,
Dont le Sujet, en noble arroi,
Sera l’Honneur qu’a fait le Roi,
À cette Académie illustre,
Pour lui donner un parfait lustre,
D’en vouloir être Protecteur,
Et, voire, encor, le Bienfaiteur,
La logeant dans son Louvre, même,
Par une bonté toute extrême.
Or ce Prix, de cent bons Écus,
Est donné par trois Inconnus,
Qui sont d’icelle Compagnie,
Où règne l’éloquent Génie.

Mais pour bien mieux, savoir qu’ici,
Tous les Cars, tous les Mais, les Si,
Le fonds, et tréfonds de la chose,
Vous lirez la Gazette en Prose,
Surtout, elle vous instruira,
Et des clartés vous fournira.

-Au plus mal, le dernier des enfants de Louis XIV est baptisé en urgence, pour parer à toute éventualité. Ainsi :

Le premier du Courant Novembre,
Monsieur d’Anjou, fut dans sa Chambre,
Baptisé, sans solennité,
Mais par pure nécessité,
Sa jeune, et Royale Personne,
Si cher Bijou de la Couronne,
Se trouvant, lors, fort mal, dit-on.

Le grand Cardinal de Bouillon
Fit ladite Cérémonie,
Où triste était la Compagnie :
Et le beau Prince de Conti.
De tant de vertus, assorti,
Vint, et nomma ce Fils de France,
Louis-François, comme je pense,
Avec cette Dame à grand air,
Qu’on ne peut assez estimer,
C’est la Maréchale éminente,
Illustre, et digne Gouvernante
De ce jeune Prince Chrétien,
Qui, las, vous le dirai-je bien !
Fut hier, percé de la sagette
Que la triste Parque nous jette. [Sur les 9 heures du soir.]

O Ciel ! quel cruel désarroi
Voilà pour notre auguste Roi !
O quelle inénarrable peine
C’est, aussi, pour notre grand Reine !
Et quel sombre, et cuisant chagrin
C’est pour toute la France, enfin !
O quelle perte ! ô quel dommage !
Je ne puis rimer davantage.
Adieu, séparons-nous, Clion,
Juste Ciel ! quelle affliction !

Lettre du 19 novembre 1672, par Robinet.

-Les gazettes et leurs prologues si poétiques...

Vous voulez bien, Dame Clion,
Que la Pucelle Gabrion
Qui touche mieux une Guitare,
Que le Castillan le plus rare,
Que sa Sœur qui fait de ses Mains,
Des Tours qui semblent surhumains,
Chante, de façon admirable,
Toutes sortes d’Airs, à la Table,
Et, dans la Danse, fait des pas,
Qui sont mesurés au Compas,
Qu’enfin, cet autre Jouvencelle,
Qu’en son nom, Mayon, on appelle,
Et qui danse, pareillement,
Si bien, et si poupinement :
Vous voulez bien, dis-je Muzette,
Qu’en commençant notre Gazette,
Ces trois Objets jeunes, et frais,
De ma Plume, aient les premiers Traits,
En revanche, et reconnaissance
Des effets de leurs Complaisance,
Pour nous divertir, et des mieux,
Au Convive délicieux
Qu’une Traiteuse [sic] magnifique,
Nous fit, de manière angélique, [Mlle S.]
Lundi dernier, qui me sembla
Des plus courts, en ce Banquet-là :
Où, délectant fort mes Entrailles,
Je fis les gaies Funérailles
Des Chagrins qui, comme Vautours,
Me rongeaient, depuis quinze jours.
Cela porte ma Gratitude,
(Car je fais, fort, l’Ingratitude)
A l’en remercier, aussi,
Comme je fais, en ces Vers-ci :
Après quoi je vais, au plus vite,
Essayer à demeurer quitte
Des Nouvelles que, ric, à ric,
Je dois, en ce jour, au Public,
Et voici, cessant Préambule.
Comme je commence ma Bulle.

-Des nouvelles de Rome :

Recevant de la grand’ Cité,
Où domine Sa Sainteté,
Ordinairement, des Nouvelles
Assez curieuses, et belles,
On m’en écrit, cette fois-ci,
Comme je vais l’écrire Ici,
Qu’une noble et belle Vestale
Trouvant sa Clôture fatale
À maints, et maints charmants Plaisirs
Que le Monde offre à nos Désirs,
Après un Hyménée, aspire,
Et, bref, de tout son cœur, soupire,
Comme une autre faisait jadis,
Qui, par jours, des fois, plus de dix,
S’écriait, mêmes, en beaux Carmes,
» O que les Noces ont de Charmes !
» Que je meure, s’il n’est bien doux,
» D’être dans les Bras d’un Époux !

Mais notre Vestale moderne
Que cette Article-ci, concerne,
Et qu’on nomme Césarini,
De qui le Teint est fort uni,
Est malheureuse en cette Affaire.
Car maint Intéressé s’ingère
De lui faire choix d’un Mari,
(De quoi son cœur est bien marri)
Qui ne lui peut être agréable :
Si que le Cas est vraisemblable
Que tant on la rebutera
Que Nonne elle demeurera,
Nonobstant les douces pensées
Qu’elle a, soient bien, ou mal sensées,
Du beau Sacrement Conjugal,
Qui n’est pas, à chacun, égal,
Mais cause, hélas ! de grands Supplices,
A plusieurs, au lieu de Délices.

-En cette période de nomination des cardinaux, les appétits des candidats potentiels sont à ce point aiguisés que notre gazetier parle de ceux-ci comme des "voleurs de chapeaux"... :

À Rome, l’on voit en ce Temps,
Ce dit-on, beaucoup de Brigands,
Lesquels briguent, à toute outrance,
Un de ces Chapeaux d’apparence,
Qui, d’Éminence, font traiter
Tous ceux qui peuvent en porter.

Mais de ces Chapeaux d’Éminence,
Il n’en reste que trois en vacance,
Et les Brigands, ou les Brigueurs [sic],
La plupart de puissants Messieurs,
Sont, que je crois, sans en rabattre,
Pour le moins, deux ou trois fois, quatre.

Ainsi, donc, vraisemblablement,
Plusieurs, en cet Événement,
Des susdits Feutres, trouvant manque,
Tireront, tout net, à la Blanque.

Mais il m’en chaut peu, pour le sûr,
N’étant point Brigand, ou Brigueur [sic],
De ces Chapeaux couleur de rose,
Dont je dirais la même chose
Qu’une Belle, dernièrement,
Disait à quelqu’un, franchement,
Lequel voulait baiser sa Bouche
Qui charmerait le plus farouche,
Que ce n’était pas un morceau
Fait pour régaler son museau.
Je dirais, dis-je, tout de même,
Que ces Chapeaux d’un Prix extrême,
Et de qui l’aspect est si beau,
Ne sont pas faits pour mon Cerveau.

-Des nouvelles du Pape et de sa lutte contre les Turcs :

Au reste, notre très Saint Père,
Qui cent bonnes Œuvres opère,
Tendant à l’utilité
De toute la Chrétienté,
Comme, encor, je le dis naguère,
En mon Discours Épistolaire,
Veut employer tout le crédit
Que le Ciel, dans les Mains, lui mit,
Quand il fut placé dans la Chaire
Qu’ici bas, occupa Saint Pierre,
Pour la Pologne, secourir,
Que l’on voit prête de périr,
Par ses intestines Querelles,
Et les Armes des Infidèles.

Il envoie un Homme choisi,
Nommé le Sieur de Bonvisi,
Comme Nonce Extraordinaire,
Pour, en ce dit, Royaume, faire,
Tous les Offices qu’il pourra,
Et qu’à, propos, il jugera,
Pour en exiler la Discorde,
Et faire rentrer la Concorde.

Ce Pontife envoie de plus,
Ce dit-on, plusieurs mille Écus,
Qui, là, pour le bien des Affaires,
Sont, encor, beaucoup nécessaires,
S’y trouvant, en maint cas urgent,
Fort grande Disette d’Argent :
Et, bref, par des Brefs authentiques,
Des plus saints et plus catholiques,
Il envoie exhorter, aussi,
(O que louable est son souci !)
Tous les princes et les Monarques,
Qui, de Chrétiens, portent les marques,
À joindre, tous, leurs Armements,
Pour dénicher les Ottomans,
De ce Royaume du Sarmate,
Que leur Guerre, grandement, matte.

On nous confirme, toutefois,
Et mêmes, de très bons Endroits,
Que leur Paix, tout de bon, est faite,
Mais qu’elle est tellement abjecte,
Pour les Polonais, qu’en un mot,
La Noblesse en gronde tout haut,
Et, mêmes, jure par Saint Pierre,
Qu’elle lui préfère la Guerre,
Et qu’elle est prête de mourir,
Plutôt que telle Paix souffrir :
Se ressouvenant du Proverbe
Qui ne fut pas fait par Malherbe,
Mais par quelques Gens belliqueux,
Qu’une bonne Guerre vaut mieux
Qu’une Paix méchante et barrée
Qui n’est pas de longue fourrée.

-À l'autre bout de l'Europe, sur les frontières avec l'Empire, les glorieux capitaines de Louis le Grand ont décider de prendre les devants face aux troupes impériales qui ont été envoyées à leur rencontre. Condé le premier :

À propos de Guerre, elle va
S’allumer, un peu, de deçà,
Id est, sur le Rhin, et la Meuse,
Où la Déesse fort fumeuse,
Reverra le Grand de Condé,
Par la Victoire secondé,
Dans la belliqueuse Carrière,
Recevoir, selon sa manière,
Fort semblable à celle de Mars,
À la tête de ses Soudards,
Ceux de Brandebourg, et d’Ignace,
S’il arrive, pour leur disgrâce,
Qu’ils veuillent traverser, enfin,
Ledit vaste Fleuve du Rhin.

Ce Prince de façon civile,
Jusqu’à Sarbruck [sic], très bonne ville,
S’est, expressément, avancé
Et son Destrier a poussé.

-Turenne ensuite :

L’expert Vicomte de Turenne,
De qui la Valeur ancienne
S’est fait connaître, en tant d’endroits,
Par tant, et tant de beaux Exploits,
Fait, aussi, marcher son Armée,
En tête, ayant sa Renommée,
Vers ces Troupes des Allemands :
Si qu’on attend, à tous moments,
La Nouvelle d’un Choc terrible,
Ainsi que la chose est visible,
Supposé qu’opiniâtrement,
Et, tout à fait, imprudemment,
On essayât d’aigrir les Nôtres,
En pensant les prendre pour d’autres.

Car, sans cela, je vous promets
Qu’on ne les heurtera, jamais,
Notre puissant et juste Sire,
Ne voulant, avecque l’Empire,
Comme il l’a, cent fois, protesté,
Avecque cordialité,
Avoir qu’une union étroite,
Pourvu qu’il marche en Ligne droite.

-Du côté de l'Angleterre de Charles II - dont il a déjà été question plus haut -, rien à craindre : les relations sont au beau fixe. Ainsi :

Mardi, l’on vit, avec splendeur,
Entrer un digne Ambassadeur
De la part du Roi d’Angleterre
Qui, de tout son possible, serre
Les Nœuds d’une forte Amitié
Avec Louis, son Allié :
Qui, de sa part, en fait de même,
Avec une tendresse extrême.

Ah ! que cette belle Union,
(De toute mon affection,
Le Ciel j’en prie, et j’en conjure)
Entre eux, et leurs Successeurs, dure,
Et produise tous les Succès
Qui sont l’Objet de leurs Souhaits :
Que, joignant, en vertu d’icelle ;
Avec un réciproque zèle,
Leurs Armes, sur Terre, et sur Mer,
On les y voie triompher
De tous leurs communs Adversaires,
Par leurs beaux Exploits militaires,
Et, notamment, des Hollandais,
Qui, toujours tristes, et pantois,
Craignent fort, comme il est notoire,
De ces deux Rois joints, la Victoire.

Mais cet assez nouvelliser,
Cessant, donc, de gazetiser,
Je fais finir mon Écriture,
Par une petite Aventure.

-Pour conclure son propos, Robinet nous propose une petite historiette sur ce sujet si prisé des cocus... Ainsi :

Un Cornelius Publicus,
Plus cocu que tous les Cocus,
Ayant sa Femme rattrapée,
Laquelle s’était échappée
Des Madelonnettes, dit-on,
Voulut, lui serrant le bouton,
Apprendre combien, de ses Cornes,
Elle avait étendu les bornes,
Depuis cette Evasion-là :
Et d’autant que dessus cela,
La Pécheresse fort rétive,
Se retranchait en négative,
Lui protestant, par grand Serment,
Qu’elle avait vécu chastement,
Il lui parla de cette sorte.
» Veux-tu que le Diable t’emporte,
» Si tu ne me profères pas
» La vérité, sur un tel cas ?
Oui, vraiment, lui répondit-elle.

Or à peine, cette Femelle,
Eut, de la façon, répondu,
Qu’un Démon tout noir et velu,
Vint la prendre en Corps, et en Âme.

Elle s’écrie en haute gamme,
Demande, à son Mari, pardon,
Et lui fait sa Confession.

Aussitôt le Diable la laisse,
Et, par ce beau tour de souplesse,
Car c’était un Homme vêtu,
En Diable, ainsi noir et velu,
Le Cocu sut, comme on le prône,
Que, tout au moins, d’une bonne aune,
Son Panache était augmenté,
Dont il fut si fort irrité
Qu’il donna son Épouse au Diable,
Savoir, au Diable véritable.

Mais s’il l'est venu prendre, ou non,
Je ne le sais pas, tout de bon.
En attendant que je l’apprenne,
Je vais dater la Lettre mienne.

Lettre du 26 novembre 1672, par Robinet.

-Encore un éloge de Robinet pour son protecteur :

Les Objets, ce dit-on, émeuvent les Puissances,
Et moi, je ne vois point Celui
Pour qui je réclame, aujourd’hui,
Du sacré Mont des Vers, les doctes influences.
Ce Héros, avecque le Roi ;
Tient, sans cesse, son Quant-à-Soi,
À Saint Germain en Laye, ou bien, au beau Versailles.
Comment, donc, puis-je être animé,
Lors, pour Lui, qu’à ma Lettre, en ce jour, je travaille,
Et si j’y parais froid, puis-je en être blâmé ?

Ce n’est pas qu’on m’a fait un tel reproche, encore,
Mais, en franc, et sincère Auteur,
Je préviens le bénin Lecteur,
Et tous ceux qu’une humeur de critiquer, dévore.
On ne manque point de ceux-ci,
Lesquels mettent tout leur Souci
À trouver des Défauts aux plus parfaits Ouvrages.
Mais sans nous arrêter sur eux,
Comme Robin, en Danse, en faisant nos trois Pages,
Faisons, Clion, de notre mieux.

-De nombreux spectacles ont été donnés sur les scènes parisiennes ce mois-ci. Ainsi, le Cléodate, de Thomas Corneille :

À propos de ces grands Ouvrages
Qui méritent tous les Suffrages,
J’en vis (vrai comme je le dis)
Un semblable à l’Hôtel, Mardi.
C’est l’admirable Cléodate,
Par lequel, derechef, éclate,
En ce Lieu, de belle hauteur,
La gloire de son rare Auteur. [le Sr de Corneille le jeune.]

Des Vers, les mieux tournés du monde,
Le nombre, en ce Poème, abonde,
Dedans leurs pieds bien arrangés,
Aucuns ne semblent négligés,
Et, de tous, la douce harmonie,
Leur donne une grâce infinie.

Les Caractères, des plus beaux,
Loin d’être usés, sont tous nouveaux,
Quoi qu’il semble que sur la Scène,
La plus ingénieuse Veine
Ne puisse plus rien inventer
Qu’on puisse, pour nouveau, compter :
Si qu’on ne voit que Rhapsodies
Dans la plupart des Tragédies,
Et Crème fouettée, en un mot,
A faire bailler le plus sot,
Mais revenons à Cléodate.
Ce Poème de fraîche Date,
À diverses autres beautés
Par qui les sens sont enchantés :
L’Amour, tout fier, de deux Princesses,
Et rempli de délicatesses,
La Fermeté de leur Amant,
Qui, malgré le Sceptre charmant,
Que l’une d’Elles, lui présente,
A, pour l’autre, une Âme constante,
L’Épisode, aussi, d’un Rival,
À qui cet Amant est fatal,
Par trop d’excès de bonne Chance
Qui met deux cœurs en sa Puissance,
Où, par un malheur peu commun,
L’autre n’en peut obtenir un,
La Tendresse, la Jalousie,
Pire, cent fois, que Frénésie,
La Vengeance, Dépit, Amour,
Illec, maniés, tour à tour,
D’une ravissante manière,
La Conduite, enfin, singulière,
Et l’Art, et l’Ordre, que, partout,
On voit régner de bout, en bout,
Sont autant de rares merveilles,
Qu’on peut appeler non pareilles,
Et qui font un beau Composé,
Qui ne peut être trop prisé.

Au reste, tant Acteurs, qu’Actrices,
Comme Enchanteurs, comme Enchantrices [sic],
Y ravissent les Spectateurs,
Et font passer dedans les cœurs,
Toutes les Passions qu’ils feignent
Dans les beaux Vers qui les dépeignent.

De Hauteroche, comme il faut,
D’un ton, ni trop bas, ni trop haut,
(Je le dis, sans que je le flatte)
Y représente Cléodate,
Que le Sort porte, en noble arroi,
Jusques au bonheur d’être Roi,
Et, par-dessus le Diadème,
D’obtenir la Beauté qu’il aime.

Le jeune La Fleur, si charmant,
De son Rôle, d’un Prince Amant,
Que, par Équivoque, l’on tue,
S’acquitte de façon congrue.

Mademoiselle Champmeslé,
Dont l’Esprit est si bien stylé,
Pour les grands Rôles de la Scène,
Y soutient celui d’une Reine,
Laquelle aime, et qu’on n’aime pas,
Encor qu’elle ait beaucoup d’appas,
Et qui, par son Destin, trahie,
Voulant s’en venger, perd la Vie.

Mademoiselle Dennehaut,
Belle Dondon qui, beaucoup, vaut,
Y fait celui d’une Princesse
Qui fait la fière, et la Tigresse,
Envers Cléodate, et pourtant,
Ne sent pas son cœur fort content,
Lorsqu’elle croit qu’il l’a changée,
Pour rendre sa Flamme vengée :
Et ces deux Princesses, enfin,
Dans cette Pièce, font si bien,
Que, de la Gloire Théâtrale,
Elles méritent part égale.

Mais l’on dit que des Envieux
Qui voudraient qu’on n’eût que pour eux,
Et pour chacun de leur Ouvrages,
Des Louanges, et des Suffrages,
Vont circonvenir les Esprits,
Par un Attentat entrepris
Sur la Gloire de ce Poème.

O lâcheté, vraiment, extrême !
Mais qui sert, de belle hauteur,
À faire voir, de nôtre Auteur,
L’excellent Mérite, sans doute,
Puisque ainsi, donc, on le redoute,
Et qu’on veut jouter, aujourd’hui,
Par les Cabales contre lui.

-Puis ce fut au tour de Pulchérie, par le grand frère de Thomas, Pierre :

Hier, certaine Pulchérie,
En Beautés, dit-on, fort fleurie,
Fut dépucelée au Marais,
En présence d’un grand Congrès,
Id est, d’une belle Assemblée
Qui, de plaisir, en fut comblée.

Hé ! ce me dira-t-on, ici,
Quoi ! dépucèle-t-on, ainsi,
Les Gens à la face du Monde !
Cette manière est fort immonde.

O ! ne vous scandalisez pas,
Je vais vous expliquer le cas.

Cette charmante Pulchérie
Est une belle Comédie
Qu’on joua, pour le premier coup,
Et qui plut, m’a-t-on dit, beaucoup.

Or point je ne m’en émerveille,
Car elle est de l’Aîné Corneille,
Et c’est-à-dire de celui,
De qui, tout Auteur d’aujourd'hui,
Doit, certes, le Théâtre apprendre,
S’il veut, au Métier, se bien prendre.

En ce Dramatique nouveau,
Sorti de son savant Cerveau,
On m’a dit, aussi, que la Troupe
Semblait avoir le Vent en poupe,
Et qu’enfin, il n’y manquait rien,
Ce qu’encore je crois très bien.

Mais c’est tout ce que j’en puis dire,
Attendant que, pour en écrire,
Et plus assurément, et mieux,
De mes Oreilles, et mes Yeux,
Je puisse avoir le Témoignage,
Que j’aime, toujours, davantage.

Cependant, ajoutons ici,
Encore, ce petit mot-ci,
Que l’Auteur a fait ce Poème,
Par l’effet d’une estime extrême,
Pour la merveilleuse Psyché,
Par qui chacun est alléché,
Ou Mademoiselle de Molière,
Qui, de façon si singulière,
Et, bref, avecque tant d’appas,
Qui font courir les Gens, à tas,
Encor, maintenant, représente
Ladite Psyché si charmante.

-Puis enfin la Psyché de Molière :

Dimanche, encore, je la vis,
Et tous mes sens furent ravis
A ce plus rare des Spectacles,
Et lequel, rempli de Miracles,
Surpasse tous les Opéra
Qu’on voit et, je crois qu’on verra.

Ah ! Que Venus dans sa Machine [Mlle de Brie.]
Me parut, encore, divine :
Et que je fus charmé des Airs,
Et des admirables Concerts,
Par qui, sur la Terre, on l’appelle,
Ayant les Grâces avec Elle !

Que ces petites Grâces-là,
Encore, aussi, me plurent là, [Les petites la Thorillière et de Beauval.]
Par leur discours, et par leurs gestes,
Qui paraissent, vraiment célestes !

Que les Amours, pareillement,
Qui sont de l’Accompagnement, [Le petit la Thorillière et Barbier.]
Encore, aimables me semblèrent,
Et, tout de même, me charmèrent !

Qu’encor, de Psyché, les deux Sœurs,
Faisant, si bien, les Rôles leurs, [Mlles de Beauval et de la Grange.]
Me délectèrent, et ravirent,
Ainsi que tous ceux qui les virent !

Que les deux Princes, ses Amants,
Par leurs honnêtes Compliments, [Les Srs Hubert et de la Grange.]
Soit qu’ils soient mots, ou bien en vie,
Me rendaient l’Âme, encor, ravie !

Que le Père, aussi, de Psyché,
Qu’on voit, pour elle, si touché, [Le Sr de la Thorillière.]
M’attendrit avecque ses Larmes,
Et qu’il leur sait donner de charmes !

Qu’encore, je fus satisfait
De l’Amour si beau, si parfait, [Le Sr Baron.]
Alors que , pour le dire en somme,
Il devient là, grand comme un Homme !

Que son Zéphir[e], des plus Galants,
Des plus jeunes, des plus brillants [Mlle du Croisi la jeune.]
Qui soient sous l’Empire de Flore,
Me donna de Plaisir, encore !

Que de même, encore, Psyché,
Par qui maint cœur est ébréché,
Me sembla bien digne d’Hommages,
Dans ses trois divers Personnages !

Qu’encore, encore, aussi, Venus
Me plut, voire tant que rien plus,
Soit qu’éclatât sa Jalousie,
Soit qu’elle parût radoucie !

Qu’encore, le tonnant Jupin,
Qui les holas vient mettre, enfin,
Qui notre Psyché déifie,
Et bref, à l’Amour la marie,
Me sembla fermer dignement,
Ledit Spectacle si charmant !

Qu’encor j’admirai les Machines,
Où ces Personnes célestines,
Savoir, Vénus, Psyché, l’Amour,
Vont en l’Olympien Séjour !

Qu’encor les Airs, et la Musique,
Que, de bien goûter, je me pique,
Qu’encor la jeunette Turpin,
Qui chante d’un air si poupin.
Qu’encor le Sauteur admirable,
Qu’on croit favorisé du Diable,
Pour faire les Sauts surprenants,
Dont il étonne tous les Gens.
Qu’encor les diverses Entrées,
Qui sont là, si bien insérées,
Où l’incomparable Beauchamp,
A le louer, donne un beau champ,
Qu’encor, enfin, toutes les choses,
Dedans cette Merveille, encloses,
Savoir les Décorations,
Et diverses Mutations
De la claire, et pompeuse Scène,
Me rendirent, chose certaine,
Extasié, charmé, content !
Ah ! jamais, je ne le fus tant.

-Robinet termine enfin cette lettre très "dramatique" en évoquant les comédiens italiens. Ainsi :

Laissant-là, toutes les Nouvelles
Qui sont, encor, à peu près, telles
Que je les dis dernièrement,
Les Choses n’ayant nullement,
En aucun Lieu, changé de face,
J’emploie ce reste de place,
En faveur des Italiens,
De ces facétieux Chrétiens,
Qui, mieux que Monsieur Hippocrate,
Savent guérir le Mal de rate.

Comme ils s’appliquent, avec soin,
Aux Plaisirs qui nous font besoin,
Ils nous régalent d’une Pièce,
(Je vous l’apprends avec liesse)
Où la Musique, et le Ballet,
Par Gens triés sur le Volet,
Vous satisferont à merveille,
Et par les Yeux, et par l’Oreille :
Accourez, donc, nombreusement [sic],
À ce beau Divertissement.

Lettre du 17 décembre 1672, par Robinet.

-Encore un éloge :

Grand Prince, à ma Muse, propice,
On saura dans ce Frontispice,
Pour Nouvelle qui doit primer
Sur tout ce que je vais rimer,
Qu’ici, votre Royale Altesse,
Que d’y voir, on a grand liesse,
Vint, Lundi dernier, sur le soir :
Et, le lendemain, alla voir
Psyché, qui, tous les jours, attire,
Une grand’ Foule qui l’admire :
Tout ce Spectacle étant si beau,
Qu’effaçant et vieux, et nouveau,
On n’y peut, presque, avoir de place,
Je ne vous dirai point par Grâce,
Mais par Argent, quoi, ce dit-on,
Qu’il soit l’unique Factotum.

Car, pour de Grâce, à tous, je jure,
Sans devoir en être parjure,
Que l’on n’en fait là, qu’à Messieurs,
Les privilégiés Auteurs,
Lesquels, partout, ont l’avantage
D’avoir leurs Lettres de Passage.

Si j’osais me dire d’Iceux,
Sans, pourtant, être aussi vain qu’Eux,
Qui, la plupart, sont Gens fort rogues,
Dedans le débit de leurs Drogues,
Je dirais qu’avec ce Passeport,
(Ne m’en coûtant que le transport
De ma Personne en une Chaise)
J’entrai gratis, et vis à l’aise,
Mardi, Pulchérie, au Marais :
Dont, en revanche, et tout exprès,
Je vais, ici, faire un Chapitre,
Pour le Début de mon Épître.

-Et de Pulchérie de Corneille, il est à nouveau question :

J’y trouvai toutes les beautés
Que l’on en dit de tous côtés :
Et cette belle Pulchérie,
À part, ici, la Flatterie,
M’en fit mêmes, voir, encor, plus.
Par où je connus que Phébus
Conserve, dans le grand Corneille,
La même vigueur nonpareille,
Et tout le beau Feu qu’on lui vit
Dans son tendre et fameux Cid ;
Et qu’il a, depuis, fait paraître
En tous ses Ouvrages de Maître,
Par lesquels, jusques aujourd’hui,
Il tire l’Echelle après lui.

O que ladite Pulchérie
Est, partout, brillante, et fleurie,
Et qu’en ce Sujet, bien écrit,
On voit de ces beaux traits d’Esprit,
Particulier à ce Corneille,
Dont je dirai, toujours, merveille,
Tant je suis épris justement
De son Cothurne si charmant !

O que, dans ce sien Dramatique,
On voit une noble Critique
Des sottes Tendresses de cœur,
Qu’étale tout stérile Auteur,
Bien souvent, à tort, et sans cause,
Afin, comme il se propose,
D’attirer, et faire pleurer
Le Sexe qui fait soupirer !

Que j’aime, donc, son Héroïne,
Et qu’elle me paraît divine,
Dans son Amour si bien tourné,
Qu’il oppose à l’Efféminé,
Par qui l’on voit dessus la Scène,
D’ordinaire, Princesse, et Reine,
Jeter son cœur imprudemment,
À la Tête de son Amant !

Que Martian sait bien m’y plaire,
Aussi, dedans son Caractère
De Vieillard, lequel, amoureux,
Parle, en si bon sens, de ses Feux,
Que tout Vieillard le doit entendre,
Pour, de lui, sa Leçon, apprendre,
Et s’instruire à ne plus aimer
Hors de l’âge où l’on peut charmer !

Que tous les autres Caractères,
Touchés dans ses belles Manières,
M’ont paru délicats et beaux,
Et pleins de traits d’Art, tout nouveaux !

Que de Vers, dans ce grand Poème,
Semblent être d’Apollon même,
Tant ils sont heureusement nés,
Bien pensez, et bien ruminés !
Qu’enfin, on voit de belles choses
Dans ce charmant Ouvrage, encloses !
Ah ! l’on peut dire, pour le sûr,
Que c’est là, Corneille tout pur !
Quant aux Acteurs, quant aux Actrices,
A qui les Destins soient propices,
Outre des Habits fort pompeux,
Qui peuvent éblouir les yeux,
Chacun entre en son Caractère,
D’une assez louable manière.

Primo, l’agréable Dupin,
Dont le Corsage est si poupin,
Et si chargé de Pierrerie,
Y fait fort bien, la Pulchérie.

Mademoiselle Desurlis,
L’un des Objets plus accomplis,
Que l’Amour, notre commun Sire,
Fasse briller dans son Empire,
Y joue un grand Rôle, et des mieux,
Avec son Air majestueux.

Item, Mad’moiselle Marote,
Que, pour bonne Actrice, l’on note,
D’une Justine, y fait, aussi,
Le Rôle, non coussi, coussi.

Léon, Amant de Pulchérie,
Qui n’est pas assez attendrie,
Pour lui présenter la Main, quand
Il ne cadre pas à son Rang,
Par Douviliers, se représente,
D’une façon, certe, excellente,
Et montre, ne manquant en rien,
Qu’il est un bon Comédie.

Martian qui, par Pulchérie,
Sent, encor, d’Amour, la furie,
Mais qu’il réprime comme il faut,
Ainsi que je l’ai dit plus haut,
Ce Vieillard, que, par politique,
Cette Princesse qui s’en pique,
Choisit, pour son Epoux de Nom,
En donnant sa Fille, à Léon,
Est désigné fort bien encore,
Par Verneuil, je m’en remémore :
Et le Sieur Désurlis, enfin,
D’un Rôle politique et fin,
Très mécontentement, s’acquitte.

Voilà, donc, la Pièce décrite
Tant bien que mal, de bout, en bout :
Mais qui voudra mieux savoir tout,
Aille la voir dessus la Scène,
Elle en vaut bien, ma foi, la peine,
Et je tiens le cas pour constant,
Que l’on en retournera content.
Mais, sus, passons, vite, aux Nouvelles,
Nous en savons, et des plus belles.

-C'est alors que les nouvelles divertissantes laissent la place à de plus sérieuses affaires : celles de Hollande. Ainsi :

Le Hollandais, fort rodomont,
A, sur nous, repris, Foquemont,
Par une bravoure admirable,
Et qu’on peut juger incroyable.

Ce Poste qu’on leur avait pris,
N’était qu’un Poste de mépris,
Qu’une Bicoque sans défense,
Qui n’était de nulle importance,
Où très peu de Soldats gitaient,
Qui, pour la forme, le gardaient.

Or, néanmoins, un certain Comte,
De l’attaquer, ayant fait compte,
(Lequel Comte on nomme Valdec)
Y prit, tout droit, sa Marche, avec
Autant de Troupes militaires,
De Canons, Mousquets, et Rapières,
De Mèches, de Plomb, de Boulets,
De Poudres, et de Pistolets,
Que pour attaquer une Ville,
Où Mars eût eu son Domicile.

Toutefois, il fut à son Huys,
Des quatre jours, et quatre nuits,
Sans en avoir d’autres Réponses,
Sur ses belliqueuses Semonces,
Que par de certains Instruments,
Lesquels écanillaient ses Gens,
D’une si foudroyante sorte,
Qu’ils éclaircirent sa Cohorte.

Après qu’on l’eût ainsi traité,
Je crois que, par honnêteté,
On lui laissa ce beau Repaire,
Duquel on ne savait que faire.

Mais c’est, toujours, un très beau Fait,
Le Prince d’Orange, a moins fait
Depuis qu’il rôde et délibère,
Pour un grand Exploit militaire.

Cependant, nous et nos Alliés,
Étant extrêmement liés,
Nous faisons, souvent, dire briche,
A ces Belges, par mainte niche,
Nous les battons, nous les pillons,
Et comme Cochons, les brûlons.

-Et cela continue :

L’autre jour, Monsieur de Renelle, [Commandant des Troupes de Colognes et de Maastricht]
D’une Valeur non telle quelle,
Chargea leur brave Rabenhaut,
Qui, ce dit-on, le porte haut,
D’une manière si galante,
Qu’il tua des Siens, deux cents trente,
En fit trois cents de Prisonniers,
Y compris maints hauts Officiers,
Et mit le reste à vauderoute :
Où ceux qui n’avaient pas la goûte,
Drillaient, à l’envi, de leur mieux,
Et sans regarder derrière eux,
De crainte, en faisant volte face,
D’être payés de leur audace.

-Encore et encore :

Ainsi le pauvre Hollandais,
Tout étonné, camus, pantois,
De tant de revers de Fortune,
A ses Vœux, si mal opportune,
Murmure, et fait des Jurons gros,
Contre les Gens Impériaux,
Et les Brandebourgeois, encore,
Qu’il traite pis que de Pécores,
D’être tant de mois, et de jours,
A comparaître à son Secours.
Non, seulement, en conscience
Il les blâme de négligence,
Il dit qu’ils sont des Charlatans,
Qui l’amusent depuis longtemps,
Et mangent toute sa Finance,
Sans lui donner nulle Assistance.

-Mais le gouvernement réclame la fin des hostilités :

Sur cela Messieurs les États,
Bien chagrins de tant d’embarras,
Et de maudites Aventures,
Veulent prendre d’autres Mesures,
Et même, veulent, à la Paix,
Butter, ce dit-on, désormais.

-Au-delà de la guerre, ce sont les problèmes financiers qui se posent :

Cependant, étant sans Pécune,
Et n’ayant de ressource aucune,
Pour en trouver autant qu’il faut,
Suivant l’État qui monte haut,
Qu’on a dressé, de leur dépense,
A faire, ainsi que je le pense,
L’An futur, sur Terre, et sur Mer,
En cas qu’un Destin trop amer,
Les prive de la Paix susdite,
Las ! leur Seigneurie est réduite
A l’Emprunt (sans rendre, jamais)
De six Francs, à tous les Valets,
Et, même, à toutes les Servantes,
Qui n’ont que leurs Gages, pour rentes,
De huit Écus, comme j’ai su :
Les pauvres Gens ! l’eusses-tu cru ?

-Ces lignes se terminent par la mention de la mort d’un aristocrate dans cette guerre : mais celui que Robinet nomme le comte de Castelnault est en fait très probablement le Marquis de Castelnau, gouverneur de Brest (voir Jean-François-Louis d’Hozier, L’Impôt du sang ou la noblesse de France sur les champs de bataille, Tome premier, première partie, Paris, 1874 p.47). Ainsi :

Mais, d’iceux, n’ayons pitié nulle,
En moi, je sens qu’elle s’annule,
Et même, fait place au courroux,
Pensant que les maussades Coups
De leurs détestables Soudrilles,
Font aux plus illustres Familles,
Pleurer la Mort de leurs Héros :
Comme, encor, chez les Castelnauts [sic],
Où chacun parmi les Alarmes,
Verse de très amères larmes
Sur le Trépas prématuré,
Du Comte qui fut admiré
Dedans la dernière Rencontre,
Où là ! il eut, par malencontre,
Le vaillant Bras tout fracassé,
Dont, hélas ! il est trépassé.

-Toutes ces tragédies ne sauraient clore la seule gazette que nous possédons pour ce mois de décembre 1672. D'où cette nouvelle plus réjouissante : un baptême. Ainsi :

Naguère, la Sagesse même,
Nomma, sur les Fonts du Baptême, [Fils Puîné de Mr le Duc d’Enghien.]
Où tous Enfants de Dieu, se font,
Le jeune Comte de Clermont :
Et cette Marraine excellent,
Qui, de ce Prince, est grande Tante,
Lui donna le Nom de Henry,
(Nom, certe, en vertus, tout fleuri)
En digne et louable Mémoire
Des feux de Condé, pleins de Gloire,
Le Père, et l’Aïeul de Celui,
Que nous admirons, aujourd’hui,
Et de la susdite Sagesse,
Qui, de Longueville, est Duchesse,
Et, par conséquent, propre Sœur,
De ce grand Prince, et grand Vainqueur.

Il fut le Parrain, avec Elle,
Digne d’une Gloire immortelle,
Mais représenté, dans ce Jour,
Par l’ancien Duc de Vantadour : [Chanoine de Notre-Dame.]
Étant, lors, lui-même, en Personne,
Dedans les Emplois de Bellone,
Accompagné du Duc d’Enghien,
Qui, digne Fils, s’en montre bien.

(Textes sélectionnés, saisis et commentés - sauf mention contraire - par David Chataignier à partir des gazettes composées par Charles Robinet et La Gravette de Mayolas au cours de l'année 1672. Les gazettes de Robinet (Lettres en vers à Monsieur du 2 janvier au 17 décembre) sont réunies dans les volumes conservés sous les cotes 296 A-5 et 296 A-6 à la Bibliothèque mazarine.)




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