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Leur manière de réciter


"Mais puisqu'on vous a commandé de travailler sur le sujet de la critique qu'on a faite contre vous, que n'avez-vous fait cette comédie des comédiens dont vous nous avez parlé il y a longtemps? [...] - Comme leurs jours de comédies sont les mêmes que les nôtres, à peine ai-je été les voir, que trois ou quatre fois depuis que nous sommes à Paris, je n'ai attrapé de leur manière de réciter, que ce qui m'a d'abord sauté aux yeux, et j'aurais eu besoin de les étudier davantage pour faire des portraits bien ressemblants."
L'Impromptu de Versailles, sc. I

Le jeu des comédiens de l'Hôtel de Bourgogne avait été commenté au tome III des Nouvelles nouvelles (achevé d'imprimer du t. I, le 9 février 1663) de Donneau de Visé, à propos de la représentation de la Sophonisbe de Corneille (1).

Dans sa "Lettre sur les affaires du théâtre" (achevé d'imprimé : 7 décembre 1663), le même Donneau de Visé prétendra que l'imitation des comédiens de l'Hôtel de Bourgogne réalisée dans L'Impromptu de Versailles tourne à l'avantage de ces derniers (2)


(1)

  • Mademoiselle Des Oeillets :

ce rôle [de Sophonisbe] qui est le plus considérable de la pièce est joué par Mademoiselle des Œillets, qui est une des premières actrices du monde, et qui soutient bien la haute réputation qu’elle s’est acquise depuis longtemps. Je ne lui donne point d’éloges ; parce que je ne lui en pourrais assez donner, je me contenterai seulement de dire qu’elle joue divinement ce rôle, et au-delà de tout ce que l’on se peut imaginer ; que Monsieur de Corneille lui en doit être obligé, et que quand vous n’iriez voir cette pièce que pour voir jouer cette inimitable comédienne, vous en sortiriez le plus satisfait du monde.
( Les Nouvelles nouvelles, Paris, J. Ribou / P. Bienfait, p. 246-247)

  • Mademoiselle de Beauchâteau :

Je passe [au personnage] d’Eryce, que représente Mademoiselle de Beau-Château. Sa réputation est assez établie, et ne puis rien dire à son avantage, que tout le monde ne sache. Je vous entretiendrais de son esprit, si je ne craignais de sortir de mon sujet, et si je n’appréhendais que la quantité de choses que j’aurais à vous en raconter ne me fît demeurer trop longtemps sur une si riche et si vaste matière.
(Ibid., p. 256-257)

  • Floridor :

Après l’inutile rôle d’Eryce, voyons si celui de Massinisse, qui est plus nécessaire à la pièce, y apporte quelques beautés. Oui, mais elles ne viennent pas de l’auteur, mais de celui qui le représente ; puisque c’est Monsieur de Floridor, qui a un air si dégagé, et qui joue de si bonne grâce, que les personnes d’esprit ne se peuvent lasser de dire qu’il joue en honnête homme. Il paraît véritablement ce qu’il représente dans toutes les pièces qu’il joue ; tous les auditeurs souhaiteraient de le voir sans cesse, et sa démarche, son air, et ses actions ont quelque chose de si naturel, qu’il n’est pas nécessaire qu’il parle pour attirer l’attention de tout le monde. Pour lui donner beaucoup de louanges, il suffit de le nommer, puisque son nom porte avec soi tous les éloges que l’on lui pourrait donner. Je puis dire hardiment toutes ces choses, sans craindre de donner de la jalousie à ceux qui sont de la même profession, il y a longtemps qu’il est au-dessus de l’envie, et que tout le monde avoue que c’est le plus grand comédien du monde, et un des plus galants hommes, et de la plus agréable conversation.
(Ibid., p. 261-262)

  • de la Fleur :

Le dernier rôle considérable dont je vous parlerai, et dont je ne vous entretiendrai pas longtemps, est celui de Lélius, que joue Monsieur de la Fleur, qui peut passer pour un grand comédien, et qui s’est fait admirer de tout le monde dans Commode et dans Stilicon.
(Ibid., p. 263)

  • Montfleury :

Je passe [au rôle] de Siphax, dont je ne vous dirai qu’un mot. Ce rôle est joué par Monsieur de Monfleury, qui fait beaucoup paraître tout ce qu’il dit, qui joue avec jugement, qui pousse tout à fait bien les grandes passions, et qui ne manque jamais de faire remarquer tous les beaux endroits de ses rôles.
(Ibid., p. 255)

(2)

Encore que les comédiens paraissent vengés dans cette pièce, puisque l’on y voit que cet auteur purement comique s’égare lorsqu’il parle d’eux, qu’il se contredit à tout moment et qu’il les blâme de certaines choses dont j’ai fait voir qu’il est lui-même auteur, il les a néanmoins bien plus vengés que moi, dans son prétendu Impromptu, ayant non seulement travaillé à leur gloire en les contrefaisant, mais encore à la perte de la sienne.




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