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Voilà votre marchand


"Monsieur, voilà votre marchand, M. Dimanche, qui demande à vous parler. - Bon, voilà ce qu'il nous faut, qu'un compliment de créancier."
Don Juan ou le Festin de pierre, IV, 2

La visite du créancier auprès d'un noble avait donné lieu à un développement dans

Le motif du créancier importun est exploité dans

L'attitude désinvolte des nobles à l'égard de leur dettes est dénoncée dans

  • la satire V (1666) de Boileau (5)
  • le sermon "Sur la restitution" de Bourdaloue (6)
  • la Lettre pastorale de Monseigneur l’Évêque et comte de Châlons, pair de France (1670) (7)

Une scène du Bourgeois gentilhomme proposera une méthode pour soutirer de l'argent supplémentaire à un créancier ("Mettez encore deux cents pistoles")


(1)
PAJE
Aqui esta un alguacil de Corte, y dice
que quiere hablar a Vuesoria. MARQ.Dile,
que aunque venga de punta, que entre luego.
¿Qué querrá el Aguacil de Corte agora?
querrá pedirme alguna colgadura ,
o cartas de favor para algún Principe.
¡Amigo mio!

Sale el Alguacil y y arrime la vara.

ALGUA. Déme Vuesoria
las manos. MARQ. O señor, los brazos tengo
para estas ocasiones, tome silla.
ALGUA. Muy bueno estoy en pie.
MARQ. Silla. ALGUA. Yo vengo
mas de prisa, señor. MARQ. Silla por vida
de la Marquesa, silla, Alguacil mio ,
silla por mi salud. ALGUA.Pues quiere honrarme,
Vuesoria, yo quiero obedecerle.
MARQ. Cubrase por mi amor, bonete digo.
ALGUA.Voy ansi muy bien. MAR. Acabe, acabe,
A personas honradas.
MARQ. Como está mi señora doña Barbara?
ALGUA. Doña Juana se llama. MARQ. Esso no importa
para con Dios, lo mismo es uno que otro.
Como esta su merced al fin ?
ALGUA. Muy buena y muy criada desta casa
MARQ. Tienela aficion la Condesa muy notable.
ALGUA. No sé yo que haya visto a Doña Juana
mi señora la Marquesa. MARQ. Reconoce
lo que merece, aun sin haverla visto .
ALGUA. Yo le beso los pies. MARQ. ¿ A qué venimos
al fin? ALGUA. Solo a pedir a Vuesoria
con este mandamiento de la Sala
licencia, que importa en tales casos,
para una execucion.MARQ. ¿ Quién me executa ?
ALGUA. El sastre de V. S. MARQ. Es un bellaco.
ALGUA. Señor, yo soy mandado, y assi tengo
de hacer mi oficio, dándome liciencia.
MARQ. ¡Y si yo no os la doy? ALGUA. Havré cumplido
con haverla pedido. MARQ. Y suplicándole
al seor Alguacil podrá hacer menos?
ALGUA. De ninguna manera, es impossible.
MARQ. Pues sois un majadero, sois un sucio,
sois un tonto, un necio, un mentecato,
sois un borracho. ALGUA. Tráteme Usía
como es razon que mi persona trate,
Y como de tan gran señor espero.
(Obras de Lope de Vega, éd. M. Menendez Pelayo, t. VI, "Biblioteca de autores españoles" t. 157, 1963, p. 266-267)

(2)

Quelque antiquité de race qu’aient les Seigneurs et Gentilshommes, s’ils n’ont beaucoup de bien avec cela, leur galanterie sera fort basse, pour ce que leur condition les obligeant à faire plus de dépense que toutes les autres, et n’étant pas instruits à faire valoir leur bien par le trafic, le prêt d’argent, ou les partis, et par autres moyens qui ne sont pas honnêtes pour eux, plusieurs d’entre eux seront sujets à tomber dans l’indigence, et à n’avoir pas les choses nécessaires à la vie, tant s’en faut qu’ils aient ce qui ne doit servir que de parade et d’ornement : Mais nous y avons mis un bon ordre en les avertissant d’emprunter de tous côtés, et d’appuyer leurs crédits par tous les artifices imaginables, les assurant que c’est une des marques de Noblesse d’en faire ainsi ; et qu’encore qu’ils ne soient ni Ministre d’État, ni Généraux d’Armées, ils ne laisseront pas d’avoir quantité de gens à leur lever qui formeront une grosse Cour, dont il y en aura même qui leur prêteront de nouveau, soit argent, soit marchandise, quelque fois en aussi grande quantité qu’auparavant, pour les obliger par cette bonté à leur donner satisfaction des premières dettes.
(§ III)

(3)

Des créanciers impatients donnent leurs obligations à des sergents pour les exécuter, prennent eux-mêmes au corps leurs débiteurs et enlèvent leurs meubles.
[...]
Que le créancier est une nation
Fâcheuse, opiniâtre, importune et pressante !
Volontiers on lui donne une assignation
Pour laquelle manquer volontiers on s'absente :
Moi qui suis quelquefois de la vacation,
Lorsque mon débiteur me prie
De lui donner du temps, qu'il proteste, qu'il crie,
Que pour l'heure présente il est gueux comme Job,
Que pour me satisfaire il n'est rien qu'il ne fasse,
Et qu'il me dit : "Monsieur, mettez-vous en ma place,
Mon ami, je n'y suis que trop"
Voilà comme l'affaire entre nous deux se passe.
(IIe entrée, p. 33) (source : F. Rey, Molière et le Roi, 2007, p. 150)

(4)

Eh, j'oubliais de fâcheuses personnes,
Les créanciers que l'on voit chaque jour.
(éd. de 1674, p. 3)

(5)

Bientôt pour subsister la noblesse sans bien
Trouva l'art d'emprunter et de ne rendre rien.
Et bravant des sergents la timide cohorte,
Laissa le créancier se morfondre à la porte.
(p. 46)

(6)

Voyez seulement, mes chers auditeurs, la peine que témoignent certains riches et certains grands du monde, quand il s'agit d'acquitter des dettes légitimement contractées, et la violence qu'ils se font, ou plutôt qu'il leur faut faire, pour arracher d'eux un paiement dont ils conviennent les premiers qu'ils ne peuvent se défendre. Par combien de paroles et de vaines promesses n'éludent-ils pas les poursuites d'un créancier ? Combien de rebuts ne l'obligent-ils pas à essuyer? de combien de retardements et de remises ne fatiguent-ils pas sa patience ; et cela, sans prendre garde aux effets terribles et-aux engagements de conscience dont une semblable dureté est nécessairement suivie? Car s'il n'était question que des bienséances et des raisons humaines, quoiqu'il n'y ait rien, même selon le monde, de plus indigne que ce procédé, je n'insisterais pas là-dessus ; mais quand il y va du salut éternel, si je ne m'en expliquais avec tout le zèle et toute la force que requiert le sacré ministère que j'exerce, ce serait être prévaricateur : or, il y va du salut, chrétiens; et de quelque prétexte que vous cherchiez à vous autoriser, la théologie la plus indulgente et la plus commode ne peut rien rabattre de cette décision. Cependant, vous savez ce qui arrive, surtout parmi les grands du siècle : on traite un homme d'importun et de misérable parce qu'il demande son bien, et ce misérable est contraint de poursuivre une dette comme s'il poursuivait une grâce, parce que c'est à un grand qu'il a affaire; n'en obtenant jamais d'autre réponse, sinon qu'il n'y a rien encore à lui donner, quoiqu'on même temps il y ait tout ce qu'il faut pour cent dépenses superflues, quoiqu'il y ait tout ce qu'il faut pour le luxe, quoiqu'il y ait tout ce qu'il faut pour le jeu, quoiqu'il y ait tout ce qu'il faut pour le crime.
(éd. de 1823, p. 367-368)

(7)

C’est une chose fort ordinaire que des gentilshommes faisant des dépenses excessives et au-delà de leurs biens, s’endettent de tous côtés. D’où il arrive qu’ils ne paient point les pauvres artisans qu’ils ont fait travailler ou les marchands de qui ils ont pris les marchandises à crédit, ce qui les fait souffrir notablement.
On demande si les curés ne sont pas obligés de leur différer les sacrements jusqu’à ce qu’ils aient fait effort pour payer leurs dettes et qu’ils aient retranché » des dépenses qui excèdent leurs facultés ; et si ces gentilshommes sont quittes pour dire qu’ils ne peuvent pas vivre moins splendidement qu’ils ont de coutume et qu’ils se déshonoreraient s’ils le faisaient.
Dans ce même cas, il y en a qui, ne payant point les marchands ou artisans, les obligent, de peur de tout perdre, de prendre en paiement de mauvaises denrées et à un prix excessif.
Résolution : Qu’on doit user de cette sévérité si la chose est manifeste de l’une des trois manières dont il a été parlé ; sans avoir égard à l’excuse que ces gentilshommes en apportent.
On doit user de la même sévérité à l’égard de ceux qui ne paient point les marchands, ou qui les obligent, de peur de tout perdre, de prendre en paiement de mauvaises denrées à un prix excessif, ainsi qu’il a été dit.
Que si ces choses ne sont connues que par le bruit commun, ou par la confession sacramentale seulement, on en doit user à leur égard en la même manière qu’il a été dit sur le premier cas.
(p. 14 des "Résolutions") (source : indication aimablement fournie par F. Rey)




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