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Maximes du mariage


Le contenu des "Maximes du mariage" qu'Arnolphe demande à Agnès de lire reprend les idées essentielles énoncées dans le Catéchisme du Concile de Trente (1).

La forme évoque

  • les préceptes par lesquels les idées religieuses sur le mariage sont formulées dans certains textes ; par exemple :
    • les canons du mariage établis par Le Concile de Trente (session XXIV, De sacramento matr.)
    • les "Préceptes de mariage de Saint Grégoire de Naziance envoyés à Olympias le jour de ses noces" dans les Oeuvres poétiques de Desmarest de Saint-Sorlin (1641)(2).

  • les textes "légiférant" la morale amoureuse qu'on peut relever dans la littérature mondaine; par exemple :

Ces maximes sont commentées


(1)

Quant à la femme, voici quelles sont ses obligations, d’après l’Apôtre Saint Pierre : « Que les femmes soient soumises à leurs maris, afin que, s’il en est qui ne croient point à la Parole, ils soient gagnés, sans la Parole, par la bonne vie de leurs femmes, lorsqu’ils considéreront la pureté de vos mœurs unie au respect que vous avez pour eux. ne vous parez pas au dehors par l’art de votre chevelure, par les ornements d’or ni par la beauté des vêtements ; mais ornez l’homme invisible caché dans le cœur, par la pureté incorruptible d’un esprit de douceur et de paix: ce qui est un riche ornement aux yeux de Dieu.
Un autre devoir essentiel des femmes c’est l’éducation religieuse des enfants, et le soin assidu des choses domestiques. Elles aimeront aussi à rester chez elles, à moins que la nécessité ne les oblige à sortir, et même alors elles, devront avoir l’autorisation de leurs maris.
Enfin, — et ceci est le point capital dans le Mariage — elles se souviendront que, selon Dieu, elles ne doivent ni aimer ni estimer personne plus que leurs maris, et qu’elles sont obligées, en tout ce qui n’est point contraire à la piété chrétienne, de leur être soumises et de leur obéir avec joie et empressement.
(Chapitre XVII "Du sacrement de mariage"), § VI)

(session XXIV, De sacramento matr., C.1)

--

(2)

Préceptes de mariage de Saint Grégoire de Naziance envoyés à Olympias le jour de ses noces

[...]
Ma fille, ce n'est ni le grand équipage
Ni les beaux diamants
Ni l'art de se coiffer dont une femme sage
Tire ses ornements.

Laissez ces vanités et cette folle envie
De se faire admirer,
A celles qui n'ont pas la sainteté de vie,
Pour se faire honorer.

[...]

Aimez Dieu le premier, puis d'une amour seconde
Honorez votre époux ;
C'est l'oeil de votre vie, et lui seul dans le monde
Doit être aimé de vous.

Lui seul soit votre soin, votre joie innocente,
Votre objet le plus doux.
Aime-le encore plus, si son âme constante
Ne brûle que pour vous.

[...]

Que l'époux au dehors poursuive ses affaires
Avec ses soins prudents ;
Et l'épouse occupée aux emplois ordinaires
Ait le soin du dedans.

Fuyez les jeux publics ; toute grande assemblée :
L'on y court cent hasards ;
Et l'humble honnêteté s'y voit toujours troublée
Par de mauvais regards.

[...]

(Oeuvres poétiques de Desmarest de Saint-Sorlin (1641), p. 95 et suiv.)

--

(3)

je ne dirai point que le sermon qu'Arnolphe fait à Agnès, et que les dix maximes du Mariage, choquent nos mystères ; puisque tout le monde en murmure hautement [...]. Le même Arnolphe ne soutient pas son caractère, lorsqu'il lit à Agnès les maximes du mariage ; et qu'il lui dit, de plus, qu'il les lui expliquera. N'est-ce pas vouloir lui faire connaître en un quart d'heure ce qu'il a, pendant plusieurs années, pris soin de lui faire cacher : et lui enseigner les moyens de le faire cocu, en lui apprenant comment se gouvernent les femmes ?
(Donneau de Visé, Zélinde (1663), sc. III, p. 35)

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(4)

ROSIMON.

Les belles maximes du mariage qu’Arnolphe fait lire par Agnès sont plus pernicieuses que ces Vers du Portrait du Peintre. J’ai horreur d’y penser.

PHILINTE.

En effet, j’ai toujours blâmé ces maximes, elles sont très pernicieuses, et les Maris doivent prendre garde soigneusement que leurs femmes ne les observent, je ne doute pas que vous n’en donniez à la vôtre d’entièrement contraires à celles que Molière débite dans son École.
(La Croix, La Guerre comique (1664), Dispute troisième, lire la suite p. 59-63)

--

(5)

CHRYSOLITE.

Je viens, donc, à celles qu’on fait sur l’instruction de cette École, qui n’a pour but, dit-on, que d’abrutir une Femme, et de gâter l’image de Dieu, par l’ignorance. Vous avez aussi mal fait votre observation sur cet endroit, qu’en tous les autres ; car vous auriez reconnu qu’on veut seulement qu’elle ignore les Maximes pernicieuses du monde, qui corrompent la meilleure bonté de moeurs, et qu’en même temps, on lui enseigne celles que doit observer une Femme sage et vertueuse. Mais ces Maximes-là sont impies, ainsi que le Prône que l’on fait à Agnès. Qui s’avisa jamais de dire que des Enseignements que l’on donne, et des Exhortations que l’on fait à quelqu’un, touchant le mal qu’il doit éviter, et le bien qu’il doit faire, fussent impies ? Pour moi, je ne ferais point difficulté d’envoyer ma Femme à un pareil Sermon, et de le lui mettre entre les mains pour s’instruire : et je ne voudrais pas lui choisir rien de meilleur pour sa direction, étant assuré que pourvu qu’elle s’imprimât bien dans l’esprit, ces Maximes, elle vivrait en honnête Femme, et non en Coquette.

CÉLANTE et BÉLISE, se regardant, disent à part,

Ô Dieux qu’entendons-nous !

CHRYSOLITE, continue.

On ajoute que l’on prend aussi un ton si haut dans ces Maximes, et dans ce Sermon, qu’Agnès n’y saurait rien comprendre : mais c’est donc une faute de laquelle il faut accuser tous les Prédicateurs de Village, qui traitent les plus haut points de Théologie devant les Paysans.
(Panégyrique de l'Ecole des femmes (1663), sc. V, p. 58)




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